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  • [Entretien] Alban Desoutter : « La liberté d’expression doit prévaloir pour tous »

    [Entretien] Alban Desoutter : « La liberté d’expression doit prévaloir pour tous »

    La Marseillaise : Pourquoi la sanction contre Julien Thery vous semble-t-elle injuste ?

    Alban Desoutter : Il a relayé un texte critique d’une tribune pro-Israël parue dans Le Figaro en appelant au boycott d’une liste de personnalités signataires. Chaque fois qu’on s’en prend à des relais de l’État d’Israël, il y a cette accusation bien rodée et assumée d’une assimilation à de l’antisémitisme. C’est l’argument numéro 1 utilisé contre des associations ou LFI.

    Tout de même prétendre que Yvan Attal, Michel Boujenah ou Arthur seraient des « génocidaires » parce qu’ils se font des relais de l’État d’Israël, semble disproportionné, non ?

    A.D. : On peut discuter sur le fait qu’il puisse y avoir des complicités et les relais chez les personnalités mais cela fait partie du débat même si les termes peuvent sembler polémiques. Les plus outranciers sont les partisans de l’État d’Israël. Enrico Macias a appelé à éliminer physiquement les militants de LFI [à la TV avant d’être repris et de se rétracter, Ndlr.]. À Lyon II, quelqu’un a eu des positions pour le nettoyage ethnique de la Palestine et a reçu le soutien de L. Wauquiez au nom de la liberté d’enseigner après que son cours a été perturbé par des étudiants. Il n’y a eu aucune sanction. Il y a deux poids deux mesures. L. Wauquiez a même utilisé sa position de président du Conseil régional pour faire un chantage à la subvention. Or, quand J. Thery utilise sa liberté d’expression dans le cadre d’un canal privé sur les réseaux sociaux, indépendamment de ses activités universitaires, là on le sanctionne.

    C’est pour cela que vous dénoncez une « ingérence politique » ?

    A.D. : On a un vrai problème. L’université n’est pas un forum citoyen. Les sections disciplinaires ne sont pas la démocratie participative où chacun – notamment les partisans du gouvernement israélien ou de Trump – va venir dicter à la présidence ce qu’elle doit faire. Celle-ci a cédé à la pression de L. Wauquiez avec son chantage à la subvention. La liberté d’expression doit prévaloir pour tous. Les sanctions ne peuvent intervenir que dans le cadre d’un cours où un enseignant utiliserait sa position pour tenir des thèses anti-républicaines, négationnistes ou racistes. Je ne défends pas la publication de Julien Thery. Je dénonce le fait que sa sanction est disproportionnée et sous pression extérieure. Il peut faire appel auprès du Cneser. Son cas n’est pas isolé. Il y a eu une vague de répression interne dans les universités qui ont toujours eu une tradition de liberté. J’ai moi-même en tant que chercheur subi une sanction déguisée sur mon avancement pour mes prises de position syndicales.

  • Sébastien Lecornu consulte à défaut de pouvoir gouverner

    Sébastien Lecornu consulte à défaut de pouvoir gouverner

    Un premier ministre défait devant l’Assemblée nationale, François Bayrou, a donc passé les clés de Matignon à un de ses ministres démissionnaires, Sébastien Lecornu, mercredi. L’ex-ministre des Armées, macroniste de la première heure, avait été nommé la veille par Emmanuel Macron, retranché à l’Élysée.

    « L’instabilité politique commande à l’humilité et à la sobriété », a déclaré, faussement modeste, le nouveau Premier ministre, lors de la passation entre ces deux soutiens historiques du locataire de l’Élysée, au cours d’une prise de parole de trois minutes. Un signe de fébrilité ? Au même moment, des manifestations se déroulaient sur tout le territoire dans le cadre du mouvement « Bloquons-tout » contre la politique antisociale d’Emmanuel Macron.

    « On va y arriver, il n’y a pas de chemin impossible », a ajouté Sébastien Lecornu, conscient de ne pas disposer, comme son prédécesseur, de majorité à l’Assemblée nationale.

    « Des ruptures sur le fond »

    Sans développer sa pensée, il a annoncé « des ruptures sur le fond » et des changements « dans la manière de travailler avec nos oppositions ». Il a aussi dit vouloir s’attaquer « au décalage entre la vie politique du pays et la vie réelle » qui devient « préoccupant ». Mais il n’a pas eu un mot pour le mouvement social en cours ni évoqué le prochain budget, dont les grandes lignes ont été dévoilées le 15 juillet par François Bayrou, avec 44 milliards de coupes budgétaires. C’est sur la base de cette cure d’austérité que le président du Modem a chuté, le 8 septembre, en engageant sa responsabilité devant les députés.

    Le premier geste politique du 5e Premier ministre de ce second quinquennat a été de débuter par des tractations avec ses soutiens, issus d’un « socle commun » de plus en plus fragilisé. Il a ainsi reçu, mercredi après-midi, Gabriel Attal, secrétaire général du parti Renaissance et président du groupe des députés Ensemble pour la République. En dépit de ses rancœurs envers le chef de l’État, qui l’avait débarqué sans ménagement de Matignon en décidant de dissoudre l’Assemblée nationale, le 9 juin 2024, Attal a assuré le Premier ministre, dès sa nomination, de son entier soutien : « Il est essentiel que les forces politiques se mettent autour de la table pour donner un budget à la France, assurer une stabilité pour les 18 prochains mois et garantir le respect de l’ordre dans notre pays. »

    Ont suivi dans le bureau de Matignon, Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains, ministre de l’Intérieur démissionnaire, et Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l’Assemblée nationale. Deux hommes qui représentent un parti dont la moitié des députés a refusé la confiance à Bayrou. Retailleau, qui tient à rester place Bauveau, sort affaibli de cette fronde des députés de droite.

    Dans la foulée, le nouveau Premier ministre a aussi déroulé le tapis rouge à un ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, Édouard Philippe, aujourd’hui président du parti Horizons et dont les ambitions présidentielles sont limpides. « Sébastien Lecornu me paraît avoir les qualités pour essayer d’amener autour de la table des gens qui ne feront pas exactement ce qu’ils souhaitent, mais qui pourront s’entendre pour éviter que la France aille plus mal. » a-t-il déclaré, le 9 septembre, sur TF1. Sur le fond, la politique pro-riches n’est remise en cause par aucune des formations du socle commun.

    Les gauches prêtes

    à censurer

    Pour ne pas immédiatement sauter, Sébastien Lecornu va devoir composer avec les gauches et notamment le PS. Il recevra les représentants des partis et des groupes de gauche (pour l’heure la FI ne serait pas invitée) dans les prochains jours. Si c’est pour nous dire que “tout change pour que rien ne change”, nous censurerons », prévient le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Pour arracher la passivité des socialistes, Lecornu fera-t-il des concessions ? Le choix d’Emmanuel Macron de le nommer à Matignon ne semble pas le suggérer. Quant à l’extrême droite, Jordan Bardella dit attendre « une rupture » et n’agite pas de censure a priori, mais avance l’obsession de son parti en demandant le durcissement de la politique migratoire.

    Les syndicats seront aussi reçus. Ils comptent s’appuyer sur le mouvement social, amorcé ce mercredi et qui se poursuivra le 18 septembre, pour exiger la justice sociale pour tous et la fin de l’austérité.