Tag: Infirmiers

  • À Oraison, l’Ehpad s’équipe face à la canicule

    À Oraison, l’Ehpad s’équipe face à la canicule

    « Beaucoup de résidents sont seuls, isolés, n’ont pas de famille. Beaucoup disent que leurs enfants les ont mis à l’Ehpad pour être tranquilles ». Ada Knol, retraitée néerlandaise installée à Puimichel depuis 36 ans, donne de son temps pour faire du bénévolat et passer du temps auprès des résidents de l’Ehpad public d’Oraison. « Certains perdent la mémoire. Le personnel n’a pas le temps de discuter avec eux. Être là, poser sa main sur leur bras, leur sourire, ça fait déjà tellement de choses, c’est très important ! », insiste la bénévole. « Il y en a qui me disent : “je dois rester ici jusqu’à ma mort, alors à quoi ça sert la vie ?” ».Cet isolement est d’autant plus accentué par la période de canicule, pendant laquelle les résidents ne peuvent que très peu sortir. « C’est encore plus difficile pour eux avec la canicule, ils souffrent plus, avec la fatigue, la déshydratation », constate Ada Knol.

    Face à la vague de canicule précoce, l’Agence régionale de santé (ARS) a débloqué des budgets pour acheter des climatiseurs, que l’Ehpad a pu disposer dans ses couloirs. Les chambres, elles, restent non climatisées. « Il fait chaud dans les chambres qui n’ont pas la clim. On vient plus régulièrement, on est plus vigilants pendant les périodes de forte chaleur », explique Audrey Llopis, qui vient tous les jours rendre visite à son père, atteint d’une maladie neurodégénérative.

    Pour faire face à la chaleur écrasante, l’établissement public a mis en place une procédure stricte : « on barricade, on ferme les volets dès qu’on peut », témoigne Amandine Bourjac, aide-soignante. « Avec l’âge, les résidents perdent la sensation de soif, alors on met en place des tours d’hydratation toutes les deux heures », explique-t-elle. « On a adapté les goûters : toute l’année, ils ont des gâteaux secs. Là, on leur donne des glaces et des fruits », ajoute Mylène Goudet Ramirez, cadre de santé. Le personnel surveille les résidents de près pour s’assurer qu’ils s’hydratent. « On essaie de le prendre à temps : si on a quelqu’un qui ne boit pas, qui est fatigué dans son lit, on va le perfuser et le lendemain, ça va mieux », explique Margot Mansuy, infirmière.

    Rompre l’isolement

    Pour pallier l’isolement des résidents sans famille, l’Ehpad a deux animatrices dédiées, une coordinatrice de la vie sociale et des bénévoles, détaille la cadre de santé. L’établissement accueille également des jeunes en service civique dont la mission est de rompre l’isolement. Des créneaux de visio sont aussi mis en place pour permettre aux résidents de rester en contact avec des proches éloignés. Une aide-soignante dédiée prend en charge les troubles anxieux. « Mes cinq enfants voulaient me prendre chez eux, mais je ne voulais pas être un poids pour eux », témoigne Yvette Robert, résidente aux Tilleuls. Son voisin, José Flores, orphelin espagnol, a quitté son pays pour fuir le franquisme, après le décès de son père à la guerre, qu’il n’a pas connu. « J’ai été hospitalisée à Marseille après une chute, puis mon fils, médecin à Manosque, m’a rapprochée ici », raconte Juliette Khatchian. Son fils l’appelle trois fois par jour pour vérifier qu’elle va bien. « On est bien, mais on n’est plus chez nous. Si j’avais la possibilité, je serais restée chez moi jusqu’à la mort, comme mes parents », regrette Juliette Khatchian.

    L’Ehpad compte une centaine d’agents, 80 résidents, et fait aussi de la prise en charge à domicile. « L’été, on signale les résidents aux mairies, les CCAS mettent en place des choses. Ils peuvent enfoncer la porte si on n’a plus de nouvelles », explique Mylène Goudet Ramirez. « On manque d’argent » pour avoir suffisamment de renforts pendant l’été, regrette la cadre de santé. « On est en déficit, on n’a pas l’argent à la hauteur de notre mission. On fait ce qu’on peut avec les moyens qu’on a » déplore-t-elle.

  • Les syndicats se préparent à la concertation à l’hôpital de Martigues

    Les syndicats se préparent à la concertation à l’hôpital de Martigues

    C’est un petit soulagement. Après l’action de jeudi dernier, les agents de l’hôpital de Martigues ont obtenu deux engagements de la part de la direction : « L’assurance que les mesures ne seront pas mises en place dès maintenant et qu’il y aura un dialogue social », détaille Laure Privat, déléguée syndicale CGT.

    Plusieurs sujets cristallisent les inquiétudes : la révision envisagée du temps de pause méridienne, du mode de rémunération des astreintes, des heures supplémentaires des agents à temps partiel, ainsi que du dispositif de garde des infirmiers anesthésistes.

    Ces dispositifs, « en vigueur au sein du centre hospitalier depuis la fin des années 1990 et le début des années 2000 », ne sont pas conformes à la réglementation selon « les travaux engagés à la suite des observations de la Chambre régionale des comptes en 2025 et des analyses conduites avec l’Agence nationale d’appui à la performance en 2026 », affirme le directeur de l’établissement, Loïc Mondoloni. « Si certaines recommandations (…) ont des conséquences financières, ce n’est pas ce qui conduit à l’engagement de la démarche », assure-t-il.

    Un discours auquel la CGT ne croit pas. Le syndicat y voit une recherche « d’économies » et dit travailler de concert avec la CFDT, une avocate et un cabinet d’expertise « sur de possibles dérogations » pour pouvoir maintenir ses conquis sociaux.

    Une injonction de retour à la légalité

    Au bloc opératoire, une grève est toujours en cours, selon le syndicat. Jeudi dernier, Manon, qui y est infirmière, témoignait : « On tourne avec deux trois intérimaires par jour, personne ne veut venir chez nous parce qu’on perd en qualité au niveau de nos conditions de travail. On n’est pas assez attractifs et aujourd’hui, on veut nous retirer en plus un acquis au niveau des astreintes. »

    Alice, infirmière anesthésiste, s’inquiétait quant à elle d’une mise en place d’une ligne en 12h à la place des gardes de 24h. « Le personnel n’y est pas et ça va nous enlever énormément de jours de repos de compensation. Sans compter que les patients pourraient pâtir du manque d’effectifs et de la fatigue qui va s’accumuler. »

    Laure Privat assène : « Notre mot d’ordre, c’est de ne pas céder de terrain. Aucune régression de nos droits. » Si « aucune modification de cycle ou d’organisation ne serait mise en œuvre avant l’aboutissement des concertations », la direction prévient : celles-ci devront « aboutir, dans la mesure où nous avons une décision de justice qui l’exige ». L’établissement a reçu, en octobre 2025, une injonction de retour à la légalité du procureur général auprès de la Cour des comptes concernant la pause méridienne.

    Sur ce point, l’établissement souhaite prendre en compte « les exceptions liées aux situations où les agents demeurent mobilisables pendant leur pause, ainsi que le traitement de certaines organisations spécifiques ». Les syndicats craignent des conséquences pour certaines catégories, à l’instar des administratifs. « Il va falloir qu’on trouve des failles », glisse Laure Privat.

  • Aux urgences, des hommes et femmes en première ligne

    Aux urgences, des hommes et femmes en première ligne

    L’une des blouses blanches qualifiera le lieu de véritable « fourmilière ». Même le temps d’une après-midi d’apparence calme. Aux urgences du Centre hospitalier d’Aix-en-Provence Pertuis, ce sont en moyenne « cent, deux cents passages par jour » qui sont enregistrés, lorsque le flux se veut plus ou moins habituel. En coulisse de ces passages aux urgences, le personnel évoque adaptation constante, prise en charge d’urgences vitales, bobologie, humeurs variées des patients et des familles… « On a un personnel ici habitué à s’adapter en permanence, quelle que soit la situation, comparé à d’autres services de soins, c’est facilitant. C’est des personnels engagés, on n’a pas de difficulté à recruter ici sur Aix. (…) Généralement, les professionnels restent ici », pose d’entrée Nicole Blanc-Hautain, cadre de santé aux urgences. En poste depuis 13 ans sur Aix, elle est en charge de l’encadrement des équipes. « À la louche », de jour comme de nuit, 9 infirmiers, 6 aides soignants, un brancardier dont l’effectif peut être augmenté la nuit, se relaient pour faire tourner un service qui ne dort jamais. « Il n’y a pas de saisonnalité au niveau de l’accueil des urgences. Le seul changement qu’on a, ce sont plus de patients qui arrivent sur la période de nuit ou sur la permanence des soins. Mais on se retrouve un peu plus en difficulté pour hospitaliser les patients. Comme vous l’entendez de partout, il y a des problèmes d’hospitalisation par manque de lit. Alors on négocie, on s’organise pour garder les patients dans les urgences dans des conditions plus acceptables en termes de confort. » Pour répondre au flux du bassin aixois, des travaux ont d’ailleurs été lancés au sein des urgences. « Tout est en travaux, les conditions pas optimales pour l’entrée des urgences et le stress que ça engendre quand on arrive, pour les patients mais aussi pour les familles. Mais ce sera mieux après », pointe Cécile Mintoff, médiatrice. Elle est le « premier visage » que l’on voit en arrivant aux urgences. « On est des caméléons, parce que tout dépend de comment arrivent les personnes. L’écoute est primordiale », déroule la médiatrice. Ce, malgré les différents états, parfois agressifs, des patients et familles. « Mais les urgences, ce sont le reflet de la société. Il y a de tout. Il y a de tout et il faut qu’on soit alignés sur tout. L’hôpital public, sa priorité, c’est de garder nos valeurs, que tout le monde ait droit aux soins en même temps et de la même façon. » Un peu plus loin dans le parcours, Vincent, infirmier d’accueil (IAO). « On fait tout pour éviter l’embolie du service, ce n’est pas évident car il n’y a pas que les moyens humains. On est dans de vieux locaux qui n’ont pas grandi avec la population du bassin d’Aix, que reçoit l’hôpital. Il y a des jours de flux tendu. On aura beau être 10 infirmiers, le service sera bouché (…). Certains jours, l’entonnoir se remplit et la porte de sortie est toujours plus petite que la porte d’entrée », contextualise l’infirmier. Si cet après-midi de mi-juillet, le flux semble calme, dans les autres services des urgences – pédiatriques, psychiatriques – le quotidien ne connaît pourtant pas de répit, rythmé d’arrivées, du bruit des machines et des constantes en évaluation, des allers-retours des brancards et des interpellations de patients dans les couloirs. Au SAUV (service d’accueil des urgences vitales), la plupart des box sont occupés. Un cardiologue vient d’arriver dans le service. « Il y a un patient qui fait un gros infarctus », a-t-il le temps de préciser. De retour au poste médical, plusieurs soignants acceptent de parler de leur vision du métier. « Oui, les gens se plaignent beaucoup de l’attente. Mais il faut savoir que ce qu’on fait en une journée aux urgences – analyses, imagerie – on le fait en trois jours en dehors », explique un infirmier. Symptôme d’une « génération Uber Eats, estime Marceau Caradec, docteur aux urgences. Mais on travaille par choix aux urgences. » Le docteur Elodie Canault rappelle pourtant, « on ne s’est pas arrêtés en 2020 [au moment du Covid]. Les problématiques on a continué à les avoir. »

  • L’essor de l’hospitalisation à domicile au cœur des débats à Marseille

    L’essor de l’hospitalisation à domicile au cœur des débats à Marseille

    Professionnels de santé, responsables d’établissements et représentants institutionnels se retrouvent au Parc Chanot, les jeudi 18 et vendredi 19 juin à Marseille, pour échanger sur les enjeux de l’hospitalisation à domicile (HAD), à l’occasion des Universités d’été de la FNEHAD.

    15 470 patients l’an passé

    L’HAD est une hospitalisation à part entière permettant à des patients de recevoir, à leur domicile, des soins médicaux et paramédicaux complexes qui auraient autrement nécessité un séjour dans un établissement de santé. Chimiothérapies, soins palliatifs, pansements complexes, assistance respiratoire ou encore rééducation peuvent ainsi être réalisés sur le lieu de vie du patient, grâce à une coordination entre médecins, infirmiers et autres professionnels de santé.

    La région Sud figure parmi les territoires où cette activité progresse le plus rapidement. En 2025, les 22 établissements d’hospitalisation à domicile de la région ont réalisé 740 016 journées d’hospitalisation, soit une hausse de 9,2% en un an, au bénéfice de 15 470 patients (+14,7%).

    Porté par le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et la nécessité de désengorger les hôpitaux, ce développement s’accompagne de besoins croissants en personnel.

    Les structures d’HAD emploient notamment des infirmiers, aides-soignants, médecins coordonnateurs, cadres de santé, psychologues, assistants sociaux et logisticiens. Elles travaillent également avec de nombreux professionnels libéraux.

  • Réorganisation provisoire des services de psychiatrie du Centre hospitalier de Toulon – La Seyne

    Réorganisation provisoire des services de psychiatrie du Centre hospitalier de Toulon – La Seyne

    Une béquille pour assurer la continuité des soins pendant l’été. Le CHITS annonce une réorganisation provisoire de son pôle psychiatrique, à compter de ce lundi. Une réponse attendue face à l’avenir incertain du service, pour lequel syndicats et soignants sont mobilisés depuis plusieurs mois, notamment eu égard au départ de trois de ses quatre médecins.

    En conséquence, la capacité de l’Unité de psychiatrie sans consentement (UPSI) de La Seyne passe de dix à sept lits d’hospitalisation, au profit de celle de l’Unité intersectorielle d’hospitalisation en soins sans consentement (UIHSSC) de Toulon, renforcée de 15 à 18 lits.

    Un « beau projet » qui nécessite du recrutement

    Ce réajustement permet aux autres unités de poursuivre leurs activités normalement, et « s’accompagne d’un redéploiement des ressources soignantes (six infirmiers de La Seyne à Sainte Musse) et de renforts médicaux (recrutement de quatre praticiens en formation : deux à Toulon et deux à La Seyne-sur-Mer + recours à l’intérim) afin de garantir des conditions de prise en charge adaptées aux besoins », précise le CHITS. Des mobilités que voulait éviter l’intersyndicale CGT-Sud-CFDT, qui a toutefois obtenu qu’elles reposent sur le volontariat. Mais, à ce jour, « le nombre de volontaires reste insuffisant », alerte-t-elle.

    Pour faciliter le recrutement, notamment via l’accueil d’internes, une fédération médicale regroupant une unité de l’hôpital Sainte Musse et les deux unités seynoises a été créée, sous la responsabilité d’un professeur associé de territoire. « Le médecin de l’Unité G1 de Toulon s’est proposé de fusionner les unités G4 et G5 de La Seyne pour développer l’ambulatoire et limiter les hospitalisations en privilégiant le fait d’aller vers le patient », détaillent Bérangère Mas (Sud) et Valérie Lardet (CGT), représentantes de l’intersyndicale CGT-SUD-CFDT, pour qui ce dispositif incarne « la psychiatrie de demain ».

    S’il a permis « d’éviter le pire, à savoir la fermeture de six services psychiatries essentiels pour la population seynoise », reconnaissent les syndicats, ce plan global n’en reste pas moins une solution d’urgence, et « sera réévalué dès que les recrutements permettront un retour à une organisation pérenne », appuie le CHITS. Il conviendra donc de « rester vigilants. On espère un recrutement rapide, on ne lâchera pas la pression. Le professeur propose un beau projet mais sans psychiatres, on ne fera rien », annoncent Bérangère Mas et Valérie Lardet. En plus de cela, l’intersyndicale réclame « le maintien d’une psychiatrie de proximité à La Seyne, le respect du volontariat dans les mouvements de personnel et une transparence totale sur l’avenir des structures psychiatriques du territoire. »

  • Les infirmiers libéraux veulent de la rentabilité

    Les infirmiers libéraux veulent de la rentabilité

    En marge de son assemblée générale mardi dernier, le Sniil 83 tenait une réunion publique pour aborder le dossier chaud du moment : celui de l’avenant 11, destiné à créer le statut d’infirmier référent, mentionné dans le dossier médical du patient au même titre qu’un médecin traitant. Une avancée « qui paraît minime sur le papier, mais qui est importante car ça va permettre de valoriser la position de l’infirmier et faciliter l’échange d’informations avec les pharmaciens, les médecins, les familles… C’est l’infirmier qui fait le lien avec tout le monde, mais ce n’était écrit nulle part » explique Lazhar Abdelaziz, infirmier libéral à La Seyne et vice-président du Sniil 83.

    Trop peu de moyens pour la prise en charge

    des patients dépendants

    Un progrès qui en amène d’autres, notamment l’accès aux pansements simples (hors chirurgie) pour les infirmiers à partir de 2027 (qui pourront désormais les prescrire eux-mêmes, sans avoir besoin de l’aval d’un médecin) et la revalorisation des AMI (actes techniques hors cadre de la dépendance, tels que les prises de sang, les vaccinations, les pansements…) et AMX (actes techniques dans le cadre de la dépendance, comme les injections d’insuline, ponction, surveillance…) de 3,15 à 3,35 euros à partir de novembre, avant de passer à 3,45 euros un an plus tard.

    Pour Lazhar Abdelaziz, et en dépit d’une légère augmentation du forfait déplacement en 2025 (de 2,50 à 2,75 euros), « cela reste insuffisant en cette période d’inflation ». D’autant plus dans le cas des patients sujets à la dépendance, sujets au Bilan de soins infirmiers (BSI), un forfait décomposé en trois niveaux selon l’importance de la dépendance (BSA, BSB, BSC), et dont seul le dernier échelon a été revalorisé (de 28,70 à 31,80 euros). « C’est un forfait unique journalier, que vous fassiez deux, trois ou quatre déplacements, et peu importe le temps passé sur place, on touche la même chose », dénonce le vice-président de la Sniil, qui rappelle par ailleurs que « ce sont des montants bruts soumis de 46 à 52% de charges. C’est peu rentable au point que certains infirmiers ne veulent plus faire ces prises en charge. » Et conclut, en promettant des mobilisations si la situation ne s’améliorait pas : « On se sent extrêmement isolé. Les applaudissements à 20h nous ont fait chaud au cœur mais n’ont pas arrangé notre quotidien. »

  • [Entretien] Benoît Thomassin : « L’objectif est de rouvrir des lits en psychiatrie »

    [Entretien] Benoît Thomassin : « L’objectif est de rouvrir des lits en psychiatrie »

    La Marseillaise : L’hôpital est en proie à des difficultés de recrutement de médecins, ce qui avait conduit à la fermeture de l’unité la Nef il y a un an. Sur le site de l’hôpital 32 offres restent à pourvoir. Où en est-on ?

    Benoît Thomassin : L’établissement comme beaucoup dans la psychiatrie, a des difficultés à attirer les médecins et à pouvoir les fidéliser. Sur l’hôpital aujourd’hui on a 67 équivalents temps plein de médecins, ce qui fait 81% de postes pourvus. Mais on a une difficulté sur le pôle littoral où des postes de médecins seniors, c’est-à-dire des praticiens hospitaliers ou des hospitaliers contractuels, restent vacants. Seuls 38% sont pourvus. On accueille des internes ou des praticiens diplômés étrangers qui s’ajoutent également. On essaie de renforcer les équipes de façon pérenne. Il y a eu la fermeture de la Nef faute d’effectifs médicaux, mais on met tout en œuvre pour avancer dans les recrutements de médecins. Selon les maquettes de l’hôpital, il n’y a pas de problème de sous-effectifs parmi les postes de soignants.

    Les syndicats CGT, FO et SUD ont interpellé les élus qui siègent au conseil de surveillance, inquiets d’une éventuelle suppression d’unités externes du pôle littoral Nord situées dans les 15e et 16e arrondissements. Est-ce une option envisagée par le comité de direction ?

    B.T. : Nous comprenons les inquiétudes des personnels car il y a eu des fermetures par le passé. Mais en conseil de surveillance, nous n’avons pas présenté de tel projet. On n’est pas dans cette idée. Aucune démarche n’a été engagée par la direction en ce sens. Édouard-Toulouse dispose de huit pôles avec une quarantaine de structures extrahospitalières dans le nord et le centre-ville de Marseille pour répondre à ses missions de soins, pour une offre de proximité. L’objectif est de rouvrir des lits en psychiatrie. On va essayer de regagner les 25 lits qui ont été supprimés lors de la fermeture de la Nef. C’est pour cela que nous avons besoin d’effectifs. Ce n’est pas un problème financier, car l’Agence régionale de santé nous soutient dans cette démarche. Ce que nous privilégions c’est qu’il n’y ait pas de rupture dans le parcours de soins du patient. Et ce parcours ne se passe pas uniquement dans les unités d’hospitalisation.

    Face au manque de médecins, pour éviter les fermetures, on se réorganise, mais on le fait dans le calme, dans le temps, dans le respect des instances médicales et non médicales des représentants des personnels de l’établissement. Il faut pouvoir garantir la sécurité des soins et en améliorer la qualité de prise en charge des patients. On étudie comment travailler différemment. Il était convenu qu’on travaille avec un comité de pilotage élargi. Et que ce comité produise un diagnostic sur l’état de la population, les critères démographiques, les évolutions des dernières années, les besoins d’accès à l’offre de soins en santé mentale.

    La psychiatrie est un secteur difficile. Comment regagner en attractivité ?

    B.T. : On met en avant ce que fait l’établissement qui est à la pointe de la politique de ce qui se fait en zéro contention. On organise des journées de référence sur le territoire. Les salaires sont encadrés dans la fonction hospitalière et il s’agit de ne pas créer de déséquilibre dans les équipes donc nous travaillons à l’amélioration des conditions de travail, nous sommes attentifs au projet personnel. Nous comptons aussi sur des appuis extérieurs avec des postes partagés.

    Dimanche 12 avril, un infirmier a été agressé au couteau par un patient qui avait des problèmes d’addiction aux stupéfiants et qui avait fait l’objet d’une hospitalisation sous contrainte. Ce type d’hospitalisation représente-t-il la majorité des occupations de lits ?

    B.T. : Il y a des problématiques qui sont prégnantes et qui ne sont pas spécifiques à cet hôpital, ni à Marseille. Et il y a plusieurs modalités d’accès à l’hospitalisation psychiatrique parmi lesquelles les prises en charge sous contraintes, soit à la demande d’un tiers, souvent la famille, soit à la demande du représentant de l’État. Aujourd’hui, sur les trois pôles de psychiatrie adultes il y a 45% de journées en soins libres et 55% sous contrainte. En fonction des secteurs, il y a des pôles qui sont plus sous contrainte que d’autres. Ce sont des patients sur lesquels il y a des risques. Il n’y a pas de risque zéro. Nous devons réexaminer comment les réduire tout en garantissant l’accompagnement du patient dans les soins et la protection des soignants. Une de nos difficultés c’est que l’hôpital est un milieu ouvert. Mais c’est aussi nécessaire car c’est un lieu de soins.

    Quelles mesures ont été prises ?

    B.T. : Le médecin ainsi que l’administrateur d’astreinte se sont rendus sur les lieux de l’agression pour aider à la gestion de la situation de crise et accompagner les professionnels. Le centre hospitalier accompagnera l’infirmier touché dans l’exercice de ses missions et s’associe à la plainte déposée le 13 avril. Un accompagnement individuel et collectif a été engagé pour les professionnels et les patients et se poursuivra sur un temps assez long car les répercussions peuvent être à moyen ou long termes. Ensuite, nous ferons un retour d’expérience pour évaluer les pratiques et travailler à la réduction des risques avec le service qualité et gestion des risques.

    Des investissements sont-ils prévus sur le bâti ?

    B.T. : D’importants travaux de rénovation ont déjà été entrepris depuis quelques années sur l’ensemble de nos pôles. Ce sont entre 8 et 10 millions d’euros qui sont ainsi investis sur un budget de 80 millions. C’est un des hôpitaux qui investit le plus dans son patrimoine.

  • Le rapport sur le bloc opératoire contesté par la direction à Avignon

    Le rapport sur le bloc opératoire contesté par la direction à Avignon

    Dans les locaux de l’administration du centre hospitalier d’Avignon, une douzaine de membres de la direction et du corps médical de l’établissement se sont présentés à la presse au lendemain de la communication d’un rapport d’un cabinet d’expertise agréé qui mettait en avant des « indicateurs alarmants » sur les conditions de travail. « Il a eu un effet de résurgence plutôt négatif car le travail mis en place a été un peu pris à défaut », regrette le docteur Jean-Pierre Meunier, chirurgien et chef de pôle de chirurgie et du bloc opératoire.

    Certains chiffres présentés dans ce même document comme des éléments inquiétants sont notamment contestés, tels que le taux d’absentéisme de 15,10%, qui serait en réalité de 10,81%, « soit, selon le barème du cabinet, un taux normal », assure Pierre Pinzelli, directeur de l’hôpital. Mais aussi le taux de turnover de 43% chez les infirmiers en soins généraux (IDE), de 25% chez les aides-soignants ou de 11% chez les infirmiers anesthésistes, qui serait en réalité respectivement de 10%, de 13% et de 7,5%. Tout en concédant un taux de 50% chez les encadrants d’unité de soins, « qui peut paraître élevé », mais qui serait « sur trois personnes dont l’une part à la retraite », et qu’il y a « une réelle difficulté à recruter des cadres de proximité dans les hôpitaux », précise le centre hospitalier dans sa présentation.

    Une divergence sur les données que l’hôpital explique en remettant en doute la neutralité du rapport d’expertise, en évoquant notamment l’appartenance de l’expert à la CGT. « Un article du règlement sur la déontologie rappelle que l’indépendance du cabinet doit être totale vis-à-vis de l’employeur mais aussi vis-à-vis des représentants du personnel. On ne peut pas passer au-dessus du sujet de la neutralité. La conduite de l’audit est menée par un monsieur impliqué dans diverses mobilisations sociales. Ce n’est pas une critique de la personne car on a bien travaillé ensemble. Mais sur le point idéologique, permettez-moi de faire part d’une petite interrogation », tout en confiant qu’il « ne balaie pas d’un revers de main » tout ce qui y figure.

    Travail en cours

    En amont, une longue présentation du fonctionnement du bloc opératoire, avec les nombreux changements récents, a été donnée par l’équipe de direction, notamment la mise en place depuis plus d’un an d’un « pilotage médico-soignant » du service. « On sort d’un état de crise, donc c’est sûr que tout n’est pas blanc. Mais il faut avancer dans un climat serein et cette situation ternit l’image du bloc. On souhaite ici insister sur la qualité du bloc opératoire car ce qui est décrit blesse ceux qui y travaillent », avance le docteur Vincent Pestre, président de la commission médicale d’établissement (CME).

    Un plan d’action pour « travailler avec l’ensemble des partenaires sociaux » va être présenté lors de la prochaine formation spécialisée santé, sécurité et conditions de travail (F3SCT), programmée en février. Il comporte sept propositions de la gouvernance du service, dont certaines convergent avec celles du rapport, telles que la poursuite des recrutements, l’engagement « rapide » de l’analyse du travail, ou la mise en œuvre « rapide » d’un suivi des risques psychosociaux par des professionnels rompus à l’exercice et indépendants. « On ne dit pas que tout va bien. On est sur le chemin pour essayer de régler les problèmes. On pense que l’organisation mise en place est un socle pour sortir de la crise. Plusieurs indicateurs nous le font penser. Nous ne sommes pas dans un état de chaos comme il est décrit par la CGT. Nous sommes toujours face à des difficultés et nous essayons de nous en défaire », ajoute le docteur Vincent Pestre.

  • La CGT hausse le ton pour le budget de la Sécurité sociale

    La CGT hausse le ton pour le budget de la Sécurité sociale

    « Il est hors de question de laisser ces débats lunaires se faire dans le silence ! ». À la Bourse du travail de Marseille, ce jeudi, Greg Fontaine, infirmier à l’hôpital de la Timone et co-secrétaire de la CGT AP-HM (Assistance publique-Hôpitaux de Marseille), tient à « sonner l’alerte » sur le projet de loi de finances de la Sécurité sociale (PLFSS) débattu au parlement.

    Le tout, à l’occasion d’une journée de communication nationale de la fédération CGT de la santé et de l’action sociale. Ce budget pour 2026 est jugé comme une « catastrophe » annoncée pour les établissements de santé et notamment les hôpitaux publics. « Ils sont déjà à l’os et une nouvelle réduction de moyens risque de provoquer leur effondrement », dénonce-t-il. La montée au créneau des organisations CGT ne vient pas de nulle part : « Le PLFSS 2026 prévoit une suppression de 7 milliards d’euros pour le budget de la santé, tandis que le budget de l’armée bénéficie d’une hausse sans contreparties », renchérit Ludovic Vergnaud-Rousseau, pour l’USD 13 (Union syndicale départementale de la santé) et aide médico-psychologique à l’association Unapei.

    Si les maux des hôpitaux sont connus, Greg Fontaine tient à les remettre en avant : « Les structures subissent une crise de l’emploi qui met en danger la santé des personnels et des patients. 92% des établissements déclarent des difficultés de recrutement. » L’analyse de la CGT s’appuie sur des données chiffrées : « Pour le seul secteur de la santé, il y a 180 000 postes qui sont à pourvoir selon une étude de la Dares au 1er trimestre 2025. »

    « Manque de matériel

    à tous les niveaux »

    Et l’organisation estime à 74 000 aides-soignants et 43 000 infirmiers et sages-femmes manquants en France. Même constat dans le privé et les structures associatives du reste du secteur : « Des maternités ferment, les Samu sont saturés, les personnes âgées souffrent dans les Ehpad », énumère Ludovic Vergnaud-Rousseau. La faute à « 30 ans de politique libérale et d’une gestion des établissements comme des usines à soins ». Et qui risque de se poursuivre avec ce PLFSS, la CGT ciblant plusieurs mesures qui ne passent pas : « Jour de carence pour les arrêts maladie, gel du point d’indice pour les fonctionnaires et doublement des franchises médicales. »

    Greg Fontaine rappelle les conséquences concrètes de ces mauvais coups dans les services : « Les brancardiers de la Timone se sont mobilisés contre le sous-effectif, les agents de la sécurité incendie également. Et les soignants des Baumettes ont fait grève contre la suppression de jours de repos compensateur ! ». Séverine Jeanroy, aide-soignante à l’hôpital Nord à Marseille et élue CGT confirme que ces exemples ne sont pas des cas isolés : « La situation à [l’hôpital] Nord s’aggrave d’année en année. L’attente pour avoir des rendez-vous est rallongée, les patients sont hébergés dans des services dont ils ne dépendent pas. » Et rappelle « le manque de matériel à tous les niveaux comme les appareils à tension, les couvertures… »

    Alerte à la population

    D’où « l’alerte à la population » lancée par les organisations CGT qui demandent sa participation pour « interpeller les élus ». Notamment en vue d’obtenir un PLFSS en « hausse entre 7 et 10% ». Ou, à défaut, « que les parlementaires s’y opposent » et donc ne votent pas le texte. Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône rappelle que le refus de cette politique passe par la mobilisation le 2 décembre dans la rue avec un appel confédéral à la manifestation et à la grève : « On ne pouvait pas ne pas manifester contre ce budget qui est encore pire que les précédents. »

  • Douleurs chroniques : « Parfois, on préférerait avoir une maladie grave »

    Douleurs chroniques : « Parfois, on préférerait avoir une maladie grave »

    Au fond d’un long couloir aux murs immaculés du Centre hospitalier universitaire de Montpellier se trouve un service qui fait, depuis plus de 45 ans, la fierté des soignants montpelliérains. Le centre anti-douleurs héraultais est en effet l’un des premiers de France et comble aujourd’hui des besoins qui s’étalent sur tous les départements limitrophes de l’Hérault et parfois même au-delà.

    Ici, le soin a laissé place à l’évaluation et au traitement d’une multitude de patients qui ont tous un point en commun : ils souffrent. Parfois sans savoir d’où proviennent ces douleurs, ils sont tous rongés par un mal qui a rendu leur quotidien infernal avec des conséquences sur tous les pans de leur vie.

    Pour leur venir en aide, ce centre s’appuie sur une approche holistique où les choix du patient sont réellement pris en compte. « Traiter la douleur c’est accompagner un projet thérapeutique qui se construit autour du patient. On sort d’une médecine paternaliste. Ici, on propose un traitement, on l’explique et le patient peut refuser. Le patient doit être acteur de son soin. C’est aussi une médecine intégrative, c’est-à-dire qu’elle intègre l’ensemble de la problématique du sujet et pas que le point douloureux. Nous avons souvent des patients pris en soin sur l’aspect technique auxquels on propose en même temps un accompagnement relevant du champ de la psychologique : méditation, sophrologie, hypnose, musicothérapie, etc. Mais c’est aussi une médecine très chronophage », explique Raphaël Gonon Demoulian, psychiatre et pharmacien de formation devenu chef de service du Centre depuis un an et demi.

    Pour accueillir les 70 patients par jour, l’équipe s’appuie sur tout un ensemble de médecins spécialistes, kinésithérapeutes, rhumatologues mais aussi sur une aide-soignante formée en réflexologie ou un ancien patient qui s’est formé à l’insertion professionnelle et qui propose de l’accompagnement social deux demi-journées par semaine.

    Une nouvelle écoute

    Pendant que le professeur Gonon Demoulian prend le temps de recevoir chaque premier patient pendant une heure et que deux autres médecins s’activent pour tenter de vider une salle d’attente toujours remplie, Magalie, infirmière, forme quatre patients à la Stimulation électrique transcutanée (TENS). Dans la salle, Jean, 75 ans, ne peut pas rester assis : « Je suis suivi ici depuis deux ans. Moi, j’ai mal partout parce que j’ai eu de graves accidents de ski et de voiture. Et j’ai mal tout le temps, du moment où je me lève jusqu’au coucher. Je sais que j’aurai mal toute ma vie mais l’objectif en venant ici c’est de baisser l’intensité de la douleur. »

    À ses côtés, Stéphanie, 64 ans, est aussi, depuis deux ans, une habituée du centre, où elle a trouvé une nouvelle écoute : « Quand je suis arrivée ici, j’étais très mal. J’ai mal tout le temps et j’ai des crises la nuit. J’ai vu beaucoup de médecins qui m’ont dit que c’était le stress. J’avais l’impression qu’on m’accusait. Alors qu’ici, on écoute votre douleur. Rien que ça, ça a été un soulagement. » Dans le groupe, une blouse blanche reste silencieuse et écoute les patients. Anesthésiste, Samir est venu d’Aurillac pour une semaine de stage dans le service pour comprendre l’ampleur de ces douleurs dans la vie des patients. Lui aussi regrette le manque de formation des médecins sur les douleurs chronique. « Il faudrait créer le module douleur pour les étudiants en médecine, pour connaître les conséquences de ces douleurs. Il faut vraiment sensibiliser les futurs médecins à la douleur chronique », confirme-t-il.

    Valérie, 58 ans, 1m85, n’a pas perdu son énergie malgré des douleurs qui l’empêchent aujourd’hui de travailler. « J’ai eu des problèmes de dos qui se sont diffusés mais je pensais que c’était inhérent à la vie jusqu’au jour où je n’ai pas pu sortir du lit. J’avais mal tous les jours et je ne me rendais pas compte de l’impact que ça avait sur la vie de tous les jours et sur ma capacité à gérer mon quotidien. Je ne voyais pas que ce n’était pas normal. J’ai donc été arrêtée de travailler et ça aussi c’est très dur pour quelqu’un qui est très actif comme moi. Je ne peux plus aller au cinéma ou jardiner. Il y a aussi la reconnaissance de cette douleur qui est difficile. Parfois, on préférerait avoir une maladie grave comme un cancer. »

    Face à l’afflux de patients dans ce service, la direction du CHU a prévu de déménager le Centre à l’été 2027 dans le bâtiment en construction de Balmès 2, déménagement qui s’accompagnera d’un recrutement de personnels.