Tag: Juifs

  • [Entretien] Justine Van Minden : « Carpentras a souffert de l’antisémitisme »

    [Entretien] Justine Van Minden : « Carpentras a souffert de l’antisémitisme »

    La Marseillaise : Quel est le but de votre association ?

    Justine Van Minden : C’est une structure fondée en 1992 dont l’objectif culturel est de faire rayonner la culture judéo-provençale. Car il est important pour nous de mettre en avant l’ancienneté de la présence juive sur le territoire. Pour rappel, on a trouvé des traces qui remontent à l’an 0. Et cette présence a été continue, contrairement aux autres endroits en France, même si ça a parfois, voire souvent, été compliqué. Mais il en reste beaucoup de traces, que ce soit dans la langue, dans la cuisine ou simplement dans le patrimoine, avec les nombreuses synagogues, dont celle de Carpentras qui est la plus ancienne en activité de France, et c’est un bijou patrimonial !

    Que souhaitez vous porter en tant que nouvelle présidente ?

    J.V.M. : On veut rayonner dans toute la région et ouvrir l’association à tous, pas seulement aux descendants de juifs du Comtat Venaissin ! Je descends du grand rabbin d’Avignon et il était progressiste. Il considérait par exemple davantage les femmes que d’autres et permettait aux filles de faire leur bar-mitsva, ce qui n’est pas commun. On veut donc se déployer dans toute la région et renouveler les membres, pour rajeunir un petit peu notre organisation, et donc créer plus d’événements. On va également davantage communiquer et refaire le site, qui est vieillissant. On est aussi présents à Aix-en-Provence et à Marseille avec des membres qui sont très motivés. Ou encore à Paris, où on a aussi des attaches.

    Est ce complexe dans le contexte actuel ?

    J.V.M. : On veut montrer que le judaïsme est quelque chose de constructif et ne pas le voir seulement sous le prisme de l’antisémitisme ou de la guerre au Moyen-Orient. Carpentras est une ville qui a souffert de l’antisémitisme et on n’oublie pas l’Histoire, évidemment. C’est aussi symbolique d’être élue ici et d’avoir tenu notre assemblée générale dans la synagogue.

  • Anciens enfants juifs cachés, ils transmettent aux plus jeunes

    Anciens enfants juifs cachés, ils transmettent aux plus jeunes

    Charles Lastmann n’avait que 5 ans lorsque plusieurs membres de sa famille et lui sont arrêtés à Toulouse, en 1941, parce qu’ils sont juifs. Cet enfant, réfugié d’Allemagne, est séparé de son père, mais reste avec sa mère, pourtant contrainte de le confier à l’Œuvre de secours aux enfants (OSE). « Rachitique et couvert de vermines », il est soigné par la maternité de l’Elne, avant d’être envoyé en Creuse. En France, les rafles se multiplient. Ses parents font appel à une assistante sociale, active dans un réseau de sauvetage, qui le confie à une famille de paysans, Irénée et Noémie Combe, dans le Rhône.

    À cette époque, l’Occupation nazie force des centaines de parents à abandonner leurs enfants dans l’espoir d’un avenir meilleur. Cachés par d’autres citoyens, c’est grâce à la protection de ceux que l’on a appelés les « Justes » qu’une poignée d’entre eux est aujourd’hui encore en vie pour témoigner. Ce mardi, ils étaient une délégation de 29 enfants cachés, rescapés de la Seconde Guerre mondiale, à se rendre au Camp des Milles pour rencontrer près de 80 élèves du collège Jean-Marc Gaspard Itard (Oraison).

    « Entre le bien et le mal »

    L’initiative est à l’origine du Fonds social juif unifié (FSJU). « Vous avez face à vous non seulement des personnes qui ont subi, mais des personnes qui ont surmonté. C’est un des messages importants que cette journée porte : les victimes sont très souvent résistantes et résilientes », rappelle Alain Chouraqui, président de la Fondation du Camp des Milles.

    Venus de Lyon et de Marseille, ils sont deux, notamment, à avoir témoigné de cette Résistance dont ils ont bénéficié. Mais aussi des horreurs du nazisme. La douleur de la perte de proches. Reine Peres, née en 1939 à Marseille, évoque longuement cette voisine qui « faisait les courses à notre place, qui faisait le maximum. Cette femme – et c’est dommage que nous n’ayons pas pu faire de sa famille une famille de Justes -, ce qu’elle a fait était exceptionnel. Et cela a duré plusieurs années. » Si Reine Peres et certains de ses proches s’en sortent, plusieurs membres de sa famille connaissent la déportation. Les chambres à gaz. « On est toujours entre le bien et le mal, le miracle et la tragédie », confie-t-elle à propos de cette période.

    Face à ces deux enfants devenus nonagénaires, le silence pèse dans la salle. Aux témoignages longs et parfois difficiles s’ajoutent les interventions d’une partie de la délégation des 29. Il y a notamment cette femme, impeccablement habillée, Luxembourgeoise ayant « atterri » à Marseille, avant de « terminer son parcours à Izieu. Je fais partie des trois derniers survivants du mémorial ». À Charles Lastmann et Reine Peres, une élève pose la question : « Mais comment, en tant qu’enfant, vous viviez la guerre ? ». « Par une trouille immense », résume Charles Lastmann.

    Sylvie Altar, docteure en histoire, membre associée à Larhra (Lyon II), insiste : « À la veille de la guerre, les juifs ne représentaient que 0,7% de la population (…). 330 000 personnes pour lesquelles le régime de Vichy va mettre en place une législation antisémite (…). Se met en place ce qu’on appelle le processus génocidaire.  » Et d’ajouter : « Tant qu’on témoignera, on se protégera de dangers qui nous menacent. »

    À la sortie de cette rencontre, Emma concède : « Pour certains mots, j’avais les larmes aux yeux. C’était émouvant. » À l’avenir, poursuit la jeune fille, «  il faut faire au mieux pour limiter le plus possible l’antisémitisme et le racisme en France, voire dans le monde entier. Il faut que ça s’arrête, ça n’a pas lieu d’être, ça sert à rien et ça ne changera pas le monde ». Pour Angélina, « c’est important de raconter. Si on n’est pas au courant, on ne peut pas connaître les solutions ». On raconte « pour ne plus que ça arrive », résume de son côté Charles Latsmann, alors « qu’aujourd’hui, on est comme en 1930, le fascisme sort de partout ».

  • Lehaim, un festival pour découvrir les cultures juives

    Lehaim, un festival pour découvrir les cultures juives

    Lancé l’année dernière, le festival Lehaim, ou « à la vie en hébreu », entend s’inscrire dans la durée et confirme ainsi une deuxième édition. Moment de célébration des cultures juives, le festival affirme désormais sa place dans le paysage culturel local. Pour ce nouveau rendez-vous, les organisateurs orientent leur programmation autour des cultures juives méditerranéennes.

    « On a eu envie de proposer un festival de culture pour parler du judaïsme autrement que dans des conditions souvent négatives, avec des retentissements que l’on connaît trop bien depuis quelques années. On avait envie de repartager quelque chose de joyeux autour de la culture juive. D’où le nom du festival : se concentrer là-dessus, donner à découvrir cette culture dans un élan optimiste, joyeux et surtout de vivre ensemble », rappelle Jessy Bloch, l’une de cofondatrices de Lehaim.

    Sur le même modèle que l’an passé, le festival se décline en deux volets. Le premier se tient dès le jeudi 4 juin, avec une « soirée d’ouverture » prévue au Pavillon de Vendôme. Au programme : un grand dîner attablé, de la musique live « reprenant le style des cabarets orientaux des années 1950-1960 », mais aussi une scène de stand-up sur laquelle monteront les humoristes Rosa Bursztein et Salima Passion.

    Si l’entrée à cette première journée est payante (55 euros) et accessible sur billetterie, une seconde journée, prévue le dimanche 7 juin, sera gratuite et en libre accès. Ce jour-là, plusieurs ateliers d’arts manuels, de percussions, des cours de pâtisserie orientale, de poterie, entre autres, seront proposés au public. Un important volet culturel, comprenant notamment une « tente de la mémoire », sera aussi accessible. Pour rappel, l’année dernière, le festival a réuni 300 personnes lors de sa première journée et 1 500 pour la seconde.

  • [Tribune] Un Juif avec Benoît Payan

    [Tribune] Un Juif avec Benoît Payan

    Marseille n’est pas une ville comme une autre. Son histoire, depuis plus de 2600 ans, est basée sur l’immigration et la vie en société de femmes et d’hommes venant d’abord du bassin méditerranéen puis de contrées plus lointaines.

    Le vivre ensemble est un fait qui définit Marseille. Cette ville fait du bruit, crie, s’engueule, mais a une unité qui en fait sa spécificité mais aussi son attractivité. Et elle a l’OM qui fédère toutes et tous, marseillaises et marseillais d’ici et d’ailleurs. Outre toutes les « communautés » issues du monde entier, il y a la deuxième « communauté » Juive de France. Aujourd’hui, sur la liste du candidat d’extrême droite, se trouve un avocat qui se revendique comme juif.

    De nombreux juifs font campagne en sous-main ou ouvertement pour cette liste, notamment soi-disant car seul, en France, le parti d’extrême droite RN aurait soutenu l’état d’Israël après le 7 octobre.

    Cependant, ils ont probablement oublié, au mieux, que le RN est le successeur légal, juridique et en pensée du FN qui fut fondé avec Le Pen père par les Waffen-SS Léon Gaultier et Pierre Bousquet membres de la division Charlemagne de la Waffen-SS ainsi que par François Brigneau (de son vrai nom Emmanuel Allot) membre de la Milice française et Roland Gaucher vichyssois et militant d’extrême droite.

    Ces personnes du siècle passé ont sur les mains au moins symboliquement par leurs actions, en ces temps sombres, le sang d’un nombre incalculable de juifs déportés pendant la deuxième guerre mondiale. Le RN porte ce fardeau d’avoir été soutenu et d’être encore soutenu par des personnes aux idées similaires et il en reste le porte drapeau. Ce n’est pas parce que son président, avec la petite fille de Le Pen, est allé à Yad Vashem qu’il se serait repenti comme le laissent entendre de nombreux juifs à Marseille.

    Le repentir ou retour en hébreu se dit Techouva : la Techouva ne peut être réalisée que si 6 actions sont faites : Reconnaître ses fautes, Regretter ses fautes, Abandonner ses fautes, Se confesser verbalement, Promettre de ne pas recommencer, Réparer. Ce ne sont pas des larmes de crocodile coulées à Jérusalem qui suffiront à faire ce repentir.

    En tant que Juif, membre de la liste de Benoît Payan, je ne peux imaginer que la mémoire de la Shoah ait été mise au rebut et remplacée par les horreurs des massacres du 7/10 par ceux des Juifs qui ont et vont voter pour l’extrême droite.

    L’extrême droite qui exclut, qui divise, qui attise la haine entre les personnes, n’a rien à voir avec le judaïsme. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est-il écrit dans la Torah. Seule aujourd’hui la liste de Benoît Payan peut permettre d’apaiser la plus belle ville de France.

  • Les enfants de Saint-Jean et les rafles oubliées à Berlin

    Les enfants de Saint-Jean et les rafles oubliées à Berlin

    Ils ont pris l’avion dimanche en direction de Berlin pour un rendez-vous qui fera date. Ce lundi une délégation du « Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943 » est l’invitée de l’ambassade de France, pour une table ronde intitulée : « Marseille 1943, les rafles oubliées ».

    Face à eux, un auditoire constitué de quelque 120 élèves allemands qui viendront écouter leur histoire d’enfant et celle de leurs familles qui, entre le 22 et le 24 janvier 1943, comptèrent parmi les 20 000 Marseillais raflés, internés au camp de Fréjus puis déportés par centaines dans les camps nazis parce qu’ils étaient juifs, résistants ou habitants d’un lieu jugé « criminogène ».

    « C’est Marseille qui est mise à l’honneur. Se retrouver 80 ans plus tard à l’ambassade de France en Allemagne pour témoigner comme survivant, est un symbole pour les enfants du quartier Saint-Jean », explique l’avocat Pascal Luongo, porte-parole du collectif. « Que les anciens qui sont les enfants d’hier, viennent raconter à ceux d’aujourd’hui, en Allemagne, dans une transmission directe, cette histoire restée longtemps effacée des mémoires, c’est très fort. »

    à ses côtés, ils seront quatre témoins : Antoine Mignemi, président du collectif qui milite pour faire reconnaître les rafles de Marseille et la destruction des quartiers du Vieux-Port comme crime contre l’humanité, Suzanne Fritz, Gérard Agresti dont le père a été déporté à Sachsenhausen d’où il a pu revenir et témoigner, et Claude Arovas dont la famille a été déportée et exterminée à Sobibor.

    Les héritiers retapent

    à la porte du pouvoir

    L’invitation a été lancée par la Commission pour la restitution des biens et l’indemnisation des victimes de spoliations antisémites dont une antenne est rattachée à l’ambassade. Le contact s’est noué en 2024 à Berlin où Pascal Luongo était invité par le Mémorial des juifs assassinés d’Europe, pour l’exposition « Les Indésirables » dans laquelle les rafles de 1943 étaient traitées.

    « Les Allemands travaillent la question de cette catégorie de déportés dans les camps qui n’a pas été jusqu’ici l’objet de nombreux travaux. Ils avaient appris notre existence lors du procès du nazi Schütz, gardien du camp de Sachsenhausen, deux ans auparavant », raconte Me Luongo.

    Cette table ronde sur les rafles oubliées à Marseille sera le point d’orgues du cycle mémoriel des 80 ans de la libération des camps nazis qui a marqué l’année 2025 en Allemagne. Un nouveau cycle s’ouvrira en 2026. Et Marseille y trouvera encore sa place, puisque l’expo « Marseille se souvient » présentée sur le Vieux-Port en 2023, sera montée à Hambourg dans le cadre du jumelage entre les deux villes.

    « Ce symbole très fort d’union des mémoires de nos deux pays, prend tout son sens dans un moment particulièrement troublé où les héritiers de ce qui s’est passé à Marseille, l’extrême droite nazie et l’extrême droite française de Vichy, retapent à la porte du pouvoir », insiste Pascal Luongo. « Ce temps très républicain est aussi important dans notre combat pour la reconnaissance des crimes contre l’humanité commis à Marseille ». La procédure est d’ailleurs observée de près outre-Rhin, et l’enquête du parquet national ouverte en 2019 est sur le point d’aboutir selon l’avocat marseillais qui a bon espoir pour 2026.

    En attendant, le collectif poursuit à Marseille ses conférences auprès des lycéens, collégiens et écoliers, avec la volonté que la Ville inscrive cette mémoire dans l’espace public à travers des lieux de commémoration. « Le quartier Saint-Jean disparu, la gare d’Arenc… Il y a un besoin de faire vivre cette mémoire. On a reçu des signaux très positifs de la municipalité sur un changement de nom de place, un travail sur des lieux de commémoration. Tout le monde doit jouer le jeu. On construit patiemment mais vaillamment », reprend l’avocat qui espère s’appuyer sur ce qui est fait avec les Allemands pour faire avancer les choses.

    La commémoration du 83e anniversaire de ces rafles aura lieu le 24 janvier, une semaine avant les « officielles ». En février, un moment autour de la paix est prévu par le collectif avec la communauté de Sant’Egidio, un mouvement d’éducation populaire italien.

  • Les enfants de la Verdière, déportés parce que juifs

    Les enfants de la Verdière, déportés parce que juifs

    « Il y a des lieux où le temps ne passe pas, où la terre elle-même garde la trace d’un cri. En 1943, cette maison fut pour quelques mères et leurs enfants une halte fragile dans un monde en ruines. Ils vivaient comme on respire sous l’eau, avec l’illusion d’un moment de répit avant la noyade », retrace, de façon imagée et sensible, Bruno Benjamin, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Marseille Provence. La cérémonie, à l’initiative du Comité des Enfants de la Verdière animé par Jean-Jacques Zenou, se tient sur l’emplacement même où s’élevait le château de la Verdière, rasé en 1994, au 40 avenue de la Rose, dans le 13e arrondissement. « Ce 20 octobre 1943, poursuit Bruno Benjamin, la vague les a engloutis. Ils ont été déportés de Marseille à Auschwitz, de la lumière du Sud à la nuit de l’Europe. »

    « Nous léguons notre mémoire meurtrie »

    Quelques minutes auparavant, l’historienne Suzette Hazzan, qui a contribué par ses recherches à tirer de décennies d’oubli ce tragique épisode, a rappelé les faits. Trente-deux enfants, dont les prénoms et noms ont été dits durant la commémoration, et 14 adultes furent déportés. D’abord dirigés vers le camp de Drancy, puis d’Auschwitz. Un seul survécut, Claude Lehmann. Déportée elle-même, Denise Toros-Marter, 97 ans, présidente de l’Amicale des Déportés d’Auschwitz, a prononcé un discours empreint d’une grande justesse, humanité et émotion. « Nous, les derniers survivants de la Shoah, ultimes défenseurs, ultimes témoins de la barbarie nazie, qui avons touché les tréfonds de l’horreur, nous léguons notre mémoire meurtrie à nos jeunes héritiers de la marche des vivants et des voyages de la mémoire, ainsi qu’à leurs disciples », a-t-elle lancé. Ce devoir de mémoire, il est animé, depuis plus de vingt ans, par Jean-Jacques Zenou. Il a souligné combien, depuis le 7 octobre 2023, « notre pays, la France et ici même à Marseille, connaît une résurgence inquiétante d’actes et de paroles antisémites. Des hommes hésitent à porter la kippa dans la rue. Des familles changent leur nom sur leur boîte aux lettres, par peur. Cela nous rappelle tragiquement que rien n’est jamais acquis. Que la haine, lorsqu’on la laisse s’installer, recommence toujours son chemin ». Le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, nous a confié pour sa part : « Redire que la question de l’antisémitisme et du racisme est une question d’actualité », dénonce-t-il. Charlotte, Mathieu, Martin Lehmann, Clara et Pauline Rozenberg, descendants de Claude Lehmann ont témoigné : « Ce climat d’antisémitisme, on le ressent dans notre vie. Beaucoup font le raccourci entre juifs, Israéliens, génocidaires et antipalestiniens. »

  • La Région Sud présente son plan contre l’antisémitisme

    La Région Sud présente son plan contre l’antisémitisme

    Ils étaient environ 500 à se retrouver pour l’agora contre l’antisémitisme, ce mercredi, à l’hôtel de Région. L’occasion pour le président (Ren) de la Région, Renaud Muselier, de présenter les ambitions régionales en matière de lutte contre cette forme de haine.

    « Il y a une augmentation de 200% des actes antisémites à Marseille, qui abrite la deuxième communauté juive française, explique Renaud Muselier. Donc on doit se demander comment on continue de vivre ensemble dans une ville où on l’a toujours fait. »

    L’éducation contre

    la haine

    L’éducation des jeunes est le premier levier sur lequel la Région veut orienter la lutte contre l’antisémitisme. « D’ici 2028, tous les lycées de la région participeront à des programmes de sensibilisation en partenariat avec le camp des Milles et le rectorat, soutient Renaud Muselier. Car l’éducation est l’arme la plus puissante contre la haine. » L’élu a également annoncé un renforcement du soutien aux victimes d’antisémitisme, notamment au moment de leur dépôt de plainte, avec des associations comme France Victime. Enfin, la Région a annoncé sa volonté d’ouvrir un espace de dialogue interreligieux nommé « Région Sud fraternité » pour favoriser les échanges. Une façon pour le président de passer un message à la communauté juive : « vous êtes Français avant d’être juif et si l’on vous attaque, c’est la République française que l’on attaque. »

    Une vingtaine de personnes, à l’appel de la CGT région et de l’Union juive française pour la paix, ont dénoncé, devant l’hôtel de Région, la présence de certaines personnalités jugées polémiques, telle que la chroniqueuse de CNews Rachel Khan ou la journaliste Nora Bussigny.

  • Cérémonie pour marquer la libération des otages à Marseille

    Cérémonie pour marquer la libération des otages à Marseille

    La soirée a débuté par Les chaises vides, titre de Patrick Bruel et s’est poursuivie par des prières et des paroles d’espoir de paix. Parmi les personnalités présentes, les responsables de la communauté juive de Marseille : Bruno Benjamin (Crif), Michel Cohen-Tenoudji (consistoire), Lionel Stora (FSJU), de nombreux élus dont Martine Vassal, la présidente DVD de la Métropole et du Département, Laurent Lhardit, député PS, Ludovic Perney, vice-président LR de la Région. L’essayiste Amine El Khatmi était par ailleurs l’invité de la soirée.

  • Delga dénonce les propos « insultants » du RN

    Delga dénonce les propos « insultants » du RN

    Le 25 septembre, le député du Rassemblement national de Moselle Laurent Jacobelli a posté une vidéo après avoir visité le mémorial, à l’occasion de la journée nationale d’hommage aux harkis. Dans celle-ci, il reproche aux « Département et la Région » d’avoir fait du Mémorial « un temple du wokisme » où l’on « propose des expositions sur l’Ouganda, sur les LGBT, sur tout et rien, pour diffuser une pensée de gauche et pro-migrants » et où « on ne parle plus des harkis ».

    Michèle Martinez, députée RN des Pyrénées-Orientales, a confirmé le même jour qu’au Mémorial, « le passé harki est parfois invisibilisé par d’autres mémoires  », sans préciser que celui-ci n’avait pas été créé pour la mémoire des harkis mais pour l’ensemble des populations passées dans ce camp dont des Républicains espagnols qui ont fui le franquisme, des Juifs envoyés ensuite à Auschwitz, des migrants, des homosexuels ou des Tsiganes…

    Ces propos ont rapidement fait réagir plusieurs historiens qui ont dénoncé les mensonges de l’élu d’extrême droite, puisque l’exposition permanente par exemple traite largement des 22 000 harkis passés dans ce camp. Carole Delga s’est également émue de ces propos et a dénoncé des « propos indignes et haineux ». « Méconnaître l’Histoire est une chose, la salir en est une tout autre. Par ses propos indécents et insultants, Laurent Jacobelli témoigne tout à la fois de sa profonde ignorance de l’Histoire des Pyrénées-Orientales et de celle de la France, comme de son irrespect envers celles et ceux qui ici, à Rivesaltes, ont connu les heures les plus sombres de notre pays », a précisé la présidente socialiste de la Région.

    Dans un communiqué cosigné avec Hermeline Malherbe, la présidente du Département des Pyrénées-Orientales, Carole Delga réaffirme son soutien « aux équipes pour le travail remarquable qu’elles mènent » et ajoute : « Réécrire une partie de ce passé, en nier sa réalité mémorielle et scientifique comme l’a fait Laurent Jacobelli, porte un nom : provocation à la haine et à la discrimination. Tout cela dans quel but ? Falsifier l’Histoire pour fracturer la société française. Autant de méthodes qui rappellent la dangerosité du Rassemblement national, son histoire et ses idées d’extrême droite. »

  • Rivesaltes : un Mémorial debout face à la haine

    Rivesaltes : un Mémorial debout face à la haine

    « Rivesaltais d’origine, j’ai toujours connu cet endroit, sur la nature duquel, comme tant d’autres, je me suis tardivement interrogé. Et je me suis dit un camp, un camp qui disparaît, c’est un camp qui n’a jamais existé… ma hantise c’était ça, c’était que l’oubli soit absolu sur le site de ce camp. Ce n’est plus le cas maintenant. » En 2011, l’écrivain Claude Delmas, disparu le 20 septembre 2016 se confiait face caméra aux équipes du Mémorial de Rivesaltes. Il fut l’un des artisans, avec l’enseignante Claude Vauchez, d’une pétition nationale du collectif « Pour la mémoire vivante du camp de Rivesaltes ». Cette initiative citoyenne a abouti à faire revivre, pour transmettre son histoire, le camp de Rivesaltes, lieu d’enfermement utilisé par l’État français, du gouvernement de Vichy jusqu’en 2007 ! (lire page 6).

    Des archives dans une déchetterie

    Il s’en est fallu de peu pour que l’histoire du camp reste inconnue. C’est la découverte, dans une déchetterie de Perpignan, d’archives du camp relatives aux internés juifs et à leur déportation qui va enclencher le processus. Serge Klarsfeld, Simone Veil, Robert Badinter (qui sera le parrain du projet de Mémorial), le prix Nobel de littérature Claude Simon, Edgar Morin signeront la pétition. Le site est inscrit aux Monuments historiques en 2000.

    Une nouvelle étape est franchie en 2006 quand l’architecte marseillais Rudy Ricciotti remporte le concours d’architecture. Les travaux débutent en 2012 et dureront trois ans, jusqu’à l’ouverture du Mémorial du camp de Rivesaltes (MCR) en octobre 2015. Dix ans plus tard, le Mémorial célèbre son dixième anniversaire en proposant des tables rondes (lire page 6).

    En 10 ans, l’extrême droite a prospéré et deux députés RN, Laurent Jacobelli et la députée des Pyrénées-Orientales, Michèle Martinez ont attaqué le Mémorial en l’accusant d’occulter les Harkis. C’est factuellement faux. Dans une tribune parue dans Libération, l’historien Nicolas Lebourg – que nous avons interrogé (lire page 5) leur a répondu : « M. Jacobelli dit que le MCR a été créé en hommage aux “harkis et pour tous ceux qui sont passés par le camp”. Il ne les nomme pas. Mme Martinez affirme qu’au MCR “le passé harki est parfois invisibilisé par d’autres mémoires”. Elle ne les nomme pas. Aidons-les. Ouvert en 1941, le camp a interné des milliers de républicains espagnols qui avaient fui les exécutions franquistes, des milliers de juifs étrangers, ensuite transférés vers Drancy puis Auschwitz. Était-ce des mots si difficiles à utiliser : “juifs” “républicains” ? Sont-ce des mémoires honteuses avec lesquelles voisiner ? » Cette attaque de l’extrême droite française fait écho à ce qui s’est passé en Allemagne en septembre 2024 quand le parti néonazi AfD a attaqué en justice la Fondation des mémoriaux de Buchenwald et de Mittelbau-Dora pour avoir dénoncé les propos révisionnistes de ses candidats. La justice a donné raison aux défenseurs de la mémoire mais les a obligés à supprimer de son site son appel à ne pas voter AfD. Néanmoins, pour le professeur Jens-Christian Wagner « la décision du tribunal administratif de Weimar est d’une importance fondamentale pour tous les lieux de mémoire en Allemagne, car elle confirme leur fonction sociale de préservation de la mémoire des victimes du national-socialisme, même dans les conflits politiques actuels ». Pour le directeur de la fondation, « il est révélateur que l’AfD tente de limiter notre efficacité et de nous intimider. Un mémorial de camp de concentration ne peut être apolitique ; il doit élever la voix lorsque l’histoire est déformée et que la mémoire des victimes du national-socialisme est bafouée. Nous ne sommes pas neutres face à la banalisation de l’Holocauste ».

    Sources : Mémorial de Rivesaltes, de Montpellier, journal Der Spiegel