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  • La Cavale veut fédérer les librairies coopératives

    La Cavale veut fédérer les librairies coopératives

    Pas de patron, mais des centaines de voix pour faire vivre une librairie. À Montpellier, La Cavale, librairie coopérative implantée dans le quartier des Beaux-Arts, défend depuis huit ans un modèle fondé sur le collectif, l’engagement citoyen et la passion du livre. Dimanche 25 et lundi 26 octobre, elle accueillera, à son initiative, les premières rencontres nationales des librairies coopératives à la cité scolaire Françoise-Combes. Une sorte d’« assemblée générale » pensée comme un temps de partage autant que comme le point de départ d’une dynamique collective.

    « On s’est dit que les librairies coopératives ne devaient pas être si nombreuses que ça en France et qu’il y avait besoin d’échanges de pratiques, de réflexions, pour consolider nos propres bases », explique Marguerite Cros, coprésidente de La Cavale. L’idée a germé il y a deux ans et a rapidement convaincu les coopérateurs. Après avoir recensé les structures existantes et contacté leurs responsables, les organisateurs ont reçu des retours favorables. La France compte aujourd’hui « 53 librairies coopératives (dont 6 en Occitanie, La Cavale étant la seule dans l’Hérault), 56 si on compte celles qui sont en train de se créer », réparties sur le territoire et aux fonctionnements variés. Mi-octobre, les deux tiers avaient confirmé leur participation aux rencontres organisées à Montpellier.

    Un modèle fondé sur l’égalité

    Le principe de la coopérative repose sur une règle simple : une personne, une voix, quelle que soit sa participation financière. À La Cavale, qui a le statut de Scic (société coopérative d’intérêt collectif), une part sociale coûte 20 euros, un montant volontairement accessible « pour que ce soit ouvert à tout le monde ». De 28 fondateurs et fondatrices au départ, la librairie compte désormais « environ 550 coopérateurs et coopératrices », dont trois libraires salariés. « Notre implantation aujourd’hui est réelle et dépasse le quartier ». Étudiants, actifs, retraités… les profils sont multiples. « Ce qui nous lie, c’est l’amour et la défense du livre », résume Marguerite Cros. Tous les ans, à l’automne, l’ensemble des coopérateurs se retrouve à l’occasion d’une assemblée générale. Un conseil coopératif élu se réunit, lui, tous les 15 jours, en présence d’un libraire. « Il y a également toute une série de comités de volontaires consacrés à l’aménagement, aux lectures jeunesse, aux auteurs invités, etc. »

    Dans un secteur fragilisé par les difficultés économiques, marqué notamment par le placement en redressement judiciaire de grands réseaux nationaux comme le groupe Nosoli ou la liquidation récente de la librairie Sauramps à Montpellier, La Cavale a trouvé son équilibre. « On a aujourd’hui une librairie qui se porte bien », assure sa coprésidente. « Notre objectif n’est pas de faire des mille et des cents. C’est aussi ça qui change la donne. Ce qui est important pour nous, c’est de payer nos libraires. »

    Régulièrement, la librairie « reçoit des gens qui viennent voir comment ça se passe », rapporte Marguerite Cros. Dernièrement, des porteurs de projet venus des Alpes ont passé deux jours à La Cavale pour comprendre le fonctionnement de la coopérative et envisager la création de leur propre librairie. « C’est ça, aussi, qui nous a donné l’idée de ces rencontres nationales » : ces visites ont conforté l’équipe dans l’idée de mettre en commun les expériences et de faciliter la transmission d’un modèle encore minoritaire.

    Pendant deux jours, les rencontres privilégieront les échanges entre pairs plutôt que les interventions descendantes. Table ronde sur les expériences coopératives dans le secteur du livre, ateliers thématiques, échanges sur les modèles économiques et culturels des librairies coopératives nourriront les débats. L’Union régionale des Scop et Scic Occitanie Méditerranée accompagne le projet, soutenu par plusieurs partenaires institutionnels. L’enjeu principal se jouera le lundi 26, avec la volonté de poser les bases du premier réseau national des librairies coopératives. « C’est notre objectif et je pense qu’on va y arriver. Après, il faut trouver les forces militantes pour s’y engager, car cela demande du temps et de l’énergie », confie Marguerite Cros.

  • À Montpellier, miser sur le collectif avec les librairies coopératives

    À Montpellier, miser sur le collectif avec les librairies coopératives

    En 2018, la fermeture de la librairie L’ivraie, dans le quartier des Beaux-Arts, à Montpellier, provoque des remous chez les fidèles clients. « Comme il n’y avait pas de reprise, un collectif réunissant des riverains des Beaux-Arts et des lecteurs a été créé. Ils trouvaient dommage de perdre un lieu de culture, de rencontres, ce commerce de quartier. Ils ont donc décidé de créer une librairie », raconte Claire Chanvry, coopératrice et salariée à la Cavale, librairie créée, donc, par le collectif.

    Car la Cavale a un modèle un peu particulier : c’est une coopérative. En choisissant de devenir une Société coopérative d’intérêt collectif (Scic), la librairie n’est plus détenue par des actionnaires mais par les coopérateurs eux-mêmes. Chacun a une seule voix donnant les mêmes droits. « L’adhésion est de 20 euros, il est possible de donner plus mais cela ne donnera pas plus de voix. Il y a une vraie volonté de rendre accessible la part sociale à tous », détaille Claire Chanvry. Preuve que le modèle fonctionne : de 14 en 2018 au lancement du projet, les coopérateurs sont maintenant 530.

    Une force collective

    L’ensemble des décisions sont prises de manière collégiale. Un conseil coopératif composé de 14 membres – renouvelé en partie tous les deux ans – se retrouve tous les 15 jours afin de décider des décisions à prendre pour la librairie. « Nous avons ensuite plusieurs comités avec différentes délégations : les ressources humaines, la politique des animations, la vie coopérative, la lecture jeunesse et les travaux. D’autres bénévoles viennent ponctuellement pour donner un coup de main sur un événement », complète Claire Chanvry.

    Une force collective mise en avant par les coopérateurs. « Le fait d’être nombreux nous permet d’avoir des idées multiples, c’est ce qui fait notre force. Alors qu’en étant seul, on peut parfois être saturé. Aussi, les gens qui s’investissent pleinement dans le projet viennent régulièrement. Que ce soit pour les animations ou faire des achats, on crée de la proximité », poursuit la libraire. Des rencontres sont organisées une fois par mois afin de favoriser le lien entre les coopérateurs. « Là, on ne parle pas de boulot », sourit Claire Chanvry.

    Si la Cavale est la seule librairie coopérative de l’Hérault, il en existe une soixantaine à l’échelle de l’Hexagone. « Avec nos huit ans d’expérience, on fait partie des plus vieux », note la libraire. Preuve que le modèle attire ? « La librairie coopérative se répand car il y a un fort intérêt citoyen pour la lecture et en général la culture. Et ce n’est pas évident d’être un libraire seul, qui travaille dans son coin. C’est plus facile d’être plusieurs. »