Tag: insecte

  • [Science] YOËL FORTERRE : « La physique a beaucoup à nous apprendre sur le monde végétal »

    [Science] YOËL FORTERRE : « La physique a beaucoup à nous apprendre sur le monde végétal »

    La Marseillaise : Vous êtes un physicien qui étudie
    les plantes. N’est-ce pas le domaine réservé des biologistes
     ?

    Yoël Forterre : Non, la physique et la mécanique sont aussi des portes d’entrée sur le monde végétal. Ces disciplines ont beaucoup à nous apprendre sur les plantes, en plus de ce qu’apportent déjà la biologie et la génétique. Les plantes n’ont pas de cerveau, pas de muscles, pas de nerfs… et pourtant elles perçoivent, réagissent et peuvent répondre et produire des mouvements rivalisant parfois avec les mouvements les plus rapides du règne animal. En tant que physiciens, nous pouvons étudier les moteurs au cœur de ces mouvements.

    Connaît-on d’autres plantes qui, comme la dionée, peuvent modifier rapidement la rigidité de leur paroi pour faire des mouvements rapides ?

    Y.F. : Pas à ma connaissance. Il existe une plante carnivore qui en est peut-être capable, mais cela n’a pas été démontré. Il s’agit d’une plante aquatique composée de capsules remplies d’eau qui sont en dépression. Quand un insecte passe à proximité, une porte s’ouvre et l’insecte est aspiré dans la capsule avant d’être digéré. Ce mécanisme d’ouverture de la porte utilise peut-être le même type de ramollissement de la paroi que la dionée. Il faudrait l’étudier.

    En plus de la dionée, sur quelles plantes travaillez-vous en ce moment ?

    Y.F. : Nous nous intéressons de près au « mimosa pudique », aussi appelé Sensitive, qui a l’air d’être capable de transporter de l’eau de façon ultra-rapide grâce à un système que nous sommes en train de mettre en évidence.

  • [Science] Le mouvement ultra-rapide d’une célèbre plante carnivore décrypté

    [Science] Le mouvement ultra-rapide d’une célèbre plante carnivore décrypté

    Au début des années 2000, Yoël Forterre rencontre la dionée. Son chef d’équipe vient de se voir offrir cette plante carnivore qui referme son piège en une fraction de seconde sur tout insecte qui a le malheur de s’y aventurer. « J’étais fasciné, se remémore aujourd’hui le chercheur CNRS à l’Institut universitaire des systèmes thermiques industriels, à Marseille. Les mouvements des plantes sont généralement lents. Comment pouvait-elle produire un mouvement si rapide ? » Il est aujourd’hui en mesure de le décrire dans un article paru dans Science : pour se fermer en un claquement de doigts, la dionée modifie très rapidement la rigidité de sa paroi externe. « Cela n’avait encore jamais été observé et remet en question une hypothèse admise de longue date », assure-t-il.

    Robots mous

    Jusqu’alors, on pensait que ce mouvement était dû à un phénomène appelé « osmose » par lequel les plantes font gonfler la pression dans leurs cellules par transfert d’eau. Seulement, les mesures en laboratoire montrent que l’osmose ne peut être à l’origine du mouvement rapide : le transfert d’eau par ce biais pour traverser le piège est trop lent. « Cela prend entre 30 et 90 secondes, alors que le piège se ferme en une seconde environ », précise Yoël Forterre. En revanche, grâce à de délicates manipulations, le chercheur et la post-doctorante Jeongeun Ryu ont mesuré une baisse de la rigidité très rapide de la paroi externe du piège. « De l’ordre de la seconde », assure-t-il. Cela va dans le sens d’une hypothèse émise par deux chercheurs allemands dans les années 1980. « Ils avaient des résultats suggérant ce mécanisme mais n’avaient pas de preuve directe », souligne le chercheur.

    Pour expliquer comment la dionée modifie la rigidité d’une de ses parois aussi rapidement, il n’y a pour l’instant que des hypothèses. La principale ? La rupture des liaisons entre les fibres de cellulose de la paroi grâce à une modification de l’acidité du milieu. « C’est un mécanisme connu à des échelles plus lentes lors de la croissance de la plante, précise Yoël Forterre. Au déclenchement du piège, un signal électrique pourrait changer l’acidité de la paroi. C’est pour l’instant très spéculatif. » Il faudra l’étudier avec des biologistes.

    Pour l’heure, le mécanisme ultra-rapide de modification de la rigidité d’une plante pourrait bien attirer l’attention des ingénieurs ou autres chimistes. « Il pourrait y avoir des applications dans les matériaux ou la robotique molle, qui est un domaine en plein essor, souligne Yoël Forterre. Cela pourrait faire émerger des idées inspirées du vivant pour développer de nouveaux matériaux. » L’intérêt du chercheur, lui, est plus fondamental : « Nous aimerions étudier si ce mécanisme est présent chez d’autres plantes », glisse-t-il. Pour l’instant, la dionée est un cas unique. Mais le mécanisme est peut-être plus répandu qu’on ne le croit.

  • Le moustique tigre sous haute surveillance dans notre région

    Le moustique tigre sous haute surveillance dans notre région

    Devenu invité permanent de nos jardins ou de nos balcons, le moustique tigre reste surtout un vecteur important de maladies, transmettant aux humains les virus de la dengue, du zika et du chikungunya, rappelle l’Agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), qui a officiellement ouvert la saison de surveillance de la bestiole le 1er mai.

    Avec plus de 97% de la population de la région qui vit au contact de cet insecte, un nombre inédit de cas autochtones a été enregistré en 2025 en Paca. Entre début juin et début novembre, 450 cas de chikungunya et 16 cas de dengue ont été recensés, « répartis en 35 épisodes distincts de transmission, essentiellement dans les Alpes-Maritimes, le Var et les Bouches-du-Rhône », précise l’ARS.

    Un suivi précis des cas

    Ce qui fait de Paca la région la plus touchée, avec près de 60% des cas identifiés en France. Un niveau important comme « jamais elle n’en avait connu », commente l’ARS, même si la tendance est à l’augmentation, depuis 2022.

    Raison pour laquelle la mobilisation des professionnels de santé, des collectivités et de la population demeure essentielle, « pour prévenir la transmission et limiter la prolifération de l’insecte ». D’autant que, suite à la hausse des températures et à l’allongement des journées, les larves sont actuellement en plein développement après avoir passé l’hiver sous la forme d’œufs. Et vont rapidement devenir des moustiques tigres adultes, capables de piquer.

    Pour lutter contre ce fléau, l’ARS recommande d’éliminer les petites réserves d’eau une fois par semaine, notamment les coupelles de plantes, de bâcher ou recouvrir d’une moustiquaire les réserves d’eau, de ranger à l’abri de la pluie tout ce qui peut en contenir, et de nettoyer les gouttières ainsi que de ramasser les déchets verts.

    Grillages et moustiquaires, vêtements couvrants et amples, répulsifs et ventilateurs à fond peuvent aussi permettre de profiter de son extérieur. En cas de symptômes, tels que la fièvre brutale, des douleurs articulaires ou musculaires, des maux de tête et une éruption cutanée, l’ARS recommande de consulter sans attendre son médecin traitant. Chaque cas de dengue, chikungunya ou zika confirmé devant être déclaré pour identifier les lieux de contamination éventuels.

  • Une campagne pour piéger les frelons

    Une campagne pour piéger les frelons

    Des aides financières pour la destruction des nids à destination des particuliers mais aussi des communes. C’est ce que propose le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône dans le cadre d’un vaste plan de lutte contre le frelon envahissant. Deux espèces sont dans le collimateur : le célèbre frelon asiatique à pattes jaunes, arrivé voilà plus de 20 ans et bien installé mais aussi son homologue, le frelon oriental.

    Des insectes qui présentent une « triple menace » indique le Département. Pour l’apiculture puisqu’ils sont à l’origine d’une surmortalité des abeilles, pour la préservation de la biodiversité car « ce sont des prédateurs des pollinisateurs sauvages locaux » et également pour « la santé et la sécurité des personnes » car leurs piqûres sont dangereuses.

    Autant de raisons d’engager un « piégeage de printemps » pour limiter la formation des nouvelles colonies, quand une seule reine frelon peut « en une année produire environ 13 000 ouvrières et 500 futures reines » précise le Département. La collectivité s’engage à financer les dispositifs pour les communes et regroupement de communes de moins de 200 000 habitants à hauteur de 70%.

    Des résultats

    « encourageants »

    Des pièges qui peuvent aussi être mis à disposition des particuliers, apiculteurs, agriculteurs ou entreprises. Pour les particuliers, une aide de 50%, plafonnée à 100 euros par intervention de neutralisation de nids est aussi mise en place. Depuis le lancement de ce plan en 2025, 69 municipalités et un groupement de 13 communes, Terre de Provence Agglomération, ont signé une charte de bonne pratique. Un référent communal a été nommé pour animer le réseau des piégeurs et alimenter un recensement national. Les premiers résultats sont « extrêmement encourageants » estime Didier Réault, vice-président du Conseil départemental délégué à l’Agenda 2030, affirmant que « les Bouches-du-Rhône sont aujourd’hui le département le plus actif au plan national » en matière de piégeage de printemps.

    Un dispositif qui a permis l’année dernière de capturer plus de 15 000 reines fondatrices de frelon asiatique à pattes jaunes sur un total de 35 865 bestioles attrapées en France. Pas moins de 15 reines fondatrices de frelon oriental ont aussi été prises sur un total de 115 dans le pays.

  • Des fourmis donnent naissance à deux espèces différentes

    Des fourmis donnent naissance à deux espèces différentes

    Révolution dans le monde du vivant. Si l’on savait que l’Homme était capable de cloner artificiellement une autre espèce, on ignorait jusqu’à présent que d’autres espèces pouvaient le faire naturellement. C’est ce qu’a révélé l’étude de l’équipe de Jonathan Romiguier, chercheur à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier. Publiée le 3 septembre dans la revue Nature, cette étude montre comment la fourmi moissonneuse Messor ibericus est capable de se reproduire mais également donner naissance à une autre espèce : les fourmis moissonneuses Messor structor.

    Le résultat de cinq années de travail. Pour y arriver, il aura fallu échantillonner 120 populations, séquencer le génome de 400 individus et observer une cinquantaine de colonies pour mettre en lumière un phénomène jusque-là inconnu. « Traditionnellement, la manière dont on décide si un œuf va devenir une reine ou une ouvrière passe par la nourriture que l’on va donner à la larve – comme chez les abeilles. En fait chez les fourmis moissonneuses, il n’y a pas ça mais on a un système qui est entièrement génétique, c’est-à-dire qu’un œuf est prédestiné à devenir reine ou ouvrière dès le début », détaille Jonathan Romiguier.

    Ainsi, chez certaines espèces de fourmis moissonneuses, l’accouplement entre une reine avec un mâle proche génétiquement donnera naissance à une autre reine tandis que s’accoupler avec un mâle d’une autre espèce produira des ouvrières.

    « On s’est rendu compte qu’il y avait quelque chose de très anormal chez les Messor ibericus parce qu’on voyait que toutes les ouvrières de cette espèce étaient des hybrides, entre Messor ibericus et une autre espèce assez éloignée, Messor structor. Sauf que Messor structor n’existe pas dans le pourtour méditerranéen. C’est totalement anormal parce que si on voit des ouvrières hybrides, c’est qu’il y a un père d’une espèce et une mère de l’autre qui sont présents. Là il manquait systématiquement le père », explique Jonathan Romiguier. Deux espèces assez différentes physiquement alors qu’issues de la même mère. L’une est très poilue alors que son « frère » est totalement glabre. « À partir des estimations des séquençages des génomes, les différences sont comparables à ce que l’on observe entre des espèces séparées de 6 millions d’années. Ce qui est similaire à ce que l’on peut trouver en termes de divergences entre l’homme et le chimpanzé », expose le chercheur. Bref, comme si une femme pouvait, au choix, donner naissance à des humains ou des chimpanzés.

    Un nouveau mode de reproduction baptisé « xénoparité » (du grec xeno « étranger » et parité « donner naissance »). « C’est le fait qu’une espèce a besoin de produire un individu d’une autre espèce dans le cadre de son cycle de vie. Elle est obligée de le faire car si Messor ibericus ne pond pas des Messor structor, elle disparaît de toutes les côtes méditerranéennes étant obligée d’avoir ses mâles clonés pour pouvoir avoir des ouvrières et donc des colonies fonctionnelles », souligne Jonathan Roumiguier.

    Une xénoparité permise grâce à la domestication sexuelle de Messor ibericus. « À l’origine, on pense qu’elles étaient obligées de trouver des mâles Messor structor pour pouvoir faire leurs ouvrières donc elles devaient en quelque sorte les chasser. Elles ont ensuite appris à contrôler leur reproduction et à les produire elles-mêmes dans leur propre nid. Après s’être accouplée avec un Messor structor qui était dans son environnement, la reine va stocker son spermatozoïde dans sa spermathèque, un de ses organes, et le conserver pendant plusieurs décennies. Elle va féconder son ovule et, dans son ovule, avant ou après la fécondation, le génome maternel va être éliminé. Du coup, un clone du père sera créé. » Une découverte inédite montrant la richesse du monde des insectes.