Tag: isolement

  • À Oraison, l’Ehpad s’équipe face à la canicule

    À Oraison, l’Ehpad s’équipe face à la canicule

    « Beaucoup de résidents sont seuls, isolés, n’ont pas de famille. Beaucoup disent que leurs enfants les ont mis à l’Ehpad pour être tranquilles ». Ada Knol, retraitée néerlandaise installée à Puimichel depuis 36 ans, donne de son temps pour faire du bénévolat et passer du temps auprès des résidents de l’Ehpad public d’Oraison. « Certains perdent la mémoire. Le personnel n’a pas le temps de discuter avec eux. Être là, poser sa main sur leur bras, leur sourire, ça fait déjà tellement de choses, c’est très important ! », insiste la bénévole. « Il y en a qui me disent : “je dois rester ici jusqu’à ma mort, alors à quoi ça sert la vie ?” ».Cet isolement est d’autant plus accentué par la période de canicule, pendant laquelle les résidents ne peuvent que très peu sortir. « C’est encore plus difficile pour eux avec la canicule, ils souffrent plus, avec la fatigue, la déshydratation », constate Ada Knol.

    Face à la vague de canicule précoce, l’Agence régionale de santé (ARS) a débloqué des budgets pour acheter des climatiseurs, que l’Ehpad a pu disposer dans ses couloirs. Les chambres, elles, restent non climatisées. « Il fait chaud dans les chambres qui n’ont pas la clim. On vient plus régulièrement, on est plus vigilants pendant les périodes de forte chaleur », explique Audrey Llopis, qui vient tous les jours rendre visite à son père, atteint d’une maladie neurodégénérative.

    Pour faire face à la chaleur écrasante, l’établissement public a mis en place une procédure stricte : « on barricade, on ferme les volets dès qu’on peut », témoigne Amandine Bourjac, aide-soignante. « Avec l’âge, les résidents perdent la sensation de soif, alors on met en place des tours d’hydratation toutes les deux heures », explique-t-elle. « On a adapté les goûters : toute l’année, ils ont des gâteaux secs. Là, on leur donne des glaces et des fruits », ajoute Mylène Goudet Ramirez, cadre de santé. Le personnel surveille les résidents de près pour s’assurer qu’ils s’hydratent. « On essaie de le prendre à temps : si on a quelqu’un qui ne boit pas, qui est fatigué dans son lit, on va le perfuser et le lendemain, ça va mieux », explique Margot Mansuy, infirmière.

    Rompre l’isolement

    Pour pallier l’isolement des résidents sans famille, l’Ehpad a deux animatrices dédiées, une coordinatrice de la vie sociale et des bénévoles, détaille la cadre de santé. L’établissement accueille également des jeunes en service civique dont la mission est de rompre l’isolement. Des créneaux de visio sont aussi mis en place pour permettre aux résidents de rester en contact avec des proches éloignés. Une aide-soignante dédiée prend en charge les troubles anxieux. « Mes cinq enfants voulaient me prendre chez eux, mais je ne voulais pas être un poids pour eux », témoigne Yvette Robert, résidente aux Tilleuls. Son voisin, José Flores, orphelin espagnol, a quitté son pays pour fuir le franquisme, après le décès de son père à la guerre, qu’il n’a pas connu. « J’ai été hospitalisée à Marseille après une chute, puis mon fils, médecin à Manosque, m’a rapprochée ici », raconte Juliette Khatchian. Son fils l’appelle trois fois par jour pour vérifier qu’elle va bien. « On est bien, mais on n’est plus chez nous. Si j’avais la possibilité, je serais restée chez moi jusqu’à la mort, comme mes parents », regrette Juliette Khatchian.

    L’Ehpad compte une centaine d’agents, 80 résidents, et fait aussi de la prise en charge à domicile. « L’été, on signale les résidents aux mairies, les CCAS mettent en place des choses. Ils peuvent enfoncer la porte si on n’a plus de nouvelles », explique Mylène Goudet Ramirez. « On manque d’argent » pour avoir suffisamment de renforts pendant l’été, regrette la cadre de santé. « On est en déficit, on n’a pas l’argent à la hauteur de notre mission. On fait ce qu’on peut avec les moyens qu’on a » déplore-t-elle.

  • À Marseille, la veille sociale crée des liens entre jeunes et personnes âgées

    À Marseille, la veille sociale crée des liens entre jeunes et personnes âgées

    « Allô bonjour ! », salue au téléphone Méline, 18 ans, opératrice de veille sociale estivale au Centre communal d’action sociale de Marseille. Cet été, vingt jeunes, dix en juillet et dix en août, passeront des milliers d’appels téléphoniques auprès des seniors marseillais pour les protéger des fortes chaleurs et de la canicule, dans le cadre du renforcement de la veille sociale du Centre. « Quand on appelle la personne, on essaye de créer un lien avec elle. On lui demande si tout se passe bien chez elle, si elle pense bien à s’hydrater », explique l’un d’entre eux. Sans oublier de leur rappeler aussi les bons gestes à adopter en cas de fortes chaleurs. « Ils ont conscience que la canicule dure de plus en plus longtemps et qu’elle est plus fréquente. Ils nous disent souvent qu’ils en souffrent », confie Méline, étudiante en prépa commerciale. Mais les appels ne s’arrêtent pas aux conseils pour faire face à la chaleur. Les opérateurs veillent aussi à ce que les personnes âgées ne soient pas isolées. « Vous avez de la famille qui vient vous rendre visite ? », demande, en ligne, l’un des jeunes à une personne âgée. « Oui, mes enfants et petits-enfants n’habitent pas loin. Je suis bien accompagnée. Pour l’instant, je touche du bois, tout va très bien », se réjouit cette senior.

    Des visites de convivialité

    Dans le cas où une personne âgée est isolée, une visite de convivialité est organisée à son domicile. Les opérateurs se rendent en binôme chez elle. L’occasion de lui donner un kit pour lutter contre la chaleur et, c’est la nouveauté cette année, de la sensibiliser aux écogestes. Mais aussi de lui tenir compagnie le temps d’une heure ou deux. « On essaye de partager un bon moment avec elle, de lui faire plaisir, pour qu’elle ne se sente pas seule », explique l’un des opérateurs. La visite est rythmée de discussions et d’anecdotes. « Ils racontent souvent leur enfance. Ce sont des personnes qui ont eu des vies remplies et extrêmement différentes. Pour les plus joueurs, on leur propose de faire un jeu de cartes », s’enthousiasme Méline. Et parfois, ce sont les personnes âgées elles-mêmes qui proposent une partie de Scrabble. « Derrière chaque appel, derrière chaque visite, il y a une attention portée à une personne. Un échange, un sourire, une présence. Souvent même une intervention qui permet d’éviter que les situations ne se dégradent. C’est cela l’esprit de la veille sociale, être présent avant qu’il ne soit trop tard. Être à l’écoute, aller vers celles et ceux qui en ont le plus besoin. Au CCAS de Marseille, nous sommes convaincus qu’une politique sociale efficace est avant tout une politique de proximité. Une politique qui protège, une politique qui innove, une politique qui ne laisse personne de côté », exprime Karim Touche, président du Centre communal d’action sociale et adjoint au maire de Marseille. À ce jour, 8 000 personnes sont inscrites dans le registre du Centre. Il est aussi possible d’inscrire quelqu’un d’autre que soit. Une initiative qui ne laisse pas indifférents les opérateurs. « Ça fait du bien. On tire des leçons de ces échanges. C’est constructif, pour les personnes âgées, mais aussi pour nous », constate Rafaël, 20 ans, opérateur et étudiant en troisième année en BUT réseau et télécommunication à Luminy. Un sentiment partagé par Méline. « J’aime le côté intergénérationnel. Je l’ai déjà fait l’été dernier. J’ai noué des liens avec certaines personnes. Revenir me permet de reprendre des nouvelles. »

  • Un frigo partagé pour nourrir la solidarité à Aix-en-Provence

    Un frigo partagé pour nourrir la solidarité à Aix-en-Provence

    Rue Jules-Verne, juste en face de l’école Giono-Schweitzer, le 20 000 Lieux a ouvert ses portes en cette fin d’après-midi, mercredi. Comme à son habitude, le tiers-lieu se remplit d’élèves tout juste sortis des cours, de seniors et d’habitants du quartier. Tiers lieu bouillonnant du quartier d’Encagnane, , c’est ici qu’a été installé le deuxième « Frigo partagé » du territoire. Un premier existe déjà au Jas-de-Bouffan, au sein de la Maison du Droit et de la Justice, géré par la Ville.

    Le projet est porté par trois acteurs : le CCAS, qui a répondu à un appel à projets du Département, principal financeur de l’opération ; l’association La Cabane des voisins, chargée de la gestion du frigo solidaire ; et le 20 000 Lieux, qui accueille le dispositif, mais ne constitue pas une entité juridique. L’initiative est développée en lien avec l’association Les Frigos Solidaires.

    « L’idée était de pouvoir offrir une réponse alimentaire diversifiée et novatrice pour le territoire, tout en repérant les personnes qui pourraient avoir besoin d’un accompagnement », explique Jessica Nouri, directrice du pôle opérationnel de l’action sociale du CCAS.

    Elle précise : « On choisit tout de même de l’appeler “Frigo partagé”, plutôt que solidaire. C’est pour tout le monde. On n’y vient pas parce qu’on a besoin d’argent, mais parce qu’on vient aider la société, faire du bon plan et de l’antigaspi. L’idée est d’avoir des produits frais à disposition, des produits laitiers, fruits et légumes. On fait aussi des actions collectives pour sensibiliser à ces questions-là et travailler à la santé nutritionnelle. » Si le frigo est déjà installé depuis six mois, son inauguration vient seulement d’avoir lieu, ce mercredi, le temps de tester le dispositif. « Il y a plusieurs règles à respecter, explique Thomas Roger, pour l’association La Cabane des voisins. Il faut laisser des produits frais. Mais on n’est pas là pour faire la police, l’idée est de responsabiliser les gens. Cela reste un don. » Pendant plusieurs mois, les bénévoles de l’association ont également démarché les commerçants et maraîchers du quartier. Plusieurs d’entre eux contribuent désormais régulièrement à alimenter le frigo partagé.

    Un projet déjà intégré

    « Depuis, on remarque que les produits frais ne restent pas longtemps ! Les habitants se sont déjà approprié le concept », remarque Laila, pour La Cabane des voisins. Somaya Bouhalli, présidente, veut voir plus loin : « On est ici dans un quartier prioritaire de la Ville, la solidarité y a toute sa place. On a deux écoles, on est un quartier où il y a des personnes âgées et, juste à côté, l’atelier Jasmin qui est un lieu d’insertion au travail. On est dans un lieu stratégique ! Les enfants qui sortent de l’école ont aussi pris leurs repères ici, viennent partager un goûter, on reçoit aussi les ateliers couture avec les séniors… Le projet prend tout son sens, il permet aussi de rompre l’isolement. »

    Selon Brigitte Billot, adjointe à la solidarité présente ce jour, d’autres frigos partagés pourraient voir le jour.

  • À Avignon, un espace pour sortir les seniors de l’isolement

    À Avignon, un espace pour sortir les seniors de l’isolement

    Quoi de mieux qu’une foule pour inaugurer un lieu qui lutte contre la solitude des seniors ? C’est ce qu’il s’est passé ce lundi 8 juin à l’Escale, dans le quartier de la Croix des Oiseaux à Avignon.

    Bien qu’ouvert depuis début novembre, l’espace va permettre d’accueillir les anciens dans la journée afin de faire « une pause pour dire adieu à la solitude, à l’isolement », précise l’espace social et culturel de la Croix des Oiseaux (ESSC).

    Identifier 80 personnes

    à l’année

    Dans les faits, ils seront accueillis avec des cafés ou une petite collation, tandis que diverses activités seront organisées par les équipes sociales, notamment autour du tricot. Mais outre ces occupations manuelles, des interventions de professionnels de la santé sont aussi programmées dans ces anciens locaux du bailleur Grand Delta Habitat. Avec des actions de prévention autour des risques de chute ou encore de l’alimentation, de l’hydratation et des bons gestes à adopter lors des canicules.

    « Notre objectif est d’identifier 80 personnes à l’année sur le territoire avignonnais », clame fièrement Didier Despresles, chargé de développement pour Malakoff Humanis, mutuelle qui a financé la structure avec l’aide de son programme « Réseau de confiance ». Un travail qui est aussi effectué avec l’aide du centre social ainsi que du bailleur Grand Delta Habitat. « Tous ont notre contact et peuvent le faire passer si une personne semble se sentir seule. On sait que c’est parfois difficile, mais il ne faut vraiment pas hésiter », glisse la responsable Jessica Deschamps.

    Ouverture du lundi
    au vendredi. Horaires
    et programme précis sur esccroixdesoiseaux.org/lescale/

  • Un nouveau lieu d’accueil en commun pour la jeunesse à Avignon

    Un nouveau lieu d’accueil en commun pour la jeunesse à Avignon

    La porte des possibles. Depuis six mois, l’association les Petits Débrouillards et le point accueil écoute jeunes (PAEJ) du Planning familial ne sont séparés que par cette porte communicante. Les deux structures sont en effet en colocation, sur 200 m2, au 3e étage de l’immeuble le Vinci, et ont inauguré leurs locaux ce mardi. Le bâtiment, place Farnèse sur la Rocade, y abrite déjà la Mission locale et le Planning familial. Un même lieu, aux missions différentes, mais tourné vers l’émancipation de la jeunesse.

    « Chacun déménage dans un contexte différent, décrit Sonia McComarck, écoutante et coordinatrice du Paej. Nous étions dans un local à la Barbière devenu trop étroit et insécurisant pour tout le monde. » Le quartier a connu plusieurs épisodes de violence, difficilement tenables surtout quand on œuvre en rez-de-chaussée. Qui plus est, « le lieu manquait de confidentialité, ici le site est bien plus anonyme, on ne peut pas deviner où se rend le jeune quand il entre dans le bâtiment », poursuit Sonia McCormack.

    Un accueil anonyme et gratuit pour les 12-25 ans

    Côté Petits Débrouillards, l’association de médiation scientifique, présente en Vaucluse depuis 25 ans, était aussi à l’étroit dans ses locaux à quelques encablures de là. « Au départ, on était même voisin du Planning familial qui était dans l’appartement à côté avant de venir ici, on a déjà travaillé ensemble sur les questions d’éducation à la sexualité où on a apporté des outils interactifs », décrit Solène Merer, directrice régionale des Petits Débrouillards.

    Si pour l’heure, les deux structures colocataires finissent de prendre leurs marques, « tout est à construire », selon la coordinatrice du Paej, « l’idée est d’avoir des projets communs autour de la jeunesse et l’égalité femmes-hommes », abonde Solène Merer. « Dans un contexte de fragilité accrue de la jeunesse, cet accueil est indispensable », loue Suzanne Bouchet, vice-présidente (DVD) en charge de l’enfance et des solidarités. « Il y a un constat partagé autour de l’isolement, de la précarité et de l’accès aux droits de la jeunesse, le Paej a depuis cinq ans trouvé son public », abonde Anne-Lise Nadaud, présidente du Planning familial 84. Créé en 2021, le Paej accompagne quelque 130 jeunes individuellement par an et plus de 2 000 lors d’initiatives collectives comme des forums. « On s’adresse aux 12-25 ans de manière généraliste, gratuite et anonyme, pour un soutien social ou psychologique et de médiation en santé, expose Sonia McCormick. On est l’un des rares lieux désinstitutionnalisés qui offre une pause. »

  • [Quoi de neuf] Pénélope Diot : « On a voulu raconter des histoires de femmes »

    [Quoi de neuf] Pénélope Diot : « On a voulu raconter des histoires de femmes »

    Olivier Nottale : Pouvez-vous présenter votre association ?

    Pénélope Diot : Jasmin d’Orient existe depuis 20 ans dans le quartier Saint-Martin/Tournezy à Montpellier. Elle a été fondée par Samia Khouaja qui est toujours la présidente. À la base, l’association propose des cours d’apprentissage du français et des cours de gym. En arrivant dans ce quartier prioritaire avec beaucoup de familles monoparentales, Samia a vu beaucoup de femmes isolées sans activité. Elle a eu envie de créer des espaces pour ces femmes pour qu’elles puissent créer du lien, sortir de chez elles, de l’isolement. C’est aussi une association où il y a beaucoup de jeunes. On leur a proposé des actions culturelles, des sorties, des séjours, des cafés rencontres sur de l’accompagnement à la parentalité. C’est une association à l’écoute des besoins des territoires en offrant des solutions, des espaces, des projets participatifs. À travers l’apprentissage du français, la culture ou l’accès au sport, on va créer du lien social. On se décrit comme une association socio-culturelle.

    Rémy Cougnenc : Vous avez 20 bénévoles et 6 salariés. Ce sont des jeunes du quartier qui s’investissent ?

    P.D. : La plupart des bénévoles sont des enseignants FLE (français langue étrangère). Ils participent à nos actions dans l’espace public. Par exemple pendant deux ans au festival « Au rythme de la vie » qui n’a pas pu être maintenu pour des raisons financières. On a aussi des bénévoles de l’accompagnement scolaire du lundi au jeudi avec un maillage intergénérationnel.

    Rémy Cougnenc : Avez-vous perçu un risque de décrochage scolaire dans ce quartier en raison de la barrière de la langue par exemple ?

    P.D. : Une des problématiques de ce quartier c’est effectivement qu’on a beaucoup de jeunes en décrochage scolaire entre 16 et 25 ans. Des acteurs sont mobilisés comme la mission locale. Mais il y a un enjeu sur la jeunesse. On propose des stages d’initiation à la photographie, on a un agrément jeunesse et éducation populaire, on propose des débats philos avec des intervenants…

    Rémy Cougnenc : Les parents viennent-ils davantage vers vous de peur que leurs enfants ne tombent dans le fléau du narcotrafic ?

    P.D. : Il y a une inquiétude des parents et nous aussi notre rôle est de rassurer de mettre en lien avec des structures psy. La santé mentale est un sujet dans les quartiers et il y a peu de structures. Il faut déconstruire les idées reçues. On propose des espaces avec les mamans, autour de goûters on discute de troubles de santé mentale, sur comment discuter avec son adolescent… Les mamans se rassurent entre elles, se rendent compte qu’elles ne sont pas seules. On essaye de dynamiser le quartier parfois diabolisé dans les médias, de ne pas le rendre fantôme.

    Olivier Nottale : C’est vrai que les quartiers sont souvent stigmatisés sur de fausses idées…

    P.D. : C’est ce qu’on défend avec Samia. Les jeunes sont mobilisés dans ces quartiers, il y a beaucoup de solidarité, une interculturalité aussi. Le mélange des cultures crée du lien et des choses magnifiques. On essaye de valoriser l’image des quartiers.

    Rémy Cougnenc : De quels pays sont originaires les gens qui viennent vers l’association ? Avez-vous des Syriens, des Ukrainiens ?

    P.D. : Le cœur de l’activité de l’association c’est l’apprentissage du FLE. On compte 57 nationalités différentes. Il y a des apprenants qui viennent de partout dans le monde et de plusieurs endroits de Montpellier. On n’est pas cantonné à Saint-Martin. Cela crée des échanges riches. On développe des actions culturelles grâce à cette interculturalité. Par exemple, pour notre exposition créée cette année, on a 10 personnes de 6 nationalités différentes. On a des femmes du Liban, un homme d’Algérie, une femme d’Albanie… Aussi une personne qui vient d’Ukraine, beaucoup d’Amérique du Sud : Colombie, Mexique, Brésil. On a aussi des femmes chinoises, thaïlandaises, vietnamiennes…

    Olivier Nottale : Cette exposition sonore propose une rencontre avec des récits de femmes marquées par le déplacement, la transmission et la mémoire. Pouvez-vous nous en dire plus ?

    P.D. : C’est une exposition qui est le résultat d’actions collectives. L’idée c’est de créer une participation active des personnes. Dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes (le 8 mars), on a voulu raconter des histoires de femmes. C’est une exposition sonore. On a enregistré 7 personnes (10 ont participé aux ateliers) pour faire revivre leurs anecdotes, leurs histoires. L’idée c’était de parler de soi en tant que femme ou bien de parler d’une femme qu’on connaît : sa mère, sa sœur… et de croiser ces mémoires. On peut se rendre à cette exposition au Café social, près de la tour Saint-Martin. On est en train de visiter d’autres lieux d’exposition pour faire circuler ces récits, que d’autres personnes puissent les écouter dans d’autres quartiers et communes. On s’est aperçus que peu importe d’où on vient, des histoires très personnelles peuvent toucher d’autres gens.

    Retrouvez l’émission en cliquant sur le lien.

  • Avignon : l’accueil des mineurs jugé « indigne » à hôpital de Montfavet

    Avignon : l’accueil des mineurs jugé « indigne » à hôpital de Montfavet

    Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a publié, le 26 mars, un rapport sur sa deuxième visite du centre hospitalier de Monfavet (CHM), structure spécialisée en psychiatrie. Le document de 84 pages résulte de plus de deux semaines d’observations menées en décembre 2024 et septembre 2025.

    Si plusieurs points positifs sont relevés, tels que des « locaux propres », une « restauration satisfaisante » ou encore une dotation « riche » en espaces dédiés aux activités thérapeutiques, le rapport pointe notamment une prise en charge jugée « indigne » des mineurs.

    L’autorité administrative indépendante, chargée de contrôler les conditions de prise en charge, liste ainsi plusieurs points problématiques. L’unité, qui compte dix lits, est « soumise à une suroccupation importante » et « des chambres sont régulièrement doublées par la mise en place d’un lit d’appoint », d’après la CGLPL. Pire, « de nombreux mineurs sont hospitalisés avec des adultes, parfois systématiquement hébergés en chambre d’isolement ».

    Protéger les plus vulnérables

    Le rapport mentionne également des « isolements d’enfants » qui, « non contrôlés par le juge et particulièrement traumatisants, sont contraires à l’intérêt supérieur de l’enfant ». La tenue d’une réunion « en urgence » entre les acteurs concernés est recommandée pour régler cette problématique.

    « Ces contrôles sont nécessaires pour faire avancer l’institution. Les mineurs doivent être protégés car ce sont les plus vulnérables. Les moyens doivent être mis par l’Agence régionale de santé (ARS) pour régler ces situations », confie Claire Moreno, secrétaire générale CGT de l’établissement, interrogée par La Marseillaise.

    La direction, dont la réponse figure dans le rapport, évoque notamment un manque criant de pédopsychiatres dans un contexte de « pénurie nationale » et affirme que les enfants et adolescents ne sont « pas hospitalisés avec les adultes ». Tout en assurant que l’utilisation de lits de camp ou d’une chambre d’isolement pour les mineurs reste « tout à fait marginale », elle évoque divers projets visant à améliorer cette situation, comme la mise en place d’« une équipe mobile d’accompagnement pédopsychiatrique vouée à proposer une prise en charge adaptée aux mineurs hospitalisés dans les unités adultes ». Et qui s’inscrit elle-même « comme une étape préparatoire en vue de la création d’une future unité d’hospitalisation pour les jeunes adultes de 16-25 ans ».

    Les patients détenus

    Le rapport aborde également la question des détenus transférés à Montfavet sans escorte policière, une situation dénoncée depuis plusieurs années date par les syndicats. La direction regrette en effet « la réduction systématique du nombre d’escortes policières pour le transfert des patients détenus, contrairement à ce qui était initialement réalisé ». Elle assure que des échanges avec l’ARS Paca, la préfecture des Bouches-du-Rhône, la préfecture du Vaucluse et les directions des centres pénitentiaires ont permis de « clarifier les pratiques d’accompagnement des détenus » et que, « pour réaliser le transfert, le CHM peut faire appel à l’équipe de sécurité, qui peut être mobilisée en amont sur la route ». « C’est ce pour quoi on se bat. Il faut sécuriser ces transferts pour la sécurité du personnel », confie la responsable syndicale.

    Plus largement, le rapport rappelle que la prise en charge des détenus « ne doit pas induire par principe leur isolement pendant le séjour, ni porter atteinte à leur accès à des soins somatiques ». La direction du CHM assure, de son côté, que « l’ouverture d’une unité de soins intensifs psychiatriques (USIP), en 2027, permettra de limiter les restrictions imposées aux patients détenus ».

  • Le quartier ultra sécurisé de Luynes est sur les rails

    Le quartier ultra sécurisé de Luynes est sur les rails

    Annoncée par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, dans le cadre de la loi de juin 2025 « visant à sortir la France du piège du narcotrafic », la création du Quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), au sein de la maison d’arrêt de Luynes 2, va entrer dans l’opérationnel à partir de mi-avril pour une ouverture programmée au troisième trimestre 2026.

    La consultation des entreprises est lancée depuis lundi et se poursuivra jusqu’à la mi-mars, pour aménager le 3e QLCO de France après celui de Vendin-le Vieil (Pas-de-Calais) avec 100 places ouvert en juillet et celui de Condé-sur-Sarthe (Orne) avec 40 places ouvert en octobre. à terme, c’est un maillage national de six quartiers ultra sécurisés qui est prévu avec Valence (Drôme), Réau (Seine et Marne) et Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane).

    La durée prévisionnelle du marché est estimée à 14 semaines, dont 4 semaines de préparation. Les travaux, de plusieurs millions d’euros, programmés d’avril à août, visent à adapter le bâti existant, le centre national d’évaluation qui est déplacé, la maison d’arrêt n°2, les parloirs, l’unité de consultation et de soins ambulatoires (UCSA), ainsi que les espaces extérieurs à des conditions de détention complètement étanches.

    Le QLCO de Luynes 2 comptera 30 places d’encellulement individuel, en régime de quasi-isolement sensoriel. Le bâtiment dédié comprendra 15 cellules au rez-de-chaussée et 15 au premier étage, ainsi que 2 en quartier disciplinaire. Il s’agit de déplacer 170 détenus en détention classique pour adapter le bâtiment en transformant les cellules existantes en « 30 cellules durcies » pour y recevoir « un public plus violent », à savoir des figures du narcobanditisme, des chefs de réseau qui ne devront jamais pouvoir communiquer entre eux, ni avec l’extérieur, hormis le parloir avocat, derrière un hygiaphone.

    Les entreprises candidates sont prévenues que « le dossier est suivi par notre administration centrale et par le cabinet du garde des Sceaux », avec une exigence de respect du planning. Les travaux, qui se dérouleront en site occupé, visent à créer un bâtiment totalement étanche, dont l’accès est équipé d’un portique à ondes millimétriques (scanner corporel) et d’un portique de détection classique. Même le chantier doit être étanche. Les oliviers des deux cours de promenade seront retirés et transplantés ailleurs dans l’établissement afin de dégager l’espace pour la surveillance. Des dalles de béton seront coulées dans ses cours. Filins anti-drones, grilles et bardages de protection doivent empêcher tout contact visuel et toute projection depuis l’extérieur.

    Il faudra aussi desceller les fenêtres existantes et les remplacer par des fenêtres à double grillage avec vitrage anti-effraction. Des portes à crémaillère de 90 kg, indégondables, seront posées, équipées d’un œilleton sécurisé et d’une trappe « passe-menotte ». Pour la sécurité des surveillants, un système permet de moduler l’ouverture et la fermeture de la porte suivant quatre crans « pour repousser le détenu en cellule ». Le mobilier est fixé (lit métallique, tablette, tabouret, étagère) et indémontable. Les vis sont inviolables et indéboulonnables.

    Ces quartiers d’exception sont qualifiés de « tombeaux » par l’Observatoire international des prisons. La vingtaine d’agents pénitentiaires aguerris choisis pour y exercer exigent une anonymisation renforcée vis-à-vis des détenus pour empêcher toute pression extérieure. Avant d’ouvrir, le QLCO de Luynes subira une phase de « marche à blanc », sans détenus, pour tester les dispositifs sécuritaires, notamment de brouillage d’ondes, dans cette cocotte-minute carcérale.

    L’ambiance pénitentiaire à Aix-Luynes reste marquée, en ce début d’année, par la grave agression de trois surveillants commise le 9 janvier par un détenu de 23 ans, avec un ciseau.

  • La solitude invisible des personnes âgées à Montpellier

    La solitude invisible des personnes âgées à Montpellier

    Selon le baromètre des Petits Frères des Pauvres publié en septembre 2025, près de 750 000 seniors, soit 4 % des plus de 60 ans, vivent aujourd’hui en situation de « mort sociale » en France, sans aucun lien social. Un chiffre en hausse de 150% en huit ans, révélateur d’un isolement massif et durable. Montpellier, ville jeune et dynamique, souvent présentée comme une vitrine du « bien vieillir » méditerranéen, est elle aussi traversée par une solitude âgée invisible.

    Septième ville de France avec 310 240 habitants, elle compterait environ 55 000 seniors selon le CCAS. Pour Caroline Carbonne, responsable de l’agence Nos aimés à Montpellier, l’isolement des personnes âgées n’est ni marginal ni nouveau. « C’est un sujet complexe, qui tend à s’intensifier dans une société de plus en plus individualiste », observe-t-elle. Sur le terrain, la solitude n’est pas seulement un malaise social, elle devient un facteur aggravant de troubles médicaux. L’isolement se manifeste souvent de manière brutale, à la suite d’une maladie, d’un veuvage, ou de la perte du permis de conduire. Derrière la demande d’aide, il y a souvent une parole longtemps retenue. Des personnes âgées « dépitées », parfois à bout. « Ça m’est arrivé de me demander ce que je fais encore sur terre. J’aimerais être morte », lui confia l’une d’entre elles. Du côté des Petits Frères des Pauvres à Montpellier, l’isolement est d’abord difficile à faire émerger. « Beaucoup de personnes âgées ont honte de demander de l’aide. Pour elles, c’est reconnaître qu’elles ne sont plus rien », explique une travailleuse sociale.

    Initiatives locales

    Les signalements arrivent souvent par les voisins ou des auxiliaires de vie. Le milieu médical reste peu présent dans cette détection. « Il est très compliqué d’avoir des données précises sur l’isolement des seniors », reconnaît Nicole Marin-Khoury, adjointe au maire, déléguée aux seniors. Car, « les actions en faveur des seniors sont intégrées dans plusieurs politiques publiques », précise Alexia Léon, chargée de mission au CCAS.

    Conscients de ces angles morts, la Ville et le CCAS tentent d’adapter leurs modes d’action. À Croix d’Argent, un quartier solidaire pour les aînés a été mis en place, reposant sur un réseau de référents de proximité : voisins, pharmaciens, commerçants afin de repérer les situations de solitude avant qu’elles ne s’aggravent. Parmi les leviers mobilisés figurent les 17 clubs de l’âge d’or, qui touchent environ 10 000 seniors, ainsi que des dispositifs de colocation entre seniors et étudiants. « L’enjeu, c’est de garder les seniors actifs et visibles dans la cité », insiste Alexia Léon. « Ce type d’initiative permet de recréer du lien, tout en répondant à des besoins réciproques », ajoute Nicole Marin-Khoury. Pour les associations, le cœur du travail reste de redonner une place. « Notre rôle, c’est de leur montrer qu’ils ont encore une valeur sociale, qu’ils sont toujours des êtres humains  », rappelle l’une des travailleuses sociales rencontrées.

    Mais les moyens restent limités. Assistantes sociales débordées, manque de personnel, contrôles insuffisants dans certains secteurs de l’aide à domicile, les failles sont nombreuses. « On sait que l’on a du mal à trouver les personnes les plus invisibles, alors on met tout en place pour qu’elles ne le deviennent pas », résume Nicole Marin-Khoury. Une reconnaissance en creux car la prévention ne suffit pas toujours à rattraper ceux qui sont déjà tombés. Et la donne se complique. « On observe des phénomènes de précarisation des seniors qui n’existaient pas ou peu avant. À la question du vieillissement va se rajouter celle de la précarité », souligne Alexia Léon. Une population encore mal connue, alors même qu’un boom démographique se profile. « C’est difficile à mesurer, donc difficile à politiser », résume Caroline Carbonne, responsable de l’agence Nos aimés. L’isolement des personnes âgées relève à la fois de trajectoires individuelles et de choix collectifs. Entre invisibilité statistique et urgence sociale, le défi reste entier.

    Amélia Siapo

  • L’isolement au sein de la détention

    L’isolement au sein de la détention

    Maux de tête persistants, mémoire qui se délite, difficulté à penser, vue en baisse, articulations douloureuses, perte de la parole… Ces effets sont rapportés par des personnes maintenues en isolement, qui passent au moins 22 heures sur 24 seules dans une cellule de 9 m².

    À l’isolement, on place des détenus qui le demandent mais aussi ceux que l’administration pénitentiaire estime dangereux pour eux-mêmes ou pour autrui. Un régime dérogatoire s’installe : presque aucun contact humain n’est autorisé, hormis les surveillants lors des escortes. Les échanges avec les autres détenus sont interdits. Parfois, on entend un voisin sans jamais le voir ; beaucoup se taisent, ayant du mal à faire confiance à quelqu’un qu’ils ne peuvent pas voir. La journée se passe en cellule. La « promenade » n’a lieu qu’une fois par jour, dans une cour minuscule, grillagée à 4 mètres du sol : pas d’horizon, peu de soleil. Pour certains, ce moment aggrave l’oppression et l’angoisse ; ils finissent par ne plus sortir. Privés d’activités et de travail, ils n’ont, au mieux, qu’un accès limité à une salle de sport sommaire, selon des créneaux variables.

    Une « torture blanche »

    Libre Flot, militant libertaire prévenu pour association de malfaiteurs terroriste, a passé seize mois à l’isolement lors de sa détention provisoire. Dans Anticiper le bruit sec des verrous, il décrit une pratique qui vise l’annihilation de l’être : sans visages, sans liens, on « devient fou » en quelques mois, dit-il, évoquant des cris d’animaux entendus dans son quartier. L’isolement est-il une forme de torture ? La Cour européenne des droits de l’Homme estime qu’il ne constitue pas, en soi, un traitement d’une gravité suffisante pour être qualifié d’inhumain et dégradant. Pourtant, cette pratique, destinée à briser sans laisser de traces, est qualifiée de « torture blanche » par la Commission nationale consultative des droits de l’Homme. Pour tenir, il faut s’imposer une discipline de fer : structurer ses journées, faire du sport, apprendre, lire, cuisiner. Le soutien des proches, garanti bien que limité par l’accès parfois difficile au parloir, est également décisif pour ne pas se sentir effacé.

    L’isolement ne devrait durer indéfiniment selon la CEDH. Pourtant il est souvent renouvelé tous les trois mois, après une audience présidée par le chef d’établissement, sur des motifs parfois contestables comme la qualité de meneur d’un détenu qui n’a jamais été placé sous le régime ordinaire. Les recours, eux, prennent des années. Libre Flot, lui, raconte n’avoir pu sortir qu’au prix d’une grève de la faim.

    La loi contre le narcotrafic du 13 juin 2025 instaure un régime d’isolement renforcé dans les nouveaux Quartiers de Lutte contre la Criminalité Organisée des prisons de haute sécurité, ce qui pose à nouveau de façon criante la question de la durée, du contrôle et des effets d’un isolement prolongé.

    Par le SAF de Marseille

    Une question ? Besoin d’un conseil ? Contactez nos chroniqueurs par mail

    avocats@lamarseillaise.fr