Tag: Le Grau-du-Roi

  • Un potentiel d’un million de m3 d’eau réutilisée pour la Camargue

    Un potentiel d’un million de m3 d’eau réutilisée pour la Camargue

    Pour l’heure, l’étude, dont les premiers résultats ont été présentés début février 2026, n’est pas encore rendue publique et reste dans les tiroirs des élus de la communauté de communes de Terre de Camargue. Lancée sous la présidence de Robert Crauste, elle doit désormais être analysée par les nouveaux élus de la communauté de communes.

    Car avec la défaite de Robert Crauste (DVC) battu par Charly Crespe (DVD) aux dernières élections municipales au Grau-du-Roi, l’intercommunalité, composée également d’Aigues-Mortes et de Saint-Laurent-d’Aigouze, a vu son conseil renouvelé. C’est le maire de cette dernière, Thierry Féline (DVD), jusqu’ici en charge du développement économique, qui a récupéré la présidence et devra prochainement se prononcer sur les investissements à réaliser pour une gestion durable de l’eau.

    Comme un peu partout en Occitanie, la ressource en eau se raréfie en Terre de Camargue sous l’effet du dérèglement climatique. Au-delà des questions agricoles et de la préservation des milieux naturels, ce sont les enjeux d’approvisionnement en eau liés à l’afflux touristique qui sont étudiés. En effet, la population du Grau-du-Roi est multipliée par 14 durant la période estivale, passant de 8 500 habitants l’hiver à 120 000 l’été. Pour répondre à ces besoins, la collectivité assure l’ensemble du cycle de l’eau : alimentation en eau potable, assainissement collectif et non collectif, collecte des eaux pluviales et protection des milieux aquatiques.

    C’est donc dans ce contexte que la communauté de communes a lancé une étude pilotée par le bureau d’études Ecofilae associé à BRL Ingénierie afin de mener un projet de réutilisation des eaux usées traitées (REUT). Ce projet n’est d’ailleurs pas nouveau : les communes du territoire réfléchissent à la manière de réutiliser les eaux usées depuis 2007.

    Résultats encourageants

    Cette étude s’appuie donc sur la station d’épuration
    intercommunale du Grau-du-Roi, capable de traiter l’équivalent de 100 000 habitants. Aujourd’hui, elle rejette ses eaux traitées vers des lagunes avant leur arrivée en milieu naturel. Si l’étude dresse un bilan des usages actuels, domestiques et agricoles, elle identifie aussi des scénarios possibles de réutilisation des eaux usées traitées en sortie de station.

    Les résultats, jugés comme un « potentiel intéressant », dessinent un scénario où il serait possible de réutiliser 200 000 m³ d’eau par an pour l’irrigation agricole. Jusqu’à un million de m³ est même envisagé pour des usages plus larges, dont potentiellement des usages liés à l’eau potable. Cela représente ainsi près de 30% de la consommation en eau du territoire. « Ce serait alors une première en France si ce scénario était poursuivi », souligne l’étude. La station graulenne pourrait ainsi réutiliser jusqu’à 40% de l’eau qu’elle traite (2,5 millions de m³). Une prouesse d’autant plus prometteuse que l’un des facteurs locaux à prendre en compte reste la salinité de l’eau, qui demande un traitement différent.

    Si les coûts d’un tel projet n’ont pas encore été dévoilés – ce qui devrait être déterminant dans la décision pour engager des investissements -l’intercommunalité confirme que cette étude « permet de juger des opportunités, des contraintes techniques, des coûts et des bénéfices d’une telle stratégie » afin « d’anticiper et de préparer des solutions robustes face à des tensions sur la ressource, tout en respectant les équilibres environnementaux et les usages locaux ».

  • Le Grau-du-Roi : une commune littorale au bord de la saturation

    Le Grau-du-Roi : une commune littorale au bord de la saturation

    Le Grau-du-Roi (8 700 habitants à l’année) n’est pas une commune comme les autres : en saison, la ville peut accueillir jusqu’à 120 000 lits touristiques, tandis qu’elle compte près de 20 000 résidences secondaires. Un modèle économique qui fait vivre la station… mais qui écrase le quotidien des habitants permanents. Particularité : la bataille se joue surtout entre listes situées à droite et à l’extrême droite

    À la tête de « Gardons le Cap », Robert Crauste (maire depuis 2014, sans étiquette) met en avant un bilan d’investissements et une gestion jugée solide, annonçant 14 M€ d’investissements au budget. Il promet de poursuivre la rénovation du centre ancien, les pistes cyclables, une coulée verte, un nouvel hôtel de police municipale, et un projet emblématique : parking silo au-dessus de halles gourmandes sur la zone portuaire. Sur le logement, il revendique 1 000 logements produits en deux mandats et de nouveaux programmes (maisons, locatifs, écoquartier), ainsi qu’un projet de 100 lits pour saisonniers.

    Sortir de la carte postale

    Mais le cœur de la campagne est ailleurs : la difficulté à vivre au pays de la carte postale. Loyers exorbitants, fracture depuis le Covid, absence d’encadrement : les témoignages s’accumulent et la colère monte chez les habitants à l’année. Pour les candidats, l’enjeu est clair : garantir un droit à la ville et empêcher la commune de devenir un dortoir saisonnier.

    En face, Charly Crespe (DVD), opposant depuis 2020, mène la liste « Agir avec bon sens et respect ». Il mène sa campagne sur les promesses non tenues, notamment sur la santé. Alain Guy (sans étiquette, ancien de l’UDR) fait de la sécurité et du stationnement ses priorités, dénonçant le « béton ». Bernard Luciani (RN-UDR) avance une « liste de compétences », axée sur sécurité et économie. Derrière les postures, une question tranche : quelle ville pour celles et ceux qui y travaillent et y vivent toute l’année ?

  • La drague Hydromer bientôt plus écolo en Occitanie

    La drague Hydromer bientôt plus écolo en Occitanie

    C’est une première mondiale. La drague Hydromer, ce navire destiné à l’entretien des fonds des trois ports propriétés de la Région à Sète-Frontignan, Port-la-Nouvelle et au Grau-du-Roi, va bénéficier d’ici septembre 2026, de l’installation à son bord de la technologie hydrogène.

    En 2024, le navire a remplacé le Cap Croisette qui a pris une retraite bien méritée après 47 ans de nettoyage.

    -20% d’émissions de CO2

    Pour rappel, la Région avait initié en 2021 la construction du navire Hydromer dans le cadre du renouvellement de sa flotte de navires et afin de poursuivre la réduction de l’impact environnemental des activités portuaires. Il avait été mis en service en septembre 2024 et fonctionnait à l’énergie électrique, bien que conçu pour fonctionner à l’hydrogène. Une solution temporaire en attendant la mise en production de l’usine Hyd’Occ de fabrication d’hydrogène vert à Port-la-Nouvelle. L’Hydromer sera équipé de la technologie durant l’été.

    À terme, la Région annonce 20% d’émissions de CO2 en moins et zéro émission au port ou au mouillage, soit 700 tonnes de CO2 non rejetées dans l’atmosphère par an.

    Depuis sa mise en service, l’Hydromer a dragué 440 000m3 de sédiments dans les ports de la Région, soit l’équivalent de 150 piscines olympiques.

  • [Entretien] Jean-Marc Groul : « Les canicules marines sont plus fréquentes, plus longues et plus intenses »

    [Entretien] Jean-Marc Groul : « Les canicules marines sont plus fréquentes, plus longues et plus intenses »

    La Marseillaise : Dans quels cas parle-t-on de canicule marine ?

    Jean-Marc Groul : Il faut bien faire la différence entre le réchauffement climatique dû au réchauffement global de la planète, qui est quelque chose de lent et continu (0,4 degré en 10 ans environ) et les canicules marines, qui sont des phénomènes exceptionnels et ponctuels. On parle de canicule marine lorsque la température moyenne de la mer est dépassée d’environ 5 ou 6 degrés pendant une période d’au moins 5 à 6 jours. La canicule marine est le plus souvent liée à une canicule terrestre, les fameux dômes de chaleur comme on a eu cette année. La canicule qui a eu lieu fin juin-début juillet était de ce point de vue caractéristique : les nuages ne faisaient pas trop écran, il n’y avait pas de vent donc il y avait une énorme masse de chaleur au-dessus de la mer, qui a transmis, sur les 50 premiers mètres d’eau, une température très forte (l’eau était à 29,5°C).

    Fin juillet, c’est le phénomène inverse qui s’est produit : le thermomètre n’affichait plus que 17,5°C à la surface de la Méditerranée. Comment l’expliquer ?

    J.-M.G. : Ce qui arrête la canicule, c’est un mécanisme appelé « upwelling », dû au vent. Dans le golfe du Lion, la tramontane et le mistral ont une fonction très importante qui est de brasser les eaux. Sous l’effet de ces vents, les eaux de surface s’éloignent au large, celles de profondeur, plus fraîche, remontent. Ce mélange est essentiel à la vie de la Méditerranée. Lorsque la tramontane s’est levée, ce phénomène bien connu ici s’est produit et l’eau a plongé en température, ce qui a stoppé l’épisode de canicule. S’il n’y avait pas eu ce gros coup de tramontane, ça aurait été une catastrophe. Mais c’est propre au golfe du Lion. Au large de la Corse ou aux Baléares, la canicule marine peut s’installer et être beaucoup plus sévère.

    Globalement, les canicules marines sont plus fréquentes, plus longues et plus intenses. On sait, grâce à des études très poussées, que le réchauffement climatique de la planète est responsable de plus de 80% des canicules marines. Il y a 40 ans, il y avait une canicule par an sur une zone précise. Depuis quelques années, il y en a sur tout le bassin méditerranéen et c’est 2, 3 ou 4 fois par an. C’est très préoccupant.

    Quelles sont les conséquences de ces canicules sur la biodiversité marine ?

    J.-M.G. : C’est dans les cinquante premiers mètres d’eau depuis la surface que l’impact de la canicule se fait sentir. Lorsque le décalage de température entre la surface et les profondeurs devient trop important, une séparation complète se produit : les deux zones ne se mélangent plus, un peu comme de l’eau et de l’huile. L’eau chaude reste au-dessus, l’eau froide en dessous. Or le mélange de l’eau est vital, car les eaux de surface apportent l’oxygène en bas grâce au brassage et les eaux du bas apportent les éléments minéraux pour enrichir les eaux de surface pour le plancton.

    Les espèces impactées sont celles qui se trouvent dans les 50 premiers mètres et ne peuvent pas aller plus profond. La plupart des animaux marins sont des animaux à sang froid, ce qui signifie que leur température se calque sur celle du milieu, quand celle du corps humain, par exemple, se régule. Si bien que si la température idéale pour un animal est de 20°C et qu’il fait 30°C, à moins qu’il ne puisse plonger, il meurt. Les animaux les plus menacés sont donc tous les animaux fixés : éponges de mer, gorgones, bivalves (moules, etc.), herbiers, notamment de Posidonie. Mais aussi le plancton, qui évolue essentiellement dans ces fameux 50 premiers mètres. Il y a des études menées par des scientifiques qui suivent des zones bien délimitées. Deux mois après une canicule marine, ils vont constater les dégâts : certaines zones sont entièrement détruites, comme s’il y avait eu un incendie sous-marin.

    La Méditerranée recouvre 1 à 1,5% de la surface des océans et elle contient près de 10% de la biodiversité mondiale. C’est une mer extrêmement riche. Cette biodiversité va être mise à mal, on le sait. Car les espèces qui y vivent sont adaptées à des eaux tempérées, pas tropicales. Pour autant la vie ne va pas disparaître, ça va laisser la place à des espèces qui aiment les eaux plus chaudes. Ces espèces qu’on appelle invasives ou exogènes. Elles peuvent trouver des conditions de vie assez exceptionnelles car certaines n’ont pas de prédateurs, comme par exemple le poisson-lion. Elles peuvent alors envahir le milieu.

    Ce dérèglement imposé à la mer par le réchauffement climatique entraîne-t-il d’autres perturbations ?

    J.-M.G. : Outre la perte de biodiversité, il faut aussi s’attendre à une perte de production pour certaines régions au niveau de la pêche (le Giec dit qu’il va y avoir près de 30 % de diminution selon les endroits, d’ici 2050) ainsi qu’à la multiplication des tempêtes, typhons, épisodes cévenols… Car toute cette chaleur accumulée, à un moment, ressort. Tout ça parce qu’on ne respecte rien… Les accords de Paris n’ont pas été respectés du tout, le 1,5 degré de plus est déjà dépassé. Les jeunes qui se lancent aujourd’hui dans la biologie marine vont passer leur carrière à constater cet énorme changement. Ça dure depuis des millénaires et là, en quelques dizaines d’années, peut-être une centaine, il va y avoir un bouleversement comme on n’en a jamais connu, qui a déjà commencé.

    Comment faire pour le contenir ?

    J.-M.G. : La seule façon de limiter ça, car on ne peut plus l’empêcher, c’est d’enfin prendre au sérieux le réchauffement climatique et d’appliquer les solutions qui avaient été préconisées. On sait quoi faire, mais on ne l’applique pas. La seule chose qu’on peut recommander à notre échelle, nous biologistes, c’est la mise en place d’aires marines protégées. Là non plus les accords ne sont pas respectés. On s’était engagé à ce qu’il y ait 30% de ces aires à l’horizon 2030. On en sera très loin. Et la plupart de celles qu’on déclare protégées ne le sont pas (moins d’1% le sont vraiment). Or il est plus facile de subir un réchauffement et surtout une canicule marine au milieu d’herbiers, de gorgones, de tout un milieu que sur un rocher nu. Les aires marines protégées sont des endroits très riches et là-dedans, le même poisson, même s’il souffre de la température, sera beaucoup plus apte à lutter et être résilient que dans un endroit surexploité, surpêché, pollué.