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  • [Entretien] Julien Rader, CGT : « Il faut aller chercher les gens pour qu’ils se syndiquent »

    [Entretien] Julien Rader, CGT : « Il faut aller chercher les gens pour qu’ils se syndiquent »

    La Marseillaise : Quel bilan faire du précédent mandat ?

    Julien Rader : Le bilan est lourd, en termes d’activité. Au niveau politique, j’ai commencé le mandat avec la mobilisation contre la réforme des retraites, où il y a eu une forte mobilisation sur Béziers : on n’avait jamais vu ça depuis 68. Il y a eu aussi la fameuse manifestation d’avril 2024 contre l’extrême droite, avec Sophie Binet [secrétaire générale de la CGT, Ndlr.]. Nous avons essayé de pousser la gauche à se rassembler. Puis il y a eu les élections, la dissolution, le refus de Macron de nommer un gouvernement de gauche et depuis, l’instabilité gouvernementale. Cette instabilité totale a tendance à épuiser nos militants : autant d’activités politiques fait que l’activité syndicale s’en trouve forcément touchée.

    Sur le Biterrois, on continue la lutte syndicale pure dans les entreprises, par exemple en 2023 avec la RATP Dev [ex-Vectalia, Ndlr.] où on gagne les élections, après 25 ans de règne de l’Unsa. Ils décident ensuite de se mettre en grève pour obtenir une augmentation de salaire, ils prennent 4%. Plus récemment, les salariés de Nephrocare se sont mobilisés et oont obtenu 11 revendications sur 12, après quelques jours de grève.

    Comment s’est déroulé
    le congrès
     ?

    J.R. : Il y a eu des candidatures supplémentaires pour la commission exécutive, notamment des copains d’EDF. La commission exécutive est maintenant composée de 41 membres. J’ai été réélu secrétaire général à 100% par la commission. Notre bureau, élu lui aussi par la commission, s’étoffe un petit peu plus. On s’élargit pour être plus efficace, notamment en termes d’organisation, c’est ce qui nous a un peu manqué durant ces trois ans. Il y avait beaucoup d’élections, pour ça il faut qu’on soit organisé dans toutes les boîtes et pour répondre aux demandes des salariés. Et surtout pour qu’ils sachent qu’ils ont le droit à des élections. Dans beaucoup d’entreprises du Biterrois, aucune élection n’est organisée, il n’y a pas de délégués du personnel, du CSE. On l’observe dans les TPE/PME mais aussi dans d’autres boites où le patronat dit aux salariés : « Si vous nous mettez les organisations syndicales et notamment la CGT dans les pattes, je vous vire. » Ils font peur aux salariés qui du coup ne se présentent pas pour ne pas perdre leur boulot.

    Néanmoins la CGT gagne des adhérents, est-ce le signe d’un regain syndical ?

    J.R. : Sur le département, on est plus de 10 000 syndiqués. On ne fait que progresser. C’est forcément en lien avec les positions qu’on a prises quand beaucoup disaient que les syndicats ne doivent pas faire de politique, etc. On a perdu des cartes, mais on en a plus gagné qu’on en a perdu par rapport à nos positions politiques, notamment contre l’extrême droite. De toute façon, en termes de syndicalisation, on est encore bas et qu’il faut aller chercher des gens pour qu’ils se syndiquent.

    C’est un axe à développer sur ce nouveau mandat ?

    J.R. : Énormément. D’une part, il faut qu’on progresse aux élections de la fonction publique, les trois versants de la fonction publique, la Région, le Département et les mairies, notamment celles d’extrême droite. Par exemple à Béziers, il faut vraiment qu’on arrive à progresser. À Agde, il y a zéro syndiqué CGT et je n’ai pas vu les autres syndicats lever le petit doigt, faire des vagues alors que le RN vient de prendre la mairie. Parce que le premier rempart à l’extrême droite, c’est la CGT. Quand ils sont au pouvoir, on sait à qui ils essaient de couper la tête.

    Le combat contre l’extrême droite sera toujours au cœur de l’action de la CGT ?

    J.R. : Oui, on va évidemment continuer le travail là-dessus. Parce qu’on doit faire campagne contre elle pour la présidentielle mais aussi pour les élections professionnelles. Et si on veut imposer nos thèmes, notamment le premier thème des Français, à savoir le pouvoir d’achat et les salaires, il faut qu’on porte ces projets-là. Si on leur laisse imposer leurs thèmes sécuritaires et d’immigration, ça ne nous fera pas avoir plus de salaires, etc. Les élections et le nombre de délégués permettent justement d’aboutir à toutes ces revendications. Ces élections professionnelles vont aussi compter dans la campagne électorale présidentielle.