Tag: Langues régionales

  • Montpelhièr l’Occitana : une force pour faire vivre la langue

    Montpelhièr l’Occitana : une force pour faire vivre la langue

    Faire de l’occitan autre chose qu’un patrimoine figé. C’est le sens de la démarche portée par le nouveau collectif Montpelhièr l’Occitana, officiellement lancé lors d’une conférence de presse organisée le 5 février. Pour la première fois à cette échelle, près d’une vingtaine d’associations occitanistes – culturelles, éducatives, sportives et médiatiques – ont décidé d’unir leurs forces pour interpeller publiquement les candidats aux élections municipales de mars 2026.

    « La langue est un ensemble cohérent »

    Coordonné par Pierre-Luc Angles, membre de la Calandreta dau Clapàs et du Cercle Occitan dau Clapàs, le collectif revendique une indépendance totale vis-à-vis des partis politiques. « Nous tenons à cette indépendance. Nous sommes dans une politique d’ouverture », insiste-t-il, rappelant que l’objectif n’est pas de créer un mouvement partisan, mais de peser sur le débat public. En toile de fond, un constat partagé : l’occitan est classé « en danger de mort » par l’Unesco, alors même que les sondages récents montrent un attachement fort de la population aux langues régionales. Le texte destiné aux candidats pose les bases d’une politique transversale en faveur de la langue occitane. Six axes structurent les propositions : développement de l’enseignement public et associatif, reconnaissance institutionnelle, soutien au tissu associatif, présence de l’occitan dans l’espace public, programmation culturelle dédiée et formation des agents territoriaux.

    Sur la question scolaire, les prises de parole ont souligné l’importance d’une politique d’offre. Marie-Jeanne Verny, présidente du Creo Lengadòc, défend l’idée que « tous les enfants de Montpellier ont droit à la connaissance de la langue du pays », y compris ceux dont les familles ne la demandent pas spontanément. À ses côtés, les représentants des Calandretas rappellent que plus de 550 élèves sont aujourd’hui scolarisés en immersion occitane sur le territoire montpelliérain, preuve d’une demande sociale bien réelle. Mais pour le collectif, l’école ne suffit pas. « Si les enfants ne rencontrent pas la langue dans la société, ils font du latin », résume Marie-Jeanne Verny. D’où la nécessité de sortir de ce qu’elle appelle le « syndrome de la langue dans le bocal » : une langue cantonnée aux salles de classe, aux associations ou aux événements ponctuels.

    Cette critique traverse l’ensemble des propositions. Signalétique bilingue, annonces sonores dans les transports, communication municipale, noms de rues : autant de leviers jugés sous-utilisés à Montpellier, en comparaison avec d’autres territoires comme le Pays basque ou Toulouse. « Il faut que les enfants entendent et voient que c’est une langue vivante », martèle Alain Bessière, président du Cercle occitan de Montpellier. Le volet culturel occupe également une place centrale. Théâtre, musique, littérature, sport traditionnel : le collectif plaide pour une programmation régulière et visible, inscrite dans les cahiers des charges des équipements subventionnés.

    Au-delà des moyens financiers, les associations réclament une reconnaissance politique claire : un service dédié à la langue occitane, une délégation identifiée, un chargé de mission à temps plein, et un rendez-vous annuel avec la municipalité pour évaluer les engagements pris. « La langue, ce n’est pas un événement, c’est un ensemble cohérent », résume Marie-Jeanne Verny. Reste désormais à voir comment les candidats aux municipales répondront à cette interpellation collective, inédite par son ampleur, à quelques semaines du scrutin.

  • Marie Rouanet, une vie pour la langue et la culture occitanes

    Marie Rouanet, une vie pour la langue et la culture occitanes

    Dans les années 70, cette jeune femme bien dans son temps est d’abord une chanteuse et compositrice occitane, aux côtés des Marti et autres Mans de Breish. Mais interpréter « Lous esclops »* ne suffira pas à celle qui, née d’une famille modeste – son père était mécanicien – est devenue professeure de lettres classiques. Quand elle s’engage en 1977 sur la liste du communiste Paul Balmigère, c’est aussi – surtout ? – pour défendre la culture occitane qui peu à peu s’éteint. Elle poursuivra son mandat de déléguée au patrimoine avec le maire socialiste Alain Barrau jusqu’en 1989, puis restera dans l’opposition.

    Marie Rouanet est de celles et ceux qui ont redonné ses lettres de noblesse à la langue occitane, qui, interdite dans les écoles au début du XXe siècle, risquait de disparaître. Une noblesse et un lieu fabuleux pour lequel, avec son mari, le grand écrivain occitan Yves Rouquette disparu en 2015, elle s’est battue bec et ongles : le Cido, centre international de documentation occitane (il a changé depuis son nom en Cirdoc).

    Une femme libre

    et combattante

    Marie Rouanet avait infiniment de tendresse pour les petites gens et la capacité d’écrire leur vie, comme on peint. Elle était une sorte d’ethnologue poétique. Du Béziers populaire qu’elle connaissait si bien à Camarès dans l’Aveyron, où le couple s’était installé il y a une trentaine d’années, elle a tiré de nombreux ouvrages. Sur la cuisine, notamment, pour celle qui raconte comme personne les goûts et les odeurs. C’est à Camarès qu’elle écrit La cuisine amoureuse, courtoise et occitane (Ed Loubatières), première version du Petit traité romanesque de la cuisine. La flore, la musique et la culture occitane sont au menu de ses œuvres. Elle écrira aussi sur ses compagnons de la « nova cançon » en les présentant comme des « chanteurs de la décolonisation » des pays occitans.

    Dans les années 90, Nous les filles (Payot) lui amène une reconnaissance nationale. Mais d’autres de ses ouvrages ont dressé un panorama fin et poétique du XXe siècle dans le Midi. Du côté des hommes (Albin Michel), par exemple, où elle s’interroge sur cette fraternité qui les unit, sans les femmes. Marie Rouanet avait une connaissance profonde de la vie et des idées des petites gens. Ici c’était Les enfants du bagne (Payot), qui montre sa profonde sollicitude pour ceux qui souffrent. Elle y raconte la vie des petits martyrisés d’Aniane, dans l’Hérault, en puisant dans les archives du pénitencier pour enfants. Là, c’était Apollonie, reine du monde » (Plon), qui rapporte avec pudeur le rôle des veuves de 14-18 à travers la vie d’un hameau de l’Aubrac à partir des souvenirs d’un petit-fils d’Apollonie, Henri Jurquet.

    Marie Rouanet laisse les Occitans orphelins d’une femme libre, progressiste et combattante, chanteuse engagée, écrivaine prolifique, éternelle amoureuse de la vie. Ses obsèques auront lieu vendredi 30 janvier à 10h30 en l’église de Camarès, puis au cimetière de ce village où elle sera inhumée aux côtés d’Yves son mari et de son fils cadet.

    À son fils Laurent Rouquette, à sa famille, à toutes les personnes que ce deuil afflige, La Marseillaise présente ses plus sincères condoléances.

    Annie Menras

    * Les sabots