Tag: Licenciements

  • [Entretien croisé] Gaëtan Lecoq et Stéphane Martins de Araujo : « On soutient la nationalisation d’ArcelorMittal »

    [Entretien croisé] Gaëtan Lecoq et Stéphane Martins de Araujo : « On soutient la nationalisation d’ArcelorMittal »

    La proposition de loi de nationalisation d’ArcelorMittal est inscrite à l’ordre du jour de l’espace réservé du groupe communiste républicain citoyen et écologiste – Kanaky (CRCE-K), ce mercredi après-midi. Le texte, adopté lors de la niche parlementaire des députés insoumis en novembre 2025, risque cependant de se heurter à l’opposition du Sénat, dominé par une majorité de droite. C’est pourtant l’ultime espoir des salariés qui seront présents, par centaines, venus de la France entière, devant la chambre haute du Parlement. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, est également annoncée sur place. Si le texte est rejeté, les communistes prévoient déjà de le présenter une nouvelle fois dès le mois de juin, à l’Assemblée nationale. Cette bataille sera menée aux côtés des salariés pour sauver l’acier français.

    La Marseillaise : Quelle est la situation sur vos sites respectifs ?

    Gaëtan Lecoq : On a eu la visite d’Emmanuel Macron le 10 février dernier, où il a « annoncé » l’investissement dans un four électrique avec une capacité de production de 2 millions de tonnes pour un total de 1,2 milliard d’euros. Il y a des incohérences dans tout ça, parce que cette « annonce » a déjà été faite en mai 2025, donc ce n’est pas une surprise. Ils nous avaient alors signalé que le lancement des travaux débuterait au troisième trimestre 2025, rien n’a été fait. Le projet initial c’était deux fours électriques avec un haut-fourneau vert pour un montant de 1,8 milliard d’euros, donc trois nouvelles installations qui devaient assurer la pérennité du site de Dunkerque.

    Désormais, il s’agit seulement d’un four électrique pour un montant de 1,2 milliard d’euros. Il y a un problème dans les chiffres ! D’autant que la moitié  – 650 millions d’euros – sera subventionnée via EDF, donc l’État. Ils devaient créer une nouvelle ligne haute tension entre la centrale nucléaire de Gravelines et le site de Dunkerque, parce qu’un four électrique consomme énormément d’énergie électrique. Mais cette ligne est finalement suspendue, la direction assure que ce four fonctionnera avec les lignes actuelles. Une fois de plus, c’est incohérent. Depuis quatre ans ils nous mènent en bateau. Dans le premier PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) annoncé, à peu près un tiers des personnes qui travaillent sur les dossiers de décarbonation seront virées de même que les cinq personnes qui travaillent sur la ligne haute tension. Et même si on arrive à produire 2 millions de tonnes « vertes », vu la taille de notre site et nos installations, on ne sera pas rentable économiquement. Je pense que c’est pour calmer un peu la tension sociale. On a fait quinze jours de grève au mois de décembre, les salariés ne cherchent qu’à se barrer, nos installations sont de plus en plus dangereuses. C’est une catastrophe. Même nos dirigeants, nos RH et hauts cadres quittent le bateau, c’est un signe…

    Stéphane Martins de Araujo : Pour Dunkerque, qui est notre vaisseau mère, l’annonce faite ne concerne même pas 35 à 40% de la capacité du site. La question qu’on peut se poser c’est quid des autres hauts-fourneaux ? Quid des salariés, des sous-traitants ? On fait vivre pas mal d’entreprises autour. Macron y est allé pour fanfaronner, en faisant croire que c’était le sauveur mais ce qu’il annonce en réalité c’est un PSE de plusieurs milliers de personnes. C’est ce qui se passera si on ne garantit que 2 millions de tonnes. À Fos-sur-Mer il n’y a rien de prévu sur la décarbonation, il n’y a aucune avancée, la réalité c’est celle-là. On craint de ne garder que le laminage, le finissage et les expéditions, donc ça veut dire la mort complète de la phase à chaud, ce qui impacterait des milliers d’emplois. On voit ça arriver puisqu’il n’y a rien d’avancé au niveau de leur projet de décarbonation. Le four poche [petit four mis en service en 2024, Ndlr.] peut sortir au maximum 200 000 tonnes d’acier à l’année, ce n’est même pas 10% de la capacité d’un haut-fourneau.

    Ils vendent de la poudre aux yeux à l’extérieur de l’usine en faisant croire qu’ils ont décarboné à Fos, c’est du pipeau ! Ça réduit juste les émissions de 30% et pour une capacité minime. On comprend que la stratégie de Mittal, c’est de se désengager petit à petit. Sept salariés sur 10 qui nous quittent sont des mainteneurs, on perd leur savoir. Pour Fos, on a été les premiers à faire une annonce, bien avant le PSE de Dunkerque, avec les 308 emplois supprimés durant l’année 2025. Comme à Dunkerque, tout le monde quitte le bateau. On ne voit pas d’avenir, c’est pour cela qu’on soutient le projet de nationalisation, qu’on porte en parallèle de notre projet alternatif.

    Une nationalisation pourrait unifier les deux sociétés distinctes auxquelles vous appartenez, protéger les brevets et empêcher les licenciements ?

    S.MdA. : À chaque fois qu’il y a eu une nationalisation dans notre pays, c’est que les outils étaient en fin de vie. Dans les années 1940, après guerre et dans les années 1980. Et, à chaque fois, l’État a remis plusieurs milliards pour refaire ses hauts fourneaux, refaire ses aciéries. Cet investissement public a été revendu à Mittal pour un euro symbolique. Ça a du mal à passer quand on voit que nos deux sites sont en fin de vie. Il faut investir des centaines de millions d’euros pour pouvoir les refaire redémarrer dans les 15 prochaines années, ce qu’il ne le fera pas.

    C’est au niveau national, que toutes les entités d’ArcelorMittal doivent être nationalisées. L’État verse entre 200 et 300 millions d’euros d’aide publique, sans contrepartie, pour ce multimilliardaire. Le président de la République, vient nous faire croire à une excellente nouvelle en disant qu’on va décarboner l’ArcelorMittal France – parce que lui ne fait pas la distinction entre les deux sites – à hauteur d’un seul four électrique de 2 millions de tonnes. Avec nos deux sites, en marge nominale, on peut monter jusqu’à 10 millions de tonnes. C’est 20% de la capacité, qu’est-ce qui va advenir des 80% restants ? À partir de 2030, les quotas vont être de plus en plus chers et ce sera impossible pour un site de tourner avec un seul four à charbon ! Ça coûtera des centaines de millions d’euros pour faire 2 millions de tonnes de fonte. Ce n’est pas viable. Ce n’est pas possible. Les experts nous l’ont tous dit : si vous ne mettez pas les premières pierres d’un four électrique à l’horizon de 2026, c’est mort. Voilà pourquoi il faut nationaliser. L’acier, on en a partout, il faut qu’on soit souverain là-dessus.

    G.L. : Si on ne trouve pas une solution dans les prochaines semaines et les quelques mois qui restent, c’est fini. C’est mort. Pour faire les constructions de décarbonation, il faut trois ans de travaux et un an de process. On est en 2026. Là, ils sont en train de délocaliser toute notre matière grise en Inde. ArcelorMittal produit 6 millions de tonnes d’acier en Inde, son objectif à horizon 2030 c’est d’augmenter sa production à 30 millions de tonnes, Dunkerque et Fos, c’est à peine 10 millions. Il est en train de lancer ses constructions de hauts fourneaux à charbon, là on ne parle pas de décarbonation… Le centre de recherche et de développement (R&D) de Mézières est inclus dans le premier plan de nationalisation donc on va récupérer nos brevets, en sachant que beaucoup sont tombés dans le domaine public. Le chantier naval de Saint-Nazaire a été nationalisé il y a 5 ans et ça fonctionne très bien. Notre principal client dans l’automobile, c’est Toyota, à Valenciennes. Vous pensez sérieusement qu’il va se faire chier (sic) à aller chercher des bobines ailleurs alors qu’on a déjà le savoir-faire et la qualité ? Ce n’est plus une question d’années.

    Concernant les délocalisations des fonctions support prévues. Quel sera leur impact dans l’immédiat ?

    S.MdA. : Elles concerneraient un périmètre de 5 500 personnes en Europe, ce qui ne veut pas dire qu’elles vont toutes être touchées. Au niveau de la France, on parle de 1 650 personnes.

    G.L. : Gandrange fera partie des sites qui vont prendre cher. Ils commencent à taper dans le centre de Mézières, et là, ça va faire très mal. Mittal est en train de mettre en place son plan. Il délocalise tous les cerveaux, toute la matière grise. Pendant ce temps-là, ailleurs, les usines poussent comme des champignons. Des Indiens sont arrivés sur Dunkerque pour six mois pour piller le savoir-faire de nos informaticiens et les former en Inde. Des Chinois vont aussi arriver. En fin de compte, ils vont récupérer nos brevets, nos savoir-faire. Il ne faut pas mentir, on est rentable. Mais si Mittal produit en Inde ou au Brésil, il sera beaucoup plus rentable. Les marchés financiers l’ont très bien compris parce que l’action, il y a un an de ça, elle était à 23 euros. Aujourd’hui, elle est à 55 euros. Son plan est lancé. Il sait exactement ce qu’il va faire : essayer de piller le maximum d’argent public jusqu’au moment où il aura délocalisé totalement sa production hors d’Europe. Comment on peut licencier des personnes si on gagne de l’argent ?

    Pour décrédibiliser le projet, le gouvernement met en avant son coût, estimé entre 3 et 4 milliards d’euros. Que répondez-vous à cela ?

    S.MdA. : Dans notre projet alternatif, il y a trois étapes. La première évalue le coût de la décarbonation à 4,6 milliards d’euros pour 50% de la capacité. Un désengagement total de Mittal coûterait 7,7 milliards d’euros par an, avec tout ce que ça implique : les plans de formation, le reclassement des salariés, France Travail, les PSE qui arrivent. On est à l’origine de 3% des emplois totaux des Bouches-du-Rhône et 19% des emplois industrialo-portuaires. L’arrêt de la production d’acier neuf en France entraînerait la perte de 33 000 emplois totaux entre Fos-sur-Mer et Dunkerque. C’est catastrophique. Si on investit entre 10 et 20 euros pour une tonne, c’est rentabilisé. C’est bien moins que les 40 euros/tonnes distribuées en dividendes par ArcelorMittal. Décarboner, ça coûterait quatre fois moins que ce qui est donné à ses actionnaires. C’est tout simplement un choix financier, validé par l’État qui verse près de 300 millions d’euros d’aides publiques sans contrepartie chaque année. Les premiers qui vont en pâtir ce sont les salariés et leurs familles. Sur deux bassins aussi importants que Dunkerque et Fos-sur-Mer, c’est une catastrophe industrielle et sociale qui se prépare.

    G.L. : À Dunkerque on a travaillé deux économistes avec lesquels on a monté un rapport. Si Mittal se désengageait complètement de la France, ça aura un impact sur les sous-traitants, les commerçants, sur des territoires entiers et plus de 80 000 emplois au total. De nombreuses usines dépendent entièrement de nous. La cimenterie de Lumbres, dans le Pas-de-Calais, vit avec les déchets de nos hauts-fourneaux. S’il n’y en a plus, c’est 300 emplois qui disparaissent uniquement sur ce site.

    Vos deux sites sont confrontés à des problèmes liés à l’amiante, en dit long sur le sous-investissement consacré à l’outil de travail ?

    S.MdA. : En l’espace d’un an et demi, on a eu trois incidents très graves sur le site, dont le dernier le 8 octobre avec le black-out total de l’aciérie, on aurait pu avoir des morts sur le site. C’est directement lié au manque d’investissement, ils font des économies de bout de chandelle. L’amiante c’est interdit depuis 1997 donc bientôt 30 ans. Et pourtant, on en trouve tous les jours. Nos sites ont à peu près les mêmes années de construction, ce qu’il se passe à Fos-sur-Mer, ça se passe à Dunkerque. Depuis les années 2018, sept maladies professionnelles sur 10, sont en lien direct avec l’amiante, avec des cancers MP30 [affections professionnelles consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante ndlr] et MP30bis [cancers broncho-pulmonaires provoqués par l’inhalation de poussières d’amiante]. C’est un scandale sanitaire qui est en train d’exploser ! Et rien n’est fait, la cartographie commence à peine parce qu’on met une pression énorme.

    Le dossier est monté jusqu’au ministère du Travail où on a été reçu en novembre. Comme pour la nationalisation, ils jouent la montre, en ne nous donnant pas de réponses, pour essayer de faire tomber la pression médiatique. Ce sont des voyous et des criminels ! (sic) À Fos, ArcelorMittal a été mis en examen pour faux et usage de faux et mise en danger de la vie d’autrui, sur une plainte qui avait été déposée en 2018 concernant des émanations à l’atmosphère. ArcelorMittal et deux anciens directeurs du site sont cités en leur nom propre donc ils vont devoir rendre des comptes. Comme la nationalisation, la pression médiatique les gêne énormément. La force qu’on a c’est de toucher des parlementaires qui prennent à bras-le-corps ce dossier-là en particulier LFI, les communistes et les écolos. La lutte n’est que meilleure quand elle converge.

    G.L. : En avril 2023, on avait eu un gros incident sur le haut-fourneau n°4 qui a pété. On aurait pu avoir des dizaines de morts, on a eu une chance folle. Ce haut-fourneau est le plus gros d’ArcelorMittal en Europe et il s’est éventré à cause d’un manque de maintenance, d’investissement. Seule la CGT a alerté sur les risques d’amiante, ce qui a déclenché une enquête pendant deux ans de l’inspection du travail. La direction savait que beaucoup d’amiante avait cramé lors de l’incendie quand il a eu lieu mais elle a tout caché pour faire des économies sur les réparations. Quelque 400 salariés ont été exposés aux risques de l’amiante, des procédures ont été lancées et sont en cours. Il y a trois semaines de ça, on a déposé un danger grave et imminent car des salariés qui ne sont même pas dans la maintenance mais opérateurs de cabine ont attrapé des plaques pleurales, ce qui est dû à l’amiante. C’est un scandale et une vraie bombe à retardement ce dossier amiante. Comme nos camarades de Fos, on est la seule organisation syndicale à se battre sur tous les fronts, que ce soit pour la santé et la sécurité des salariés, la maintenance ainsi que l’avenir de nos sites. Les sous-traitants ne veulent même plus venir travailler chez nous parce qu’on ne les paye pas. Notre député local a dû intervenir parce que ces boîtes sont en train de crever. Ce sont des factures de centaines voire de millions d’euros.

    Ce qui est dur à comprendre quand on regarde les résultats d’ArcelorMittal…

    S.MdA. : En interne, quand on parle de NAO, d’augmentations de salaire, on nous dit qu’on n’est pas rentable, qu’on ne fait que perdre de l’argent. Mais, in fine, la filiale et la holding, elles se gavent. Mittal va investir près d’un milliard de dollars dans une entreprise d’acier électrique aux États-Unis et se déploie massivement au Brésil et en Inde. Le groupe est en train de se délocaliser de l’Union européenne et de fermer petit à petit ses entités pour pouvoir aller exploser la planète, parce que là-bas, on ne parle pas de CO2.

    Quel regard portez-vous sur le plan acier présenté par l’Union européenne ?

    G.L. : J’ai travaillé en coulisses sur le sujet. Ce plan acier a été écrit quasiment mot pour mot par Mittal. C’est pas moi qui le dis mais Xavier Bertrand [président LR de la région Hauts-de-France Ndlr.] qui a pété un plomb auprès de la direction à Dunkerque en leur disant : « C’est vous qui avez écrit le plan acier. Vous avez eu tout ce que vous demandiez et ça ne va pas ? ». Tout ce que Mittal a demandé, il l’a eu. Et maintenant, il en veut encore plus.

  • À ArcelorMittal, à Dunkerque, les annonces de Macron déçoivent

    À ArcelorMittal, à Dunkerque, les annonces de Macron déçoivent

    Casque vissé sur la tête, Emmanuel Macron est tout sourire. La direction d’ArcelorMittal vient de confirmer la construction, sur son site de Dunkerque, de son plus gros four électrique en Europe d’une capacité deux millions de tonnes d’acier par an, pour un investissement de 1,3 milliard d’euros, dont l’exploitation doit démarrer courant 2029. Ainsi, le groupe « confirme son engagement en France et en Europe », assure devant des salariés Reiner Blaschek, PDG du groupe en Europe. Derrière lui sont accrochés côte à côte un drapeau français et un drapeau européen. Cet investissement sera financé à hauteur de 50% via le mécanisme de certificats d’économie d’énergie (CEE), encadré par l’État.

    « Ce qui donne envie d’investir, c’est parce que vous êtes bons. Ce savoir-faire, ces compétences, c’est un trésor », lâche le président au sein de l’usine, appelant à « aller au bout de l’aventure » et à « bâtir le deuxième four, à continuer sur l’hydrogène ». Depuis ce site du Nord, il lance : « Je veux qu’on donne de l’avenir à Fos, qui est un site essentiel on va continuer d’avancer», fait valoir le chef de l’État, tandis que de son côté, la CGT du site bucco-rhodanien tire la sonnette d’alarme.

    Mais ces annonces en grande pompe peinent à convaincre les syndicats. Pour rappel, le site de Dunkerque compte à lui seul 3 200 des 15 400 salariés du groupe en France. Interrogé par l’AFP, Gaétan Lecocq, délégué CGT à Dunkerque déclare : « C’est un verre à moitié plein », car « cet investissement ne suffira pas » à éviter les délocalisations redoutées. Le syndicaliste dit « attendre du concret » et « une date ferme » pour la construction de ce four, qui pourrait débuter « en avril ». De son côté, la CFDT, qui a boycotté la visite – à laquelle les organisations syndicales n’étaient pas invitées – a dénoncé une « mascarade » et dit refuser  «d’être les figurants d’un théâtre politique où les salariés sont sacrifiés sur l’autel de la rentabilité et de la communication ».

    Et pour cause : ArcelorMittal qui revendique un bénéfice net de plus de 3 milliards de dollars en 2025, multiplié par 2,5 sur un an, prévoit au même moment de délocaliser des fonctions support, entraînant 600 suppressions de postes en France.

    Nationalisation acte II au Sénat, le 25 février

    Une fois de plus, le président de la République a balayé les demandes de nationalisation. Mais pour les syndicats et de nombreux élus, c’est la seule solution pour sauver l’aciériste. « Macron parade à Dunkerque pour annoncer la construction d’un seul four électrique par ArcelorMittal… qui ne couvrira qu’1/3 de la production d’acier. Les 2/3 restants ? Condamnés. Il est donc venu annoncer au moins 2 600 licenciements ! La seule solution : nationaliser ArcelorMittal », martèle la députée LFI Aurélie Trouvé. Cette dernière a porté, en novembre dernier lors de la niche parlementaire de LFI, la proposition de loi visant à nationaliser les sites français du groupe. Le texte, adopté par les députés, doit être examiné par le Sénat le 25 février prochain, mis à l’ordre du jour par le groupe communiste (CRCE-K) lors de sa journée réservée.

    À Fos-sur-Mer, la CGT s’inquiète

    « Ce n’est pas dans les projets du groupe de décarboner le site de Fos. (…) Cela a été confirmé par la venue du président sur le site de Dunkerque », regrette Stéphane Martins de Araujo, secrétaire général de la CGT d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, qui alerte sur la situation dans l’usine. « Elle reste très préoccupante. Si on ne lance pas les premières pierres d’un four à arc électrique d’ici fin 2026 voir début 2027, ça sent la fin des hauts fourneaux traditionnels sur le site », clame le responsable syndical. Pour faire face aux « quotas carbone » qui ne vont cesser d’« augmenter années après années », la CGT du site travaille depuis plus d’un an sur un projet alternatif visant à « maintenir l’emploi et décarboner le site ». Pour Stéphane Martins de Araujo, « soit Mittal le récupère et va dans ce sens-là, soit on demande la nationalisation. Que l’État prenne enfin ses responsabilités ! », tempête-t-il. (lire ci-contre). S’il se réjouit de l’annonce pour ses camarades du Nord, il estime que ces investissements sont en deçà des besoins réels. « Deux millions de tonnes quand le site peut en produire huit, c’est vraiment peanuts ! C’est 25% de sa capacité nominale », tient-il à souligner, avant de pousser un ultime cri d’alerte : « Si demain, on perd l’acier en France, c’est une catastrophe sociale et industrielle qui va se passer. On parle de plus de 33 000 emplois. »

  • Les salariés d’Alinea expriment colère et inquiétude samedi devant le magasin

    Les salariés d’Alinea expriment colère et inquiétude samedi devant le magasin

    Les salariés de l’enseigne d’ameublement et de décoration Alinea sont inquiets, et à juste titre.

    Selon les différentes offres de reprise de l’enseigne Alinea, propriété de la société Néomarché en redressement judiciaire depuis le 20 novembre dernier : 148 personnes, sur 249 à Aubagne, dont 59 au magasin et 89 au siège de Napollon, perdraient leur emploi… La « meilleure » offre de reprise « sauverait » 575 des 1 172 salariés au niveau national… La nouvelle a été reçue comme un coup de massue. La « reprise se ferait avec moins d’emplois, moins d’expertise, moins d’accompagnement, et une pression accrue sur les équipes restantes », dénoncent des salariés dans un communiqué non signé appelant au rassemblement ce samedi devant le magasin. « Depuis des années, les salariés travaillent avec une épée de Damocles au-dessus de la tête, décrivent-ils : incertitudes, reports, annonces contradictoires… Aujourd’hui, beaucoup ressentent un paradoxe douloureux : le soulagement que cette attente cesse mais aussi la colère face à un traitement indigne au regard de l’investissement consenti. »

    Et de rentrer dans le vif du sujet : « Quand un grand groupe lié à la plus grande fortune de France annonce qu’il ne peut faire mieux que 5 000 euros par salarié, peut-on encore parler de responsabilité sociale ? », souhaitent-ils questionner publiquement . « Derrière les chiffres, il y a des hommes et des femmes, des familles, des parcours de territoires entiers fragilisés », lancent-ils.

    Négociations en cours

    Rien n’avait véritablement filtré, ce vendredi, des premières heures négociations entre les syndicats CFE-CGC, SEGA, FO, CFTC, et CFDT et la direction, à propos de l’accompagnement des personnes licenciées. Alinea, enseigne créée en 1989 à Avignon, est la propriété de la famille Mulliez. Les propositions de reprises ont été jugées « catastrophiques » par les salariés, selon les mots de Sébastien Laisne, délégué syndical CFDT et salarié du siège social situé dans la zone Napollon, et cité par nos confrères de La Provence. « Des six ou sept offres présentées au tribunal, une seule prévoit la reprise d’une partie des magasins et d’une partie des services centraux », précisait-il, cette semaine. Pour dire.

  • Les offres de reprise d’Alinea sabrent dans les effectifs

    Les offres de reprise d’Alinea sabrent dans les effectifs

    Une énorme claque. Alors que la société Néomarché, maison-mère de l’enseigne de décoration et mobilier, est en redressement judiciaire depuis le 20 novembre dernier, les repreneurs potentiels avaient jusqu’au 26 janvier pour faire connaître leur offre auprès du tribunal des affaires économiques de Marseille. Sur les 6 à 7 offres reçues, le repreneur le mieux disant « ne reprendrait que 575 salariés sur les 1 172 au niveau national », observe une salariée, qui souhaite garder l’anonymat. Ce promoteur immobilier « a fait la proposition de reprendre plusieurs magasins, dont une partie du siège social de Napollon », indique-t-elle. Sur les 184 salariés de Napollon, 89 perdraient leur emploi… La météo sociale est tout aussi sombre pour le magasin Alinea de la zone des Paluds à Aubagne. Une autre offre, détaille la salariée, celle de Centrakor, du groupe Cargo, également propriété (comme Alinea, Kiabi, Norauto, Midas…) de la richissime famille Mulliez « voudrait n’occuper qu’un étage du magasin, et ne reprendre que six salariés sur les 65 actuels… Encore faudrait-il que le bailleur accepte ». Les repreneurs ont jusqu’au 2 mars pour améliorer leur offre.

    Round social

    Pour les organisations syndicales, une autre bataille commence. Le 19 février est la date butoir fixée pour négocier, avec la direction, les mesures d’accompagnement de ce plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Et le premier round, auxquels participent les syndicats CGC-CFE-Sega, FO, CFTC, CFDT débute dès ce vendredi. « On va se mobiliser pour obtenir quelque chose de décent, honnête par rapport à l’investissement qu’a eu chaque salarié. Certains ont plus de 40, 50 ou même 60 ans, cela va être compliqué pour eux de retrouver du travail. La conjoncture économique est compliquée, le coût de la vie a augmenté », plaide la salariée. Alors que la direction doit présenter aux organisations syndicales ce vendredi 6 février « son enveloppe, avec par exemple le budget de départs anticipés à la retraite, les mesures supra-légales ; si ce n’est pas raisonnable, on ne pourra pas accepter l’inacceptable. Et il faudra absolument maintenir le mouvement de mobilisation prévu samedi à Aubagne ». Dans un climat pesant, la direction fait en effet pression sur syndicats et salariés pour que celle-ci n’ait pas lieu, « pour ne pas nuire à la reprise », évoquerait-elle. Contactée depuis mercredi, elle n’a jamais répondu à nos sollicitations. Pour la salariée interrogée, Alinea aurait fait de « mauvais choix », et n’aurait pas su s’adapter aux nouveaux modes de consommation, mais aussi au pouvoir d’achat, en baisse, des clients.

  • Vague de licenciements confirmée à l’ex-Holiday inn

    Vague de licenciements confirmée à l’ex-Holiday inn

    « C’est officiel, nous sommes tous licenciés. » À la sortie de son entretien de pré licenciement, ce mercredi, Karima Malagouen, qui travaille depuis 15 ans au sein de l’hôtel Marseille centre gare saint Charles, est déçue mais reste déterminée. Après une semaine et demi, les casseroles et les slogans du piquet de grève des salariés de l’ex-Holiday inn, résonnent ce mercredi encore, malgré le froid, pour exiger de meilleures conditions pour leur licenciement.

    La mobilisation a débuté lundi 29 décembre, après que six salariés aient appris leur licenciement le lendemain de Noël pour des raisons économiques, selon la direction. Un mouvement de grève qui a poussé la directrice des ressources humaines du groupe Alboran, propriétaire de l’hôtel depuis trois ans, a rencontré quatre représentants vendredi dernier. Une réunion lors de laquelle les licenciements ont été confirmés (notre édition du 3 janvier).

    Des difficultés remises en question

    Ces mardi et mercredi, les salariés concernés ont eu leur entretien de pré-licenciement, où leur a été transmis un contrat de sécurisation professionnelle, que l’employeur est légalement tenu de proposer. « On a beau essayé de discuter avec eux, ils ne veulent rien entendre et nous disent que c’est économique », se désole Karima Malagouen, coordinatrice du petit-déjeuner. Une explication qui a toujours du mal à passer pour la salariée : « Ils ne nous ont rien donné pour prouver que l’hôtel était en difficulté. Ils nous l’ont juste dit à l’oral. » Une décision d’autant plus incompréhensible pour ces employés, que certains avaient reçu des félicitations pour leur travail quelques jours avant et que l’hôtel entame des gros travaux pour passer à quatre étoiles.

    Les négociations avec la direction sont toujours en cours et la grève est reconduite ce jeudi à 11h, et « tant qu’aucun accord de fin de conflit est obtenu et signé » affirme Gaëlle Barbero, défenseure syndicale de la CNT-SO 13.

  • Pas d’avancées mais des entretiens dans le bras de fer de l’ex-Holiday Inn

    Pas d’avancées mais des entretiens dans le bras de fer de l’ex-Holiday Inn

    Le bruit des casseroles du piquet de grève du personnel de l’hôtel Marseille Centre Gare Saint Charles (ex-Holiday Inn) s’entend depuis l’entrée de la gare de la ville, ce mardi.

    Après plus d’une semaine de mouvement avec la CNT-SO, la détermination des grévistes est intacte et n’est pas érodée par le froid glacial du jour. « On est toujours là malgré la météo. On ne baisse pas les bras », lance Karima Malagouen, responsable des petits-déjeuners de l’établissement, entre deux coups de casseroles. En lutte contre plusieurs menaces de licenciements pour de supposés motifs économiques, et malgré des débuts de discussions avec la direction du groupe Alboran, propriétaire de l’hôtel, il n’y a malheureusement rien de nouveau sous le soleil dans le conflit. « Ces tentatives de licenciements sont injustes et injustifiables donc on ne lâchera pas. On est ici depuis longtemps, on sait que l’hôtel va bien. De l’argent, il y en a. On a d’ailleurs eu deux fois de suite une prime de qualité, preuve de notre bon travail », tempête la salariée.

    Seul bougé notable : le début d’une série d’entretiens préalables à licenciement, comme annoncé dans notre édition du 06/01, avec une première salve ce mardi, et une autre mercredi. « On n’a pas eu de retours sur nos propositions dans le cadre des négociations. La direction ne revient pas sur sa volonté de licenciement. Les entretiens ne vont pas être faciles », précise Gaëlle Barbero, défenseure syndicale de la CNT-SO 13. D’où « une mobilisation spéciale », avec la remise de chèques de solidarité avec les grévistes, ce mercredi à 12 heures.

  • La direction de l’hôtel reste sur ses positions

    La direction de l’hôtel reste sur ses positions

    Suite à l’annonce d’un licenciement économique de six salariés et non plus sept comme prévu initialement de l’hôtel Marseille Saint-Charles, une grève a débuté lundi. C’est dans ce contexte que la directrice des ressources humaines (DRH) du groupe Alboran, qui possède l’établissement, a rencontré quatre de leurs représentants, ce vendredi. La direction n’est pas revenue, lors de ce rendez-vous, sur ces six licenciements, qu’elle qualifie d’économique, d’après les syndicats. La grève est donc reconduite ce samedi, devant l’hôtel.

    Depuis lundi, les casseroles et les sifflets se font entendre dès que l’on s’approche de l’ex-hôtel Holiday Inn, face à la gare Saint-Charles, à Marseille. Accompagnés par leur syndicat, CNT-SO, les six salariés, qui ont appris leur licenciement le lendemain de Noël, réclament l’annulation de cette procédure. Karima Malagouen, coordinatrice de petit-déjeuner depuis 15 ans au sein de l’hôtel, a été la première à être au courant. C’est l’incompréhension pour la syndiquée à la CNT SO : « On nous jette sans prendre en compte notre ancienneté, sans nous proposer de solutions dans d’autres hôtels du groupe, ou des formations. » Pour le moment, seule elle et son collègue équipier Toufik Ghodbane, délégué syndical à la CNT SO, ont été officiellement informés de leur licenciement.

    Alors que la direction affirme qu’il s’agit de licenciement économique, les concernés refusent d’y croire et réclament l’accès aux dossiers comptables, qui justifierait ces licenciements. Malgré la réunion avec la DRH, aucun document comptable ne leur a été transmis. « Ils disent qu’il n’y a plus d’argent, mais ils font des travaux dans l’hôtel pour 5 millions d’euros », affirme Toufik Ghodbane, délégué syndical et équipier. Le 8 janvier doivent commencer ce chantier de plusieurs mois pour permettre à l’hôtel, propriété du groupe Alboran depuis janvier 2023, de devenir un quatre étoiles.

    Pour Karima Malagouen, c’est d’autant plus incompréhensible que l’hôtel est souvent complet. « Je participe aux réunions toutes les semaines. On est souvent complet, et les clients sont très satisfaits de notre travail ! » Danila Gomes, femme de chambre depuis 2019, ne comprend pas non plus cette décision : « Je ne vois pas comment ils vont faire pour nettoyer toutes les chambres sans nous, alors que l’on fait plein de choses : les chambres, mais parfois, on est équipier ou gouvernante. »

    Pour la coordinatrice de petit-déjeuner, c’est un moyen pour l’hôtel de baisser les salaires. « Ils me licencient car je coute cher, et ils réembaucheront quelqu’un a un salaire beaucoup plus bas », suppose-t-elle. La grève est donc reconduite ce samedi. « On n’arrêtera pas la grève, parce que c’est le seul outil qu’on a », affirme Toufik Ghodbane, délégué syndical.

    Contacté, le groupe n’a pas donné suite à nos sollicitations.

    Caisse de grève : we-solidaire.com (solidarité grévistes hôtel Marseille centre gare Saint-Charles)

  • La mobilisation se poursuit à l’ex-Holiday Inn

    La mobilisation se poursuit à l’ex-Holiday Inn

    Les salariés de l’hôtel restent mobilisés après l’annonce de licenciements pour motif économique au lendemain de Noël (notre édition du 29/12). Sur les sept personnes concernées par ce plan, seules deux ont été officiellement informées par la direction, tandis que les cinq autres, des femmes de chambre, craignent encore pour leur avenir. L’inquiétude est forte mais la détermination demeure. « On ne baisse pas les bras. S’il faut venir tous les jours, on viendra tous les jours », assure Karima, qui a été informée de son licenciement.

    Des conditions de travail dégradées

    Les femmes de chambre dénoncent des conditions de travail assez difficiles. « Aujourd’hui, il n’y a plus que deux femmes de chambre pour s’occuper de tout l’hôtel » qui compte 120 chambres, rappelle l’une d’entre elles. Originaires du Cap-Vert pour la plupart, elles évoquent leur situation familiale : « Nous voulons travailler, c’est notre droit. On a des enfants à nourrir. » Maria Luiza, 56 ans, confie : « Je n’ai jamais voulu partir d’ici. J’attendais la retraite. »

    Les salariés se disent d’autant plus surpris que, peu de temps avant l’annonce, des formations étaient prévues et certains plannings s’étendaient jusqu’au mois de mars. « Une semaine avant, on recevait des diplômes. Deux jours après, on nous convoque au bureau pour nous annoncer notre licenciement », résume Karima.

    Délégué syndical CNT-SO, Toufik Ghodbane fait partie des deux salariés officiellement informés du licenciement. Malgré l’incertitude, la mobilisation continue et il se dit « confiant car il n’y a pas de raison valable pour qu’il ne nous réintègre pas ». Il conteste le motif économique avancé par la direction de l’établissement.

    Cette dernière n’a pas donné suite à nos sollicitations.

  • À l’ex-Holiday Inn, à Marseille, des licenciements après Noël

    À l’ex-Holiday Inn, à Marseille, des licenciements après Noël

    C’est la sono entraînante qui accueille les touristes de passage à l’ex-hôtel Holiday Inn Express qui jouxte la gare Saint-Charles de Marseille, ce lundi matin. Après avoir appris vendredi, au lendemain de Noël, qu’ils allaient être licenciés, une partie des équipes de l’établissement se sont mis en grève. Contestant le motif économique avancé par leur direction.

    « Nous avons été reçus pour une réunion d’information vendredi dernier, raconte le délégué syndical CNT-SO, Toufik Ghodbane. Par visioconférence, ils m’ont annoncé que je serai licencié, avec six autres salariés, et qu’il s’agit d’un licenciement économique ! » Au total, ils sont sept à être concernés, dont cinq femmes de chambre et leur équipier. Soit la moitié des équipes de nettoyage de l’hôtel. Si les courriers de convocation ne sont pas encore tombés, les entretiens préalables sont bien prévus pour le 7 janvier, indique le délégué syndical.

    Virée après 15 ans

    « Nous sommes tombées de haut », soupire parmi elles Danila, assise sur le muret de l’établissement. Cela fait plus de 4 ans qu’elle travaille là, cinq heures par jour, d’abord en sous-traitance puis depuis neuf mois intégrée avec ses collègues directement dans les équipes de l’hôtel. « Nous sommes tristes, nous pensons à nos familles, poursuit-elle. Comment on va payer les loyers ? Comment on va vivre ? Il y a quelques jours on fêtait Noël tous ensemble, et du jour au lendemain, ils nous annoncent ça ! » à côté d’elle, Cesaliny soupire, une pancarte entre ses doigts : « On n’est pas des chiffres, on est des être humains. » « J’étais choquée aussi, partage-t-elle. Nous sommes venues de loin pour travailler… »

    Plus loin, Karima, responsable des petits déjeuners de l’hôtel, plonge la main dans son sac pour en sortir un diplôme d’honneur, qui salue ses 15 ans d’ancienneté. Elle est arrivée deux mois après l’ouverture de l’établissement, a vu les conditions de travail se durcir au fil des années. « Cet hôtel, c’est notre bébé », assure-t-elle. « Félicitations et merci pour votre engagement et implication », est-il écrit sur la feuille plastifiée qu’on lui a remis lors de la fête de Noël organisée pour les salariés, le 17 décembre dernier. « Et dix jours après, on m’appelle, on me dit vous êtes licenciée. On vous félicite, et on vous renvoie. »

    La colère est d’autant plus forte que le motif économique avancé ne convainc pas les salariés. « Une fois par semaine, j’assiste aux réunions, explique la responsable des petits déjeuners. On sait que ça cartonne ! Presque tous les jours, nous sommes complets ! » Racheté par le groupe hôtelier Alboran début 2023, en cours de transformation pour passer sous le pavillon Novotel comme l’indique un panneau près du hall d’entrée, l’établissement a en plus engagé des travaux « pour être quatre étoiles, glisse Danila. Ils vont changer de gamme. » « Ce sont des licenciements abusifs, sans cause réelle ni sérieuse, appuie Toufik Ghodbane. Ils ont mis 5 millions d’euros pour faire des travaux de rénovation, ils prévoient en 2026 d’acheter des hôtels en France ! »

    La grève se poursuit

    Alors qu’à ce stade, ni reclassement, ni formation n’ont encore été proposés selon le délégué syndical, il défend : « Pour moi, c’est de la répression syndicale, parce que nous sommes tous syndiqués. Ce sont des personnes qui travaillent bien, des anciens, des piliers de l’entreprise. » Tous s’alarment de l’avenir de l’hôtel, alors que le rythme imposé de trois chambres par heure est déjà difficile à atteindre avec ces effectifs. Quoi qu’il en soit, les grévistes ne comptent pas lâcher : le piquet de grève sera reconduit ce mardi matin et une caisse de solidarité est déjà lancée.

    Sollicitée, la direction de l’établissement n’a pas donné suite.

    Caisse de grève : we-solidaire.com (solidarité grévistes hôtel Marseille centre gare Saint-Charles)

  • D’autres livreurs d’Amazon salement liquidés

    D’autres livreurs d’Amazon salement liquidés

    Exploités, pressurisés, puis virés comme des Kleenex. C’est devenu le lot commun des salariés des sous-traitants des grandes plateformes de logistique. La fermeture du site niçois a des airs de déjà-vu à Marseille avec ID Logistics, voire aux quatre coins du pays.

    Ils étaient encore une quarantaine de livreurs et agents de dispatch à travailler sur la plateforme niçoise avant février 2025. Ils ne sont plus que huit, depuis la fermeture brutale du site le 12 à espérer obtenir « justice », rassemblés devant le siège de Cogepart, au 120 boulevard de Paris. Avec entre 1 et 5 ans de boîte, père de famille ou célibataires, ces salariés précaires témoignent tour à tour de « démissions forcées », de « convocations pour faute grave », de « pressions pour accepter un reclassement à Toulon, sans dédommagement ». Magali, responsable d’exploitation sur le site du MIN niçois, décrit : « J’ai constaté une grosse chute des volumes en février, j’ai demandé si on allait fermer. On m’a répondu non. » Depuis deux mois, ils sont sans salaire. Le site a fermé. « La société a perdu son contrat avec Amazon et Vinted, elle a tiré le rideau et forcé ses salariés à partir avec des conditions inacceptables, comme ça s’est passé dans le 15e arrondissement avec le sous-traitant ID Logistics », rappelle Hervé Street.

    Coureurs des derniers km

    Président du syndicat ADSTTF, il a tenté en vain la médiation avec le groupe, créé par le millionnaire en cryptomonnaies soupçonné en 2022 de blanchir des bitcoins rançonnés, Jérôme Dor, et « également responsable de la liquidation de l’une des plus anciennes entreprises de transport françaises, les Transports Bonnard, ce qui avait déjà suscité de vives inquiétudes quant à ses pratiques ». Refuser le licenciement économique pour s’épargner la longue, coûteuse et embarrassante mise en place d’un plan de sauvegarde de l’emploi devient légion chez les sous-traitants de la livraison et dans cette course au profit, les salariés des derniers km trinquent. Comme pour les ex-ID Logistics, ceux-ci entendent contre-attaquer devant les tribunaux. Contactée la direction n’a pas donné suite.