Tag: LGBT

  • La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    Une semaine après le voyage du collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, à Berlin, pour commémorer le 81e anniversaire de la libération par l’Armée rouge du camp de Sachsenhausen, où furent déportés 250 Marseillais raflés lors de l’opération Sultan au début de l’année 1943 (notre édition du 18/04), c’est devant le mémorial de la déportation, à Marseille, qu’a été rendu un hommage, ce dimanche, aux déportés, à l’occasion de la journée nationale qui leur est dédiée.

    « La mort par le gaz, le travail forcé, la faim, la soif, les sévices de toutes sortes : tel était le traitement infligé à tous ceux que les nazis considéraient comme des ennemis du Reich en raison de leur engagement dans la Résistance, de leurs choix politiques, de leurs convictions religieuses, de leur mode de vie, ou même sans raison particulière pour toutes les victimes des rafles », a rappelé au micro la présidente départementale de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes, Jeannine Trucy. Et d’évoquer la découverte de l’horreur concentrationnaire par les armées alliées lors de la libération des camps, « une entreprise systématique de déshumanisation poussée à l’extrême », résume-t-elle, les dernières Marches de la mort avec l’évacuation des survivants, la difficulté du retour à la vie.

    « Mais, fidèles aux serments prêtés à leurs camarades disparus, les survivants ont, malgré leurs propres traumatismes ou la difficulté d’être crus, pris le chemin courageux du témoignage », lit Jeannine Trucy. Avant de souligner : « Au moment où les derniers déportés nous quittent, la remémoration de leurs engagements et de leurs sacrifices doit continuer d’être un rempart contre l’ignorance, l’oppression et l’antisémitisme ».

    Surtout, ce devoir de mémoire se trouve confronté à l’actualité internationale, face à la multiplication des conflits et leur cortège de crimes. « Aujourd’hui se jouent de nouveaux équilibres mondiaux dans des rapports de force anxiogènes, et le combat des déportés, attachés au respect du droit international porté par le tribunal de Nuremberg, ne doit pas rester vain », insiste la représentante de la Fédération nationale des déportés, appelant donc à poursuivre le travail de transmission, « un acte de confiance à l’égard des jeunes générations dont la conscience et la responsabilité doivent permettre de garantir les valeurs civilisatrices de paix, de liberté, de dignité pour tous ».

    Reconnaissance tardive

    Mais, avant que ne résonne le chant des marais, sur la place du 24-Janvier 1943, pour la première fois à Marseille, le Mémorial de la déportation homosexuelle a pu déposer une gerbe lors de la cérémonie officielle, au pied du mémorial, au côté de la Fédération nationale des déportés internés, résistants et patriotes. « Pour nous, c’est un grand événement, c’est trente ans d’obstination qui permettent d’aboutir à cela », partage Christian de Leusse, animateur de l’association Mémoire des sexualités. Depuis 1995, comme à Paris et Lille, la gerbe déposée en hommage à ces déportés portant le triangle rose était déposée en dehors de la cérémonie officielle. Il a fallu attendre 2010 pour que le Mémorial de la déportation homosexuelle soit convié, sur recommandation du défenseur des droits auprès du préfet. « Les membres de la communauté LGBT ont subi eux aussi, comme les autres, ils ont le droit d’être là », souligne Christian de Leusse, qui a porté ce combat pendant des années, après avoir rencontré dans les années 1980 Pierre Seel, le seul en France à avoir témoigné d’une déportation pour motif d’homosexualité. « En 1982, quand il a entendu l’évêque de Strasbourg traiter les homosexuels d’handicapés, lui qui était catholique, a envoyé un courrier à la presse », explique le militant marseillais. C’est le journaliste Jean le Bitoux qui a fait connaître ensuite son histoire et qui a proposé à Christian de Leusse, en 1995, de déposer cette première gerbe à Marseille. Un geste répété jusqu’à ce qu’il soit reconnu officiellement ce dimanche. « L’article 175 qui réprimait l’homosexualité en Allemagne n’a été aboli que dans les années 1980, en France, c’était en 1982… Les mentalités évoluent lentement », explique-t-il.

  • « Il faut des campagnes de sensibilisation grand public »

    « Il faut des campagnes de sensibilisation grand public »

    « Le climat est hostile en ce moment. Quelles que soient les discriminations, la montée des courants conservateurs et de l’extrême droite favorisent la libération de la parole », dénonce Stéphane Bernard, le coprésident de l’association organisatrice de la Pride à Marseille. Ce dernier fait le lien, comme l’adjointe à la Ville de Marseille déléguée aux luttes contre les discriminations, Marie Batoux, entre la libération de la parole et la hausse des violences : « Que ça soit de manière anonyme sur les réseaux sociaux avec une violence verbale ou des violences physiques comme on peut le voir, c’est en augmentation. »

    Côté terrain, il insiste sur un grand « manque de prévention » qui pourrait réduire ces violences. « Le gouvernement, via la Dilcrah [Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT Ndlr], a mis une certaine pression sur les différentes plateformes et sites de rencontre pour mieux protéger de ces actes. Mais il faudrait des campagnes qui s’adressent à un plus grand public, pour expliquer que les guets-apens dont on parle peuvent s’étendre à tout le monde », développe-t-il.

    Celui qui « intervient en milieu scolaire » insiste sur la nécessité d’une « sensibilisation » aux questions de harcèlement ou de consentement, par exemple via le programme Evars (Éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité). « Il n’y a pas assez de volonté politique », martèle-t-il, visant « le rôle de l’État ».

  • « Il faut travailler sur toutes les formes de discrimination »

    « Il faut travailler sur toutes les formes de discrimination »

    Si elle note que « beaucoup de choses ont été réalisées lors de la 1ère mandature », citant notamment la mise en place du Centre LGBTQIA+ en 2023, elle souhaite en premier lieu « établir avec les associations une feuille de route pour définir les priorités » et veut faire un « gros travail de diagnostic à faire avec les acteurs concernés ». « Il faut accompagner, renforcer l’accompagnement et écouter l’ensemble du tissu associatif, que la Ville les accompagne sur leurs propres diagnostics », développe-t-elle. Sur les guets-apens homophobes spécifiquement, elle analyse : « Ce qui est très inquiétant c’est la libération de la parole que permettent la présence et les propos d’élus du Rassemblement national. Ce côté masculiniste qu’ils enclenchent ouvre la porte à ce genre de violences, de guets-apens qu’on a connus y compris à Marseille. »

    Une « libération de la parole » qui contribue à ses yeux, plus ou moins directement, à « légitimer des groupes masculinistes très actifs sur les réseaux sociaux et légitimer leurs paroles qui posent vraiment question, sur la place des femmes dans la société ou pour les minorités genrées… ». Concrètement, elle a dans le viseur deux points : « Permettre d’avoir des politiques éducatives qui travaillent sur les formes de discrimination » et « sanctuariser les lieux safe ».

  • « Ce qui change, c’est surtout la violence des agressions »

    « Ce qui change, c’est surtout la violence des agressions »

    « Le fait que les premiers procès pour guet-apens aient été médiatisés et qu’il y a des condamnations, ça freine un petit peu ces agressions. » Pour la militante, cette exposition médiatique enlève l’un des ressorts de ce type d’agression : « Les agresseurs partent du principe que les personnes LGBT vont moins porter plainte parce qu’elles ont peur d’être jugées, d’autant que les guets-apens se passent souvent par des sites où l’on parle de sexe. C’est donc parfois compliqué pour les victimes d’en parler. Mais certains le font et il y a des condamnations. »

    Une forme d’agression homophobe dont le Var est cependant, d’après la porte-parole, quelque peu épargné : « On n’a pas énormément de cas dans la région », affirme-t-elle. Bien que le nombre d’actes homophobes reste stable sur son territoire, « ce qui change, c’est surtout leur violence », note-t-elle. Syndrome pour Elsa Nardini d’un retour de bâton face aux avancées sociales qu’ont pu avoir les personnes LGBTQIA+ et à leur visibilisation. Une violence décuplée également par des discours masculinistes et un manque d’éducation des jeunes sur ces questions. « Le programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (Evars) est bien, mais on mentionne bien trop tard la question de genre, seulement en seconde », déplore-t-elle.

  • Condamnés pour guets-apens homophobes

    Condamnés pour guets-apens homophobes

    Triste télescopage d’actualité à caractère homophobe ce jeudi après-midi au tribunal judiciaire d’Avignon. « C’est effarant », glisse-t-on, perplexe, au parquet à la vue de ces affaires. En comparution immédiate, trois personnes étaient prévenues pour avoir, le 30 mars dernier à Bédarrides, volé le véhicule de la victime dans le cadre d’un rendez-vous fixé sur une application de rencontres pour homosexuels. Si l’affaire a été renvoyée, les faits sont qualifiés de vol avec violences, commis en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre de la victime.

    Une caractéristique que l’on retrouve dans une autre affaire, qui a occupé les débats pendant 3h30. D’abord présentés en comparution immédiate le 23 février dernier, trois prévenus étaient jugés ce jeudi, dont deux, les frères Ayoub et Kaysse A., avaient depuis été placés en détention provisoire. Un aspect qui a permis à l’audience de se tenir, malgré la nouvelle demande de renvoi par les avocats en grève. « Le délai d’expiration de la détention est proche », justifie la présidente Céline Simitian. Les deux frères étaient poursuivis pour « violences aggravées suivies d’incapacité n’excédant pas 8 jours » et « extorsion commise en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre de la victime ». À leur côté, Mohamed K., connu au collège, comparaissait sous contrôle judiciaire avec des faits finalement requalifiée en complicité, uniquement sur l’une des trois agressions pour lesquelles l’affaire est jugée.

    Le 8 janvier à Vedène puis, deux fois, le 31 janvier à Avignon, Ayoub (20 ans) et Kaysse A. (19 ans) sont suspectés d’avoir organisé des guets-apens contre des personnes homosexuelles rencontrées sur l’application Romeo. Mohamed K. (20 ans) est uniquement présenté comme étant l’auteur d’une vidéo du 31 janvier. Seulement deux des trois victimes se sont constituées parties civiles et une seule était représentée à l’audience par son avocate, Me Christelle Elineau-Yannakis. « Mon client a honte et il est terrorisé à l’idée des représailles », fait-elle valoir.

    Après avoir délibéré pendant près d’une heure, le tribunal a reconnu coupable Ayoub et Kaysse A. les condamnant à la même peine de 4 ans de prison, 2 ferme et 2 de sursis probatoire avec notamment obligation de soins et de travail [leurs parents ont présenté des promesses d’embauche]. Mohamed K, échappe, lui, au mandat de dépôt malgré une peine de 6 mois ferme, aménageable sous bracelet électronique. Il est condamné à 18 mois de prison dont 12 de sursis probatoire. Le fait qu’il soit scolarisé et « n’ait été qu’un intermittent du spectacle qui a reconnu sa présence », selon son avocat Jalil-Henri Amar, a joué en sa faveur. La procureure, Cécile Charrière, avait requis une peine commune aux deux frères de 5 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire et de 3 ans dont 1 an de sursis probatoire pour Mohamed K. « Comparer l’homosexualité à la pédophilie, c’est insoutenable, je ne pensais pas que c’était encore possible en 2026 », pointe la procureure.

    « Sale pédé », des vidéos accablantes diffusées

    Car c’est là le cœur de l’affaire, utiliser un faux profil sur un site de rencontres et tendre un piège ensuite à la victime qui est molestée par plusieurs personnes cagoulées. « Sale pédé », entend-on dans plusieurs vidéos diffusées à l’audience. En garde à vue, Ayoub A a déclaré que « tous les pédés sont des pédophiles » et qu’ils « devraient être en prison comme dans d’autres pays ». Ce jeudi devant le tribunal, le mutisme règne. Considérés comme pénalement responsables de leurs actes par une expertise psy, Ayoub est bien en peine d’expliquer ces gestes. Tantôt dans le déni, les dénégations de propos en garde à vue, ou préférant « garder le silence », il est souvent à peine audible et multiplie les « je sais pas », aux questions de la présidente. Son frère est un peu plus loquace mais tout aussi confus sur les circonstances qui les ont poussées « à s’ériger en justiciers envers des gens qui n’ont rien fait d’autre que d’être différent de vous », selon l’expression de la présidente.

    À tour de rôle, la fratrie explique s’être nourrie des réseaux sociaux et de vidéos où des policiers américains piègent des pédophiles. « Ils font partie de la meute mais ne sont pas les chefs de bande », plaide en défense Isabelle Cuilleret, rejetant sur les réseaux sociaux le mauvais rôle. Très loin du cas vauclusien où aucune preuve de pédophilie n’existe sur les victimes et « surtout vous n’êtes pas policiers, formés et autorisés à agir », appuie Céline Simitian. Du bout des lèvres, les accusés tentent une tardive prise de conscience. « Je n’ai rien contre les homos, ce n’est pas bien ce qu’on a fait », confesse Ayoub. Tous ont dix jours pour faire appel.

    CHIFFRES

    186

    C’est le nombre d’agressions physiques LGBTIphobes en France, rapporté à l’association SOS Homophobie, dans son rapport pour l’année 2025. 67% des victimes sont des hommes, suivi de 15% pour les femmes puis 8% pour les femmes trans.

    66%

    C’est le pourcentage d’agressions qui relèvent des « coups et blessures ». Pour les autres types, d’agressions, c’est 16% de « crachats et jets d’objets», 8% d’agressions sexuelles ou encore 4% de viol ou tentative de viol.

    6/10

    SOS Homophobie note que 6 fois sur 10, l’agresseur est un homme ou un groupe d’hommes. D’où l’analyse de l’association : « Agresser les personnes LGBTI semble être l’apanage des hommes ».

  • Océan sensibilise les collégiens sur la question du genre

    Océan sensibilise les collégiens sur la question du genre

    Le sexe et le genre : deux choses très connexes mais qui ne sont pas exactement les mêmes. Le sexe est ce qui est déterminé biologiquement. Le genre, c’est la culture, l’ensemble des rôles, comportements et représentations d’une société. » C’est en ces mots qu’Océan introduit sa « Petite Conférence », que l’on pourrait qualifier d’ébauche de son futur spectacle (qu’il jouera à partir de mars 2026) adaptée à un jeune public sur proposition de la scène nationale Châteauvallon-Liberté, coproducteur de son spectacle.

    Détruire les idées reçues

    Pendant près d’une heure, l’artiste de 48 ans, qui a fait son coming out trans en 2018, répond, dans un discours emprunt de sociologie, de biologie, d’histoire et d’anthropologie, à un certain nombre de questions liées au genre et à la transidentité, en se mettant à hauteur de vue d’un adolescent de 14 ans. Définition de termes tels que « LGBTQIA+ » ou « cisgenre », récits historiques concernant des personnes transgenres (à l’image de Jeanne d’Arc, pourtant « symbole de l’extrême droite », tel qu’il le souligne) et des sociétés non-binaires, transposition des questions de genre au milieu du sport… Océan a balayé un large spectre, terminant sa représentation par une comparaison entre animaux et humains, tant sur le plan biologique que sexuel, de nombreuses espèces (comme le lion, certains poissons, le manchot…) ne pouvant être considérées comme cisgenres et hétérosexuelles.

    Objectif : faire comprendre que le genre est un construit social, et pas un fait uniquement biologique. « J’ai nourri cette conférence en écrivant mon spectacle. C’est de la vulgarisation scientifique, je voulais faire une sorte de boite à outils », détaille l’artiste. « L’idée est d’avoir un spectacle pédagogique et ludique, notamment dans des régions où on vote RN [sourire]. Et pour des jeunes aussi, qui n’ont pas accès au théâtre ou à ces infos. » D’autant plus intéressant pour détruire les préconçus : « On a pris des arguments récurrents : “c’est la mode”, “ça n’existait pas avant”… Vous voulez aller sur ce terrain ? Allons-y ! Cela donne aussi des ressources aux personnes queers, ce sont des discussions importantes pour leur donner de la force. »

    Du côté du collège, Céline Lico, professeure de français au collège et référente égalité et culture, se réjouit de cette intervention, qui « a confronté les élèves au spectacle vivant et aux questions de genre, abordées de manière très ponctuelles dans les programmes. C’était quelque chose qui n’était pas possible avant et qui a marginalisé beaucoup de monde. Les élèves ont besoin d’être représentés dans leur diversité. Nommer les choses c’est les faire exister ».

  • [Entretien] Julien Pontes : « C’est aux instances du football d’assumer leurs responsabilités »

    [Entretien] Julien Pontes : « C’est aux instances du football d’assumer leurs responsabilités »

    La Marseillaise : Quel constat établissez-vous au sujet de l’homophobie dans le football français ?

    Julien Pontes : On dénonce des faits d’homophobie dans les stades depuis 2016. Sur ces deux, trois dernières années, on n’a jamais eu autant de faits d’homophobie qu’on a pu matérialiser par des vidéos très explicites, où on entend des chants homophobes. Je rappelle qu’une injure homophobe est punie d’un an de prison et 45 000 euros d’amende, et certaines relève de la provocation à la haine et de l’incitation au meurtre. Ce sont des qualifications pénales très graves. Et, malgré notre travail de matérialisation accablante de ces faits d’homophobie systématique, il n’y a pas de sanction de la part de la Ligue de football professionnelle (LFP) comme elle devrait en application du règlement. La situation n’est pas tenable, en l’état, et on ne voit aucun signe de volonté de faire plus de la part de la LFP. C’est bien beau d’avoir des droits pour les minorités et pour les LGBT. Mais, si ces droits ne sont pas respectés, ça ne sert à rien. Il faut de l’effectivité dans les droits. Il ne faut pas juste que ce soit réservé au Code pénal ou au Code du sport, il faut que ce soit appliqué sur le terrain.

    Au terme de vos échanges avec la députée Danielle Simonnet (L’Après), cette dernière a décidé, en septembre dernier, de porter, avec 32 autres députés, une proposition de loi visant à responsabiliser les clubs pour mettre fin à l’homophobie dans le football. Pourquoi s’attaquer directement aux clubs et non aux supporters concernés ?

    J.P. : Il faut quand même bien distinguer deux responsabilités : la responsabilité individuelle pénale de l’auteur d’un chant homophobe et la responsabilité administrative d’un club à qui on confie l’organisation d’un événement sportif. On considère que c’est d’abord aux instances du football d’assumer leurs responsabilités, avant de s’en prendre à des supporters qui ne sont quelquefois même pas informés des conséquences pénales de leurs actes. Une fois que le travail de prévention et de sanction contre les clubs aura été fait, ça provoquera des prises de conscience parmi les supporters. À ce moment-là, quand le travail d’information, de prévention, aura été fait correctement, on pourra s’intéresser de plus près à la responsabilité pénale des auteurs de chants homophobes. Mais, en l’état actuel de la loi et du Code du sport, il n’y a pas, de manière explicite, une obligation de résultat des clubs par rapport à la bonne organisation et au bon déroulement des matches, ce qui concerne la sécurité des matches. Cette obligation de résultat est d’ailleurs affirmée par le Conseil d’état et qu’il faut simplement la codifier dans la loi.

    Est-ce que cette proposition de loi vaut également pour d’autres discriminations ?

    J.P. : Cette loi concerne les obligations de résultat des clubs par rapport à l’ensemble des discriminations. Mais il se trouve que les faits de racisme, les saluts nazis, donnent lieu plus systématiquement à des sanctions disciplinaires et à des poursuites en justice par les clubs, comme ça a été le cas pour Nancy ou pour l’OGC Nice. Il y a moins de problèmes à prendre position publiquement pour des faits de racisme que pour des faits d’homophobie. Je prends l’exemple de Benoît Payan, maire de Marseille et propriétaire du Stade Vélodrome. Il a pris la parole publiquement pour dénoncer l’odieux chant raciste « les rats » des supporters parisiens, mais n’a jamais pris la parole pour dénoncer l’homophobie dans le football.

  • Delga dénonce les propos « insultants » du RN

    Delga dénonce les propos « insultants » du RN

    Le 25 septembre, le député du Rassemblement national de Moselle Laurent Jacobelli a posté une vidéo après avoir visité le mémorial, à l’occasion de la journée nationale d’hommage aux harkis. Dans celle-ci, il reproche aux « Département et la Région » d’avoir fait du Mémorial « un temple du wokisme » où l’on « propose des expositions sur l’Ouganda, sur les LGBT, sur tout et rien, pour diffuser une pensée de gauche et pro-migrants » et où « on ne parle plus des harkis ».

    Michèle Martinez, députée RN des Pyrénées-Orientales, a confirmé le même jour qu’au Mémorial, « le passé harki est parfois invisibilisé par d’autres mémoires  », sans préciser que celui-ci n’avait pas été créé pour la mémoire des harkis mais pour l’ensemble des populations passées dans ce camp dont des Républicains espagnols qui ont fui le franquisme, des Juifs envoyés ensuite à Auschwitz, des migrants, des homosexuels ou des Tsiganes…

    Ces propos ont rapidement fait réagir plusieurs historiens qui ont dénoncé les mensonges de l’élu d’extrême droite, puisque l’exposition permanente par exemple traite largement des 22 000 harkis passés dans ce camp. Carole Delga s’est également émue de ces propos et a dénoncé des « propos indignes et haineux ». « Méconnaître l’Histoire est une chose, la salir en est une tout autre. Par ses propos indécents et insultants, Laurent Jacobelli témoigne tout à la fois de sa profonde ignorance de l’Histoire des Pyrénées-Orientales et de celle de la France, comme de son irrespect envers celles et ceux qui ici, à Rivesaltes, ont connu les heures les plus sombres de notre pays », a précisé la présidente socialiste de la Région.

    Dans un communiqué cosigné avec Hermeline Malherbe, la présidente du Département des Pyrénées-Orientales, Carole Delga réaffirme son soutien « aux équipes pour le travail remarquable qu’elles mènent » et ajoute : « Réécrire une partie de ce passé, en nier sa réalité mémorielle et scientifique comme l’a fait Laurent Jacobelli, porte un nom : provocation à la haine et à la discrimination. Tout cela dans quel but ? Falsifier l’Histoire pour fracturer la société française. Autant de méthodes qui rappellent la dangerosité du Rassemblement national, son histoire et ses idées d’extrême droite. »

  • [Entretien] Nicky Doll : « Le drag est avant tout un art vivant »

    [Entretien] Nicky Doll : « Le drag est avant tout un art vivant »

    La Marseillaise : jeudi 21 août a eu lieu le tournage de la finale de Drag Race France All stars. Comment était l’ambiance ?

    Nicky Doll : La finale était incroyable. Je pense que les fans vont adorer. Parce que c’est tout ce qu’on a déjà vu en dix fois plus gros, dix fois mieux. Et le niveau est très, très haut cette année.

    L’émission Drag Race est arrivée en France en 2022 et a, depuis, enchaîné les saisons et les tournées de spectacle. Visibiliser l’art du drag contribue-t-il à faire évoluer les mentalités en France ?

    N.D. : Apporter des exemples de vie et créer une proximité pour que les gens puissent vraiment se faire une idée de ce que c’est le drag, les personnes queers et l’art queer, forcément, ça aide à faire avancer les mentalités. Après, je pense qu’en France, on peut avoir beaucoup de problèmes, mais s’il y a bien quelque chose que les Français ont, c’est la curiosité. Et ça se ressent, parce que les gens qui viennent nous voir, ce ne sont pas uniquement des gens de la communauté. En France, on aime l’art en général, donc on vient, on est curieux. Et je suis content de voir que plein de gens ont été assez curieux pour venir découvrir ce qu’on fait.

    Votre nouvel album « Apollo-Artémis », qui sortira le 5 septembre, a un côté clair symbolisé par le dieu grec des arts et un côté obscur, incarné par la déesse de la chasse. Pourquoi avoir fait ce choix ?

    N.D. : C’est important pour moi de montrer qu’à l’intérieur de moi, il y a une dualité. J’ai une part de féminité et une part de masculinité. Apollon et Artemis sont des jumeaux divins. Ils sont nés au même moment. Et j’ai un côté très solaire, tant musicalement qu’en termes de personnalité. En même temps, j’ai un côté un peu plus dangereux, un peu plus femme fatale. Il y a différentes chansons pour différents types de moments dans la journée ou dans la vie.

    L’album invite les auditeurs à s’accepter tels qu’ils sont et montre que l’identité peut être fluide. Est-ce un message facile à porter dans un contexte de montée de l’extrême droite ?

    N.D. : Je pense que maintenant plus que jamais, il faut porter ce message parce qu’on a l’impression qu’on était beaucoup plus ouverts d’esprit il n’y a pas si longtemps, et que là, on est en train de revenir en arrière. C’est très important de continuer à parler haut et fort d’amour-propre et d’acceptation de soi. En fait, on n’a pas forcément besoin d’être macho si on est un homme, ou d’être une lolita si on est une femme. Je pense qu’on est tous beaucoup plus complexes que ce que la majorité veut bien admettre. C’est très important de justement montrer à la nouvelle génération, qui est née avec la montée de l’extrême droite, qu’il y a aussi du pouvoir et de la beauté à s’affirmer et se battre pour ce qui est important.

    Vous êtes née à Marseille et avez passé votre adolescence à Tanger, au Maroc. Selon vous, où en est-on de l’acceptation des personnes queer autour du bassin méditerranéen ?

    N.D. : Ça dépend où. Par exemple, je pense qu’il y a, en Espagne, une ouverture d’esprit beaucoup plus prononcée. Après, il y a encore du travail, notamment dans les pays du Maghreb. Pour y avoir vécu, il y a énormément de personnes queers au Maroc, mais il y a une pudeur. Il y a aussi le danger de se faire arrêter, parce que ce n’est pas légal. Et donc, je pense qu’il faut encore continuer à humaniser nos vies, nos témoignages, pour que les personnes puissent se rendre compte qu’on naît juste comme ça. Et puis, il faut laisser les gens tranquilles.

    Pour la première fois en France, cet été, des viewing parties (rassemblements pour regarder l’émission) ont eu lieu dans un cinéma à Marseille. À vos yeux, est-ce un moyen pour les personnes queer de se réunir dans des safe spaces (refuge, espaces sûrs) ou bien Drag Race est-il devenu plus largement un événement populaire ?

    N.D. : La viewing party, c’est un moyen de se créer une communauté, des amis autour d’un programme qui nous passionne. Ça permet aussi d’aller voir du drag parce que c’est avant tout un art vivant, ce n’est pas qu’une émission. Généralement, on regarde l’épisode, et ensuite, on regarde des artistes performer. C’est clairement un safe space pour les queers, mais aussi pour beaucoup d’alliés. Il y a énormément de femmes, par exemple, qui préfèrent venir dans nos milieux parce qu’elles ne vont pas se faire agresser ou embêter par des hétéros un peu trop en rut. Et il y a des hommes hétéros qui viennent avec leurs copines, ils découvrent l’émission et ils l’adorent.

    Vous performez partout dans le monde, notamment à New York où vous êtes basée. Depuis les États-Unis, comment avez-vous perçu l’élection de Trump et, notamment, sa croisade contre les personnes transgenres ?

    N.D. : Ça a été une déception totale de voir qu’il était élu à nouveau. Je pensais qu’on avait appris de nos erreurs et que ça n’arriverait plus jamais. Surtout, ça a permis de me motiver et d’être hyper actif en essayant justement que ça n’arrive pas ici, qu’on ne fasse pas les mêmes erreurs en France. Parce que je vois à quel point ça a des répercussions néfastes sur le pays. Il a été élu il y a à peine six mois et il y a déjà tellement de choses qui ne vont pas. Donc si on venait à faire la même chose en France, ça serait catastrophique.