Tag: Libération

  • La Libération fêtée par tous partout dans la région

    La Libération fêtée par tous partout dans la région

    Vendredi 21 août, Jean-Pierre Squillari (DVG) élu en mai dernier et ses adjoints ont célébré la journée durant les libérateurs. « Le 21 août 1944, un jour historique pour notre ville, l’entrée des forces alliées et des mouvements de Résistance qui mettait fin à l’occupation nazie et rendait à Aubagne sa liberté » relatait la municipalité invitant la population à les rejoindre « pour honorer la mémoire de celles et ceux qui se sont battus pour notre liberté » .

    À Port-de-Bouc, les cérémonies du souvenir se sont tenues samedi 22, Laurent Belsola (PCF) et son équipe ont aussi rappelé à la population de ne « jamais oublier ». Attention le concert du 24 août se tiendra exceptionnellement salle Youri Gagarine en raison de la météo, et le feu d’artifice est reporté au samedi 29 août.

    À Istres, c’est ce dimanche 23 août que Robin Prétot (LR) et son équipe ont tenu à « réparer un oubli » en instituant une journée de la Libération. « C’est un rendez-vous pour honorer celles et ceux qui ont choisi la France, la liberté et l’honneur, mais aussi pour transmettre aux jeunes générations le sens de notre héritage républicain » indique la Ville.

  • [Vidéo] Reportage sur les pas de Jean Moulin en Provence

    [Vidéo] Reportage sur les pas de Jean Moulin en Provence

    Reportage

    Entré au Panthéon en 1964, honoré en Provence, Jean Moulin est le grand oublié de la cité phocéenne. Marseille a bien consacré au chef de l’armée des ombres le nom d’un collège, d’une avenue, mais rien du niveau de « la première capitale de la résistance » suivant la formule de Maurice Chevance-Bertin (1910-1966) dirigeant du mouvement Libération Nationale né rue de Rome à l’été 1940.

    Dans les Bouches-du-Rhône, l’unificateur de la Résistance, enfant du midi né à Béziers en 1899, est surtout commémoré dans les lieux phare de son épopée. D’abord, le berceau familial à Saint-Andiol dans la maison de ses parents, 55, Route Nationale, pavoisée de drapeaux tricolores. Après son parachutage le 1er janvier 1942, il avait installé au fond du jardin une échelle en cas d’urgences et confié à sa sœur Laure un double de son ordre de mission microfilmé et signé De Gaulle qu’elle avait caché dans un tube d’aspirine dans l’interstice d’un mur du cimetière.

    Fausse moustache

    et lunettes fumées

    Un musée Jean Moulin installé dans son école rend hommage à l’enfant du pays propulsé à 25 ans sous-préfet d’Albertville. Il a été inauguré en juillet 2018 par Daniel Cordier, son secrétaire et biographe avec les descendants de Jean Moulin. Des photographies, ses lettres, ses dessins car c’est un artiste aussi, des documents racontent comment après un séjour chez sa mère et sa sœur à Montpellier, le préfet d’Eure-et-Loir limogé le 2 novembre 1940 par Vichy, s’installe comme agriculteur à Saint-Andiol. Le haut fonctionnaire a 41 ans et mûrit son départ clandestin pour Londres. « Il circule beaucoup dans la région, sous sa fausse identité de Joseph Mercier, un chapeau rabattu sur les yeux, affublé d’une moustache et de lunettes fumées » écrit l’historien Robert Mencherini.

    Créée en 1978, une route « Jean Moulin, chemin de la liberté », suit ses pas depuis le Mémorial de Salon-de-Provence inauguré en 1969, quatre ans après son entrée au Panthéon et l’oraison d’André Malraux qui ont définitivement inscrit Jean Moulin dans l’histoire de France. Il a 41 ans, multiplie les contacts et rencontres à Marseille, devenue la plaque tournante des premiers noyaux d’organisations clandestines. Il repère ainsi le mouvement de Libération nationale de Henri Frenay, Libération-Sud d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie et Franc-Tireur de Jean-Pierre Lévy.

    Durant six mois, Jean Moulin parcourt la région, va d’Orgon à Miramas en bicyclette, ausculter les réseaux naissants. « Je me souviens de cette rencontre à Avignon car il portait toujours un grand foulard » écrit Emmanuel d’Astier de la Vigerie (1900-1969). Un tissu qui cache le coup de rasoir qu’il s’est donné à Chartres pour ne pas signer un écrit des Allemands accusant à tort des tirailleurs sénégalais de massacres. Il multiplie les séjours à Marseille (page suivante) qui grouille de réfugiés, d’exilés en attente de visa. Jean Moulin rencontre les hommes des premiers réseaux émergents dont Henri Frenay qui à l’été 1940 avec Berty Albrecht (1893-1943) a créé le Mouvement de Libération Nationale (Combat). Il observe le bouillonnement contestataire qui se traduit par la première manifestation hostile à Vichy. Elle a lieu le 28 mars 1941 au bas de la Canebière en face de l’hôtel où il descend.

    « Je vous garantis, j’en ai eu les larmes aux yeux »

    De cette exploration, Jean Moulin fera à De Gaulle le portrait de cette résistance intérieure qui s’invente. Le 9 septembre 1941, il prend le train en gare Saint-Charles pour aller à la rencontre du chef de la France libre. Un périple clandestin de Barcelone à Lisbonne, avec un faux passeport au nom de Joseph Mercier. Il touche l’Angleterre en hydravion le 20 octobre 1941 et reçu par De Gaulle à qui il remet un « rapport sur l’activité, les projets et les besoins des groupements constitués en France en vue de la libération nationale ». De Gaulle, 50 ans, voit un préfet de 42 ans « rempli jusqu’au bord de l’âme de la passion de la France ». Il en fait son représentant et délégué du Comité national français pour la zone sud. « M. Moulin a pour mission de réaliser dans cette zone l’unité d’action de tous les éléments qui résistent à l’ennemi et à ses collaborateurs. M. Moulin me rendra compte directement de l’exécution de sa mission ». La Mission Rex est lancée.

    Le musée de Saint-Andiol a reconstitué la carlingue du bombardier de la RAF d’où Jean Moulin a sauté dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 à 300 mètres d’altitude. « Rex » saute en premier et atterri dans un marais, puis ses deux officiers et enfin le parachute bleu pour la valise radio. Le « point de tombé » a été identifié en 2022 par les historiens Jean-Marie Guillon et Benoit Senne (page suivante). « Quand Benoît est venu m’annoncer ça dans mon bureau, je peux vous garantir que, pour quelqu’un de ma génération et jeune maire d’Aureille, j’en ai eu les larmes aux yeux. C’était historique. La mission Rex avait démarré à Aureille ! » se souvient encore ému Lionel Escoffier. L’itinéraire de la mémoire commence désormais par la borne du kilomètre zéro inaugurée en janvier 2025, et se poursuit à la bergerie d’Eygalières où « Rex » a trouvé refuge.

    La mission de Jean Moulin accomplie jusqu’au sacrifice suprême a permis de fédérer les forces combattantes, de créer les Mouvements Unis de la Résistance (MUR) et une Armée secrète. Le 27 mai 1943, « Rex » réussit le tour de force de convaincre les représentants de 8 mouvements de Résistance, de 6 partis politiques et de 2 centrales syndicales, de se réunir au 48, rue du Four à Paris. Le Conseil National de la Résistance (CNR) est né. C’est l’« embryon de la représentation nationale » qui allait légitimer De Gaulle auprès des Alliés. On connaît la suite, la trahison de Caluire le 21 juin 1943, son supplice dans les mains du SS Klaus Barbie à Lyon, le dernier souffle de Jean Moulin, le 8 juillet 1943, dans un wagon à Metz qui partait en Allemagne. Les lèvres du « chef d’un peuple de la nuit » n’avaient pas parlé.

  • [Parcours] Marseille, capitale oubliée des secrets de la Résistance

    [Parcours] Marseille, capitale oubliée des secrets de la Résistance

    Dès son arrivée en zone libre, Jean Moulin avait entamé l’exploration des milieux clandestins sans succès au début semble-t-il. Ce n’est qu’après l’obtention de son visa américain et son installation à Marseille qu’il consacra tout son temps à une prospection systématique de l’activité clandestine », écrit Daniel Cordier (1920-2020), son secrétaire et biographe.

    1. Modern Hôtel, 5, la Canebière

    Jean Moulin séjourne souvent au Modern Hôtel, au 5, la Canebière, avec son amie, la résistante Antoinette Sachs et déjeune à l’angle, à la brasserie Florida, 15, quai des Belges, note l’historien Robert Mencherini. Marseille grouille de réfugiés, d’exilés en attente de visa que l’américain Varian Fry s’efforce de leur obtenir. De sa propre initiative, Jean Moulin s’efforce d’établir le contact avec les acteurs de ces premiers réseaux émergents.

    2. Le foyer des étudiants, 6, rue du Chevalier Roze

    C’est dans le bureau orné d’une croix du pasteur résistant Jules Belpeer (1910–2001) qui tient le « foyer des étudiants africains et asiatiques », au 6, rue du Chevalier-Roze, 2e, que Jean Moulin rencontre en juillet 1941 Maurice Chevance-Bertin, le bras droit d’Henri Frenay avec qui il organise les premiers noyaux de la résistance dans la région. Leur boîte aux lettres est un marchand de journaux des allées Léon Gambetta.

    3. Le cabinet médical du 67 rue Rome

    La première rencontre de Moulin avec le chef résistant Henri Frenay se fait à la mi-juillet 1941 par l’intermédiaire du pasteur américain Howard Brooks. Elle a lieu au deuxième étage du 67 rue de Rome, au cabinet médical des docteurs Maurice et Marcel Recordier. Elle pose les bases du rapprochement avec le premier Mouvement de Libération Nationale / Combat, créé à l’été 1940 par Frenay avec Berty Albrecht (1893-1943).

    4. La cuisine du 103 rue Kléber

    C’est deux ou trois jours après son parachutage du 2 janvier 1942 que Jean Moulin revoit Henri Frenay, son principal contact en zone sud. Rex circule désormais avec des lunettes fumées et une fausse moustache. La rencontre se fait 103, rue Kléber, 2e, chez Agnès Bidault, la sœur du journaliste résistant Georges Bidault, un des dirigeants du groupe Combat. Dans la cuisine, Rex extrait d’une boîte d’allumette l’ordre de mission microfilmé et signé De Gaulle qui l’investit pour unifier les forces clandestines et qu’Henri Frenay raconte avoir lu avec une loupe. Moulin lui remet 250 000 francs pour aider les mouvements résistants avec des consignes organisationnelles strictes.

    5. 32, rue Saint-Ferréol

    Le 12 janvier 1942, une réunion de travail se tient au 32, rue Saint-Ferréol chez mademoiselle Grisé, une inspectrice du travail qui est une amie de Berty Albrecht. Il y a Jean Moulin, son officier radio Hervé Montjaret, Henri Frenay, Henri Aubry et Maurice Chevance-Bertin.

    6. La villa de Gratte-Semelle

    La famille de Jérôme Monod, professeur au lycée Thiers, habitait une villa au milieu des pins sur les Hauts de Périer qui possède une longue galerie souterraine. L’entrée donnait boulevard Estrangin. Elle avait été mise à leur disposition par leur oncle, Gustave Monod, inspecteur de l’enseignement révoqué par Vichy pour avoir protesté contre les lois antisémites. Selon son épouse, Jean Moulin et plusieurs dirigeants de Combat sont passés dans la villa au printemps 1942 pour une réunion du mouvement.

  • La ville de Hyères honore la mémoire de tous ses libérateurs

    La ville de Hyères honore la mémoire de tous ses libérateurs

    Après un dépôt de gerbes à 8h30 au pied de la Stèle de la Libération au cimetière, puis celle de l’Avenue Maréchal de Tassigny, la cérémonie s’est poursuivie à 9h30 au blockhaus Saint-Nicolas de Mauvanne. C’est ensuite, à 10h15 au Mémorial national du Golf Hôtel que la maire de Hyères Véronique Bernardini (SE) a pris la parole.

    Mais avant cela deux jeunes lycéens Apolline et Raphaël ont donné lecture d’un poème d’Aragon rendant un hommage à la diversité des hommes qui ont participé à la libération du pays, intitulé : « Je vous salue ma France… »

    L’adjointe au maire Geneviève Burki, déléguée aux associations patriotiques a dans son intervention mis en avant quelques grandes figures de la Résistance hyéroise. À commencer par Louis Picoche, le directeur de l’entreprise de transport des Cars Gaby. Il connaît parfaitement les routes du Var. Ce métier lui offre un alibi précieux pour circuler librement à une époque où chaque déplacement est surveillé, rappelle l’élue. Et de poursuivre : « Derrière l’activité quotidienne de ses autocars, il organise discrètement la résistance, transporte des messages, du ravitaillement, des armes et soutient les premiers maquis. »

    Responsable du sixième secteur du mouvement Combat, il reçoit en 1943 la mission d’organiser les maquis varois. C’est lui qui fait appel à Gleb Sivirine, futur lieutenant Vallier, auquel il confie cette responsabilité décisive, précis Geneviève Burki. Et d’ajouter : « Visionnaire, organisateur et homme de confiance, Louis Picoche a compris avant beaucoup d’autres que la libération se préparait dans l’ombre (…). Son engagement rappelle que la liberté se construit d’abord grâce à des femmes et des hommes qui refusent de renoncer. »

    Comme aussi Ernest Millet qui « refuse l’occupation et choisit très tôt le chemin de l’engagement clandestin ». Arrêté par la milice alors qu’il est en mission de ravitaillement il sera fusillé sans autre forme de procès à Aups. Son fils Robert âgée alors d’à peine 16 ans fera le choix de poursuivre le combat.

    Un combat pour la liberté toujours d’actualité

    « Derrière les dates et les grandes batailles, il y a surtout des hommes et des femmes, des engagements, des sacrifices et des destins », insiste la maire de Hyères Véronique Bernardini. C’est pourquoi la ville, explique-t-elle, a entrepris de suivre leur parcours plusieurs jours durant à travers un chemin de mémoire, afin d’honorer les soldats de la 1ère Division française libre et tous les autres.

    La première magistrate rappelant qu’« ils venaient d’horizons différents, mais partageaient une même volonté : libérer la France et rétablir la République ».

    Et de préciser aussitôt : « Mais avant l’arrivée de ces soldats, d’autres avaient déjà préparé leur chemin. C’étaient les résistants (…). La libération d’Hyères fut cette rencontre entre armée de l’ombre et les soldats de la France libre, entre ceux qui préparaient la liberté depuis des mois et ceux qui venaient la reconquérir les armes à la main. »

    La maire de Hyères souligne « le courage de s’engager », « la fraternité dans l’épreuve » et « l’attachement à la République » dont tous ont su faire preuve pour la liberté. « Mais cette liberté pour laquelle tant de femmes et tant d’hommes se sont battus n’est jamais définitivement acquise », prévient-elle. Histoire de rappeler qu’il revient à chaque génération de la protéger et de la transmettre.

    Direction ensuite, la caserne du capitaine Delort, la Gendarmerie Mobile du Golf Hôtel. Là où s’élevait une enceinte fortifiée par la Wehrmacht qui a résisté 40 heures aux attaques de la 4e Brigade de la 1ère DFL avant de tomber.

    L’occasion de mettre en avant aussi la participation aux combats de soldats d’origine arménienne qui avaient été faits prisonniers et intégrés de force dans l’infanterie allemande.

    Depuis plusieurs mois, en effet, des contacts avaient été établis avec eux par l’intermédiaire de la Résistance communiste, plus précisément des Francs-tireurs et partisans-Main d’œuvre immigré (FTP-MOI). Malgré la répression qui va coûter la vie à 17 de leurs camarades, leur projet ayant été découvert, les soldats arméniens parviennent à déserter non sans avoir au préalable saboté des pièces d’artillerie en retirant les culasses, et rejoindre la Résistance.

    De tout cela il est de salubrité publique de se souvenir et de rappeler, d’autant plus lorsque les héritiers d’un parti, le Front national, créé par d’anciens Waffen SS est aux portes du pouvoir et prétend donner des leçons de patriotisme aux enfants de la Résistance.

  • La mémoire de la Libération implique la vigilance

    La mémoire de la Libération implique la vigilance

    Les véhicules militaires d’époque défilent le long de la côte, dans les rues de Carro. Ce vendredi 21 août, Martigues commémore sa libération. Dans la parade, Pierre est au volant d’un camion américain. Comme chaque année depuis 8 ans, ce Suisse est descendu avec son association History on wheels pour « transmettre la mémoire de cette partie de l’histoire ».

    Il y a 82 ans, au débarquement de Normandie succède celui de Provence le 15 août. Les Alliés prennent les Allemands en tenaille. À Martigues, l’armée ennemie maintient en permanence une garnison de 2 000 soldats tant la ville occupe une position stratégique pour la défense du littoral, de la Camargue jusqu’à Marseille. « C’était un site très important au niveau radio et radar », détaille Jean-Pierre Jehan, président de l’association HM2P (Histoire, Mémoire, Patrimoine Provence).

    Les bombardements alliés s’intensifient dans la région. Le 11 août, un raid sur Carro fait trois victimes. Dans la nuit du 20 au 21, finalement, les Allemands s’enfuient en faisant exploser le viaduc ferroviaire et le port de Jonquières. Martigues est libérée.

    Mais derrière cette liberté retrouvée, « il y eut des années d’épreuve, des engagements clandestins, des actes de courage, des arrestations et des vies brisées », rappelle le maire Gaby Charroux (PCF).

    Un legs de la Résistance

    En 1942, alors que la France est à genoux, « certains refusent de se soumettre ». Au printemps 1944, « chacune et chacun comprend que la guerre entre dans une phase décisive. (…) C’est précisément à ce moment que la résistance martégale va être frappée avec une violence terrible. Les 7 et 8 juin, plusieurs de ses membres sont arrêtés. Ces arrestations préludent au drame qui survient quelques jours plus tard, le 13 juin, dans la clairière du Fenouillet, dont les martyrs ne verront pas le 21 août 1944 ».

    Après la libération vient le moment de la reconstruction, portée par le Conseil national de la Résistance. « La Résistance nous lègue ainsi une certaine idée de la société, de la République et de la France, poursuit Gaby Charroux. Et ce legs, 82 ans après, doit continuer de nous animer, car la mémoire n’a de sens que si elle nous aide à regarder le présent avec lucidité. À Martigues, au fil du temps, les témoins de cette période ont disparu, et notre responsabilité n’a cessé de grandir pour transmettre leur héritage et leurs enseignements. Cette mission est une nécessité parce que le monde dans lequel nous vivons nous rappelle avec une douloureuse constance que la paix reste encore à construire. »

    Avec un avertissement : « La Résistance combattait aussi ce que l’occupation représentait : une idéologie fondée sur le nationalisme exacerbé, sur le racisme, l’antisémitisme, la hiérarchie entre les êtres humains, la haine de l’autre et sur le rejet de la démocratie. Nous ne devons évidemment jamais confondre les époques, mais nous aurions tort de croire que l’histoire n’a plus rien à nous apprendre, car aujourd’hui encore, dans notre pays comme ailleurs en Europe et dans le monde, ces idées nauséabondes progressent et se banalisent portées par les héritiers de cette idéologie ».

  • Deux jours de célébrations de la Libération de la ville d’Aix-en-Provence

    Deux jours de célébrations de la Libération de la ville d’Aix-en-Provence

    Le 15 août 1944, l’opération « Dragoon » est lancée. Les alliés débarquent entre Toulon et Cannes, avec l’objectif de libérer Toulon et Marseille puis remonter vers le nord. Le 21 août 1944, après deux ans d’occupation nazie, Aix-en-Provence est libérée par les alliés américains de la 3e Division d’infanterie du général John W. O’Daniel appuyée par les groupes de résistants locaux.

    Pour célébrer l’événement, les quartiers aixois de Pont-de-Béraud, Puyricard, Celony, Luynes et Les Milles organisent des commémorations durant ces deux jours. La première journée d’hommages aux combattants débute à Pont-de-Béraud, et se tiendra le jeudi 20 août à 18h30 devant la Stèle érigée en hommage à la 3e Division U.S.

    Les autres événements commémoratifs auront lieu le lendemain, vendredi 21 août, d’abord à 9h à Puyricard avec un temps de recueillement et dépôt de gerbes au monument aux morts, place des Combattants. S’ensuivra à 9h30, celle de Celony devant la stèle érigée en hommage à la 1ère division française libre (DFL), place Augustine Miretti. Luynes accueillera sur les coups de 11h30 un temps de recueillement et dépôt de gerbes au monument aux morts, espace Decastille. Aux Milles auront lieu un hommage à l’important résistant local, Roger Chaudon à 17h, à la mairie annexe, puis, une cérémonie au monument aux morts à 17h20 et enfin un temps de recueillement à la chapelle du Serre à 18h. La journée se clôturera par une cérémonie au « mémorial des Aixois morts pour la patrie », place Jeanne d’arc à 18h30, et des véhicules militaires d’époque remonteront le cours Mirabeau jusqu’à cette même place, pour un dernier hommage lors de ces célébrations.

  • Le Revest se souvient de sa Libération

    Le Revest se souvient de sa Libération

    Les cérémonies qui se multiplient depuis la commémoration du débarquement de Provence du 15 août 1944, pour fêter la reprise des villes et villages du département à l’occupant nazi, sont autant d’opportunités de mettre à l’honneur tous ces « étrangers » venus nous libérer. Aujourd’hui c’est à la commune du Revest de participer à ce salutaire devoir de mémoire. Elle peut entre autres s’appuyer pour cela sur le travail réalisé par le réalisateur varois Philippe Maurel et son film Les drailles de la liberté qui, à travers la mémoire des Revestois, revisite l’arrivée des Tirailleurs algériens.

    Un « minot » du pays né, dit-il, dans « la mémoire de la Seconde Guerre mondiale ». Le parcours de la sœur aînée de son grand-père, l’écrivaine et poétesse Micheline Maurel, l’ayant très tôt pris aux tripes et participer à faire naître le besoin chez lui ne pas laisser cette période à la fois sombre et lumineuse tomber dans l’oubli. Alors jeune étudiante, elle rejoint un réseau de résistance dès 1941 d’où elle reviendra avec l’envie de témoigner.

    « Je voulais participer à faire connaître ce pan de notre Histoire parce qu’il y en a visiblement qui ont oublié ce qui s’est passé ou, pire encore, n’ont pas envie d’en entendre parler », explique-t-il.

    Et d’ajouter : « Ce qui est important c’est de rappeler qui nous a libérés : principalement des tirailleurs algériens et sénégalais. C’étaient eux, la chair à canon, qui étaient devant ».

    Les libérateurs

    parlaient arabe

    « Quand mon père a entendu parler arabe, c’était pour lui la première fois. Nous nous sommes sentis libérés », confie à la caméra Alberte Blanc du Revest.

    Une libération qui va se faire au prix de combats acharnés menés de concert avec la Résistance revestoise sous l’égide de Louis Camolli qui, bien en amont, a fourni des informations cruciales sur les fortifications, les mouvements de troupes, les installations allemandes et les itinéraires susceptibles d’être utilisés par les Alliés.

    Son groupe chargé de surveiller Siou-Blanc se tient prêt à l’action. Et le 19 août au soir une cigarette allumée dans l’obscurité révèle l’arrivée de ceux qu’ils attendaient : les soldats de la 1re armée française, venus d’Afrique, et notamment ceux du 3e Régiment de Tirailleurs Algériens.

    Les hommes de Camolli qui connaissent parfaitement le secteur contrairement aux libérateurs prennent ainsi la tête de la colonne et guident les tirailleurs par les chemins charretiers proches du mont Caume. Ce qui va permettre de surprendre les Allemands qui ne s’attendaient pas à essuyer une attaque par le nord.

    Les premiers combats se déroulent alors dans le village. Pendant ce temps, un autre groupe de résistants attaque les positions allemandes du Colombier et participe à la capture de soldats ennemis.

    Ils progressent ensuite tous ensemble vers le barrage. Mais ça y est, la nouvelle se répand : le Revest est libéré. Mais les combats sont loin d’être terminés.

    Les tirailleurs algériens qui ont ouvert la brèche par le Nord progressent vers le Port du Levant, mais la vallée de Dardennes reste sous le feu ennemi et plusieurs jours vont être nécessaires pour débloquer ce verrou.

    Le 23 août, les forces françaises prennent pied dans Toulon où la Résistance a déjà engagé le combat. Mais la capitulation des forces allemandes du contre-amiral Heinrich Ruhfus n’interviendra que le 28 août.

    Pour se souvenir de tout cela et rendre hommage à tous ceux qui ont payé le prix de notre liberté par leur vie, rendez-vous aujourd’hui au Revest. Les cérémonies débuteront à 18h15 par le dépôt des gerbes à la stèle de la propriété Mouttet où avait été établi le poste de commandement lors de la prise de Toulon par le colonel De Linares, suivi à 18h30 du dépôt de gerbe et des discours au monument commémoratif du parking Jean-Moulin où seront exposés des véhicules militaires d’époque, dont un half-track M16, une jeep et un Renault Tigresse.

  • Il y a 80 ans, 149 anciens bagnards débarquaient à la Joliette

    Il y a 80 ans, 149 anciens bagnards débarquaient à la Joliette

    Ce grand retour fait suite au décret-loi de juin 1938 qui a supprimé la transportation vers la Guyane. Le rapatriement des libérés avait été retardé avec la guerre et le régime de Vichy. Il faut attendre la Libération pour que leur retour soit organisé avec le concours de l’Armée du Salut, très dévouée au sort des bagnards et de leur réinsertion dont le major Charles Péan qui pilote un dispositif devant permettre à tous ces hommes de retrouver une existence sociale, après plusieurs décennies de relégation.

    Les détenus libérables ont été regroupés à Saint-Laurent-du-Maroni, puis acheminés vers la métropole par le paquebot Athos II des Messageries maritimes qui accoste le vendredi 16 août 1946 à 15h45 au Môle G avec 1653 passagers à bord dont 149 premiers forçats libérés, un homme étant décédé pendant le voyage.

    « Ils ont été réhabilités pour leur bonne conduite et retrouvent leur vie d’hommes libres » écrit La Marseillaise. « Je m’attendais à rencontrer des forçats en tenues rayées et droguets sur la tête, ils étaient en civil et en chapeau mou. Nombre d’entre eux regardaient avec émotion cette terre de France qu’ils revoyaient après de longues années d’absence. Plus d’un ne pouvait cacher des larmes de joie. »

    « Un visage buriné par la souffrance »

    Le reporter de La Marseillaise, Alfred Carrasso, ancien résistant, aborde « un homme grand, mince, au visage buriné par la souffrance ». Il s’appelle Paul Hourdeau, a été condamné à 5 ans de bagne et 20 autres de relégation. Il explique avoir « travaillé dans les bureaux de la Compagnie des Mines d’or de la Guyane dont le siège est à Paris ». Sur le quai, le sonneur de cloches des îles (du Salut). « Il a été relégué en 1897 pour rupture d’interdiction de séjour. On le gracie à 76 ans. Que voulez-vous qu’il fasse pour vivre ? Il a demandé à continuer son emploi au bagne, mais on l’a fichu dehors. Il est libre ! »

    Un libéré raconte à La Marseillaise qu’ « en 1940, 800 relégués avaient demandé à s’engager volontaires dans les Forces françaises libres. Six ont été admis à la suite d’une erreur. Malgré cela, 180 d’entre nous ont suivi le capitaine Chaudon qui les fit évader à travers le Maroni en Guyane hollandaise et se sont battus courageusement. Une trentaine furent cependant repris et condamnés à des peines de 5 à 20 ans de travaux forcés pour avoir voulu combattre pour leur pays. Trois ont été condamnés à mort. »

    L’article rapporte la présence sur le navire du peintre Moïse Kisling, réfugié à New-York depuis 1940. Ce n’est nullement un bagnard libéré même s’il avait été condamné à mort par contumace par l’Allemagne nazie pour ses activités antifascistes et ses origines juives. Le peintre revient en France et vivra à Sanary. D’autres bagnards avaient embarqué à Fort-de-France le 30 juillet mais à leurs frais.

    Dans l’après-midi, les revenants sont conduits au centre d’accueil de l’Armée du salut, rue Félix-Pyat, où ils sont hébergés. Tous ces hommes retrouvent une France profondément transformée par la guerre. Certains ont de la famille et des amis qui les attendent. Un représentant du Syndicat des marins s’interroge sur leur sort. « Que vont devenir ces hommes que nous ramenons? Je les connais, j’ai vécu un mois avec eux. Ils ont tous l’ambition de refaire leur vie. Ils viennent en France avec beaucoup d’illusions. Certains croient pouvoir partir au Canada, d’autres aux colonies. Leur situation est tragique. Qu’a-t-on prévu pour eux ? Que leur a-t-on préparé ? Des papiers ? Du travail ? À la première infraction ils seront à nouveau durement frappés. »

    En août 1946, il restait encore environ 2000 libérés à devoir encore être rapatriés, 800 restant en cours de peine à Saint-Laurent-du-Maroni. Les derniers condamnés ne rentreront donc que beaucoup plus tard. Le 8 août 1953, le San Mateo ramènera encore plus de 80 hommes tournant la page d’un siècle d’un système carcéral abominable que la France avait mis en place en 1852, la transportation des condamnés vers la Guyane et la Nouvelle-Calédonie.

    David Coquille

  • Les visages oubliés de la Libération de la région

    Les visages oubliés de la Libération de la région

    Alors qu’Hitler est lourdement déstabilisé par le débarquement des alliés en Provence dans la nuit du 14 au 15 août 1944, il ordonne le 18 août à ses armées de défendre Marseille et Toulon « jusqu’à la dernière cartouche ». D’après Robert Mencherini, historien regretté, cette décision est tout sauf un hasard : « Ces deux ports en eau profonde constituent des enjeux stratégiques pour l’approvisionnement des armées alliées en marche vers l’Allemagne », expliquait-il. Après Toulon, le port de Marseille est finalement libéré le 28 août 1944, par l’armée B. « Commandée par le général de Lattre de Tassigny mais placée, pour le débarquement, sous direction américaine, elle regroupe environ 260 000 hommes », précisait Robert Mencherini. « Elle compte, aux côtés des “Français libres, une majorité de soldats africains », précisait l’historien, notamment des tirailleurs sénégalais, algériens ou encore marocains, alors appelés les soldats « indigènes ».

    « Tout l’empire colonial s’est massivement engagé dans l’armée, notamment les Européens d’Afrique du Nord », souligne Grégoire Georges-Picot, historien du Groupe Marat. Fondée en 1998 par d’anciens résistants et historiens, l’association s’est donné pour mission de mettre en lumière l’histoire des soldats de l’empire colonial, venus au secours des insurgés marseillais en août 1944. « Lors du défilé de la victoire, sur les photos de l’époque, les soldats coloniaux sont au premier rang », rappelle l’historien. Mais cette « mémoire immédiate en sortie de guerre » s’efface peu à peu à mesure que les anciennes colonies accèdent à l’indépendance, une « phase d’occultation » qui dure près de quarante ans, selon lui. « C’est à la fin des années 1980 que le sujet revient. Les jeunes issus de l’immigration se mettent en quête de leurs racines, et les historiens commencent à documenter cette histoire qui ressurgit », révèle Grégoire Georges-Picot.

    Une mémoire longtemps occultée

    Pour l’historien du Groupe Marat, la reconnaissance du combat de ces soldats est « aujourd’hui fondamentale ». Il insiste cependant sur le rôle décisif joué par la résistance marseillaise dans la Libération. « On célèbre la libération de Marseille comme une opération purement militaire. Mais on a tendance à oublier que, dès le lendemain du débarquement du 15 août, à 100 kilomètres de Marseille, la ville se soulève déjà. Pendant une semaine, les résistants tiennent tête à une armée allemande, seuls », précise-t-il. « La bataille de Marseille a été terriblement meurtrière : 577 personnes sont tuées en dix jours. Le point d’orgue des morts sont les 21 et 22 août, avant même l’arrivée de l’armée française. C’est une insurrection ! Aussi bien à l’Estaque qu’au boulevard Michelet, du côté de la Valbarelle, dans les quartiers Saint-Barnabé, Saint-Julien … Partout », dépeint l’historien.

    Après six ans de travail, le Groupe Marat a identifié ces 577 personnes tombées au combat dans une liste aujourd’hui affichée devant le char Jeanne-d’Arc devant Notre-Dame de la Garde. Fier de ce travail, Grégoire Georges-Picot se souvient encore avoir assisté à la découverte, par un jeune homme, du prénom de son oncle sur cette liste. Pour l’association, « l’idée est de réunir la mémoire résistante et la mémoire militaire ». « Deux mémoires qui s’excluent l’une de l’autre, alors que la libération de Marseille est précisément la conjonction des deux. Si la population marseillaise ne s’était pas insurgée aux côtés des résistants pour rendre la vie infernale aux Allemands, la libération de Marseille n’aurait pas été aussi simple », conclut l’historien.

    Andréa Goyard-de Castro

  • Liberté provisoire pour l’artiste El Mahdi Lyoubi

    Liberté provisoire pour l’artiste El Mahdi Lyoubi

    Immense soulagement pour El Mahdi Lyoubi et ses soutiens ce vendredi : le rappeur et cinéaste marocain est désormais en liberté provisoire, après plus de quinze nuits passées à la prison d’Oukacha, à Casablanca. L’artiste, depuis plusieurs années installé à Marseille, a été arrêté mi-juillet lors d’une visite dans son pays d’origine. Il est poursuivi pour « outrage à une institution constitutionnelle », notamment, d’après ses proches, pour ses prises de position en faveur de Gen Z 212, mouvement de protestation de la jeunesse marocaine, né en septembre dernier.

    « Si notre joie est immense, nous sommes cependant dans l’attente de sa prochaine audience, le 2 octobre », modère tout de même son comité de soutien. Car le rappeur, connu sur scène en tant que Mehdi Black Wind, risque toujours une condamnation allant de six mois à deux ans de prison ferme, ainsi qu’une amende allant de 20 000 à 200 000 dirhams, soit d’environ 1 800 à 18 600 euros. « Nous sommes heureux de savoir que Mahdi va pouvoir retrouver sa famille et ses proches. Toutefois, notre inquiétude est vive quant à ce que cette offensive contre la liberté d’expression au Maroc représente », ajoutent ses soutiens dans un communiqué.

    Plusieurs rappeurs arrêtés

    Trois autres rappeurs ont été poursuivis pour des motifs similaires par la justice marocaine depuis l’automne 2025. Jawad Asradi et Hamza Raid d’abord, respectivement condamnés à trois mois et un mois de prison avec sursis, notamment pour des passages dans leurs chansons soutenant le mouvement Gen Z 212. Souhaib Qabli ensuite, qui a écopé de huit mois de prison ferme et d’une amende de 1 000 dirhams pour avoir dénoncé la corruption et la normalisation des relations entre son pays et Israël.