Inondations, sécheresses, retrait-gonflement des argiles… Le Nord et le Pas-de-Calais sont fortement exposés aux événements naturels. Et le changement climatique induit un risque supplémentaire par son amplification des phénomènes. À l’image des inondations dans le Pas-de-Calais à l’hiver 2023-2024, plus d’une fois et demie centennale. « Les dégâts causés par les catastrophes naturelles augmentent énormément comme les risques qui ne sont pas équitablement répartis entre tous les territoires, quand les Hauts-de-France sont très impactés », souligne Robin Ehl de l’ONG Oxfam France qui fait partie comme 36 autres organisations du Réseau Action Climat.
Des déconvenues
En 2025, le coût des événements naturels a atteint 5,2 milliards d’euros, soit la neuvième année la plus coûteuse pour les assureurs, selon les données de France Assureurs. Et selon son étude « Impact du changement climatique sur l’assurance à l’horizon 2050 », le coût des catastrophes naturelles pourrait doubler passant de 73,4 milliards d’euros sur la période 1989-2019 à 143 milliards entre 2020 et 2050.
Assurer le risque va devenir un gouffre, avec un impact non négligeable sur les finances des collectivités territoriales, qui en paient déjà le prix. À Blendecques (Pas-de-Calais), commune la plus touchée par les inondations de 2023-2024, avec des dégâts sur les équipements publics estimés à quatre millions d’euros, le coût de l’assurance a été multiplié par trois, passant de 47 000 à 142 000 euros par an, et la franchise multipliée par cinq. Autre déconvenue, un courrier de résiliation lui avait été envoyé par son assureur un an après les crues. Si les choses ont fini par s’arranger à Blendecques, la résiliation demeure une menace pour les collectivités. Selon une mission d’information du Sénat, 20% des 713 communes répondantes à la consultation de la chambre des territoires, ont vu leur contrat résilié à la demande de leur assurance, « avec un préavis d’un à deux mois dans 11% des cas ».
« Pas intéressant »
« On a le sentiment, nous les maires, qu’on représente un petit marché qui n’est pas intéressant pour les assureurs, dénonce Frédéric Leturque, maire d’Arras et président de l’Association des maires de France du Pas-de-Calais (AMF 62). Avec le dérèglement climatique et l’aggravation des risques, on subit une hausse des primes, jusqu’à 200% pour certaines communes, et une non-réponse à nos appels d’offres ». L’AMF 62 recense une vingtaine de communes ayant des soucis d’assurabilité dans le département. France Assureurs, qui dit suivre le sujet depuis plusieurs années, reconnaît « un marché en difficulté en raison de la montée des risques, mais qui reste stable, nous n’observons pas de résiliations massives des contrats en 2024 ».
À Arques dans l’Audomarois, la ville avait signé juste avant les inondations, son contrat pour quatre ans, « mais à l’issue d’une longue procédure et avec un seul assureur qui avait répondu à notre appel d’offres, signale le maire Benoît Roussel. Quand nous avons été inondés, notre assureur nous a fait un avenant avec une hausse de 30% de la prime sur les bâtiments, passant ainsi de 100 000 à 130 000 euros par an », dans une ville qui présentait une facture de 850 000 euros de dégâts sur ses bâtiments publics.
Des solutions
Si les collectivités parviennent encore à s’en sortir, « la situation n’est pas durable, appuie Frédéric Leturque. Il faut un changement de braquet ». Il esquisse des solutions : « Il faut encourager le regroupement des communes pour faire des appels d’offres ; il faut que l’État soit pressant afin que les assureurs répondent aux appels d’offres ; et qu’il garantisse certaines assurances car tout ne peut pas être tenu par le marché privé, dit-il. On s’interroge aussi sur la création d’une co-assurabilité, les collectivités mettent au pot commun, à l’échelle communautaire par exemple, pour avoir une enveloppe de soutien ».
Par Aïcha Noui La Voix du Nord
CollectivAssur, un soutien pour les collectivités en difficulté
Le sujet de l’assurabilité des collectivités territoriales a émergé en 2023 après les émeutes qui ont causé 189 M d’euros de dégâts aux collectivités. Depuis, les alertes, notamment de l’Association des maires, se sont multipliées sur les risques d’inassurabilité, notamment en raison des événements climatiques. Commission interministérielle, Roquelaure des collectivités locales sur l’assurabilité pour trouver des solutions, création d’un guide des marchés publics d’assurance, et, parmi les dispositifs aboutis, la cellule CollectivAssur, lancée en juillet 2025 par France Assureurs : elle permet d’accompagner et d’aider les collectivités en difficulté à trouver une assurance. En France, 132 collectivités territoriales, – dont 52% de communes et 35 collectivités réellement sans assurance -, auraient à ce jour saisi la cellule.
![[EQDD] La montée des risques climatiques pèse lourd sur les collectivités](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/06/5f85aa1b86caa1864ffbdfabfff77964.jpg)