Tag: isolement

  • [Quoi de neuf] Pénélope Diot : « On a voulu raconter des histoires de femmes »

    [Quoi de neuf] Pénélope Diot : « On a voulu raconter des histoires de femmes »

    Olivier Nottale : Pouvez-vous présenter votre association ?

    Pénélope Diot : Jasmin d’Orient existe depuis 20 ans dans le quartier Saint-Martin/Tournezy à Montpellier. Elle a été fondée par Samia Khouaja qui est toujours la présidente. À la base, l’association propose des cours d’apprentissage du français et des cours de gym. En arrivant dans ce quartier prioritaire avec beaucoup de familles monoparentales, Samia a vu beaucoup de femmes isolées sans activité. Elle a eu envie de créer des espaces pour ces femmes pour qu’elles puissent créer du lien, sortir de chez elles, de l’isolement. C’est aussi une association où il y a beaucoup de jeunes. On leur a proposé des actions culturelles, des sorties, des séjours, des cafés rencontres sur de l’accompagnement à la parentalité. C’est une association à l’écoute des besoins des territoires en offrant des solutions, des espaces, des projets participatifs. À travers l’apprentissage du français, la culture ou l’accès au sport, on va créer du lien social. On se décrit comme une association socio-culturelle.

    Rémy Cougnenc : Vous avez 20 bénévoles et 6 salariés. Ce sont des jeunes du quartier qui s’investissent ?

    P.D. : La plupart des bénévoles sont des enseignants FLE (français langue étrangère). Ils participent à nos actions dans l’espace public. Par exemple pendant deux ans au festival « Au rythme de la vie » qui n’a pas pu être maintenu pour des raisons financières. On a aussi des bénévoles de l’accompagnement scolaire du lundi au jeudi avec un maillage intergénérationnel.

    Rémy Cougnenc : Avez-vous perçu un risque de décrochage scolaire dans ce quartier en raison de la barrière de la langue par exemple ?

    P.D. : Une des problématiques de ce quartier c’est effectivement qu’on a beaucoup de jeunes en décrochage scolaire entre 16 et 25 ans. Des acteurs sont mobilisés comme la mission locale. Mais il y a un enjeu sur la jeunesse. On propose des stages d’initiation à la photographie, on a un agrément jeunesse et éducation populaire, on propose des débats philos avec des intervenants…

    Rémy Cougnenc : Les parents viennent-ils davantage vers vous de peur que leurs enfants ne tombent dans le fléau du narcotrafic ?

    P.D. : Il y a une inquiétude des parents et nous aussi notre rôle est de rassurer de mettre en lien avec des structures psy. La santé mentale est un sujet dans les quartiers et il y a peu de structures. Il faut déconstruire les idées reçues. On propose des espaces avec les mamans, autour de goûters on discute de troubles de santé mentale, sur comment discuter avec son adolescent… Les mamans se rassurent entre elles, se rendent compte qu’elles ne sont pas seules. On essaye de dynamiser le quartier parfois diabolisé dans les médias, de ne pas le rendre fantôme.

    Olivier Nottale : C’est vrai que les quartiers sont souvent stigmatisés sur de fausses idées…

    P.D. : C’est ce qu’on défend avec Samia. Les jeunes sont mobilisés dans ces quartiers, il y a beaucoup de solidarité, une interculturalité aussi. Le mélange des cultures crée du lien et des choses magnifiques. On essaye de valoriser l’image des quartiers.

    Rémy Cougnenc : De quels pays sont originaires les gens qui viennent vers l’association ? Avez-vous des Syriens, des Ukrainiens ?

    P.D. : Le cœur de l’activité de l’association c’est l’apprentissage du FLE. On compte 57 nationalités différentes. Il y a des apprenants qui viennent de partout dans le monde et de plusieurs endroits de Montpellier. On n’est pas cantonné à Saint-Martin. Cela crée des échanges riches. On développe des actions culturelles grâce à cette interculturalité. Par exemple, pour notre exposition créée cette année, on a 10 personnes de 6 nationalités différentes. On a des femmes du Liban, un homme d’Algérie, une femme d’Albanie… Aussi une personne qui vient d’Ukraine, beaucoup d’Amérique du Sud : Colombie, Mexique, Brésil. On a aussi des femmes chinoises, thaïlandaises, vietnamiennes…

    Olivier Nottale : Cette exposition sonore propose une rencontre avec des récits de femmes marquées par le déplacement, la transmission et la mémoire. Pouvez-vous nous en dire plus ?

    P.D. : C’est une exposition qui est le résultat d’actions collectives. L’idée c’est de créer une participation active des personnes. Dans le cadre de la journée internationale des droits des femmes (le 8 mars), on a voulu raconter des histoires de femmes. C’est une exposition sonore. On a enregistré 7 personnes (10 ont participé aux ateliers) pour faire revivre leurs anecdotes, leurs histoires. L’idée c’était de parler de soi en tant que femme ou bien de parler d’une femme qu’on connaît : sa mère, sa sœur… et de croiser ces mémoires. On peut se rendre à cette exposition au Café social, près de la tour Saint-Martin. On est en train de visiter d’autres lieux d’exposition pour faire circuler ces récits, que d’autres personnes puissent les écouter dans d’autres quartiers et communes. On s’est aperçus que peu importe d’où on vient, des histoires très personnelles peuvent toucher d’autres gens.

    Retrouvez l’émission en cliquant sur le lien.

  • Avignon : l’accueil des mineurs jugé « indigne » à hôpital de Montfavet

    Avignon : l’accueil des mineurs jugé « indigne » à hôpital de Montfavet

    Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a publié, le 26 mars, un rapport sur sa deuxième visite du centre hospitalier de Monfavet (CHM), structure spécialisée en psychiatrie. Le document de 84 pages résulte de plus de deux semaines d’observations menées en décembre 2024 et septembre 2025.

    Si plusieurs points positifs sont relevés, tels que des « locaux propres », une « restauration satisfaisante » ou encore une dotation « riche » en espaces dédiés aux activités thérapeutiques, le rapport pointe notamment une prise en charge jugée « indigne » des mineurs.

    L’autorité administrative indépendante, chargée de contrôler les conditions de prise en charge, liste ainsi plusieurs points problématiques. L’unité, qui compte dix lits, est « soumise à une suroccupation importante » et « des chambres sont régulièrement doublées par la mise en place d’un lit d’appoint », d’après la CGLPL. Pire, « de nombreux mineurs sont hospitalisés avec des adultes, parfois systématiquement hébergés en chambre d’isolement ».

    Protéger les plus vulnérables

    Le rapport mentionne également des « isolements d’enfants » qui, « non contrôlés par le juge et particulièrement traumatisants, sont contraires à l’intérêt supérieur de l’enfant ». La tenue d’une réunion « en urgence » entre les acteurs concernés est recommandée pour régler cette problématique.

    « Ces contrôles sont nécessaires pour faire avancer l’institution. Les mineurs doivent être protégés car ce sont les plus vulnérables. Les moyens doivent être mis par l’Agence régionale de santé (ARS) pour régler ces situations », confie Claire Moreno, secrétaire générale CGT de l’établissement, interrogée par La Marseillaise.

    La direction, dont la réponse figure dans le rapport, évoque notamment un manque criant de pédopsychiatres dans un contexte de « pénurie nationale » et affirme que les enfants et adolescents ne sont « pas hospitalisés avec les adultes ». Tout en assurant que l’utilisation de lits de camp ou d’une chambre d’isolement pour les mineurs reste « tout à fait marginale », elle évoque divers projets visant à améliorer cette situation, comme la mise en place d’« une équipe mobile d’accompagnement pédopsychiatrique vouée à proposer une prise en charge adaptée aux mineurs hospitalisés dans les unités adultes ». Et qui s’inscrit elle-même « comme une étape préparatoire en vue de la création d’une future unité d’hospitalisation pour les jeunes adultes de 16-25 ans ».

    Les patients détenus

    Le rapport aborde également la question des détenus transférés à Montfavet sans escorte policière, une situation dénoncée depuis plusieurs années date par les syndicats. La direction regrette en effet « la réduction systématique du nombre d’escortes policières pour le transfert des patients détenus, contrairement à ce qui était initialement réalisé ». Elle assure que des échanges avec l’ARS Paca, la préfecture des Bouches-du-Rhône, la préfecture du Vaucluse et les directions des centres pénitentiaires ont permis de « clarifier les pratiques d’accompagnement des détenus » et que, « pour réaliser le transfert, le CHM peut faire appel à l’équipe de sécurité, qui peut être mobilisée en amont sur la route ». « C’est ce pour quoi on se bat. Il faut sécuriser ces transferts pour la sécurité du personnel », confie la responsable syndicale.

    Plus largement, le rapport rappelle que la prise en charge des détenus « ne doit pas induire par principe leur isolement pendant le séjour, ni porter atteinte à leur accès à des soins somatiques ». La direction du CHM assure, de son côté, que « l’ouverture d’une unité de soins intensifs psychiatriques (USIP), en 2027, permettra de limiter les restrictions imposées aux patients détenus ».

  • Le quartier ultra sécurisé de Luynes est sur les rails

    Le quartier ultra sécurisé de Luynes est sur les rails

    Annoncée par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, dans le cadre de la loi de juin 2025 « visant à sortir la France du piège du narcotrafic », la création du Quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), au sein de la maison d’arrêt de Luynes 2, va entrer dans l’opérationnel à partir de mi-avril pour une ouverture programmée au troisième trimestre 2026.

    La consultation des entreprises est lancée depuis lundi et se poursuivra jusqu’à la mi-mars, pour aménager le 3e QLCO de France après celui de Vendin-le Vieil (Pas-de-Calais) avec 100 places ouvert en juillet et celui de Condé-sur-Sarthe (Orne) avec 40 places ouvert en octobre. à terme, c’est un maillage national de six quartiers ultra sécurisés qui est prévu avec Valence (Drôme), Réau (Seine et Marne) et Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane).

    La durée prévisionnelle du marché est estimée à 14 semaines, dont 4 semaines de préparation. Les travaux, de plusieurs millions d’euros, programmés d’avril à août, visent à adapter le bâti existant, le centre national d’évaluation qui est déplacé, la maison d’arrêt n°2, les parloirs, l’unité de consultation et de soins ambulatoires (UCSA), ainsi que les espaces extérieurs à des conditions de détention complètement étanches.

    Le QLCO de Luynes 2 comptera 30 places d’encellulement individuel, en régime de quasi-isolement sensoriel. Le bâtiment dédié comprendra 15 cellules au rez-de-chaussée et 15 au premier étage, ainsi que 2 en quartier disciplinaire. Il s’agit de déplacer 170 détenus en détention classique pour adapter le bâtiment en transformant les cellules existantes en « 30 cellules durcies » pour y recevoir « un public plus violent », à savoir des figures du narcobanditisme, des chefs de réseau qui ne devront jamais pouvoir communiquer entre eux, ni avec l’extérieur, hormis le parloir avocat, derrière un hygiaphone.

    Les entreprises candidates sont prévenues que « le dossier est suivi par notre administration centrale et par le cabinet du garde des Sceaux », avec une exigence de respect du planning. Les travaux, qui se dérouleront en site occupé, visent à créer un bâtiment totalement étanche, dont l’accès est équipé d’un portique à ondes millimétriques (scanner corporel) et d’un portique de détection classique. Même le chantier doit être étanche. Les oliviers des deux cours de promenade seront retirés et transplantés ailleurs dans l’établissement afin de dégager l’espace pour la surveillance. Des dalles de béton seront coulées dans ses cours. Filins anti-drones, grilles et bardages de protection doivent empêcher tout contact visuel et toute projection depuis l’extérieur.

    Il faudra aussi desceller les fenêtres existantes et les remplacer par des fenêtres à double grillage avec vitrage anti-effraction. Des portes à crémaillère de 90 kg, indégondables, seront posées, équipées d’un œilleton sécurisé et d’une trappe « passe-menotte ». Pour la sécurité des surveillants, un système permet de moduler l’ouverture et la fermeture de la porte suivant quatre crans « pour repousser le détenu en cellule ». Le mobilier est fixé (lit métallique, tablette, tabouret, étagère) et indémontable. Les vis sont inviolables et indéboulonnables.

    Ces quartiers d’exception sont qualifiés de « tombeaux » par l’Observatoire international des prisons. La vingtaine d’agents pénitentiaires aguerris choisis pour y exercer exigent une anonymisation renforcée vis-à-vis des détenus pour empêcher toute pression extérieure. Avant d’ouvrir, le QLCO de Luynes subira une phase de « marche à blanc », sans détenus, pour tester les dispositifs sécuritaires, notamment de brouillage d’ondes, dans cette cocotte-minute carcérale.

    L’ambiance pénitentiaire à Aix-Luynes reste marquée, en ce début d’année, par la grave agression de trois surveillants commise le 9 janvier par un détenu de 23 ans, avec un ciseau.

  • La solitude invisible des personnes âgées à Montpellier

    La solitude invisible des personnes âgées à Montpellier

    Selon le baromètre des Petits Frères des Pauvres publié en septembre 2025, près de 750 000 seniors, soit 4 % des plus de 60 ans, vivent aujourd’hui en situation de « mort sociale » en France, sans aucun lien social. Un chiffre en hausse de 150% en huit ans, révélateur d’un isolement massif et durable. Montpellier, ville jeune et dynamique, souvent présentée comme une vitrine du « bien vieillir » méditerranéen, est elle aussi traversée par une solitude âgée invisible.

    Septième ville de France avec 310 240 habitants, elle compterait environ 55 000 seniors selon le CCAS. Pour Caroline Carbonne, responsable de l’agence Nos aimés à Montpellier, l’isolement des personnes âgées n’est ni marginal ni nouveau. « C’est un sujet complexe, qui tend à s’intensifier dans une société de plus en plus individualiste », observe-t-elle. Sur le terrain, la solitude n’est pas seulement un malaise social, elle devient un facteur aggravant de troubles médicaux. L’isolement se manifeste souvent de manière brutale, à la suite d’une maladie, d’un veuvage, ou de la perte du permis de conduire. Derrière la demande d’aide, il y a souvent une parole longtemps retenue. Des personnes âgées « dépitées », parfois à bout. « Ça m’est arrivé de me demander ce que je fais encore sur terre. J’aimerais être morte », lui confia l’une d’entre elles. Du côté des Petits Frères des Pauvres à Montpellier, l’isolement est d’abord difficile à faire émerger. « Beaucoup de personnes âgées ont honte de demander de l’aide. Pour elles, c’est reconnaître qu’elles ne sont plus rien », explique une travailleuse sociale.

    Initiatives locales

    Les signalements arrivent souvent par les voisins ou des auxiliaires de vie. Le milieu médical reste peu présent dans cette détection. « Il est très compliqué d’avoir des données précises sur l’isolement des seniors », reconnaît Nicole Marin-Khoury, adjointe au maire, déléguée aux seniors. Car, « les actions en faveur des seniors sont intégrées dans plusieurs politiques publiques », précise Alexia Léon, chargée de mission au CCAS.

    Conscients de ces angles morts, la Ville et le CCAS tentent d’adapter leurs modes d’action. À Croix d’Argent, un quartier solidaire pour les aînés a été mis en place, reposant sur un réseau de référents de proximité : voisins, pharmaciens, commerçants afin de repérer les situations de solitude avant qu’elles ne s’aggravent. Parmi les leviers mobilisés figurent les 17 clubs de l’âge d’or, qui touchent environ 10 000 seniors, ainsi que des dispositifs de colocation entre seniors et étudiants. « L’enjeu, c’est de garder les seniors actifs et visibles dans la cité », insiste Alexia Léon. « Ce type d’initiative permet de recréer du lien, tout en répondant à des besoins réciproques », ajoute Nicole Marin-Khoury. Pour les associations, le cœur du travail reste de redonner une place. « Notre rôle, c’est de leur montrer qu’ils ont encore une valeur sociale, qu’ils sont toujours des êtres humains  », rappelle l’une des travailleuses sociales rencontrées.

    Mais les moyens restent limités. Assistantes sociales débordées, manque de personnel, contrôles insuffisants dans certains secteurs de l’aide à domicile, les failles sont nombreuses. « On sait que l’on a du mal à trouver les personnes les plus invisibles, alors on met tout en place pour qu’elles ne le deviennent pas », résume Nicole Marin-Khoury. Une reconnaissance en creux car la prévention ne suffit pas toujours à rattraper ceux qui sont déjà tombés. Et la donne se complique. « On observe des phénomènes de précarisation des seniors qui n’existaient pas ou peu avant. À la question du vieillissement va se rajouter celle de la précarité », souligne Alexia Léon. Une population encore mal connue, alors même qu’un boom démographique se profile. « C’est difficile à mesurer, donc difficile à politiser », résume Caroline Carbonne, responsable de l’agence Nos aimés. L’isolement des personnes âgées relève à la fois de trajectoires individuelles et de choix collectifs. Entre invisibilité statistique et urgence sociale, le défi reste entier.

    Amélia Siapo

  • L’isolement au sein de la détention

    L’isolement au sein de la détention

    Maux de tête persistants, mémoire qui se délite, difficulté à penser, vue en baisse, articulations douloureuses, perte de la parole… Ces effets sont rapportés par des personnes maintenues en isolement, qui passent au moins 22 heures sur 24 seules dans une cellule de 9 m².

    À l’isolement, on place des détenus qui le demandent mais aussi ceux que l’administration pénitentiaire estime dangereux pour eux-mêmes ou pour autrui. Un régime dérogatoire s’installe : presque aucun contact humain n’est autorisé, hormis les surveillants lors des escortes. Les échanges avec les autres détenus sont interdits. Parfois, on entend un voisin sans jamais le voir ; beaucoup se taisent, ayant du mal à faire confiance à quelqu’un qu’ils ne peuvent pas voir. La journée se passe en cellule. La « promenade » n’a lieu qu’une fois par jour, dans une cour minuscule, grillagée à 4 mètres du sol : pas d’horizon, peu de soleil. Pour certains, ce moment aggrave l’oppression et l’angoisse ; ils finissent par ne plus sortir. Privés d’activités et de travail, ils n’ont, au mieux, qu’un accès limité à une salle de sport sommaire, selon des créneaux variables.

    Une « torture blanche »

    Libre Flot, militant libertaire prévenu pour association de malfaiteurs terroriste, a passé seize mois à l’isolement lors de sa détention provisoire. Dans Anticiper le bruit sec des verrous, il décrit une pratique qui vise l’annihilation de l’être : sans visages, sans liens, on « devient fou » en quelques mois, dit-il, évoquant des cris d’animaux entendus dans son quartier. L’isolement est-il une forme de torture ? La Cour européenne des droits de l’Homme estime qu’il ne constitue pas, en soi, un traitement d’une gravité suffisante pour être qualifié d’inhumain et dégradant. Pourtant, cette pratique, destinée à briser sans laisser de traces, est qualifiée de « torture blanche » par la Commission nationale consultative des droits de l’Homme. Pour tenir, il faut s’imposer une discipline de fer : structurer ses journées, faire du sport, apprendre, lire, cuisiner. Le soutien des proches, garanti bien que limité par l’accès parfois difficile au parloir, est également décisif pour ne pas se sentir effacé.

    L’isolement ne devrait durer indéfiniment selon la CEDH. Pourtant il est souvent renouvelé tous les trois mois, après une audience présidée par le chef d’établissement, sur des motifs parfois contestables comme la qualité de meneur d’un détenu qui n’a jamais été placé sous le régime ordinaire. Les recours, eux, prennent des années. Libre Flot, lui, raconte n’avoir pu sortir qu’au prix d’une grève de la faim.

    La loi contre le narcotrafic du 13 juin 2025 instaure un régime d’isolement renforcé dans les nouveaux Quartiers de Lutte contre la Criminalité Organisée des prisons de haute sécurité, ce qui pose à nouveau de façon criante la question de la durée, du contrôle et des effets d’un isolement prolongé.

    Par le SAF de Marseille

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  • 3114, un numéro d’écoute pour prévenir les suicides

    3114, un numéro d’écoute pour prévenir les suicides

    « Le suicide n’est pas une fatalité et sa prévention est un enjeu de santé publique ». Tels sont les mots de Yann Bubien, directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d’Azur, pour évoquer la journée internationale de prévention du suicide, ce mercredi. Avec une moyenne de 800 suicides par an dans la région, l’ARS Paca rappelle l’existence d’un centre régional dédié à l’accompagnement des personnes en détresse psychologique.

    Lutter contre l’isolement

    « La solitude est un facteur aggravant du suicide », explique Jean Marc Henry, psychiatre et responsable médical du centre régional de prévention du suicide. C’est pour briser cet isolement que des plateformes téléphoniques ont été mises en place, depuis 2023, afin d’apporter une aide d’urgence ou pour offrir un suivi. Trois dispositifs existent pour tenter de prévenir le passage à l’acte.

    Le 3114, numéro national de prévention du suicide, constitue la première porte d’entrée. Sa plateforme, située à Marseille, offre un soutien téléphonique 24h/24 et 7 jours sur 7, assuré par des professionnels de santé, psychologues ou infirmiers, dans le respect de l’anonymat. « Ce numéro permet d’être là au bon moment, ce qui est très utile », précise le responsable médical du centre régional. Les interlocuteurs sont formés pour apporter de l’aide aux personnes en détresse. Le numéro s’adresse aussi bien aux personnes ayant des pensées suicidaires qu’à leur entourage, en quête de solutions pour les aider.

    Le deuxième dispositif, VigilanS, également national, propose un suivi aux personnes ayant déjà fait une tentative. En région Paca, il permet l’accompagnement de 2 000 personnes. « Ce dispositif a permis une baisse de 38% des réitérations de l’acte », indique le responsable médical du centre.

    La troisième action du centre se focalise sur les adolescents, en travaillant avec l’Association suicide et mal-être de l’adolescent (Asma). Créée en 2002 au sein de l’AP-HM, l’association a depuis rejoint le centre régional.

    Des dispositifs efficaces

    Ces dispositifs d’écoute et de suivi s’accompagnent également d’actions de formation et de prévention. L’association Asma a, par exemple, développé un jeu de société intitulé « Bien ou quoi » à destination des jeunes de la 4e à la terminale. « Ce jeu permet de prévenir le suicide en apportant aux jeunes les ressources qui existent et en leur apprenant à communiquer », explique émilie Stella-Lyonnet, responsable du service d’Asma.

    Une prévention qui semble porter ses fruits. Bien que les décès par suicide restent la deuxième cause de mortalité évitable en France, leur nombre diminue depuis une dizaine d’années. « En 10 ans, il y a eu une réduction de 14% des décès par suicide, ce qui montre que ces dispositifs fonctionnent. Mais il reste encore beaucoup à faire », conclut Yann Bubien.