Tag: kurdes

  • [Entretien] Aram Karim : « Documenter le Kurdistan d’avant les accords Sykes-Picot »

    [Entretien] Aram Karim : « Documenter le Kurdistan d’avant les accords Sykes-Picot »

    La Marseillaise : Vous avez exhumé des documents du début du XXe siècle aux archives de La Courneuve à propos du Moyen-Orient. En quoi sont-ils précieux ?

    Aram Karim : La France est une grande maison pleine de patrimoine archivistique précieux. L’importance de posséder ces documents et écrits que nous avons numérisés réside dans le fait qu’ils racontent l’histoire de manière scientifique dont nous pouvons tirer des leçons, car certaines pièces sont antérieures aux accords Sykes-Picot qui découpent le Moyen-Orient selon des frontières qui ignorent le Kurdistan.

    Nous avons découvert que parmi ces document se trouvaient des cartes contenant les informations les plus précises et scientifiquement détaillées de la période, alors que la démographie de toute la région était en train de changer. Encore aujourd’hui nous ne connaissons pas bien, en termes d’informations géographiques, une nation comme le Kurdistan et nous ne savons pas comment étaient les données démographiques de cette nation ! J’ai donc approfondi mes recherches dans les documents et les écrits de La Courneuve. J’ai découvert des informations méconnues qui renvoient à un siècle en arrière.

    Pourtant, leurs auteurs tournent vers l’avenir tout en retraçant les frontières du Kurdistan et leurs transformations – de la région du Caucase jusqu’à Mossoul et Kermanshah – comme le montrent certaines cartes, dont quelques-unes n’avaient jamais été publiées auparavant. La fatigue que ce travail provoque devient finalement une source de plaisir, car elle permet d’attirer l’attention des historiens et des lecteurs.

    Alors qu’un processus de paix est engagé à l’initiative d’Abdullah Öcalan, pourquoi est-ce important d’éclairer le présent par le passé ?

    A.K. : Dans le cadre de l’appel lancé par le leader Abdullah Öcalan le 27 février et du 12e congrès du PKK tenu du 5 au 7 mars, une nouvelle déclaration historique a été publiée le 26 octobre, annonçant le retrait des forces armées du PKK vers les monts Qandil.

    Cette décision s’inscrit clairement dans la continuité de l’appel d’Öcalan. En réalité, cet appel s’enracine dans une histoire ancienne de la pensée d’Öcalan : depuis près de cinquante ans, il plaide pour une résolution pacifique et la construction d’une société démocratique. Dans ses écrits, notamment dans son Manifeste pour la libération démocratique ou dans l’ouvrage intitulé De l’État sumérien des prêtres à la société démocratique, Öcalan souligne depuis le début du mouvement révolutionnaire la nécessité de résoudre les problèmes par le dialogue, d’instaurer la paix et de faire progresser la démocratie sociale.

    Cependant, l’État turc a toujours répondu à ces appels par des accusations et des conflits internes. En 1991, sous la médiation de Jalal Talabani, une rencontre a eu lieu entre le gouvernement turc et Turgut Özal pour discuter d’une possible solution politique. Mais ce processus a rapidement échoué : Özal a été assassiné, la guerre interne au Kurdistan s’est intensifiée, jusqu’à la capture d’Öcalan et son transfert dans la prison d’Imrali. Durant les 26 années d’emprisonnement d’Öcalan, le projet de reconstruction nationale kurde s’est structuré à travers l’enseignement, la participation au Parlement turc et la figure de Selahattin Demirtas, lui aussi détenu depuis plusieurs années. En outre, la pensée d’Öcalan a donné naissance à de nombreuses organisations culturelles et à la révolution « femme-vie-liberté ». Il a sans cesse pris position pour les droits des femmes, la culture, l’émancipation, l’éducation et un journalisme éclairés et démocratiques, ainsi que pour des médias libres.

    Malheureusement, plusieurs de nos journalistes ont été assassinés et beaucoup d’autres sont en prison. L’État turc doit avancer sérieusement, ne pas nous laisser dans l’attente, et cesser d’imputer au PKK l’étiquette de « terrorisme ». La communauté internationale devrait, de la même manière, mettre fin à cette accusation de terrorisme.

    Envisagez-vous de poursuivre
    vos recherches sous la forme
    d’un documentaire
     ?

    A.K. : Ce serait un rêve qui deviendrait réalité. J’adorerais réaliser un film documentaire et j’aimerais beaucoup avoir de l’aide et du soutien pour y parvenir.

  • Les Kurdes mobilisés pour la paix et la libération d’Apo

    Les Kurdes mobilisés pour la paix et la libération d’Apo

    La communauté kurde de Marseille a de nouveau battu le pavé, ce dimanche dans la cité phocéenne, alors que la situation du peuple kurde au Moyen-Orient est toujours incertaine, entre tensions en Syrie et début de processus de paix avec le gouvernement Turc.

    « Nous sommes là pour sensibiliser l’opinion publique et la communauté internationale sur la question kurde. Cette dernière doit prendre ses responsabilités, doit prendre part dans le processus de paix lancé en Turquie », explique Salih Azad, responsable du Centre démocratique kurde de Marseille. Il rappelle que le PKK, Parti des Travailleurs du Kurdistan, « a annoncé il y a une semaine le retrait total de ses combattants des frontières de la Turquie », après des années de combats face au gouvernement Turc.

    Le tout, sous l’impulsion de son leader, Abdullah Öcalan dit Apo, emprisonné depuis 1999 en Turquie, qui avait appelé à la dissolution du PKK comme premier pas dans un processus de paix. D’où le slogan lancé par la communauté kurde, ce dimanche : « Liberté pour Öcalan ».

  • Le PKK affirme retirer ses forces de la Turquie vers le nord de l’Irak

    Le PKK affirme retirer ses forces de la Turquie vers le nord de l’Irak

    « Nous mettons en œuvre le retrait de toutes nos forces à l’intérieur de la Turquie », a déclaré le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans une déclaration lue lors d’une cérémonie organisée dimanche en présence de la presse dans le nord de l’Irak. Le mouvement kurde a simultanément diffusé une photo montrant selon lui 25 combattants, dont huit femmes, se trouvant désormais dans le nord de l’Irak après avoir quitté la Turquie. Ce retrait a pour objectif de faire passer « le processus de paix et de société démocratique à la deuxième étape », a détaillé par Sabri Ok, membre du conseil exécutif de l’Union des communautés du Kurdistan (KCK).

    Car suite à un appel du chef historique Abdullah Öcalan le 27 février, le PKK multiplie les gestes en direction des autorités turques. Il y a eu un cessez-le-feu annoncé le 1er mars, l’auto-dissolution du PKK lors du 12e congrès qui s’est tenu du 5 au 7 mai avec l’annonce de la fin de sa stratégie de lutte armée et une cérémonie en juillet dans le nord de l’Irak durant laquelle une trentaine de combattants en treillis, avaient brûlé leurs fusils pour marquer une première phase de désarmement.

    « Au cours des huit derniers mois, la partie kurde a franchi des étapes historiques dans le cadre de l’Appel à la paix et à une société démocratique », a souligné Sabri Ok. Mais des étapes franchies de manière unilatérale car si la Turquie a salué cette annonce dimanche, elle se contente souvent de recueillir les lauriers sans véritablement faire sa part pour basculer dans un processus désormais politique.

    La libération d’Ocalan :

    « La clé »

    Lors de sa cérémonie dimanche, Sabri OK a donc appelé la Turquie à prendre les mesures juridiques nécessaires à la poursuite du processus de paix et à permettre l’intégration de ses militants dans la vie politique. « Les mesures juridiques et politiques voulues par le processus » et les lois « nécessaires à la participation à la vie politique démocratique doivent être mises en place sans délai », a souligné le PKK dans sa déclaration. « Nous voulons des lois spécifiques à ce processus (de paix), pas simplement une amnistie » pour les membres du PKK, a déclaré sur place à des journalistes Sabri Ok, en soulignant l’importance que ces mesures garantissent la « liberté ».

    Le parti pro-kurde DEM, troisième force au Parlement turc, a joué un rôle clé pour ce processus, en servant notamment d’intermédiaire entre Ankara et le PKK. Selon des médias turcs, une délégation du DEM doit à nouveau rencontrer le président Erdogan dans les prochains jours avant de se rendre sur l’île-prison d’Imrali pour s’entretenir avec Abdullah. Öcalan.

    Un dirigeant du mouvement kurde, Devrim Palu, a affirmé aux journalistes que la libération du chef historique emprisonné depuis 1999 sur l’île-prison d’Imrali au large d’Istanbul, était une condition « cruciale pour que ce processus avance avec une plus grande efficacité ». Pour Sabri Ok, la commission parlementaire turque créée en août et chargée de préparer un cadre légal au processus de paix et devant, en autre, décider du sort d’Abdullah Öcalan, doit « se rendre immédiatement » à Imrali pour « écouter » le chef historique du PKK. « C’est la clé », a-t-il dit dimanche à des journalistes.

    Le dernier paragraphe du communiqué « s’adresse à nos peuples, en particulier aux femmes et aux jeunes : il ne s’agit pas d’attendre quoi que ce soit de quelqu’un, mais de créer et de conquérir une vie libre et démocratique par une lutte organisée. Ainsi, quiconque s’identifie à cette vie doit se mobiliser et mener une lutte pour la réussite du processus de « paix et de société démocratique ».

  • Les réflexions de Pinar Selek sublimées par Ariane Ascaride

    Les réflexions de Pinar Selek sublimées par Ariane Ascaride

    Acquittée à quatre reprises, Pinar Selek est poursuivie depuis 1998, d’abord pour ses travaux universitaires sur les Kurdes, puis pour un attentat dont elle est innocente. Installée en France depuis 2011, elle est aujourd’hui enseignante-chercheuse à l’Université Côte d’Azur (Nice). Ce mardi, la sociologue franco-turque a poursuivi son combat pour la liberté d’expression à Marseille, entourée de ses soutiens. À l’occasion de la 6e audience de son 5e procès qui se déroule à Istanbul, une nouvelle journée de solidarité a été organisée dans la cité phocéenne. Elle s’est clôturée dans la bibliothèque de l’Alcazar (1er).

    L’actrice marseillaise Ariane Ascaride a proposé la lecture de trois textes de Pinar Selek – « Savoirs nomades », « Acrobatie pour les libertés » et « Aimer ou construire » – où se racontent l’absurdité des frontières, des réflexions sur l’exil, le rapport des humains au reste du vivant, le racisme anti-kurde, et bien d’autres réflexions. « C’est un très grand cadeau pour moi, je n’avais jamais lu mes textes à voix haute. Ariane leur a donné encore un autre sens, car elle a pu ajouter les silences qu’on ne peut pas voir à la lecture », s’est émue Pinar Selek après la performance de la comédienne.

    « Je voudrais insister sur le fait que cette fille-là est vraiment étrange. Je n’ai jamais vu quelqu’un comme elle. C’est une guerrière. Elle se bat pour sa vie et arrive à intellectualiser tout son rapport au monde. Elle le fait pour que d’autres puissent comprendre par quoi on passe sans être simplement submergé par l’émotion, s’est enthousiasmé Ariane Acaride, quelques instants après ses lectures. Et après, cette intellectuelle s’en va dans le pays des fées pour raconter des histoires magiques. Vous avez beaucoup de chance de la connaître ».

    Procès encore reporté

    Pour la 6e fois consécutive, le 5e procès de Pinar Selek a, mardi, été reporté par la justice turque. « Il semble que les juges avaient déjà pris leur décision avant même d’échanger avec les avocats », a déclaré Seyda Selek, mathématicienne devenue avocate pour défendre sa sœur, présente lors de l’audience de mardi à Istanbul, aux côtés de la délégation internationale sur place pour soutenir la sociologue. La date du prochain procès est fixée au 2 avril 2026.

    Poursuivie depuis 27 ans par Ankara, Pinar Selek ne peut plus se rendre en Turquie, où elle risque d’être arrêtée. « Ils veulent nous épuiser, mais ils n’y arrivent pas. Nous continuons de résister et ça les énerve, c’est pour cela qu’ils ne font que reporter l’audience et qu’ils envoient des lettres de menace à Ariane », a constaté Pinar Selek, mardi soir. Et de poursuivre : « Aujourd’hui, j’ai vu tant de solidarité autour de moi, tant d’expériences, d’analyses, de formes d’expressions qui convergent… Ça me donne la pêche. Je peux encore courir longtemps sans m’arrêter ». Définitivement indomptable.

  • Les réflexions de Pinar Selek sublimées par Ariane Acaride

    Les réflexions de Pinar Selek sublimées par Ariane Acaride

    Acquittée à quatre reprises, Pinar Selek est poursuivie depuis 1998, d’abord pour ses travaux universitaires sur les Kurdes, puis pour un attentat dont elle est innocente. Installée en France depuis 2011, elle est aujourd’hui enseignante-chercheuse à l’Université Côte d’Azur (Nice). Ce mardi, la sociologue franco-turque a poursuivi son combat pour la liberté d’expression à Marseille, entourée de ses soutiens. À l’occasion de la 6e audience de son 5e procès qui se déroule à Istanbul, une nouvelle journée de solidarité a été organisée dans la cité phocéenne. Elle s’est clôturée dans la bibliothèque de l’Alcazar (1er).

    L’actrice marseillaise Ariane Ascaride a proposé la lecture de trois textes de Pinar Selek – « Savoirs nomades », « Acrobatie pour les libertés » et « Aimer ou construire » – où se racontent l’absurdité des frontières, des réflexions sur l’exil, le rapport des humains au reste du vivant, le racisme anti-kurde, et bien d’autres réflexions. « C’est un très grand cadeau pour moi, je n’avais jamais lu mes textes à voix haute. Ariane leur a donné encore un autre sens, car elle a pu ajouter les silences qu’on ne peut pas voir à la lecture », s’est émue Pinar Selek après la performance de la comédienne.

    « Je voudrais insister sur le fait que cette fille-là est vraiment étrange. Je n’ai jamais vu quelqu’un comme elle. C’est une guerrière. Elle se bat pour sa vie et arrive à intellectualiser tout son rapport au monde. Elle le fait pour que d’autres puissent comprendre par quoi on passe sans être simplement submergé par l’émotion, s’est enthousiasmé Ariane Acaride, quelques instants après ses lectures. Et après, cette intellectuelle s’en va dans le pays des fées pour raconter des histoires magiques. Vous avez beaucoup de chance de la connaître ».

    Pour la 6e fois consécutive, le 5e procès de Pinar Selek a, mardi, été reporté par la justice turque. « Il semble que les juges avaient déjà pris leur décision avant même d’échanger avec les avocats », a déclaré Seyda Selek, mathématicienne devenue avocate pour défendre sa sœur, présente lors de l’audience de mardi à Istanbul, aux côtés de la délégation internationale sur place pour soutenir la sociologue. La date du prochain procès est fixée au 2 avril 2026.

    Poursuivie depuis 27 ans par Ankara, Pinar Selek ne peut plus se rendre en Turquie, où elle risque d’être arrêtée. « Ils veulent nous épuiser, mais ils n’y arrivent pas. Nous continuons de résister et ça les énerve, c’est pour cela qu’ils ne font que reporter l’audience et qu’ils envoient des lettres de menace à Ariane », a constaté Pinar Selek, mardi soir. Et de poursuivre : « Aujourd’hui, j’ai vu tant de solidarité autour de moi, tant d’expériences, d’analyses, de formes d’expressions qui convergent… Ça me donne la pêche. Je peux encore courir longtemps sans m’arrêter ». Définitivement indomptable.