Tag: Kléber Mesquida

  • La gauche résiste dans l’Hérault, le RN s’incruste

    La gauche résiste dans l’Hérault, le RN s’incruste

    À gauche, il y a deux manières d’analyser les résultats des sénatoriales dont l’officialisation en préfecture de l’Hérault aura été laborieuse, dimanche 27 septembre, en raison de la mystérieuse disparition du procès-verbal du 11e bureau.

    La première lecture, c’est de se dire qu’avec la réélection d’Hussein Bourgi (PS) et l’accession de Julie Frêche (PS) au palais du Luxembourg, la liste d’union PS/PCF/Place Publique a réussi son coup. Difficile de dire autre chose au vu des 793 voix recueillies sur 2710 votants (2730 inscrits) alors que PS et PCF n’en avaient obtenu que 561 et 84 en partant séparés en 2020. Pour le maire de Montpellier, Michaël Delafosse (PS), c’est la preuve que « la très belle dynamique de rassemblement de la gauche unie avec le PCF et Place publique » a porté ses fruits.

    De même que le travail de terrain mené depuis 2020 par H. Bourgi. Lequel a tout de suite salué Julie Frêche comme la « première femme socialiste élue au Sénat dans l’Hérault ». « Je serai la sénatrice de tous les territoires : urbains, ruraux, du littoral, de la montagne », a tenté de rassurer l’élue Montpelliéraine qui va devoir laisser son poste de vice-présidente à la Métropole.

    Revers pour K. Mesquida

    La seconde manière de lire le scrutin, c’est se souvenir que la gauche héraultaise comptait trois sénateurs (Hussein Bourgi, Christian Bilhac et Henri Cabanel) et n’en a plus que deux. La faute à la division. Car les 5 autres listes de gauche ont toutes échoué. En dépit d’un faible nombre d’élus locaux, Les Écologistes d’Agnès Gizard-Carlin (49 voix) et les Insoumis d’Alexia Laforge (119 voix) ont préféré se compter plutôt que s’entendre. Même échec au Département de l’Hérault, où la dissidence de la divers gauche (DVG) Audrey Imbert (147 voix) a empêché l’élection d’Aurélien Manenc (DVG, 275 voix), infligeant au passage un revers au président Kléber Mesquida (La Convention) présent sur sa liste. Quant à l’élue régionale Florence Brutus (PRG, 139 voix), elle n’a pas capitalisé sur l’héritage de Christian Bilhac.

    Le prix de la division est identique à droite (5 listes dont Nouvelle Énergie de Malik Hamadache, 164 voix) qui ne conserve qu’un député et tente de se réinventer. Exit le sénateur Jean-Pierre Grand (Horizons, 145 voix), victime de son départ des Républicains (en échec avec Alain Berthet, 129 suffrages) et de la perte de Castelnau-le-Lez. À bientôt 76 ans, le gaulliste a lui-même annoncé sa retraite politique à Hérault Tribune. « Je regarderai la politique depuis mon poste de télévision ». Après maintes tentatives, l’entrepreneur Joseph Francis (DVD, 427 voix) a enfin gagné un scrutin sur son nom, sans l’UDI. « Une nouvelle page de la droite et du centre est en train d’être écrite.
    Je serai le sénateur de la ruralité
      », a promis… le Montpelliérain.

    Le corollaire de ce double constat, c’est que le RN a tiré les marrons du feu. Certes, grâce à la prise d’Agde et surtout la fragilisation du plafond de verre, le RN obtient quasi trois fois plus de voix (328) qu’en 2020 (118). Mais sans la division des forces républicaines, jamais Manon Bouquin n’aurait pu se faufiler au Sénat.

  • [Entretien] Michel Crespy : « Une élection personnalisée où tout le monde se connaît »

    [Entretien] Michel Crespy : « Une élection personnalisée où tout le monde se connaît »

    Le scrutin sénatorial dans les départements du Gard et de l’Hérault, dimanche 27 septembre, a un très grand intérêt car il va refléter les résultats des dernières élections municipales. En effet, l’essentiel des grands électeurs sont issus des conseils municipaux nouvellement élus en mars de cette année. Si c’est aussi le cas dans les autres départements concernés par le renouvellement de la moitié des sénateurs. La réélection très confortable de Michaël Delafosse (PS) à Montpellier et, surtout, la bascule de Nîmes à gauche avec l’arrivée à la tête de la mairie et de la métropole de « Nîmes en commun » dirigée par Vincent Bouget (PCF), peut faire progresser la gauche au Sénat.

    La Marseillaise : En quoi ce scrutin est-il important dans l’optique de la présidentielle ?

    Michel Crespy : Pas tellement dans l’optique de la présidentielle avec qui il n’a pas de lien direct mais plutôt dans la suite de l’exercice du pouvoir. Le président élu aura à faire avec le Sénat qui a peu de chance de varier beaucoup et peut ralentir, bloquer ou favoriser les initiatives du futur gouvernement. Plusieurs candidats (Le Pen, Philippe, Attal…) laissent entendre qu’ils voudraient faire des réformes constitutionnelles. Pour cela, il faut avoir un texte conforme voté par l’Assemblée et le Sénat. Ce dernier peut soit bloquer une réforme soit obliger à recourir à l’article 11 [référendum], c’est-à-dire une sorte de coup d’État constitutionnel.

    Dans le Gard, la gauche peut-elle espérer un siège de plus grâce à Nîmes ?

    M.C. : Oui et le RN aussi. Ce sont les deux incertitudes du Gard. Le 3e siège pourrait ne pas rester à la droite. C’est compliqué car le corps électoral est composé de personnes qui connaissent bien la politique : les électeurs connaissent tous les candidats et inversement. C’est une élection moins partisane car peu de grands électeurs sont membres de partis. Elle est très personnalisée car tout le monde se connaît. Il y a des amitiés, inimitiés, convergences d’intérêts. Il y aura des élus de droite ou de gauche qui voteront pour un autre camp.

    À la faveur des villes conquises dans le Gard, le RN peut-il ravir un siège à la droite ?

    M.C. : C’est possible d’autant qu’un certain nombre de maires sans étiquette vont voter RN sans être RN. Pour toutes sortes de raisons : proximité locale, idéologique, amicale, inimitié vis-à-vis des candidats de droite. Les tabous sont tombés et le RN commence à avoir une implantation locale sérieuse avec tous ses conseillers municipaux et des sympathies RN pas toujours affichées aux municipales.

    Dans l’Hérault, le fait que la gauche ait 3 sièges est-il une exception ?

    M.C. : Quelque part oui. Cela ne reflète pas les résultats nationaux des législatives par exemple. Le corps électoral est très déformé aux sénatoriales. Cela tient beaucoup aux personnalités avec beaucoup de gens qui se connaissent. J’ai rencontré des gens qui ne sont pas de gauche mais considèrent que Hussein Bourgi [socialiste] a fait le boulot.

    Le retrait de 2 sortants, Christian Bilhac (PRG) et Henri Cabanel (divers gauche / ex-PS) est-il un élément qui rebat les cartes dans l’Hérault ?

    M.C. : Oui parce que les sortants ont des voix personnelles. Ils ont noué des liens avec des élus. Ceux qui les remplacent, on les connaît moins. Les votes ne se reportent pas automatiquement sur le remplaçant. La présence de Kléber Mesquida [président socialiste du Département de l’Hérault] sur la liste Manenc peut peser aussi.

    Il se murmure que Jean-Pierre Grand serait en difficulté…

    M.C. : C’est difficile à savoir parce que dans le secret des urnes… On peut penser que Jean-Pierre Grand peut être en difficulté car il y a plus de candidats de droite. Qu’il est concurrencé par Joseph Francis qui a noué des liens avec plusieurs municipalités dans le pourtour montpelliérain. Il y a aussi l’usure (sénateur depuis 2014 et âgé de bientôt 76 ans) qui finit par jouer. Le Sénat avait la réputation d’être une sorte d’Ehpad, c’est beaucoup moins vrai à l’heure actuelle. La perte de Castelnau-le-Lez sera autant d’électeurs en moins. Son départ des Républicains [chez Horizons désormais] n’est pas forcément un atout. La droite a perdu Agde, c’est compliqué à Sète… Il n’est pas impossible que Jean-Pierre Grand soit battu.

  • [Sénatoriales] Le périlleux pari de la gauche dispersée

    [Sénatoriales] Le périlleux pari de la gauche dispersée

    Le retrait des sortants aiguise les appétits individuels mais accentue le risque des désillusions collectives. Pour la gauche, le scrutin sénatorial du dimanche 27 septembre a tout l’air du piège.

    Tout d’abord, elle est sortie plutôt affaiblie des Municipales dans l’Hérault. Or, le corps électoral des 2 729 grands électeurs est largement constitué de délégués des conseils municipaux. Ajoutez à cela un mode de scrutin singulier (la proportionnelle de liste à un tour) et l’affaire se corse un peu plus.

    Au vu de son actuelle situation confortable (3 sièges sur 4), la gauche héraultaise semble avoir plus à perdre qu’à gagner face à une droite certes elle aussi divisée mais solide et une extrême droite qui ne cesse de progresser.

    Le fait que deux sortants (Christian Bilhac, PRG/RDSE et Henri Cabanel, DVG/RDSE) ne se représentent pas génère de l’incertitude. Une brèche vers le palais du Luxembourg dans laquelle de nombreux impétrants souhaitent s’infiltrer à gauche. Sans même compter les listes surprises qui pourraient être déposées en préfecture du 7 au 11 septembre, pas moins de 6 listes de gauche sont déjà annoncées dans l’Hérault.

    Embouteillage à gauche

    La liste qui semble favorite semble être celle menée par Hussein Bourgi. Allié à la vice-présidente de Métropole Julie Frêche (numéro 2) et soutenu par le PCF, le sénateur sortant peut compter sur un solide réseau d’élus notamment à Montpellier. Probablement suffisant pour conserver son siège. Pour en obtenir un second en revanche…

    Il faudra batailler avec les concurrents. À commencer par Florence Brutus (PRG). La vice-présidente de Région auprès de Carole Delga est soutenue par le sortant Christian Bilhac. L’ancien maire de Péret peut compter sur ses réseaux du monde rural.

    En probable 5e position (non éligible), le président du Département, Kléber Mesquida (DVG), en rupture avec la ligne du PS depuis son départ du parti à la rose, poussera la liste de l’élu héraultais, Aurélien Manenc. Lequel mise lui aussi sur la ruralité. Problème : la liste DVG dissidente d’Audrey Imbert, élue du canton de Mèze, vient compliquer la tâche.

    Enfin, les Écologistes et les Insoumis devraient partir séparés. Durant l’été, les premiers n’ont eu de cesse de faire les yeux doux aux seconds. En vain. La faute à la stratégie nationale autonome dictée par Jean-Luc Mélenchon. Massivement présente à ce scrutin, LFI n’a que peu de chance de succès. Dans l’Hérault, la mission s’annonce ardue pour l’élue municipale d’opposition à Castelnau-le-Lez, Alexia Laforge. Avec en tête de liste Agnès Gizard-Carlin (élue à Pezenas), les Verts chercheront eux aussi avant tout à tisser leurs réseaux et gagner en notoriété.

    Le RN tapi dans l’ombre

    Et la droite dans tout cela ? Au moins quatre listes devraient être en lice. Pourtant des ambitions ont pu être freinées. Un temps sur le coup contre le sortant Jean-Pierre Grand (Horizons), le délégué héraultais du parti d’Edouard Philippe, Jean-François Audrin, a renoncé. L’ex-UMP sera toutefois concurrencé à droite par Les Républicains. Leur liste sera menée par l’avocat et ex-porte-parole de l’association Non au béton, Alain Berthet. L’entrepreneur Joseph Francis devrait lui aussi mener une liste sans le logo UDI. Enfin, Malik Hamadache, adjoint au maire de Villeneuve-lès-Maguelone, devrait candidater pour Nouvelle Énergie, le parti de David Lisnard.

    La droite pourra compter sur les nombreux élus divers droite. Reste à savoir combien seront tentés par la liste RN de la députée Manon Bouquin appelée à dépanner suite au retrait (pour raisons médicales) du Sétois Sébastien Pacull qui avait été investi. Avec la prise d’Agde qui s’ajoute à l’emprise ménardienne dans le biterrois, le scénario d’un sénateur RN dans l’Hérault n’apparaît plus totalement farfelu.

  • Y aura-t-il des accords à gauche dans l’Hérault ?

    Y aura-t-il des accords à gauche dans l’Hérault ?

    La gauche héraultaise conservera-t-elle ses 3 sièges de sénateurs au Palais du Luxembourg le 27 septembre ? Bien malin qui peut le dire. Car le corps électoral a profondément été modifié avec les municipales et la division guette les uns et les autres.

    Si les jeux sont ouverts, c’est d’abord parce que deux des trois sénateurs de gauche sortants ne se représentent pas dans l’Hérault. Il s’agit des deux élus du PRG qui siègent dans le groupe RDSE. À savoir : le viticulteur Henri Cabanel et le maire de Péret, Christian Bilhac. Le premier, qui a échoué à réformer en profondeur le statut des parlementaires et leurs privilèges, estime avoir fait le tour de la politique. Le second, plus âgé, a envie de « prendre du temps » pour lui. Mais Christian Bilhac ne restera pas spectateur. Il soutiendra Florence Brutus. Déjà numéro 2 sur sa liste en 2020, la conseillère régionale des hauts cantons de l’Hérault a l’investiture du PRG. La conseillère municipale du village de Causses-et-Veyran se dit prête à ouvrir sa liste à « toute personne à gauche en capacité de rassembler, hors LFI ». « Je suis pour une liste d’union. Notre intérêt est d’ouvrir la liste au-delà du PRG. On discute avec nos partenaires. »

    Parmi eux pourraient figurer les communistes, dont la stratégie dans l’Hérault n’a pas encore été arrêtée. Discussions possibles aussi avec le partenaire historique du PS. De ce côté-là, le sénateur sortant Hussein Bourgi a annoncé sa candidature. Qui sera sur sa liste ? Dans le lanterneau, il se murmure que Julie Frêche pourrait être en seconde position, la seule des six a priori éligible. Contactée, la vice-présidente de la Métropole de Montpellier n’a ni confirmé ni infirmé. « Je ne souhaite pas encore m’exprimer sur ce sujet. »

    Il semblerait que rien ne soit facile en raison des équilibres à préserver entre l’urbain et la ruralité mais aussi avec les partenaires potentiels dont le PCF ou peut-être les Écologistes… Le 31 mai, ces derniers ont choisi leurs 6 noms d’une liste que pourrait mener l’élue municipale d’opposition à Pézenas, Agnès Gizard. Troisième sur la liste écolo, la Lunelloise Lise Florès, favorable à l’union de la gauche, se dit ouverte à des accords. À une condition : « Ne pas être des supplétifs et faire entendre de vraies propositions écologistes en réponse aux problèmes du quotidien dans les zones périurbaines et rurales. »

    Règlements de comptes ?

    Ça bouge aussi du côté du Département de l’Hérault. Le 30 mai, Audrey Imbert (sans étiquette) a officialisé sa candidature hors des formations politiques. « Doit-on laisser ces élections sénatoriales aux seuls partis politiques quand on constate aujourd’hui leur état ? », questionne l’élue du canton de Mèze, qui estime connaître son territoire en tant que conchylicultrice.

    Elle trouvera sur sa route Aurélien Manenc. Depuis le 1er juin, le maire sans étiquette de Lunas-les-Châteaux dit vouloir incarner la candidature des territoires et de la ruralité. En tant qu’édile et pompier au Sdis, il pense « être le mieux placé pour mesurer ce que vivent mes collègues maires avec la fuite des services publics, la fermeture des écoles, les problèmes de mobilité ». Sa « vision complémentaire aux candidats urbains » concurrence directement Hussein Bourgi, dont il était le numéro 3 en 2020… « Ce n’est pas un règlement de comptes, il y avait aussi des listes PRG à l’époque », répond
    A. Manenc. Reste qu’il est soutenu par le président héraultais Kléber Mesquida (DVG). Lequel, depuis son départ du PS, semble en froid avec Carole Delga à la Région et Michaël Delafosse à Montpellier…

    Enfin, LFI montera aussi une liste sur un « programme de rupture ». Elle sera soit avec des amis de la Nupes, soit Insoumise pur jus. « Au plan national, on discute avec le PCF et les Verts », glisse le co-référent héraultais Sylvain Carrière. Le député sait qu’arracher un siège serait un exploit mais pour LFI l’essentiel est ailleurs : continuer à s’implanter et préparer la course aux parrainages pour Jean-Luc Mélenchon.

    Autant de stratégies dissonantes qui pourraient jouer des tours à la gauche le 27 septembre ? Pas forcément, même si des accords sont préférables. En 2020, 14 listes dont 6 de gauche étaient en lice dans l’Hérault et la gauche avait obtenu trois sièges sur quatre.

  • [Sénatoriales] Julien Audemard : « Un corps électoral politisé avec un vote stratégique »

    [Sénatoriales] Julien Audemard : « Un corps électoral politisé avec un vote stratégique »

    La Marseillaise : Le rôle du Sénat est méconnu. À quoi sert-il ?

    Julien Audemard : C’est une chambre parlementaire, une chambre haute qui ne représente pas directement les individus mais les territoires au travers de leurs élus. C’est donc une élection indirecte. Les sénateurs ont un rôle législatif même s’il est moindre et que les députés peuvent avoir le dernier mot. C’est tout de même un contre-pouvoir fort. Les sénateurs ne peuvent pas censurer le gouvernement mais ne peuvent être touchés par une dissolution.

    Comment vont être désignés

    les délégués le 5 juin ?

    J.A. : Le collège électoral qui va élire les sénateurs le 27 septembre est constitué de tous les conseillers régionaux, départementaux, des parlementaires (députés, sénateurs), des élus municipaux (maires, élus municipaux) et leurs délégués élus le 5 juin qui représentent à eux seuls 95% du corps électoral. Dans les communes de moins de 9 000 habitants, les élus municipaux vont élire entre 1 et 15 délégués en fonction de la taille de la commune. Au-delà de 9 000 habitants, tous les conseillers municipaux sont délégués de droit. Et dans les villes de plus de 30 000 habitants, ils vont en plus élire des délégués supplémentaires en dehors du conseil municipal : un par tranche de 800 habitants. Il n’y a pas de restriction, il faut juste être inscrit sur les listes électorales de la commune.

    En quoi les municipales ont-elles modifié le corps électoral ?

    J.A. : Au niveau national, on a eu environ 40% de renouvellement dans les mairies. Dans l’Hérault, les rapports de force restent à peu près stables même si des communes ont basculé, la plupart du temps de la gauche vers la droite ou le centre (Grabels, Juvignac, Villeneuve…). Mais cela ne pèse pas grand-chose à côté de Montpellier. Le RN a pris Agde mais ailleurs l’extrême droite a obtenu peu d’élus. La gauche ne devrait pas s’écrouler mais restons attentifs à l’offre de gauche.

    Justement la multiplication des listes est-elle risquée à gauche ?

    J.A. : Il y a un risque d’émiettement qui va surtout concerner les petits partis. Hussein Bourgi (PS) devrait être réélu. La question se pose pour Florence Brutus (PRG) qui pourrait pâtir de cet éparpillement. Ceci étant, le mode de scrutin est spécifique dans le Gard et l’Hérault : c’est un scrutin de listes proportionnelles avec l’attribution des sièges restants à la plus forte moyenne, ce qui en général est plutôt favorable aux listes qui ont obtenu peu de voix. Il faudra (maximum) 600-650 voix pour obtenir un siège sur environ 2 000 votants dans le Gard, 2 500 dans l’Hérault.

    Dans le Gard, la progression du RN peut-elle lui faire rafler un siège ?

    J.A. : Aux municipales, le RN n’a pas gagné Nîmes mais a confirmé son ancrage dans le Gard. Il a gagné Vauvert et Bagnols-sur-Cèze en conservant Beaucaire. Ils avaient déjà les 6 députés. Ceci étant, je ne pense pas que ce sera suffisant pour avoir un sénateur. Peut-être plus dans le Tarn avec le basculement de Castres, dans le Tarn-et-Garonne (Moissac, Montauban) voire dans l’Aude avec Carcassonne. Mais obtenir le soutien des élus des petites communes ne se fait pas du jour au lendemain. Pour le PCF c’est compliqué parce que, finalement, Denis Bouad (PS) repart [lire page 7]. Et il n’y aura pas que les communistes qui vont essayer de se positionner sur sa liste. L’élection à Nîmes change toutefois la donne : il y a pour le PCF un vrai levier de pression avec le PS. Il risque d’y avoir un arbitrage entre le national et le local.

    Les maires sans étiquette rendent-ils ce scrutin imprévisible ?

    J.A. : Sans tenir compte du contexte, oui sans doute. Ceci dit, les maires soi-disant sans étiquette sont soit dans de petites communes soit proches de forces partisanes donc, en réalité, on connaît leur tendance. Les autres sont très dépendants de leur intercommunalité ou du Département. L’idée d’une fronde de leur part me paraît très hypothétique. Je verrais une relative stabilité dans l’Hérault à une incertitude près. Dans le Gard, à voir à quel point la gauche peut être dispersée et s’il peut avoir des accords locaux entre la droite et des élus RN. Le corps électoral est très politisé avec une forte dimension de vote stratégique.

    Certains parlent de rapports
    de force entre le président du Département Kléber Mesquida,

    le maire de Montpellier, Michaël Delafosse et la présidente de
    la Région Carole Delga…

    J.A. : Les motivations peuvent être multiples mais dans le cas d’Aurélien Manenc (PRG et candidat dans l’Hérault) j’ai du mal à penser que cela n’a pas de lien. Kléber Mesquida [qui n’est plus au PS] a ses propres stratégies. Au-delà des guerres de personnes, il y a eu des précédents aux législatives avec des candidats soutenus [par Carole Delga] contre ceux de la Nupes.

  • Le PPESU prépare les soldats du feu aux défis de demain

    Le PPESU prépare les soldats du feu aux défis de demain

    Un caisson de fumée, des échelles à 24 mètres, des feux de véhicules en conditions réelles : les stagiaires qui passent par le Pôle de préparation à l’engagement aux situations d’urgence (PPESU) de Gignac ne font pas semblant. Depuis son inauguration le 3 février 2025, ce site de 33 hectares installé aux portes du chef-lieu de la Vallée de l’Hérault s’impose comme un centre de formation d’exception, unique en France par son ambition et la diversité de ses publics.

    L’idée a germé en 2018, après le décès d’un sapeur-pompier en intervention en 2016. Face au drame, le président du Département, Kléber Mesquida, et le directeur du Sdis 34, Éric Florès, tirent la même conclusion : il faut investir massivement dans la formation. Résultat : 27 à 32 millions d’euros mobilisés, et un outil pensé pour préparer les secouristes aux situations qu’ils ne rencontreront parfois qu’une ou deux fois dans leur carrière. Concrètement, le PPESU dispose d’une aire de feux de 700 m², d’espaces dédiés aux nouvelles technologies (batteries au lithium, véhicules à hydrogène), d’un anneau d’entraînement au secours routier, et d’un simulateur numérique intégrant l’IA.

    L’immersion totale

    Les stages d’une dizaine de jours qui s’y déroulent sont d’une intensité rare. Au programme : découverte du matériel, interventions simulées en appartement, maniement des moyens élévateurs aériens, etc. Des manœuvres réalistes, encadrées par des formateurs aguerris. Le clou de la formation reste le caisson de fumée : vision réduite, odorat neutralisé, bruits étouffés, 30 kg d’équipement sur le dos : l’exercice soumet les stagiaires à des contraintes physiques et psychiques qui reproduisent fidèlement les conditions d’un incendie réel.

    Le PPESU est ouvert à tous : pompiers professionnels et volontaires, mais aussi gendarmes, policiers du Raid, agents d’Enedis, de Vinci Autoroutes, jeunes sapeurs-pompiers, ou encore des maires formés à la gestion de crise. Des profils très divers qui se côtoient sur le terrain. En 2025, 258 stages ont été programmés pour plus de 3 600 stagiaires issus de toute la France, mais aussi de Suisse, de Grèce, de Roumanie ou du Kurdistan. À l’heure où le Sdis 34 réalise 87 165 interventions par an, une toutes les 6 minutes 30, se former ne relève plus du perfectionnement. C’est une nécessité vitale.

  • À Béziers, une rocade de 15 km pour fluidifier la circulation

    À Béziers, une rocade de 15 km pour fluidifier la circulation

    Ça roule mieux à Béziers et ce n’est pas grâce à Robert Ménard. Si les automobilistes sont moins pris dans les bouchons et que les riverains sont moins gênés par le bruit ou la pollution en ville, c’est le Département de l’Hérault qu’il faut remercier.

    Vendredi 22 mai, le président Kléber Mesquida (DVG) a inauguré le rond-point de l’Ardide (coût 14 millions d’euros). Avec une route élargie en deux fois deux voies et son dénivelé, le nouveau giratoire et ses deux ponts permettent de franchir la rivière le Lirou et de séparer les flux de la route de Saint-Pons-de-Thomières et du centre-ville de Béziers. « Cela permet d’améliorer le point noir de ce carrefour en le désenclavant », se félicite Philippe Vidal.

    Le vice-président socialiste sait aussi qu’il s’agit du point quasi final aux grands travaux de la rocade de Béziers. Débutés en 2010, ils ont tour à tour permis l’aménagement des échangeurs de la Minervoise avec la route de Montady (2010), de la route de Narbonne (2013), de la Crouzette (2022), de la Devèze (2023). Mais aussi le passage en deux fois deux voies et la création du carrefour de la Montagnette (2014), de la rocade nord (2019) et enfin les dénivellations des ronds-points Vincent-Badie (2015) ou Edgar-Faure (2018).

    La suite des travaux

    Plus de 15 ans de travaux avec une route élargie, 12 ponts, 3 giratoires surélevés pour un total de 99 millions d’euros investis dans l’intérêt général. « En ville, cela permet de limiter les nuisances et de fluidifier le trafic. Sur la rocade, on est passé de 18 000 véhicules par jour à 50 000. Sans cette prise de décision politique il y a 15 ans, la ville de Béziers serait congestionnée », assure Philippe Vidal.

    Si le chantier initial est achevé avec cette rocade biterroise de 15 km, le Département veut aller plus loin et boucler la boucle. « L’essentiel est fait mais pour permettre le passage de la deux fois deux voies jusqu’à l’échangeur ouest de l’A9, on a besoin d’agrandir certains ouvrages d’art (notamment 4 ponts : celui de la SNCF, de la Minervoise, du Canal du Midi et de la route de Narbonne) ». La prochaine étape concernera le rond-point de la Méditerranée (au niveau de Cers) afin, là encore, de fluidifier le trafic. Le calendrier de ces travaux additionnels, dont l’avancée dépendra de l’état des finances du Département, n’a pas encore été défini.

  • Les Terres d’Hérault obtiennent le sésame Géoparc mondial Unesco

    Les Terres d’Hérault obtiennent le sésame Géoparc mondial Unesco

    C’est fait ! Au bout d’un marathon administratif de 2 ans coordonné par le Département de l’Hérault, cette belle idée que des chercheurs et associations avaient fait germer il y a 10 ans est désormais une réalité. Les Terres d’Hérault, composées de 111 communes réparties sur 2 046 km² forment officiellement un Géoparc de renommée mondiale, comme 229 autres Géoparcs dans 50 pays. C’est-à-dire une zone géographique protégée qui possède une richesse géologique de valeur internationale, avec une importance scientifique, éducative et culturelle.

    Au titre de ses 540 millions d’années d’histoire et des trésors qu’il abrite, ce territoire a reçu jeudi 23 avril le sésame de l’Unesco : le label de Géoparc mondial, seulement le 10e décerné en France. « C’est la concrétisation d’un travail collectif avec les élus, les habitants et tous les acteurs locaux [178 partenaires, Ndlr]. Ce label est l’accomplissement d’une ambition forte mais aussi le commencement d’une nouvelle étape de ce projet qui fera rayonner notre territoire pour de nombreuses années à venir », se félicite le président héraultais, Kléber Mesquida (divers gauche).

    Les richesses à découvrir

    Tandis que la cérémonie officielle aura lieu lundi 27 avril à Paris, il faut rappeler que ce label est décerné au moins pour 4 ans. Et que le travail des équipes pour se montrer à la hauteur des attentes de l’Unesco ne fait donc que commencer. « Nous allons nous appuyer sur nos 67 géopartenaires pour faire vivres ces sites », promet Gaëlle Levêque, l’élue héraultaise qui a piloté le dossier (lire ci-dessous).

    Au nombre de 58, les géosites sont répartis dans 4 principales Communautés de communes (Lodévois/Larzac, Clermontais, Vallée de l’Hérault, Grand Orb) ainsi que quelques communes avoisinantes. Les diverses roches (ruffe, basalte, calcaire, granite, gneiss, schiste, grès…) qu’on retrouve sur ces géosites sont les témoins des grandes ères géologiques qui ont façonné nos paysages à travers les millénaires. Datant de l’ère paléozoïque (la plus ancienne), les massifs du Caroux et de l’Espinouse (granites et gneiss) racontent l’histoire de la chaîne Hercynienne. La fragmentation des schistes a permis des sols favorables à la viticulture dans les Avants-Monts. La carrière de marbre rouge de Coumiac est le résultat de la transformation de calcaires en marbres. Puis, en s’érodant, cette chaîne de montagnes a donné naissance au bassin charbonnier de Graissessac et au bassin permien de Lodève. Les mines du pays d’Orb témoignent aussi des dépôts de charbon d’il y a 305 millions d’années.

    La submersion due à la formation de l’océan Téthys Ligure entraîne le dépôt de sédiments qui donnent lieu aux calcaires des Causses du Lodévois Larzac dont le Cirque de Navacelles est la pépite la plus connue. Les Gorges de l’Hérault ou les dolomies du Cirque de Mourèze sont d’autres héritages de cette période (160 millions d’années).

    Les volcans apparus il y a 2 millions d’années laissent des terrains fertiles et des roches basaltiques noires dont le Neck de la Roque, près du lac du Salagou est un témoin. En les enrichissant de minéraux, les basaltes donnent aux sols une grande fertilité propice aux cultures. À l’instar du Pont du Diable, la Méditerranée avancera jusqu’au pied des reliefs calcaires.

    Le centre Hérault (Soumont, Lodévois) abrite aussi des vestiges archéologiques. Les eaux thermales d’Avène ou Lamalou-les-Bains tirent leurs propriétés médicales de leurs interactions avec les roches. Enfin, sur les grands Causses du nord, les activités pastorales de l’Homme ont façonné les paysages. C’est ce patrimoine que veut faire fructifier K. Mesquida grâce au Géoparc. « Nous construisons aujourd’hui ensemble l’héritage précieux qui sera confié aux générations futures. »

    Infos : geoparc.herault.fr

  • Le Département de l’Hérault contraint de se serrer la ceinture

    Le Département de l’Hérault contraint de se serrer la ceinture

    « C’est la première fois que nous dépassons la barre des 2 milliards d’euros au budget primitif ». Prononcée en guise de conclusion de deux jours de débats cordiaux qui ont abouti, mardi 31 mars à Montpellier, au vote* du budget 2026 du Département de l’Hérault, la phrase de Kléber Mesquida (DVG) ne dit rien du casse-tête financier enduré.

    Si le président héraultais ne semble plus craindre une reprise en mains de la Chambre régionale des comptes, il est bien conscient que sa marge de manœuvre financière reste minime. Précisément de 33,8 millions d’euros (ME) au lieu de 68,7 l’an passé pour ce qui est de l’épargne brute. L’épargne nette est même négative (-19ME), au même niveau qu’en 2024. Pris dans « un effet de ciseau », le Département aux finances toujours précaires, ne sort pas encore de l’étau.

    Deux raisons essentielles l’expliquent. D’abord les dépenses sociales (949,2ME) pèsent mécaniquement chaque année plus lourd dans un territoire précaire. 280ME pour le RSA, 186,2ME pour l’Aide sociale à l’enfance (ASE), 185,1ME pour l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) et 106,4ME qui relèvent de la Prestation de compensation du handicap (PCH).

    « Chaque euro dépensé utile »

    Autant de dépenses sociales obligatoires qui sont loin d’être compensées « à l’euro près » comme promis par l’État qui transfère des compétences puis se désengage année après année. Résultat : un reste à charge colossal et en hausse (259ME en 2026 au lieu de 245,6ME l’an passé) : 110,7ME sur le RSA, 79,6 sur l’APA ou encore 68,7ME pour la PCH. « Ce qui nous plombe c’est le non respect de la parole de l’État », synthétise le vice-président aux finances, Cyril Meunier (DVG).

    Conséquence : si les dépenses d’investissement seront en légère hausse (181,6ME dont 102,2ME pour les travaux sur les routes et les domaines), l’effort reste minimaliste. Et K. Mesquida de prévenir : « On va passer une année 2026 à faire des économies, je resterai sur la même ligne, on ne peut pas avoir de dérive, on serait pénalisable ». Il faut dire qu’un emprunt d’équilibre de 61,7ME a dû être nécessaire pour équilibrer les comptes.

    Pas de quoi convaincre les élus d’opposition RN. « Je trouve ce budget trop optimiste sur les recettes avec un pari hasardeux sur la TVA et l’immobilier », critique le Biterrois Gilles Sacaze. La collectivité a pourtant joué la prudence avec 310ME de droits de mutation escomptés en recettes (+4,8% au lieu des +7% préconisés par l’État). Avec une dette qui pointe à 845,5ME (25 ans pour rembourser), l’opposante RN Marie Hirth dénonce « les subventions à certaines associations et les dépenses de com’ ». « Nous avons fait le maximum partout », lui assurera K. Mesquida. Avant que son 1er vice-président Renaud Calvat (PS) n’abonde. « Chaque dépense est au minimum utile voire indispensable aux habitants et aux communes ».

  • Fragile, le Département de l’Hérault joue la prudence

    Fragile, le Département de l’Hérault joue la prudence

    On a rajeuni de 75 ans ! » La capacité de désendettement du Département de l’Hérault étant passée de 100 à 25 ans, Philippe Vidal (PS) fait mine de se réjouir. Mais le maire de Cazouls-les-Béziers qui, lundi 16 février, remplaçait le vice-président aux finances (Cyril Meunier grippé) lors du débat d’orientation budgétaire, ne s’enflamme pas, sachant l’indicateur marginal. « La situation reste très fragile car notre autofinancent (35,3 millions d’euros) ne comble pas le remboursement de la dette (52,8 ME) ».

    Pire : l’épargne nette est désormais négative (-17,5 millions d’euros). Ainsi, chuchote le président Kléber Mesquida (DVG), aphone, « c’est inquiétant car on doit emprunter pour rembourser ». Très précisément 105 ME pour parvenir à l’équilibre tandis que l’encours de la dette culmine à 888,8 ME.

    Dépenses sociales dues

    Ainsi le budget 2026 (1,664 milliard d’euros) qui sera voté les 30-31 mars, sera dans la même « sobriété » que celui de 2025 qui avait été bouclé au prix de coupes et d’efforts inédits. « Ne pas reconduire des contrats, cela a été un crève-cœur », rappelle Philippe Vidal. « Un grand merci aux agents qui ont accepté d’évoluer dans les services », salue Claudine Vassas-Meijri (PS), présidente d’un jour.

    Grâce au regain des ventes immobilières générant des recettes en hausse (295,8 ME soit +22% en 2025 et 310 ME espérés en 2026), « on a réussi à retrouver quelques marges de manœuvre », positive Renaud Calvat (PS). De quoi continuer à assumer les dépenses sociales obligatoires (RSA 280ME), Aide sociale à l’enfance (186,2ME, Allocation personnalisée d’autonomie 172,5ME, Prestation handicap 100,6ME). Et même s’assumer certains investissements nécessaires (total 174,4 ME) dans les routes (50,2 ME), les collèges (30,7 ME), le patrimoine et les domaines (18,2 ME). Sans oublier les imprévus. « Les dégâts de la tempête ont déjà coûté 5 ME », déplore Philippe Vidal. Les aides aux conchyliculteurs et aux projets prioritaires des intercommunalités seront maintenues.

    Une situation « trop fragile » pour que l’opposition envisage l’avenir avec enthousiasme. « On aimerait que l’éclaircie soit plus longue et que le brouillard se dissipe durablement », illustre Brice Bonnefoux (LR) qui réclame à l’État une réforme territoriale. Côté extrême droite, Jean-Louis Respaud rêve de plus d’austérité. « Nous payons aussi des dépenses qui auraient pu être limitées dans les années précédentes ». L’État qui doit 1,2 milliard d’euros à la collectivité héraultaise est pourtant le premier fautif, rappelle Patricia Weber. « Les Départements sont en première ligne de la solidarité nationale qui n’est pas au rendez-vous de nos financements. »