Tag: Jean-Marie Le Pen

  • « Le RN est le FN un peu plus jeune et avec un autre visage »

    « Le RN est le FN un peu plus jeune et avec un autre visage »

    La Marseillaise : Quelle a été votre réaction aux révélations de Mediapart sur les propos tenus par Jordan Bardella ?

    Haïm Bendao : Je n’ai été ni surpris ni choqué, bien au contraire. On ne peut pas être à la tête d’un tel parti politique en balayant les idées fondatrices de ce parti. Ça devait sortir un jour ou l’autre. Ça me fait plaisir de pouvoir dire à ma communauté que je les avais prévenus. Le RN est le FN un peu plus jeune et avec un autre visage. On espère toujours que les gens changent mais malheureusement ce n’est pas le cas. Avoir ce genre d’idées à 17 ans, ça en dit long. Il y a quelque chose de profond, d’intellectuel, on n’est pas sur une erreur liée à la fougue de la jeunesse. Et vouloir adhérer, si jeune, à un parti qui était clairement affiché comme antisémite à l’époque, puis vouloir y rester et dire qu’on ne l’est pas… Pourquoi ne pas partir ailleurs dès le début alors ? Si l’on n’est pas antisémite, on claque la porte du RN et on change ses fréquentations. En parlant de fréquentations, je pense, par exemple, à un élu qui tenait une librairie négationniste. Au moins, Jean-Marie Le Pen assumait avec franchise ses idées antisémites, alors que là ils essayent de séduire. J’ai énormément de peine de voir des gens de ma communauté qui se sont alliés avec des gens de ce parti. Après le 7 octobre, avoir vu marcher une partie de ma communauté avec des élus du RN à la banderole, je me suis dit que c’était la fin. Pire, certains sont même entrés dans des synagogues… Je rappelle que le seul extrême permis dans le judaïsme, c’est de ne pas avoir d’orgueil.

    Justement, ce soutien à la communauté juive fait partie
    de la défense du RN…

    H.B. : Ils sont capables de tout pour arriver au pouvoir. Cela me rappelle l’affaire Cahuzac, qui était capable de mentir sans cligner des yeux. Avec le désespoir ce genre d’idées s’installe très rapidement dans beaucoup de foyers. C’est peut-être étonnant pour un rabbin de dire ça, mais beaucoup de gens cherchent une religion et une politique « pompières ». C’est-à-dire que dans la galère, une famille va écouter un Bardella, un rabbin ou un imam parce qu’il promet qu’il va régler tous les problèmes. C’est très messianique comme histoire. Malheureusement, le RN et Bardella ont embrigadé du monde et sont le messie de quelque chose. Mais comment peut-on être des personnes de religion qui connaissent le passé du RN et se dire qu’il va nous sortir de quelque chose ? Cela me fait penser qu’une fois, je faisais une conférence à l’église de Saint-Joseph, à la fin, un jeune est venu me tendre sa carte du RN. Je n’ai même pas compris sa démarche, d’autant que j’étais avec un prêtre et un imam. D’ailleurs certains de ma communauté les ont suivis… Il faut avoir en tête qu’au lendemain du 7 octobre, se rapprocher de la communauté a permis à certains de prendre des galons. Mais je condamne aussi une partie de l’extrême gauche qui parle du Hamas comme un mouvement de résistance et c’est tout aussi dangereux.

    Quel message délivrez-vous
    à quelques mois de l’élection présidentielle
     ?

    H.B. : Il faut prendre le temps de dialoguer et de discuter. Cela me rappelle une anecdote. Une fois j’étais dans le bus pour la Timone avec un Maghrébin, on discutait et je lui ai dit : « Si le RN monte au pouvoir, ça sera vous les premiers et nous les deuxièmes. Nous sommes des boucliers l’un pour l’autre ». Il faut réussir à trouver de la lumière dans toute cette obscurité. Cela fait 30 ans que je suis dans les quartiers Nord, et à force de semer on récolte. Comment se fait-il qu’il y ait un seul rabbin dans toute l’Europe qui prend le temps d’aller distribuer le pain le jeudi, d’aller le vendredi à la mosquée ? Je plaide pour un espace de dialogue avec les imams et les prêtres de terrain. Il faut que les jeunes des quartiers puissent s’identifier à un discours terre à terre mais de paix.

  • Bardella choisit de nier, Le Pen menace la presse

    Bardella choisit de nier, Le Pen menace la presse

    Le président d’un parti (RN ex-FN) fondé par des antisémites notoires, au sein duquel plusieurs membres ont été condamnés pour des propos à caractère antisémite, serait donc, lui aussi, antisémite ? L’entreprise de dédiabolisation opérée par Marine Le Pen depuis quinze ans s’est effondrée en un instant. Face à ce constat, celle-ci éructe et donne un inaperçu de ce que signifierait son accession au pouvoir pour la presse libre : « C’est à Mediapart, je crois, qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en Kevlar, parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent ». Depuis l’Assemblée nationale, la patronne de l’extrême droite française menace directement le journal d’information numérique qui a publié, la veille, une enquête accusant le président de son parti d’avoir tenu des propos antisémites.

    Et ils font froid dans le dos. « Les banques sont toutes détenues par des Juifs » ; « Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur », aurait-il écrit en 2013, alors jeune adhérent au Front national. L’intéressé dément catégoriquement et annonce porter plainte. « Nous sentons les prémices d’une guerre totale, de tentative de déstabilisation de la campagne présidentielle », fait-il valoir, face à la centaine de parlementaires lepénistes présents : « Il va falloir sortir les casques lourds (…). Nous allons être attaqués pas seulement par nos opposants, mais parce que le mouvement que nous représentons dérange. »

    L’article de Mediapart pointe la fascination du président du Rassemblement national pour Alain Soral, antisémite multicondamné. Ce qu’il nie, évidemment. Il y a deux ans, l’émission Complément d’Enquête (France 2) avait déterré un faux compte twitter qui aurait appartenu à Jordan Bardella, où il publiait de nombreuses « blagues » racistes et rendait hommage à l’idéologue qu’il qualifiait de « grand sociologue ». « Il avait annoncé déposer une plainte. Deux ans plus tard, celle-ci n’a toujours pas été reçue », note sur X le journaliste de l’émission, Tristan Waleckx.

    Les faits sont têtus : François Paradol, le directeur de cabinet du champion du RN, n’est autre qu’un ancien membre du mouvement Égalité et Réconciliation, fondé par l’essayiste antisémite, comme l’a révélé Mediapart en décembre 2025. « L’objectif, c’est de tuer ma carrière politique », pousse Jordan Bardella. Alors, le jeune ambitieux, celui qui était censé incarner une image plus lisse de la formation à la flamme, cheveux plaqués en arrière, costume cravate en toutes circonstances, adorateur des grands patrons et de la noblesse, tente le tout pour le tout : il ne peut pas être antisémite puisqu’il s’est rendu en Israël ! « Moi, j’ai été reçu par le gouvernement israélien en 2025, j’ai été l’intervenant d’une conférence internationale de lutte contre l’antisémitisme », insiste-t-il. Un argument frisant le ridicule : le gouvernement de Benyamin Netanyahou tisse des liens avec l’extrême droite européenne dans son intégralité, pourtant historiquement antisémite, tandis qu’en retour, celle-ci l’assure de son soutien dans la colonisation des terres palestiniennes et du massacre de son peuple.

    Encore une fois, c’est bien lui qui avait refusé de qualifier Jean-Marie Le Pen d’antisémite alors que le patriarche de l’extrême a été condamné à six reprises pour cela. Selon le député RN Jean-Philippe Tanguy, c’est « la racaille antisémite purgée par Marine Le Pen » qui serait à l’origine de ces révélations, tout en niant leur véracité. Soit. Le timing est mauvais pour Jordan Bardella car les adhérents du RN sont appelés à le réélire à sa tête, les 24 et 25 octobre prochains à Orléans. Le lieu choisit pour lancer la campagne présidentielle de la « favorite » des sondages. Reste à savoir si elle se délestera de cet élément encombrant dans sa quête de « normalisation ».

  • [Sénatoriales] Dans les Alpes-de-Haute-Provence, la gauche part divisée, l’issue incertaine

    [Sénatoriales] Dans les Alpes-de-Haute-Provence, la gauche part divisée, l’issue incertaine

    Si le bilan du sénateur sortant Jean-Yves Roux est salué par de nombreux grands électeurs de tous les bords politiques, il pourrait être sérieusement menacé par Stéphanie Colombero, qui est soutenue par d’importantes figures du département, comme sa présidente Eliane Barreille (DVD), Camille Galtier (DVD), le maire de Manosque, ville la plus peuplée du département, mais aussi le président du Sénat Gérard Larcher (LR). Depuis l’annonce de sa candidature, la candidate issue de LR tente d’occuper le terrain et se fait voir dans tous les événements.

    La gauche est partie divisée pour ce scrutin, entre la candidate LFI Marianne Mougey, qui reconnaît avoir très peu de chances de remporter l’élection, et le sénateur sortant apparenté PRG. LFI et le PCF lui reprochent son vote pour la loi Duplomb ou encore son positionnement concernant les retraites. Les communistes ont décidé de ne présenter aucun candidat « ne voulant pas ajouter de la division à la division », et ne soutiennent pas non plus la candidate LFI, dont la candidature s’inscrit selon eux « dans une stratégie nationale de volonté hégémonique à gauche avec comme seul horizon l’élection présidentielle, loin des enjeux de ce scrutin et des intérêts directs des collectivités de notre territoire ». L’enjeu pour la gauche est important, alors que ce siège de sénateur est le seul qu’il leur reste dans le département, dont les deux députés sont d’extrême droite. « La perte de ce siège constituerait un recul pour notre territoire comme pour le pays », conclut le PCF 04. Deux candidats d’extrême droite, Fabrice Durnerin (UDR-RN) et Stéphane Durbec, ancien collaborateur de Jean-Marie Le Pen, se présentent également, mais ont peu de chances de l’emporter face à Jean-Yves Roux et Stéphanie Colombero. Un seul siège est à pourvoir dans le département, où 565 grands électeurs sont appelés aux urnes dimanche.

    Pour qu’un candidat soit élu dès le 1er tour, il doit obtenir la majorité des suffrages exprimés, ainsi qu’un nombre de voix au moins égal au quart des électeurs inscrits, soit 142. Si second tour il y a, les cinq candidats peuvent se maintenir, peu importe le nombre de voix récoltées.

  • La municipalité de La Seyne a-t elle des griefs envers la Résistance ?

    La municipalité de La Seyne a-t elle des griefs envers la Résistance ?

    L’Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance (Anacr) a été privée de parole pour la cérémonie du 26 août commémorant de la libération de La Seyne.

    « Et ce n’était qu’un début », s’indigne Louis Vaisse, en expliquant que lors de la réunion du comité de coordination des anciens combattants de La Seyne, le 7 septembre, l’élu délégué par la municipalité a indiqué qu’elle ne serait plus autorisée à intervenir officiellement lors de cet hommage. Et qu’elle devrait se contenter de lire le message national lors de la cérémonie du 27 mai, Journée nationale de la Résistance depuis 2013. « Ce qui, aux dires du représentant municipal, est déjà bien suffisant ! », rapporte le militant.

    Plus grave encore, le comité local qui emmène une centaine de collégiens sur les lieux de mémoire à Signes où ont eu lieu des massacres de Résistants, en sollicitant les communes de La Seyne et Six-Fours pour le prêt d’un bus, s’est vu opposer un refus tout aussi catégorique de l’élu de l’ex-cité des Chantiers. Ce dernier déclarant : « Cela vous arrange bien que cela soit à Signes. Pourquoi n’allez-vous pas dans le haut Var ? » Pour mémoire, Signes fait également partie des communes tombées dans les bras du Rassemblement national. Le parti à la flamme, héritier de celui créé avec Jean-Marie Le Pen par d’anciens membres de la Waffen SS craignant peut-être que soit rappelé que leurs aînés n’étaient pas vraiment du bon côté de l’Histoire.

    Alors que la sortie pédagogique vise à faire vivre le devoir de mémoire en évoquant deux mouvements de résistance, un réseau de renseignement, et d’expliquer ce qu’est une nécropole nationale. Mais aussi leur faire découvrir, in situ, le lieu où s’est effectuée la jonction entre une partie de l’armée du général de Lattre de Tassigny et les résistants lors de la bataille de Toulon.

    Mais pas question d’en rester là, promet Louis Vaisse.« Nous allons donc réitérer nos demandes chaque année. Et nous serons à Signes, en espérant trouver une solution pour y emmener les élèves, comme chaque année sous les municipalités précédentes », conclut le comité local.

  • [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    La Marseillaise : Votre pétition a déjà obtenu plus de 600 000 signatures. Vous attendiez-vous à ce soutien ?

    Issam El Khalfaoui : On savait qu’on serait suivis, mais on ne pensait pas arriver à 500 000 aussi vite. On ne s’attendait vraiment pas à ça. Je tiens à préciser que le site de l’Assemblée nationale oblige à déposer les pétitions de manière nominative, mais il s’agit d’un texte rédigé par Save (Stop aux violences d’État), l’association que j’ai cofondée, et l’ONG Flagrant Déni.

    Vous évoquez dans votre pétition un « bilan humain inadmissible » et rappelez que, d’après un expert de l’ONU, la France est le pays de l’Union européenne avec le plus grand nombre de personnes tuées par les forces de l’ordre. Comment l’expliquer ?

    I.E.K. : Ce bilan est largement dû à l’article L435-1 du Code de sécurité intérieure. C’est la loi qui a été votée en 2017 et qui élargit les conditions de tir pour les policiers [dans cinq situations au-delà de la légitime défense, Ndlr]. Juste sur les refus d’obtempérer, on s’aperçoit qu’il y a cinq fois plus de tirs mortels [selon les chercheurs Sébastian Roché, Paul le Derff et Simon Varaine, Ndlr]. C’est énorme.

    Avant, sur un refus d’obtempérer, on tirait sur des véhicules qui arrivaient à pleine vitesse. En général, on ratait sa cible. Il y avait un tir, mais il n’y avait pas de mort. Aujourd’hui, sur tous les refus d’obtempérer, on l’a vu sur l’affaire Nahel [adolescent de 17 ans, tué par un policier en juin 2023 lors d’un contrôle routier à Nanterre, Ndlr], il s’agit de tirs à bout portant sur des véhicules qui démarrent. Les tirs sont donc beaucoup plus létaux. C’est une conséquence directe de la loi qui permet aux policiers de tirer sur quelqu’un s’ils pensent qu’il peut représenter un danger plus tard. Le problème, c’est que cette évaluation du danger potentiel est complètement liée à la personnalité des policiers. Et aujourd’hui, dans une société de plus en plus à l’extrême droite, le racisme systémique peut leur faire croire qu’un jeune racisé est potentiellement dangereux dans un véhicule.

    La proposition de loi (PPL) inverse la charge de la preuve : ce sera désormais aux victimes ou à leurs proches de démontrer que l’usage des armes n’était pas justifié. Quel danger cela représente-t-il ?

    I.E.K. : Aujourd’hui, il y a un grand mensonge qui est propagé par Laurent Nuñez [ministre de l’Intérieur et ancien préfet de police des Bouches-du-Rhône, Ndlr] et par toute la droite : ils assurent qu’on pourra à tout moment renverser la force de la preuve. Mais Laurent Nuñez est bien placé pour le savoir, les 24 premières heures sont essentielles. Or, avec cette nouvelle loi, comme le tir du policier est présumé légal, il n’y aura pas d’enquête automatique. Elle peut être déclenchée plus tard, si un proche de la victime décide de se constituer partie civile par exemple, mais ça peut prendre plusieurs mois. Le temps de rendre l’accès à des informations capitales beaucoup plus compliqué : les vidéos de surveillance peuvent avoir été supprimées, les témoins peuvent être plus difficiles à retrouver… Supprimer le recours à l’enquête systématique revient à organiser l’impunité. Rappelons par ailleurs que cette loi est, à l’origine, une proposition de Jean-Marie Le Pen, [fondateur du Front national, Ndlr].

    Vous avez assisté, le 7 juillet, avec d’autres familles de victimes, aux débats qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale à propos de cette PPL. Comment l’avez-vous vécu ?

    I.E.K. : On a assisté aux débats sans avoir le droit de parler. On nous a montrés du doigt, traités de racailles [Laure Lavalette, députée (RN) a réemployé ce terme sur un plateau de BFM TV, Ndlr]. Lorsque le député des Verts [Pouria Amirshahi] a lu la lettre que j’ai écrite, nous avons été hués par les députés de droite et d’extrême droite. À aucun moment on a considéré notre statut de victimes. À la fin, lorsque la loi a été votée, je n’ai pas pu rester sans rien faire et j’ai crié « Pas de justice, pas de paix ». J’ai été immédiatement évacué par des huissiers mais les autres familles ont pu continuer de chanter. Les députés de gauche ont applaudi et les députés de droite et d’extrême droite les ont insultés. On nous a dit qu’on était la honte de la République. Pour moi, la honte de la République, c’est de nous avoir sifflés et hués quand on parlait de nous.

  • [Entretien] Gilbert Garrel : « On démasque l’extrême droite par l’histoire »

    [Entretien] Gilbert Garrel : « On démasque l’extrême droite par l’histoire »

    L’ancien cheminot était l’invité, jeudi, de l’assemblée générale de l’IHS CGT de Vaucluse, à Entraigues (lire ci-contre). Dans un département où le RN est bien implanté, il a animé un débat sur les combats de la CGT contre l’extrême droite.

    La Marseillaise : La CGT a toujours été hostile à l’extrême droite. Pourquoi et comment lutter contre sa progression dans le monde du travail ?

    Gilbert Garrel : L’institut est là pour démasquer l’extrême droite par l’histoire. Depuis toujours, ce que porte l’extrême droite est contraire à ce que défend la CGT : un syndicat internationaliste, pour des valeurs de solidarité, contre toutes les formes de nationalisme de l’extrême droite. On organise ce genre de débat et, surtout, sa diffusion pour démontrer la supercherie de l’extrême droite qui essaie aujourd’hui d’avoir un discours ouvriériste, social. Sur le côté plus présent, il faut mettre en évidence les votes du RN qui s’opposent au progrès social comme sur l’opposition à la revalorisation du Smic ou des retraites indexées sur l’inflation, à la création du Smic européen, à la nationalisation d’ArcelorMittal ou encore le RN qui a laissé passer la loi sur le travail le 1er-Mai.

    Cette dichotomie est-elle encore plus prégnante en regardant l’histoire ?

    G.G. : Historiquement, il y a eu des connivences entre le patronat et l’extrême droite. Dès le début du syndicalisme, le patronat crée les syndicats jaunes, les briseurs de grève. Dans l’entre-deux-guerres, il crée la Confédération française du travail, des nervis de l’extrême droite qui traquaient les syndicalistes, qui obligeaient par la force les travailleurs immigrés à briser les grèves. Dans cette continuité, sous Pétain, il y a l’interdiction des confédérations et du droit de grève. Pendant la guerre d’Algérie, l’OAS a été une force contre la CGT, avec notamment une attaque contre l’UD CGT à Pau. La naissance de Le Pen et du Front national sont promues avec le poujadisme, c’est-à-dire des forces d’extrême droite alliées au patronat. Chaque fois que le patronat se rend compte que la droite classique risque de perdre, que la gauche peut passer, il se tourne vers l’extrême droite pour garantir ses intérêts. La peur du rouge, c’est historique. On retrouve ça aujourd’hui avec le Medef qui reçoit Jordan Bardella. Historiquement aussi, il y a une connivence patronat/extrême droite sur le nationalisme : au lieu de chercher l’ennemi du côté du capital, on va le chercher du côté des travailleurs immigrés pour détourner le regard des ouvriers. L’extrême droite, dans son histoire, a toujours su se métamorphoser et adapter son discours pour gagner les classes populaires. Syndicalement, nous avons un rôle pour éclairer et montrer à miroir comment l’histoire peut se reproduire.

    Vous alertez aussi sur le fait que l’extrême droite se diffuse par plusieurs canaux médiatiques.

    G.G. : Oui, elle a cette capacité à revisiter l’histoire à sa manière. L’extrême droite s’accapare des réseaux, des médias pour permettre une large diffusion de son discours. Par exemple, si on prend la Cité de l’histoire sous l’arche de la Défense à Paris, c’est Amaclio productions qui la gère et la détient, dirigée par l’extrême droite [François Nicolas]. Et si vous allez dans ce musée, qu’est-ce que vous retrouvez ? Hitler a sauvé l’Allemagne du risque du communisme, Pétain a sauvé les juifs français… Tout cela avec le soutien de la Région Île-de-France où on envoie des lycéens. On aussi Pierre-Édouard Stérin, derrière son label des plus belles fêtes de France. Sous l’aspect traditionaliste, on dit qu’il y a les Français de souche, les bons Français, et puis il y a l’ennemi, l’étranger. Alors que l’histoire de France s’est construite dans le multiculturalisme.

    André Castelli reconduit président

    S’il fut le fondateur de l’Institut d’histoire sociale CGT de Vaucluse il y a 40 ans, André Castelli a laissé la présidence pendant ses années d’élu PCF avant d’en reprendre la tête il y a trois ans. Il a été reconduit président, jeudi, à l’issue de l’assemblée générale. « On compte près de 100 adhérents, c’est l’un des plus importants de la confédération », souligne-t-il. Parmi les rendez-vous de l’année, la préparation des 90 ans du club des cheminots de Vaucluse. « On envisage aussi de nouer un partenariat avec le secteur universitaire pour que les étudiants se nourrissent de l’histoire du travail et des travailleurs du département », projette André Castelli.

  • À Marseille, Martine Vassal veut plus que jamais y croire

    À Marseille, Martine Vassal veut plus que jamais y croire

    « Alors tu es venue voir la future maire ? Et noooon, je plaisante on va pas passer… » « Mais si, il faut y croire, qu’est-ce que tu dis ? » Au Florida Palace ce mercredi soir, paré de ballons en forme de cœurs rouges et aux couleurs de Marseille, il y a ceux qui viennent sans illusion et font acte de présence, et ceux qui, dans un dernier sursaut, sont venus soutenir la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal (DVD), alors qu’un dernier sondage la crédite de 13% des suffrages loin derrière les 36% de Benoît Payan (DVG) et les 34% de Franck Allisio (RN). Elle arrive dans une haie d’honneur, Unstoppable de Sia poussé à fond les baffles. Son porte-parole, Romain Simmarano, joue les chauffeurs de salle. « On a construit une équipe, un 111 de départ fier de représenter les Marseillais », martèle-t-il.

    Fabienne Bendayan, numéro 3 sur la liste, fait son hagiographie et Renaud Muselier (Ren.) entre en scène : « C’est bon les campagnes et j’en ai fait des bien pourries. » « Je pensais qu’on allait avoir des débats sur le fond », mais « rien » balance le président de la Région.

    Sur la sécurité, « Allisio nous explique qu’on égorge partout en ville, ce n’est pas vrai et le sortant nous explique que tout va bien… » Sur la culture : « Le sortant, un communiste, est 39e le mec et tout est fermé, pas un mot sur la culture, inquiétant », s’indigne-t-il. Et d’en remettre une louche sur les Jeux olympiques, « je suis macroniste mais j’ai pris des milliards d’euros. Les écoles [par contre] ça a pas marché ».

    Muselier fait le show

    Il réaffirme son soutien. « Comme vous j’ai vécu de mauvais sondages et j’ai gagné », assure-t-il. Et c’est aussi la faute au contexte international : « Après les vacances, on a eu la guerre. » Un peu de machisme au passage, « je crois dans la douceur féminine » et il promet : « On va y aller jusqu’au bout, le [RN] ne peut pas gagner. Le RPR c’est mon grand-père, c’est pas Jean-Marie Le Pen ni ses héritiers. »

    « Martine » arrive au micro et hurle : « Bonsoir Marseille ! » Pour elle, « c’est normal que ce soit difficile, Marseille n’est pas une ville qui se cueille comme ça, il faut aller la chercher ». Elle s’enthousiasme de cette union qu’« avec Renaud nous avons réussi à bâtir, des écologistes raisonnables à la droite affirmée ». De quoi proposer « un programme, solide, concret », et dépasser « les crises qui sont devant nous ». Elle se montre évidemment confiante : « Je ne lâche jamais rien mais grâce à vous je ne vais lâcher encore moins que rien. »

    Elle revient sur une campagne « violente » où « certains ont préféré la caricature au débat, faisaient beaucoup de bruit ». Sa priorité reste la sécurité qui « manque dans la 2e ville de France » et promet un « choc d’autorité ». Sur la propreté, « la Métropole peut mieux faire, je suis d’accord, reconnaît-elle, mais pas toute seule », ailleurs « les maires mettent des amendes sur l’incivilité ». La mobilité fait aussi partie de son « ADN » et d’assurer qu’elle va continuer à développer les transports, de prendre l’engagement de baisser la taxe foncière, de développer le logement. Elle étrille en long et en large le bilan du maire sortant et martèle : « Une élection n’est jamais jouée d’avance. » Avant de conclure par un « Marseille je t’aime » vibrant. Le 15 mars, on saura si la réciproque est vraie…