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  • Les filles de Montpellier sur un fil

    Les filles de Montpellier sur un fil

    Sur un fil, sur le qui-vive. Montpellier est toujours en vie. Toujours un club de première division, mais sûr de rien jusqu’au mercredi 6 mai et son voyage sur les terres de l’ogre lyonnais.

    L’un des pionniers du foot féminin français, vendu par la famille Nicollin l’automne dernier, menace de tomber en seconde division, et peut-être dans un abîme sans fond, mais résiste avec cœur depuis la nomination de Jean-Louis Saez à la tête de l’équipe.

    D’abord les faits. À la veille de l’ultime journée de la Ligue féminine, Montpellier occupe la 10e place, la première non relégable, aux dépens de Lens. Qui compte le même nombre de points, mais une différence de buts inférieure. Et, par ailleurs il possède trois points d’avance sur la lanterne rouge : Saint-Etienne.

    Montpellier s’apprête à se déplacer à Lyon, demi-finaliste de la Ligue des champions et leader incontesté du championnat, et Lens jouera pour sa part au Paris FC, dauphin des Lyonnaises. Enfin, Saint-Etienne recevra, pour sa part, Fleury, club de milieu de tableau. Tout reste possible et Jean-Louis Saez met en garde.

    « La victoire devant Saint-Etienne nous permet de rester en vie. De sortir de la zone de relégation. Lens va jouer à Paris FC lors de la dernière journée, nous à Lyon, St-Etienne reçoit Fleury. En espérant que tout le monde joue le jeu. Être aujourd’hui non relégable à la 21e journée, ça reste important, sinon on était mort. Les filles dans les matches à enjeu que ce soit face au PSG ou à Marseille ou aujourd’hui sur un match de maintien, elles sont au rendez-vous avec un super état d’esprit », affiche Jean-Louis Saez après la dernière victoire face aux Verts (1-0).

    Saez est l’homme providentiel. Depuis plusieurs saisons, il est l’homme fort du football féminin de Montpellier. L’ancien technicien d’Arles-Avignon a vécu la fin de l’âge d’or de l’équipe féminine. Avec un quart de finale de la Ligue des champions, six saisons (2013-19) à contester l’hégémonie de Lyon et du Paris SG, à recruter des joueuses étrangères notamment les Suédoises : Jakobson, Sembrant, Blackstenius

    Jean-Louis Saez est le fils de deux figures de Montpellier. Son père Louis, décédé à l’automne, était l’un des amis de la première heure de Louis Nicollin. Sa mère Jeanine s’est occupée du centre de formation à sa création. Ils avaient accompagné les premiers jeunes au centre de formation.

    L’ex-directeur sportif (59 ans) a été rappelé au chevet d’une équipe au bord du précipice début mars. Pour remplacer Yannick Chandioux, en panne de solutions à la tête d’une équipe reconstruite autour des premières joueuses issues du centre de formation. Une équipe sans expérience, privée de cadres partis à l’intersaison.

    Jean-Louis Saez, créateur du centre de formation de la section féminine, a redonné confiance à ses jeunes joueuses. Pour les encadrer, il a fait appel à Marion Torrent. Figure emblématique de Montpellier (34 ans), et ancienne internationale (48 sélections), elle avait mis sa carrière entre parenthèses pour accueillir son premier enfant.

    L’ancienne joueuse de l’équipe de France, proche de Corinne Diacre, a repris sa place dans l’équipe. Et ses responsabilités de capitaine et de cadre à un poste de milieu de terrain.

    Ces deux figures de la Paillade : Saez et Torrent ont mêlé leur destin pour sauver Montpellier. Ou plutôt pour le préserver au plus haut niveau et assumer la mission d’une vie. Selon une vieille recette de la Paillade qui vit ses derniers jours.

    À l’aube du siècle, Louis Nicollin avait créé la première section féminine d’un club professionnel. Deux titres de champion, trois victoires en Coupe de France : l’ancien président de Montpellier, décédé en juin 2017, avait très vite trouvé la recette du succès en recrutant les meilleures joueuses. Et en formant d’autres éléments prometteurs comme Karchaoui, Torrent…

    Récompense de son investissement et de son implication dans le foot féminin : Montpellier avait été l’une des villes hôtes de la Coupe du monde en 2019. Un vrai échec et vrai tournant pour le football féminin français.

    Prise dans la tourmente de la crise des droits télé et d’une profonde crise financière, au lendemain de la relégation de leur équipe en Ligue 2, la famille Nicollin avait vendu la section féminine à un à Crux Football, dirigé par l’ancienne internationale néo-zélandaise Bex Smith. le 1er octobre.

    Dépourvu d’expérience, le nouveau propriétaire n’a jamais réussi à imposer sa marque de fabrique. Débordé, il s’est résolu à rappeler Jean-Louis Saez comme on fait un pas vers le passé pour assurer l’essentiel et la survie. La reconstruction attendra. Pour le moins jusqu’au 6 mai.

  • [Football] Questions sur un épilogue pour Montpellier

    [Football] Questions sur un épilogue pour Montpellier

    Effet d’annonce garanti. La semaine passée, dans un long entretien à Midi Libre, le président Laurent Nicollin a préparé tout le monde à un bouleversement du sport à Montpellier. Plus d’un demi-siècle après avoir créé le club de la Paillade, il prépare le terrain à une retraite anticipée. Et surtout à un pas de retrait de la famille Nicollin dans le football montpelliérain et français. « S’il faut lâcher la barre, je la lâcherai » prévient-il, prêt à rompre, prêt à signer la fin d’un empire sportif.

    Un an après avoir ouvert le capital du Montpellier Hérault Sport Club via la banque d’affaires Case Cassiopea, le président montpelliérain, qui a pris la succession de son père en 2017, est proche de passer la main à un investisseur étranger. Pour l’heure, il étudie diverses propositions.

    De nature prudente et discrète, cet homme d’affaires (53 ans) mesure trop le poids des mots pour ne pas être engagé auprès d’un ou deux partenaires ou probablement acheteurs.

    Depuis longtemps, Laurent Nicollin alerte dans une relative indifférence. Il interpelle les pouvoirs publics, secoue l’apathie ambiante mais personne ne prend la mesure de l’enjeu, ni de la place du football dans l’environnement de la capitale languedocienne.

    Comment la famille Nicollin en est-elle arrivée à ce point de rupture ? Comment Laurent, à la tête du MHSC, et Olivier, PDG de l’entreprise, se sont-ils résolus à perdre la main sur ce formidable outil de marketing, qu’est leur club de football ? « Vu les droits télé, vu l’absence de nouveau stade, ça va nous coûter entre 10 et 20 millions d’euros par an. Et, il n’est pas question de mettre en péril l’entreprise familiale », résume-t-il auprès de Midi Libre.

    La crise couve depuis 2020. À cette époque, Laurent Nicollin gère son club en « bon père de famille ». Aux côtés de Philippe Peybernes, directeur général qui a pris sa retraite l’été dernier, il a un œil pointu sur les comptes. Saison après saison, il présente devant la DNCG, gendarme financier, des comptes à l’équilibre, voire positifs. Et possède des fonds propres pour faire face à un coup dur.

    Éternel optimiste, le président du MHSC se projette tout en confiance sur l’avenir à moyen terme. Il imagine injecter 14 à 20 ME supplémentaires sous l’effet de l’augmentation des droits TV. Le couple antinomique formé de Didier Quillot et Nathalie Boy de la Tour, à la tête de la LFP, vient de finaliser un accord avec Mediapro à hauteur de 1,15 milliard d’euros pour le renouvellement des droits TV (2020-2024). Du jamais vu. La LFP préfère ce diffuseur sino-espagnol plutôt que le partenaire historique Canal Plus, à la proposition un peu inférieure.

    Dans le même temps, la Ligue de rugby (LNR) effectue le choix contraire. Elle reste fidèle à Canal Plus malgré l’offre plus alléchante de BeIN Sports.

    Quelques mois à peine après cet accord, un tremblement de terre secoue la LFP. Et les clubs professionnels français. Mediapro renonce à son contrat. Jaume Roures, son patron, n’est pas en mesure de l’assumer. Quel opérateur peut-il donc récupérer la diffusion de la Ligue 1, l’un des cinq grands championnats européens ?

    Les clubs français font le choix de nommer Vincent Labrune, homme de médias et ex-président de Marseille (2011-2016), à la tête de la LFP aux dépens de Michel Denisot, ancien homme fort de Canal Plus. Un choix perdant.

    Pendant ce temps, Montpellier voit ses droits télé fondre. Et passer de 29,5 ME en 2019 à 8 ME en 2025. Cette dégringolade le contraint à vendre ses meilleurs jeunes comme Elye Wahi à Lens pour 30 ME ou Maxime Estève à Burnley (Angleterre) pour 11 ME. Ou plus tard à se séparer lors de l’hiver 2025 de ses trois attaquants : Nordin (Mayence), Tamari (Rennes) et Adams (FC Séville) et à précipiter la chute en Ligue 2.

    Parallèlement, Laurent Nicollin n’aboutit pas dans son projet de nouveau stade, susceptible de rapporter 10 ME par an. Les projets à Cambacérès, à Pérols ou au Parc des Expositions tombent à l’eau. La banque des territoires renonce à son prêt, les maires successifs ne répondent pas à son désir de déménagement de la Mosson, inondé en 2014.

    Philippe Saurel, l’ancien maire, suspend son projet peu avant le Mondial féminin. Son successeur Michaël Delafosse mène en 2020 une campagne pour un stade 100% privé et acte en octobre la rénovation de la Mosson.

    Pendant que Laurent Nicollin se démultiplie pour équilibrer son budget, son équipe phare, et notamment ses cadres, ne prend pas la mesure du déclassement du club. Peu à peu, les partenaires de Téji Savanier passent de l’antichambre de l’Europe au risque d’une relégation. Et, la saison passée, malgré leur expérience, ils perdent pied sans se débattre. Trois entraîneurs se succèdent en vain à la tête de l’équipe avant sa chute inexorable en Ligue 2. Pendant que Montpellier dérive sur le terrain, son président acte l’ouverture de capital. Premier pas vers la fin d’une histoire.