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  • Ligne très haute tension : l’État temporise encore

    Ligne très haute tension : l’État temporise encore

    Temporiser pour mieux franchir l’obstacle. Dans leur rapport publié ce jeudi après trois mois et demi de débats sur la décarbonation et la réindustrialisation du golfe de Fos, les services de l’État actent le report de leur décision sur la réalisation d’une ligne très haute tension pour alimenter en électricité la zone. Exigeant de nouvelles précisions au gestionnaire public du réseau, RTE.

    « Le principal point de divergence, source d’une participation importante du public et d’échanges nombreux, parfois très vifs, est celui de l’alimentation électrique de ce territoire », reconnaît d’emblée le rapport de la préfecture. Même si la nécessité de renforcer le réseau fait globalement consensus : « L’augmentation de la puissance électrique à cette échéance est nécessaire pour tenir l’objectif de décarbonation et de réindustrialisation de la deuxième zone industrielle la plus émettrice de gaz à effets de serre en France », insiste ainsi le document de près de 80 pages. Pour cela, est-il expliqué, l’option d’une ligne aérienne proposée par RTE « est la plus efficace », face au « grand nombre d’inconnues » du projet alternatif porté par le collectif THT 13-30.

    Les opposants pas convaincus

    Mais avant de prendre une décision définitive et de lancer la déclaration d’utilité publique (DUP) qui ouvre la voie aux expropriations, « l’État demande à RTE de poursuivre les travaux nécessaires relatifs au renforcement du réseau électrique, afin de répondre à l’objectif de fournir 4 GW en 2030 aux industriels de la zone de Fos – Étang de Berre », énonce le rapport dans ses engagements pris. Une façon de répondre aux inquiétudes des associations écologistes. « Les enjeux environnementaux seront considérés comme des enjeux de premier ordre dans le cadre de l’instruction des autorisations requises », promettent ainsi les services de l’État. Opportunément, cela permet aussi de passer le cap des municipales à venir.

    Pas de quoi rassurer les opposants. « La solution aérienne imposée par l’État menace directement des espèces parmi les plus rares de notre territoire », dénonce ce mardi le président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), Allain Bougrain Dubourg. D’ores et déjà, il promet : « Nous utiliserons tous les recours possibles pour obtenir la révision du projet et la prise en compte réelle des alternatives compatibles avec la protection de la biodiversité. »

    Dans nos colonnes ce week-end, le préfet de région Jacques Witkowski assurait pourtant que « nous n’avons pas pris le parti d’une forme de projet ». « Le choix porté par l’opérateur un peu à la façon de la barbe du capitaine Haddock “dessus-dessous” doit pouvoir être très justifié afin de savoir pourquoi on écarte et pourquoi on retient », justifiait-il.

    Un plan pour le reste

    Derrière l’arbre de l’énergie, le rapport revient aussi sur la forêt de défis à relever. Qu’il s’agisse des services publics, en particulier sur la modernisation de l’hôpital de Martigues, de l’alimentation en eau industrielle, du logement, de la formation, des transports. Des enjeux cette fois énumérés dans le plan partenarial d’aménagement que les collectivités ont approuvé au fil du mois de décembre, avec 680 millions d’euros d’investissements programmés d’ici 2030 (notre édition du 11/12). « Il reste de l’ordre de 107 millions d’euros à financer en plus sur les cinq prochaines années », reconnaît cependant l’État. Qui promet de poursuivre la concertation, face à « une forte attente du public envers les collectivités locales et l’État, dans la mise en œuvre d’un certain nombre de projets annoncés de longue date ».

    « L’État demande à RTE de poursuivre
    les travaux nécessaires. »

  • Le débat global sur l’industrie a ouvert le champ des possibles

    Le débat global sur l’industrie a ouvert le champ des possibles

    Pour la Commission nationale du débat public (CNDP), l’heure est au bilan. Deux mois après la fin de la concertation sur l’avenir industriel de la zone de Fos-sur-Mer et du pourtour de l’étang de Berre, qui s’est tenue du 2 avril au 13 juillet, l’instance publie son compte rendu. Près de 200 pages passant en revue les enseignements de cette démarche inédite.

    Ce débat global coordonné par l’État était une première « par les objets qu’il devait traiter, c’est-à-dire à la fois une vocation proposée pour des territoires et les effets cumulés des nombreux projets », explique Audrey Richard-Ferroudji, présidente de la concertation. Si, au départ, le dossier présentait des fiches sur 35 projets, la carte interactive du site en comprenait 51 à la fin du débat, suite aux demandes du public.

    L’instance n’a pas seulement concentré les informations disponibles, elle en a aussi produit, à l’instar de la tierce expertise sur le projet de ligne très haute tension de 400 000 volts devant relier Jonquières-Saint-Vincent (Gard) à Fos, ou de l’analyse des effets cumulés sur l’environnement.

    Des recommandations

    La CNDP note néanmoins certaines limites, comme le regret d’un manque de dialogue et d’une co-construction des décisions au-delà de l’expression et de l’écoute remontées par de nombreux participants. « C’est vrai que le format de réunion publique, de manière générale, est peu propice au dialogue puisqu’il y a beaucoup de personnes qui veulent s’exprimer, concède Audrey Richard-Ferroudji. Mais il y a eu des échanges et des choses qui ont bougé. »

    Étienne Ballan, animateur de la concertation, illustre : « On est entrés dans ce débat avec un projet spécifique de ligne THT, un calendrier précis et beaucoup de défiance de la part du public. Incontestablement on sort du débat avec, plutôt qu’une solution technique, un besoin d’un programme de raccordement électrique pour mettre à niveau un réseau assez défaillant. La focale a changé. Sur la question du délai, l’analyse des besoins a permis de caractériser l’empilement des demandes de raccordement pour l’arrivée des projets. Le débat a aussi ouvert des possibilités avec une proposition faite par un expert d’envisager l’alimentation électrique de manière plus progressive. »

    Le débat global n’a donc pas apporté de solution miracle, mais il a permis de mettre en avant les inquiétudes des habitants du territoire et leurs solutions alternatives. Des dizaines de demandes de précisions ont été formulées par les participants à l’égard de l’État, ainsi que dix recommandations générales de la CNDP aux premiers rangs desquelles la constitution d’un programme d’ensemble de décarbonation et de réindustrialisation, doté d’une vision stratégique unifiée et d’un schéma directeur, qui serait soumis à une évaluation environnementale d’ensemble, et une concertation continue.

  • Le débat sur la ligne haute tension prend de la hauteur

    Le débat sur la ligne haute tension prend de la hauteur

    Le collectif Stop THT 13/30 n’a pas dit son dernier mot. Un mois et demi après la fin du débat public global de zone sur l’avenir industriel du territoire, l’alliance de 32 associations du monde agricole, écologique et citoyen d’Arles et de Camargue remet le sujet sur la table lors d’une conférence donnée dans le cadre du festival Agir pour le vivant.

    La protection de la biodiversité est la préoccupation première de ces militants. Telle que présentée par RTE dans son fuseau de moindre impact, la ligne aérienne de 400 000 volts devant alimenter la zone industrialo-portuaire traverserait quatre zones Natura 2000 dont trois zones humides d’importance internationale, la réserve de biosphère de Camargue, la réserve naturelle nationale des Coussouls de Crau et une partie du Parc naturel régional de Camargue.

    « En Camargue et en Crau, la ligne aérienne serait présente sur plus de 50km, écrit le collectif dans une lettre ouverte. Elle aurait un impact majeur sur l’avifaune en raison de son emplacement stratégique dans une zone clé pour la migration des oiseaux ainsi qu’un site majeur de reproduction et d’hivernage, accueillant 400 espèces d’oiseaux soit 75% des espèces nationales. »

    Une solution alternative

    Début décembre, 74 organisations représentant 36 pays, ont lancé une alerte rouge pour prévenir les autorités nationales et européennes des risques environnementaux et socio-économiques de l’infrastructure. « À la dernière réunion de la conférence des parties de la convention de Ramsar, auquel participait la Tour du Valat, le secrétariat a demandé des explications à l’État français, affirme l’avocat Sébastien Mabile. Nous avons également saisi le comité permanent de la convention de Berne qui assure la protection du patrimoine naturel des habitats et des espèces sur tout le continent européen, et nous allons saisir la Commission européenne pour lui demander de faire pression sur l’État français. » Trois plaintes pour destruction d’espèces ont également été déposées, et une action en justice est envisagée.

    Jean-Luc Moya, porte-parole du collectif Stop THT 13/30, rappelle néanmoins : « On n’est pas que dans l’opposition, on a constitué une solution alternative en allant chercher des compétences en urbanisme, en naturalisme, en ingénierie. » Celle-ci consisterait en l’enfouissement de la ligne « sur des terrains 100% publics » mais coûterait bien plus cher que l’option aérienne de RTE, c’est-à-dire 1,2 milliard contre 300 millions d’euros, sans compter le délai de 2028, imposé par l’implantation des nouvelles industries, qui ne pourrait pas être respecté. Jean-Laurent Lucchesi, un autre membre de l’alliance, affirme : « On est pour la réindustrialisation, mais pas au risque de mettre en péril les autres enjeux agricoles, environnementaux et patrimoniaux. » À l’État de trouver un compromis.