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  • Cadarache : un « socle essentiel » de souveraineté industrielle

    Cadarache : un « socle essentiel » de souveraineté industrielle

    Pour Christophe Bourmaud, même dans un temps marqué par les tensions géopolitiques, le CEA de Cadarache (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) « garde le cap ». Le directeur du site présente, à l’occasion de la cérémonie des vœux de ce mercredi 28 janvier, tenue au Château de Cadarache, le bilan d’une année 2025 « singulière », tant par l’anniversaire de ses 80 ans que par les réussites nées sur site. Deux, notamment. Primo, la « divergence » de la chaufferie nucléaire du sous-marin d’attaque de Grasse. Secundo, les 650 000 euros levés par la start-up Fluiid pour « industrialiser sa technologie », spécialisée dans la détection de défauts dans les écoulements issus de procédés industriels et créée par un chercheur de Cadarache. Aussi, parmi la liste égrenée par Christophe Bourmaud, le site de Cadarache peut aussi se féliciter du prix Nobel de physique attribué à Michel Devoret, formé sur le site de Cadarache. Ou le maintient, pour la quatorzième année consécutive, « à la première place mondiale des organismes de recherche les plus innovants ».

    Le projet Iter avance

    Christophe Bourmaud, le rappelle : « Les recherches que nous menons au CEA constituent un socle essentiel pour notre souveraineté scientifique, technologique et industrielle. » 2025, pour Cadarache, rime aussi avec un « record mondial de durée de plasma sur le tokamak West, qui a marqué une étape majeure (…) il illustre notre avance dans la maîtrise des plasmas de fusion », les progrès du chantier RJH (réacteur Jules Horowitz, lancé à la fin des années 1990), « et le développement de ses futurs dispositifs expérimentaux, qui confirment notre rôle structurant pour la recherche nucléaire ». Il faudra s’attendre, pour 2026, à maintenir cette dynamique selon Christophe Bourmaud, notamment sur le projet Iter. D’abord parce que « la confiance renouvelée du président de la République lors du conseil de politique nucléaire de mars dernier est un signal fort, poursuit le directeur du CEA de Cadarache. Il nous a demandé d’établir une feuille de route pour la fermeture du cycle combustible, aux côtés d’EDF et d’Orano. Il nous a également demandé d’étudier l’implantation de SMR sur nos sites dans le cadre du programme France 2030 ». Sur le projet Iter, justement, Pietro Barabaschi, directeur général du projet Iter, annonce qu’au cours de l’année 2025 « nous avons accompli 84% de travail en plus que toutes les années précédant 2023, avec la même quantité de ressources et le même nombre de personnel ». À l’heure de la cérémonie des vœux, « le quatrième module sectoral, de 1 400 pounds (environ 635 kilos) est en train d’être soulevé. Il se trouve maintenant à environ trois mètres du sol et ce soir, il sera installé dans la fosse [espace toroïdal, Ndlr]. (Cette opération) a quatre mois d’avance sur le planning », annonce Pietro Barabaschi. Il en reste quatre, à installer au cours de l’année 2026. « Le Conseil, qui s’est tenu au mois de décembre, a été très positif. Il a été démontré que le projet, n’est plus seulement un symbole de coopération, mais aussi un symbole de haute performance (…) il n’y a pas beaucoup de projets dans le monde, qui marchent aussi bien que Iter », estime le directeur général.

    Pour les mois à venir, les enjeux diplomatiques restent l’un des objectifs majeurs pour Iter. « Nous faisons en sorte de sécuriser le soutien que nous recevons de tous nos membres. Au milieu des tensions géopolitiques, Iter est un symbole de paix (…) nous essayons de communiquer et de recevoir le soutien de tous nos membres, les États-Unis compris. Nous espérons pouvoir recevoir des élus des États-Unis. » 2026, s’annonce forte en enjeux.

  • Le superviseur du nucléaire en visite sur le site expérimental Iter

    Le superviseur du nucléaire en visite sur le site expérimental Iter

    Le « monstre d’acier » a l’habitude, au milieu de son immense écosystème de conduits et d’échafaudages, d’accueillir hommes politiques et diplomates. Iter, ou « chemin » en latin, est aussi l’acronyme d’International Thermonuclear Experimental Reactor, l’un des projets scientifiques les plus ambitieux au monde.

    Ici, à Saint-Paul-lez-Durance, des milliers de travailleurs tentent de reproduire, sur le modèle de l’énergie des étoiles, la fusion nucléaire. Au centre d’un chantier aseptisé, silencieux, se construit étape par étape un colossal tokamak, projet auquel une trentaine de pays se sont alliés autour d’une source d’énergie commune, propre et inépuisable : Iter est tout autant un projet scientifique que diplomatique, initié sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), dépositaire de l’accord international signé en 2006 et garante de la neutralité et de la continuité du dialogue entre les parties.

    « Concrétisation intéressante »

    L’AIEA, dans un contexte plus large, a aussi pour rôle de « renforcer le principe de non prolifération » et « d’éviter que plus d’états accèdent à l’armement nucléaire dans un monde si fragmenté, où l’on parle de manière assez ouverte de l’utilisation éventuelle de l’arme nucléaire », expliquait son directeur général et diplomate argentin, Rafael Mariano Grossi, en visite sur le site, ce jeudi, à quelques jours de l’installation d’un troisième secteur de chambre à vide – sur les neuf que compte l’imposant tokamak – et du Conseil Iter. Hasard de calendrier.

    Pour rappel, après des contretemps et retards, les équipes d’Iter avaient hissé, au mois d’avril, la première de ces pièces qui, une fois soudées et assemblées, forment l’espace toroïdal du tokamak, où se produiront les réactions de fusions. « C’est un moment important pour la fusion sur le plan international. Il y a beaucoup d’espoir, ça commence à se concrétiser. Tout le travail fait ici pendant des années commence, je crois, à porter ses fruits. Iter rentre dans une étape de concrétisation intéressante, constatait en fin de visite Rafael Mariano Grossi. Nous allons rentrer dans une période internationale où la question de la sécurité est devenue un problème réel. [Le projet] a acquis un caractère stratégique : qu’est-ce qu’on fait, quelles sont les alternatives, les outils que nous avons pour nous doter de l’énergie nécessaire ? Dans ce contexte, il est clair que la fusion aura un rôle indispensable dans un avenir, qui n’est pas demain, mais qu’on ne peut plus ignorer. »

    Toujours selon Rafael Mariano Grossi, l’engagement des pays qui composent l’alliance du projet doit « se fonder sur la confiance. Ces pays-là ont les meilleurs arguments pour dire : notre investissement est justifié, il faut continuer ». Un « défi », dans une situation internationale « complexe ».

    Certes, le programme a connu quelques retards. « On ne connaît pas toutes les surprises que nous réserve cette expérimentation scientifique », glissait Sabina Griffith, responsable des communications, sur site depuis près de vingt ans. « Il y a deux ans que l’on a reformulé le calendrier à la suite de quelques problèmes, dont on a parlé [plusieurs fois dans la presse, ndlr.]. Mais ces deux dernières années, on a accéléré, rapporte Pietro Barabaschi, directeur général d’Iter. On a implémenté 102% du calendrier, et gagné sur des chemins critiques. On a gagné sept semaines. On marche vite, j’en suis très content : on a trouvé notre formule. Le projet n’était pas au début exemplaire, il avait ses raisons, internationales notamment. La politique, les compromis, sont importants, mais il faut aussi faire les compromis justes. »

    Le programme Meitner lancé

    Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et Iter accueilleront, dès 2026, la première session européenne du programme Lise Meitner, impulsé par l’AIEA. Un programme destiné à élever les femmes dans les postes importants du nucléaire. 15 participantes bénéficieront de deux semaines de formation sur les sites de Iter et au CEA. « Un signal important pour les jeunes femmes : celui d’oser se projeter dans des carrières dans le domaine du nucléaire », soulignait Anne-Isabelle Etienvre, administratrice générale du CEA.