Tag: jumelage

  • Le club de plongée de Port-de-Bouc se prépare à une immersion grecque

    Le club de plongée de Port-de-Bouc se prépare à une immersion grecque

    En passant dans la cuisine pour se faire chauffer de l’eau, Naïma El Ghazzar demande : « Qui veut un thé ? » Une proposition quasiment impossible à refuser, vu le froid mordant amené par le Mistral. Ses camarades Marc Ambelas et Jérôme Amphoux récupèrent leur tasse avant de s’installer autour de la table, devant leur ordinateur. Un drapeau grec est tendu derrière eux, comme un signe de ce qui se prépare.

    Deux fois par semaine, les membres du bureau du club de plongée et d’archéologie de Port-de-Bouc se réunissent pour travailler sur un nouveau projet : un échange avec leurs homologues de Kalymnos. « L’idée est partie du jumelage des deux villes », explique Marc Ambelas, le président de l’association sportive. Un jumelage qui s’explique par l’histoire de la commune : ici, la communauté kalymnote représente environ 20% de la population.

    Signé en avril 2025, l’accord entre les deux villes sœurs doit désormais s’accompagner d’actions. Kalymnos étant une « île de plongeurs, avec de nombreux scaphandriers qui vivent de la pêche des éponges », c’est naturellement que le club s’est lancé dans un projet d’échange.

    Un projet fédérateur

    « L’idée, c’est de partager nos pratiques respectives pour s’en inspirer, précise Naïma El Ghazzar. En Grèce, il y a des espèces invasives qui menacent la biodiversité marine qu’on ne connaît pas encore en France, mais qui finiront par arriver. Là-bas, les plongeurs sont payés par les autorités pour pêcher le poisson-lion qui pullule par exemple. »

    « De notre côté, on pense à leur montrer les récifs artificiels mis en place sur la côte, que ce soit à Fos-sur-Mer, à Marseille ou à Port-de-Bouc au niveau du sentier sous-marin, développe Marc Ambelas. Ce sont des infrastructures créées pour faire venir la vie. La Grèce affronte une problématique de désertification, avec des eaux très peu poissonneuses. »

    Le départ est prévu en septembre. D’ici là, le bureau se démène pour obtenir des subventions européennes du fonds Erasmus, accompagné par un incubateur de la Métropole. Que ces demandes aboutissent ou non, les plongeurs port-de-boucains voient dans ce nouvel exercice une opportunité. « C’est fédérateur pour le club et c’est porteur pour l’avenir », affirme le président.

    Naïma El Ghazzar illustre : « Ça nous oblige à mettre à jour le site et à le faire vivre, alors qu’il était peu utilisé jusque-là. On envisage aussi de faire une formation handisport pour emmener des personnes en situation de handicap. On met en place de nouveaux outils pour les prochains adhérents. » Dans la droite lignée de ces dernières années, lors desquelles l’association s’est dotée d’un nouveau bateau dessiné sur-mesure, d’un compresseur haut de gamme et d’un équipement pour obtenir du Nitrox, un mélange d’air suroxygéné qui garantit une meilleure sécurité aux plongeurs.

  • Un an de jumelage avec Masis, en Arménie, et plusieurs projets engagés

    Un an de jumelage avec Masis, en Arménie, et plusieurs projets engagés

    En septembre 2024, Aix, « première ville en France à reconnaître officiellement le génocide (arménien) de 1915 », rappelle Karima Zerkani-Raynal, déléguée aux relations internationales et villes jumelles, signe son jumelage avec Masis, en Arménie. Au pied de la stèle réalisée par Toros, place de la Rotonde, ce jeudi, une cérémonie célébrant le premier anniversaire de cet acte avec la communauté de communes de Masis, a été l’occasion de faire le point sur les enjeux autour de cette signature.

    « Moment fort de fraternité », pour Roland Vartanian, président du Hay’s club aixois. Pour l’occasion, deux délégations arméniennes ont répondu présent. L’une représentant le conseil municipal de Masis, l’autre dédiée à la mise en place d’un programme visant à contribuer à la « situation culturelle et sociale de nos compatriotes, se félicitait Khoren Arkoyan, premier adjoint au maire de Masis. Cette signature nous a permis de démarrer nos programmes culturels et sociaux. Nos conseillers municipaux vont acquérir une expérience dans votre ville ».

    « Depuis un an, notre jumelage n’est pas resté un mot sur un papier. Il a pris vie. Je pense à la création à Masis d’un centre de la jeunesse Aix-en-Provence, inspiré du Repère jeunesse, égrène Karima Zerkani-Raynal. Aux échanges de livres français et arméniens entre les bibliothèques de nos deux villes, ainsi que la participation de la Ville d’Aix à une mission organisée en Arménie par le programme des Nations Unies pour le développement afin de collaborer à l’insertion des populations réfugiées de l’Artsakh. »

  • Un exemple de convergence des luttes contre l’impérialisme

    Un exemple de convergence des luttes contre l’impérialisme

    La colère populaire monte. Après le mouvement « Bloquons tout » du 10 septembre, la manifestation du 18 et avant la grève 2 octobre, organisées par les syndicats, les actions citoyennes continuent de se multiplier. Ce 28 septembre, deux cortèges se sont rejoints sur la Canebière. Le premier, venu de la Porte d’Aix, défile tous les dimanches depuis près de deux ans à l’appel du collectif Urgence Palestine Marseille (UPM). Les mots d’ordre : la fin du génocide à Gaza, et donc de la complaisance de l’État français envers Israël. L’association réclame également la fin du jumelage de Marseille avec Haïfa, qui date 1958, alors que le maire Benoit Payan a annoncé un jumelage avec la ville palestinienne de Bethléem il y a quelques jours.

    Le second cortège est une première : la marche des résistances, inscrite dans l’initiative internationale « Draw The Line » portée par des peuples autochtones du Brésil et du Pacifique et appelée de leurs vœux par une centaine d’organisations locales. Les revendications sont claires : « Un changement radical de notre système avec l’instauration d’une justice climatique qui doit faire payer les plus riches », résume Laurent de Greenpeace, qui détaille « taxer les profits sur les énergies fossiles pour des recettes dirigées vers le service public, vers le logement, vers le bâti scolaire, la mise en œuvre d’une politique tournée vers le bien commun ». Hendrik Davi, député (L’Après) de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône souhaite un « budget à la fois social et écologique pour répondre aux injustices » et salue cette « pression, notamment sur la taxe Zucman ».

    Au moment de la rencontre des deux processions, un rugissement s’élève. « L’union fait la force. On n’a qu’un seul but : lutter contre l’impérialisme, lutter contre le capitalisme, contre toutes les dominations et les oppressions ! », s’écrie Fadela El Miri, pilier d’UPM.

    Contre la « machine coloniale capitaliste »

    Morgane, membre du même collectif, explique cette convergence des luttes : « Tant que le système colonial capitaliste pourra maintenir ses bastions comme Israël, il conservera sa capacité à piller les ressources et à détruire les écosystèmes dans le monde. La Palestine est un front décisif de cette bataille. » La jeune femme pointe la « logique froide » d’Israël : « Exterminer les Palestiniens pour exploiter les combustibles fossiles sous leurs pieds puis nous vendre ce gaz pour la consommation énergétique européenne », évoquant les gisements gaziers de Léviathan et Tamar et les nouvelles licences d’exploitation accordées « quelques semaines après les premières attaques » de l’armée sur la bande de Gaza.

    Ce qui se passe à Gaza est pour elle une « répétition du spectacle de l’avenir, car cette machine coloniale capitaliste sacrifie systématiquement les peuples et les écosystèmes pour ses profits ». Voilà pourquoi articuler les luttes.

  • Marseille jumelée à Bethléem, un nom qui « résonne dans tous les cœurs »

    Marseille jumelée à Bethléem, un nom qui « résonne dans tous les cœurs »

    La municipalité de Marseille a choisi d’aller au-delà de la symbolique des drapeaux. Alors que la France a reconnu l’État palestinien à l’ONU, Benoît Payan a annoncé lundi le jumelage de Marseille avec Bethléem. L’initiative préparée avec le Quai d’Orsay, a été engagée depuis quatorze mois, expliquait la première adjointe (EELV) Michèle Rubirola en conseil municipal le 20 juin. Une semaine plus tôt, le maire avait révélé être en discussion avancées avec deux communes palestiniennes.

    « Je suis particulièrement fier que Marseille et Bethléem deviennent des villes sœurs », indique le maire de Marseille dans un communiqué rappelant l’engagement de la ville pour la paix et une solution à deux états « seule à même de garantir une résolution pacifique et durable du conflit ». À travers ce jumelage, « Marseille dit haut et fort au peuple palestinien : vous n’êtes pas seuls. Marseille est une ville de dialogue, de diversité et de vivre-ensemble. Ce lien avec Bethléem sera un pont entre nos habitants, nos étudiants, nos artistes, nos cultures », justifie-t-il encore.

    « Magnifique initiative de notre maire qui choisit de jumeler Marseille avec Bethléem, ville ô combien meurtrie par l’histoire et les épreuves », a réagit le sénateur (PCF) Jérémy Bacchi. « Par ce geste fort et symbolique, il unit nos destins pour toujours. Quelle fierté d’être marseillais ! »

    Ce partenariat officiel s’inscrit dans la tradition d’ouverture de la deuxième ville de France, déjà jumelée notamment avec la ville israélienne d’Haïfa. La démarche se lit aussi dans une posture d’équilibre alors que depuis des mois Benoît Payan, pressé par des collectifs palestiniens et des élus de gauche, refuse de rompre le jumelage avec cette dernière.

    Dans la nuit de dimanche à lundi, des insoumis en lien avec le collectif les bazoukeuses, ont d’ailleurs projeté des drapeaux palestiniens sur la façade de l’hôtel de ville, dénonçant « le silence et l’inaction de Benoît Payan face au gouvernement d’extrême droite israélien ».

    Par trois fois, le conseil municipal avait pourtant approuvé des subventions, pour un montant total de 260 000 euros, en faveur de l’Unrwa puis de l’Unicef, la dernière le 20 juin dernier. « Nous n’avons pas le droit de nous taire ni de fermer les yeux », assénait alors le maire à son opposition de droite qui refusait de soutenir la subvention pour les enfants de Gaza.

    La droite crie « au calcul politique »

    La droite qui dénonçait alors ce projet et l’accusait de « fracturer Marseille », se trouve gênée aux entournures. Car Bethléem reste une ville emblématique et singulière. Connue comme le lieu de naissance de Jésus selon la tradition chrétienne, elle abrite aujourd’hui une population majoritairement palestinienne musulmane.

    « Bethléem est une ville dont le nom résonne dans tous les cœurs », insiste d’ailleurs Benoît Payan. Alors, le groupe Une volonté pour Marseille attaque « une décision de jumelage prématurée, provocatrice et irresponsable », et dénonce le « coup de communication d’ampleur » d’un « apprenti sorcier » qui n’est que « calcul politique et manipulation ».

    Et d’apprécier plutôt la vingtaine de drapeaux tricolores pavoisant l’hôtel de Région, hissés lundi en réaction aux drapeaux palestiniens installés sur plusieurs mairies en France. « Certains, par calcul politique, voudraient nous manipuler, et nous faire oublier que la France et la République sont notre destin commun. J’ai souhaité que nous affirmions la fierté de notre pays, de notre République, de nos valeurs et de notre drapeau », martèle le président (Ren.) de la Région Sud, Renaud Muselier.

    Au même moment, Éric Le Dissès, le maire d’extrême droite de Marignane, déployait lui aussi ses drapeaux français et un portrait de Marianne en pleurs, sur la façade de sa mairie…

  • La Ville de Marseille annonce son jumelage avec Bethléem, en Cisjordanie

    La Ville de Marseille annonce son jumelage avec Bethléem, en Cisjordanie

    Par communiqué ce jeudi après-midi, le maire (DVG) de Marseille a annoncé un jumelage de la cité phocéenne avec la ville de Bethléem, en Cisjordanie. Une décision rendue publique alors que la France doit annoncer ce lundi à la tribune des Nations unis la reconnaissance officielle de l’État de Palestine.

    « Ce jumelage est un acte fort, de fraternité et de solidarité, dans un contexte géopolitique dramatique, appuie l’édile. A travers lui, Marseille dit haut et fort au peuple palestinien : vous n’êtes pas seuls. » Et de promettre de faire de ce jumelage « un pont entre nos habitants, nos étudiants, nos artistes, nos cultures ». La Ville redit ainsi son engagement pour la paix et pour soutenir une solution à deux États, «seule à même de garantir une résolution pacifique et durable du conflit ».

    Pour la municipalité, ce jumelage est le fruit d’un long travail, engagé depuis quatorze mois, expliquait la première adjointe (EELV) Michèle Rubirola à l’occasion du conseil municipal le 20 juin dernier. Une semaine plus tôt, le maire avait révélé être en discussions avancées avec deux communes de Palestine, alors que les insoumis et une partie des écologistes lui demandaient de suspendre le jumelage avec le port israélien d’Haïfa.

    Dans la nuit de dimanche à lundi, des militants insoumis ont d’ailleurs projeté des drapeaux palestiniens sur la façade de l’hôtel de ville, dénonçant « le silence et l’inaction de Benoît Payan face au gouvernement d’extrême droite israélien ». Par trois fois cependant, le conseil municipal a approuvé des subventions, pour un montant total de 260 000 euros, en faveur de l’Unrwa puis de l’Unicef, la dernière le 20 juin dernier. «Nous n’avons pas le droit de nous taire ni de fermer les yeux », assénait-il alors.

    Quant à l’opposition municipale de droite qui avait déjà refusé de soutenir la dernière subvention en faveur des enfants de Gaza, elle dénonce « une initiative dangereuse, prise sans recul ni analyse géopolitique ».

  • « La gauche ne doit être dans aucun relativisme »

    « La gauche ne doit être dans aucun relativisme »

    La Marseillaise : Le PS n’a pas censuré Bayrou. Pourquoi ça suffit ?

    Michaël Delafosse : On ne peut pas jouer à la censure en permanence. Le groupe PS avait eu des discussions pour amender le projet de budget au Sénat. Il y avait eu l’engagement d’une renégociation par les partenaires sociaux de la réforme des retraites [le conclave, Ndlr] qui devait aboutir à une inflexion. Les engagements de François Bayrou n’ont pas été honorés et dans le nouveau projet de budget figurent des attaques directes contre le monde du travail pour lequel la vie est difficile. Supprimer 2 jours fériés, monétiser la 5e semaine de congés payés, c’est inadmissible. Les franchises médicales qui vont fragiliser les retraités à petites pensions, les temps partiels, c’est indécent. Il n’y a aucun mandat démocratique pour proposer des mesures aussi dures. Je ne dis pas qu’il ne faut pas régler le déficit public mais pas ainsi. François Bayrou a fait voter tous les budgets depuis 7 ans. Ce n’est pas le Mozart mais le fiasco de la finance. Le président Macron a supprimé la taxe d’habitation, la redevance TV, l’ISF. Est-ce que ça a ruisselé ? Non. Nos services publics sont-ils plus efficaces ? Je n’ai pas l’impression. Ni l’école ni notre système de santé avec des déserts médicaux anxiogènes. Est-on mieux protégé par la Justice ? Le Premier ministre joue un coup de poker. Mais la confiance, elle n’y est pas. Il n’a consulté personne, il affiche une forme de mépris à l’égard des chefs de partis et partenaires sociaux. Stop.

    Vous êtes en conflit avec LFI. En cas de législatives, seriez-vous prêt à une nouvelle union de toutes les forces de gauche contre l’extrême droite ?

    M.D.: Les relations avec LFI sont compliquées pour toutes les formations de gauche. Leur université d’été a été consacrée à une charge contre un journaliste et l’agression verbale de l’écologiste Marine Tondelier. Fabien Roussel a été moqué quand il a applaudi la caravane du Tour de France. C’est LFI qui rend la situation compliquée. On a aussi des désaccords importants : sur la laïcité, sur la lutte contre l’antisémitisme et le racisme. La gauche ne doit être dans aucun relativisme. Quand la synagogue de La Grande-Motte subit une attaque terroriste, quand Aboubakar Cissé est tué dans une mosquée, nous devons être là. Jamais nous ne devons être en concurrence sur nos principes. La stratégie de LFI est d’attaquer partout et d’affaiblir la gauche où elle est en responsabilité. Je n’oublie pas qu’à Montpellier, LFI s’est alliée (en 2020) avec un milliardaire [Mohed Altrad, Ndlr] pour faire battre ma liste de rassemblement de la gauche. Il y a des hommes et femmes très sincères. René Revol [maire LFI de Grabels et vice-président à la Métropole] n’a pas ces positions-là. Mais il y a une dérive préoccupante chez LFI avec une stratégie permanente du clash.

    Vu le danger de l’extrême droite, on imagine que vous n’êtes
    pas favorable à une seconde dissolution ?

    M.D. : En effet, je n’y suis pas favorable. Je ne comprends pas pourquoi la première dissolution a eu lieu. Elle a rajouté du chaos. Le pays doit être gouverné. Si, demain, le Premier ministre remet sa démission, le scénario doit être à l’allemande, à l’italienne, à la belge. Il doit y avoir des consultations avec les groupes parlementaires et le Parlement doit avoir le pouvoir. Avec les discussions et les compromis, on doit aboutir à une majorité politique. Il appartiendra à Emmanuel Macron de décider. Je pense qu’il sera jugé très sévèrement dans l’Histoire pour son mépris de la démocratie sociale. Jamais un accord avec les organisations syndicales n’a été respecté. Il a déréglé notre démocratie.

    La loi de 1905 a 120 ans. C’est quoi le combat de la laïcité pour vous ?

    M.D : Le combat laïc est un combat historique de la gauche pour que les dogmes religieux ne s’imposent pas. Ce principe a été éclipsé ces 20 dernières années. La valeur et le mot laïcité ont parfois été utilisés par l’extrême droite qui s’en est servie pour faire un glaive contre nos concitoyens de confession musulmane. Je suis un militant de la laïcité qui est une valeur de concorde. Il y a aujourd’hui des forces religieuses qui travaillent notre pays et menacent la République. On l’a vu lors de la loi pour le mariage pour tous avec l’Église qui refusait un texte de liberté. Il y a aussi une offensive des islamistes qui disent comment doit s’organiser la société. On a vécu un retour du fanatisme religieux. Au nom de Dieu, Samuel Paty a été tué. Je me suis réjoui au sujet des abayas qu’on rappelle la loi de 2004 : l’école doit être dans une situation de neutralité. J’ai un désaccord majeur avec Jean-Luc Mélenchon qui dit que « l’École ne doit pas faire la police du vêtement ». Je dis que l’école doit être claire sur les tentatives de déstabilisation. La laïcité doit servir à rappeler un autre principe fondamental que l’extrême droite combat : que chacun a la liberté de conscience. Chacun doit pouvoir en sérénité exercer son culte. C’est pour cela que j’ai évoqué le dossier d’une grande mosquée au sud de Montpellier. Quand je vois que des fidèles sont dans la rue, c’est scandaleux. Nous avons aussi le devoir de protéger nos concitoyens de confession juive qui vivent dans la peur… Le retour du religieux se fait partout dans le monde : aux USA, les théocraties iraniennes, afghanes… Je trouve très inquiétant qu’on puisse venir discuter des attentats de Charlie Hebdo, qu’on questionne le droit au blasphème. La parole héritée des Lumières doit retrouver de la force. Le 9 décembre, nous fêterons les 120 de la loi sur la laïcité. Le moyen de la défendre c’est aussi de faire la République sociale. Quand les services publics s’affaiblissent, quand le tissu associatif est fragilisé, c’est le communautarisme qui organise la vie sociale. La République doit protéger et émanciper. C’est la dimension que je porte à la Mosson avec le projet de rénovation urbaine (Anru).

    Vous êtes ferme sur la sécurité. PS et gauche ont trop fait l’autruche ?

    M.D. : Oui. Quand vous êtes de gauche, vous combattez la loi du plus fort. Le respect des lois et des règles est un fondement pour protéger. La gauche a un devoir impérieux de faire respecter l’ordre républicain. Parfois, on a pensé que la gauche pouvait laisser cela à d’autres. Je ne crois pas, elle doit apporter ses réponses, pas celles de l’extrême droite qui instrumentalise la détresse des victimes. Mon rôle, et celui de la République, c’est de régler les problèmes des victimes, que Justice soit faite. La société est plus violente à cause du narcotrafic, d’un manque de fermeté, de la défaillance de la chaîne pénale. Je dis à la gauche : n’ayez pas peur de la vidéosurveillance, elle est utile pour prévenir le harcèlement de rue et aider la Justice à enquêter. Ne doutez pas de la nécessité d’armer la police municipale. À Montpellier, j’ai créé 143 postes pour la sécurité plus 50 policiers nationaux. C’est un effort inédit. Retailleau et Darmanin paradent. Je tire la sonnette d’alarme : si nous n’y prenons pas garde, la France va être dépassée par le narcotrafic. À Nîmes, un enfant a pris une balle à Pissevin. Il y a un besoin de moyens, de travail entre l’État et les maires. Les choufs et les mules sont des enfants alors que l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans.

    Serez-vous candidat en mars 2026 ?

    M.D. : Je dirai ma décision en janvier. Je suis attentif à l’équilibre personnel et avec la famille. L’engagement en politique n’est pas une rente, cela doit toujours avoir du sens. On m’a proposé d’être ministre. C’est un honneur mais je n’étais pas en accord sur le fond et j’avais l’engagement pour ma ville. Je me poserai ces questions. J’ai encore des projets pour Montpellier. C’est un honneur d’être maire de cette ville mais il existe aussi des parts difficiles. Vous êtes confrontés à la mort qui vous habite, qui vous hante, à des menaces. La question c’est le projet, le sens. Je vois des gens qui font le mandat de trop, qui n’ont plus de jus. Des collègues maires ont lâché en cours de route. On travaille avec ma majorité à ce que doit être Montpellier en 2030-2040. J’ai plein d’idées pour cela mais il y a un temps pour tout. J’aurais eu un mandat de 5 ans et demi marqué par le Covid. Malgré tout, j’ai réussi à tenir mes engagements sur le plan Écoles 2030, la gratuité des transports… Le 20 décembre avec la 5e ligne de tramway, j’aurai fini mes engagements. Ensuite c’est une nouvelle phase qui s’ouvre.

    Après la campagne « la plus folle de France » en 2020, craignez-vous une campagne violente ?

    M.D. : J’ai déjà été attaqué pendant la campagne de 2020. J’ai gagné parce que j’ai mené campagne avec sérieux et conviction. Le débat démocratique a besoin d’être élevé. Je ne minore pas tous les coups bas qui vont venir. J’invite à ne pas trop trumpiser notre démocratie. J’ai eu par deux fois des mots malheureux en conseil municipal. Je les regrette et m’en suis excusé, ce n’est pas mon tempérament.

    Montpellier a-t-elle été « apaisée » et a-t-elle rattrapé son retard ?

    M.D. : Montpellier ne pouvait plus continuer à vivre dans le conflit avec la Région, le Département, l’État… Tout était bloqué, les dossiers n’avançaient pas. Ma méthode a fonctionné. Une troisième caserne de pompiers arrive grâce au Département, les mineurs non accompagnés ne sont plus dans les hôtels du centre-ville mais dans un lieu digne et éducatif. La Région nous accompagne sur beaucoup de projets, ce qui soulage les investissements de la Ville. On a eu plus d’argent de l’État pour l’Anru, on a mieux coordonné nos actions sur la sécurité, on a réglé le bidonville de Celleneuve. Des dossiers étaient enlisés comme le Contournement ouest de Montpellier. Cela va transformer l’avenue de la Liberté où transitent 45 000 voitures. On est l’une des seules villes sans contournement.

    Vous avez qualifié la gestion
    des déchets de «
     catastrophique ». Mais la chaudière CSR n’est-elle pas un choix par défaut ?

    M.D. : Montpellier est la seule ville de France sans solution pour traiter ses déchets. La filière CSR [Combustible solide de récupération, Ndlr] est un choix de responsabilité préconisé par l’Ademe, combattue par l’extrême droite, qu’ont adopté tous les pays d’Europe. C’est une solution qui fonctionne et permet de faire de l’énergie et donc de baisser les factures pour 20 000 foyers. Personne ne veut d’une nouvelle décharge ou d’un incinérateur. L’usine de méthanisation Ametyst, imposée à Georges Frêche par les Verts, est un échec : 20 000 personnes subissent les odeurs et les camions. Avec René Revol, on a mis en place un audit citoyen. On a demandé à ce que la filtration soit la plus avancée. Il ne faut pas jouer sur les peurs. Ce qui est dangereux c’est le trafic de l’avenue de la Liberté et sa pollution atmosphérique mesurée par l’Atmo. Le CSR permettra de baisser la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. Sinon tout le monde va devoir payer plus.

    Le Service express régional métropolitain (Serm) n’est-il
    pas une promesse sans lendemain de Macron
     ?

    M.D. : Évidemment. Ici mettons-nous d’accord sur une carte pour créer un dispositif de mobilités alternatif à la voiture à l’échelle du grand territoire : de Lunel à Sète. Carole Delga est d’accord pour que la part régionale du versement mobilités continue à financer l’amélioration de l’offre de transport dans l’aire urbaine de Montpellier. Il nous faut de l’argent pour ces investissements. On doit faire entendre notre voix. Plusieurs dossiers se jouent : celui de la LGV vers Béziers qui permettra la grande vitesse vers l’Espagne mais aussi le cadencement des TER entre Sète et Montpellier. Il y a aussi les cars express sur la partie nord. Je vais continuer à faire ma part du Serm. Le plus grand contributeur c’est l’exécutif métropolitain. On a fait la ligne 5 de tramway, l’extension de la ligne 1 d’Odysseum vers la gare Sud de France, les parkings relais, les bustrams jusqu’à Castries et Cournonterral et le réseau cyclable. Mais je le dois à chaque habitant : les travaux fin décembre, c’est fini ! J’attends des autres qu’ils fassent aussi leur part. Comme homme de gauche, j’ai une radicalité transformatrice. Il y a un avant et un après. Les transports étaient payants, ils sont devenus gratuits. On pourra aller d’une gare à l’autre ou aux universités en tramway.

    Que faire pour que la croissance démographique de Montpellier reste un atout, pas un handicap ?

    M.D. : C’est une question majeure. Montpellier ne peut pas accueillir tout le monde. C’est pour cela qu’on travaille sur la répartition de la croissance démographique et que l’enjeu des transports est fondamental. À ce titre, je salue la mémoire de l’ancien maire Pierre Soujol [décédé le 28 juin, Ndlr] qui a été formidable. On s’est dit que Lunel pouvait être un des territoires de la croissance démographique. Je suis très heureux qu’après 10 ans où on a subi l’urbanisation à la parcelle, nous ayons réussi à voter le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi). J’ai parlé d’un changement de paradigme en matière d’urbanisme. On ne fera plus des logements n’importe où n’importe comment. On aura un urbanisme de projets, une urbanisation douce avec de petites extensions.

    La loi ZAN semble difficile à respecter. L’écologiste Jean-Louis Roumégas vous reproche d’avoir trop urbanisé…

    M.D. : Tout le monde dit que l’action menée ici est l’une des plus écologiques de France. L’extrême droite me traite de « maire escrologiste ». J’ai souvenir d’un Jean-Louis Roumégas aux côtés de Jean-Pierre Moure (ex-président PS d’Agglo) dont le slogan était Unlimited… Je pense que la sobriété est un enjeu. On a adopté la stratégie Zéro artificialisation nette (ZAN). Les Coteaux de Malbosc ne seront pas urbanisés, ni les Bouisses. À Montpellier, 100 hectares dédiés à l’urbanisation ne le seront pas. Le PLUI préserve les deux tiers des terres agricoles et naturelles. C’est un choix de rupture. On a fait l’office foncier solidaire qui permet l’accession à la propriété. Je tiendrai mes engagements avec 25% de logements sociaux.

    Pourquoi maintenir le jumelage avec Tibériade alors que celui avec Obninsk a été stoppé à cause de la guerre en Ukraine avec Poutine ?

    M.D. : Pas du tout. Nous sommes jumelés avec Obninsk. J’ai fait un courrier de condamnation à son maire pour qu’il se positionne. Il ne m’a jamais donné de réponse. Ce jumelage est donc gelé. Pour le reste, les habitants de Tibériade ne sont pas Netanyahou. On est jumelé avec Bethléem : après l’attaque du Hamas du 7 octobre, on aurait dû suspendre notre jumelage ? Sûrement pas. Vous pensez que je vais suspendre le jumelage avec Louisville parce qu’il y a le président Trump ? Ou avec Chengdu ? Sûrement pas. Montpellier est une ville qui doit dialoguer avec le monde, promouvoir la coopération, contribuer à sa manière à la paix. C’est le seul chemin. Je suis aux côtés des Israéliens qui manifestent, qui disent que ce gouvernement Netanyahou est en train de faire le mal. Comme je suis du côté des Palestiniens qui disent que le Hamas fait du mal. Ma position c’est la plus dure : deux États dans les frontières de 1967. Je soutiens l’initiative du Président Macron de reconnaître l’État palestinien. Malgré les pressions, nous avons accueilli le musée national de la Palestine.

    Une fierté et un regret du mandat ?

    M.D. : Je regrette de ne pas avoir pris de décision rapide sur les déchets, de ne pas avoir pris d’emblée la mesure de la gravité de la situation. Mon principal regret c’est le rapport au temps. Je fais 80 heures/semaine mais parfois on aimerait davantage se poser, échanger. Je vais vite parce que j’ai une exigence de l’action et du résultat. Je suis en colère contre l’inertie qui existe dans le pays. C’est l’ennemi car elle est coûteuse.

    Ma fierté, c’est d’avoir mis en œuvre la gratuité des transports. C’est en moyenne 1 400 euros d’économies pour un foyer avec deux enfants. Les gens me remercient et me disent de tenir bon face à ceux qui veulent la remettre en cause. Quand on est de gauche, il faut parler mais aussi faire. J’espère que tous les candidats de gauche défendront la gratuité.