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  • [Grand entretien] Florent Dasque : « On va passer un beau moment de partage »

    [Grand entretien] Florent Dasque : « On va passer un beau moment de partage »

    La Marseillaise : Votre nouvel album s’intitule « Je rentre à la maison ». Que signifie la maison pour des artistes qui partent régulièrement en tournée comme vous ?

    Florent Dasque : C’est un sujet qu’on interroge tout au long de l’album, notamment dans une chanson qui s’intitule elle-même « Je rentre à la maison ». Dans la chanson, notre personnage part de chez lui et repense à l’endroit où il a grandi, à tous ceux qu’il laisse derrière lui. Il doit se reconstruire ailleurs. C’est une question très présente chez les artistes : on vit dans les tourbus, on se reconstruit un peu à chaque endroit où l’on se produit. On a choisi ce thème en le laissant ouvert à toute interprétation, parce que c’est très difficile de définir ce qu’est une maison. Ce n’est pas une maison maçonnée, avec quatre murs et un toit. C’est un refuge intérieur, invisible, dans lequel on peut enfermer des visages, des souvenirs, des paysages, des couleurs, des saveurs, une langue, une région, un pays, peu importe. Notre identité transite dans notre maison au fil de la vie.

    Cette réflexion s’accompagne d’un projet pédagogique et culturel inédit. En quoi consiste-t-il ?

    F.D. : Ça fait des années qu’on est sollicité pour rendre visite à des publics scolaires ou associatifs, ces échanges nous plaisaient tellement qu’on s’est dit qu’il fallait leur consacrer davantage de temps. On s’est donc entourés d’enseignants, de chercheurs et de formateurs, qui ont créé des fiches pédagogiques autour des questionnements sur l’identité. C’est devenu un espace d’expression pour les scolaires, mais aussi pour n’importe quelle association, des personnes en situation de handicap, des foyers, etc. Aujourd’hui, n’importe quel enseignant ou éducateur peut trouver ces fiches sur le site du ministère. Ce sont des déroulés de séances adaptés pour des enfants de 8 ans jusqu’à des ados de 18 ans, voire des publics de 30 ou 40 ans. Il y a des exercices qui posent des questions comme : Qui suis-je ? Qu’est-ce qu’il y a dans ma maison ? Peut-on avoir plusieurs maisons ? Peut-on reconstruire une maison quand on a quitté la sienne ? C’est un support qui s’adresse à des publics très divers, pour que chacun, peu importe son parcours, d’où il vient, où il va, puisse réfléchir à ce que représente la maison pour lui. L’an dernier, avec l’aide du ministère de l’Éducation Nationale, on a récolté des milliers de projets de jeunes sur ce sujet. À chaque concert, on a réservé nos premières parties aux projets qui nous ont le plus interpellés, que ce soit de la poésie, du slam, de la lecture, de l’art plastique, de la musique… On a par exemple reçu des réécritures de couplets de « Je rentre à la maison » en roumain, en arabe ou en suédois. C’était une façon pour ces jeunes qui parlaient une langue différente chez eux de se rapprocher d’une maison qui leur ressemble et qui les rassure. Beaucoup de projets portaient aussi sur la lutte contre le harcèlement scolaire. Chez les plus grands, on a eu des réflexions plus philosophiques sur la quête d’identité, en perpétuelle construction tout au long de la vie. C’est un grand projet culturel qu’on mène depuis un an maintenant, on le reconduit à la rentrée avec l’Éducation nationale.

    Partager autant avec le public, notamment avec les jeunes, a-t-il influencé votre rapport à la musique ?

    Initiales : On dit souvent que Boulevard des Airs a été créé pour être sur scène, pour partager avec les gens. Effectivement, ce projet était aussi un prétexte pour aller à la rencontre d’un public nouveau, de faire de la musique différemment et ne pas s’enfermer entre concerts, tournées et studios. Ça a donné beaucoup de sens à notre démarche d’artiste et à cet album. Et puis les jeunes, c’est un public qu’on adore. À cet âge-là, il n’y a pas de filtre. Se poser des questions aussi intimes que les questions sur l’identité, qui interrogent en profondeur le parcours des gens, ça soulève des réflexions très intéressantes et très inspirantes pour nous.

    C’est la première fois que vous vous produisez à Ici Live La Ciotat. Pourquoi être présents cette année ?

    F.D. : On est un groupe qui vient du sud de la France, on a collaboré avec plein d’artistes du sud, notamment Carbonne. Donc on a hâte d’y être pour partager avec le public. En plus, l’endroit est superbe, avec la scène sur l’eau. On va passer un beau moment de partage ! C’est toujours un plaisir d’aller à la rencontre de nouvelles personnes, de nouveaux endroits et de nouvelles équipes.

    Après la tournée des festivals, vous avez prévu un voyage aux États-Unis. À quelle occasion ?

    F.D. : Notre projet pédagogique autour de l’album s’est largement exporté puisque l’on part à la rencontre de jeunes américains mais aussi de jeunes d’autres horizons en fin d’année. On va sur une dizaine de villes de la côte ouest pour faire de la musique autrement, avec un public différent. Ce projet a énormément grandi, il n’avait pas du tout vocation à devenir ce qu’il est aujourd’hui ! C’est vraiment une réussite pour nous de pouvoir prendre conscience des questionnements sur l’identité qui ont lieu ailleurs que chez nous. À notre retour, on réattaque la tournée des salles début 2027. On est déjà en train d’écrire la suite, donc on a hâte de continuer notre histoire avec le public.

    Propos recueillis par Andréa Goyard-de castro

  • Le tourisme comme moteur économique en plein essor

    Le tourisme comme moteur économique en plein essor

    À l’embouchure du Rhône, entre terre, mer et fleuve, Port-Saint-Louis-du-Rhône est l’une des portes d’entrée de la Camargue. Érigée en municipalité distincte des territoires d’Arles et de Fos-sur-Mer en 1904, cette commune du bout du monde s’est bâtie autour de son port de transbordement. Plus de 120 ans plus tard, elle se dessine un nouveau visage en se tournant vers le tourisme, sans oublier son héritage. « Nous assumons pleinement cette histoire industrielle et maritime en la transformant en atout touristique », souligne l’adjointe au maire déléguée à l’attractivité Marion Castellani.

    Observation des flamants roses, plages naturelles, salins, randonnée, vélo, navigation entre Rhône et Méditerranée, découverte des métiers de la pêche, visite des sites portuaires et industriels en activité… La programmation, qui met en valeur les traditions camarguaises et provençales, tout comme le patrimoine ouvrier, porte ses fruits. « Port-Saint-Louis-du-Rhône confirme sa montée en puissance comme destination de nature, de littoral et de tourisme itinérant », poursuit l’élue. L’Office de Tourisme accueille chaque année plus de 5 000 visiteurs dans ses locaux, « un chiffre qui ne cesse de progresser », précise la directrice Mandy Girard-Marin. L’aire de camping-car, inaugurée en 2022, permet à elle seule d’accueillir près de 10 000 visites.

    Un tourisme

    quatre saisons

    Si la clientèle est majoritairement française (principalement issue de la région Sud, de l’Île-de-France et d’Auvergne-Rhône-Alpes), la Via Rhôna offre une visibilité européenne à Port-Saint-Louis-du-Rhône, située au terme du parcours reliant le lac Léman à la Méditerranée, avec des touristes venant d’Allemagne, des Pays-Bas ou encore d’Italie.

    Deux ports de plaisance, le port central et un partenariat avec des compagnies de tourisme fluvial permettent également d’accueillir une clientèle plus internationale. « Les Américains, les Canadiens et les Australiens », amateurs de balades sur le Rhône, sont particulièrement représentés. La Ville travaille à la création de nouvelles escales dans le cadre de la démarche Provence fluviale. Le futur Pôle Nautisme Mer, avec la réhabilitation des 300 hectares de la Presqu’Île du Mazet, doit renforcer l’accueil des plaisanciers, avec la création de 4 500 places à sec et à flot, tout en promouvant les métiers maritimes. « Ce projet repose sur deux principes : développer des activités écoresponsables et réinvestir intelligemment les friches pour valoriser le foncier disponible sans artificialisation inutile », précise Marion Castellani. Avec un objectif : « Allonger les durées de séjour tout en développant une activité touristique plus étalée sur l’année ». Le chiffre d’affaires est évalué à 220 millions d’euros, avec 570 emplois attendus à la clef.

  • [Vidéo] Reportage sur les pas de Jean Moulin en Provence

    [Vidéo] Reportage sur les pas de Jean Moulin en Provence

    Reportage

    Entré au Panthéon en 1964, honoré en Provence, Jean Moulin est le grand oublié de la cité phocéenne. Marseille a bien consacré au chef de l’armée des ombres le nom d’un collège, d’une avenue, mais rien du niveau de « la première capitale de la résistance » suivant la formule de Maurice Chevance-Bertin (1910-1966) dirigeant du mouvement Libération Nationale né rue de Rome à l’été 1940.

    Dans les Bouches-du-Rhône, l’unificateur de la Résistance, enfant du midi né à Béziers en 1899, est surtout commémoré dans les lieux phare de son épopée. D’abord, le berceau familial à Saint-Andiol dans la maison de ses parents, 55, Route Nationale, pavoisée de drapeaux tricolores. Après son parachutage le 1er janvier 1942, il avait installé au fond du jardin une échelle en cas d’urgences et confié à sa sœur Laure un double de son ordre de mission microfilmé et signé De Gaulle qu’elle avait caché dans un tube d’aspirine dans l’interstice d’un mur du cimetière.

    Fausse moustache

    et lunettes fumées

    Un musée Jean Moulin installé dans son école rend hommage à l’enfant du pays propulsé à 25 ans sous-préfet d’Albertville. Il a été inauguré en juillet 2018 par Daniel Cordier, son secrétaire et biographe avec les descendants de Jean Moulin. Des photographies, ses lettres, ses dessins car c’est un artiste aussi, des documents racontent comment après un séjour chez sa mère et sa sœur à Montpellier, le préfet d’Eure-et-Loir limogé le 2 novembre 1940 par Vichy, s’installe comme agriculteur à Saint-Andiol. Le haut fonctionnaire a 41 ans et mûrit son départ clandestin pour Londres. « Il circule beaucoup dans la région, sous sa fausse identité de Joseph Mercier, un chapeau rabattu sur les yeux, affublé d’une moustache et de lunettes fumées » écrit l’historien Robert Mencherini.

    Créée en 1978, une route « Jean Moulin, chemin de la liberté », suit ses pas depuis le Mémorial de Salon-de-Provence inauguré en 1969, quatre ans après son entrée au Panthéon et l’oraison d’André Malraux qui ont définitivement inscrit Jean Moulin dans l’histoire de France. Il a 41 ans, multiplie les contacts et rencontres à Marseille, devenue la plaque tournante des premiers noyaux d’organisations clandestines. Il repère ainsi le mouvement de Libération nationale de Henri Frenay, Libération-Sud d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie et Franc-Tireur de Jean-Pierre Lévy.

    Durant six mois, Jean Moulin parcourt la région, va d’Orgon à Miramas en bicyclette, ausculter les réseaux naissants. « Je me souviens de cette rencontre à Avignon car il portait toujours un grand foulard » écrit Emmanuel d’Astier de la Vigerie (1900-1969). Un tissu qui cache le coup de rasoir qu’il s’est donné à Chartres pour ne pas signer un écrit des Allemands accusant à tort des tirailleurs sénégalais de massacres. Il multiplie les séjours à Marseille (page suivante) qui grouille de réfugiés, d’exilés en attente de visa. Jean Moulin rencontre les hommes des premiers réseaux émergents dont Henri Frenay qui à l’été 1940 avec Berty Albrecht (1893-1943) a créé le Mouvement de Libération Nationale (Combat). Il observe le bouillonnement contestataire qui se traduit par la première manifestation hostile à Vichy. Elle a lieu le 28 mars 1941 au bas de la Canebière en face de l’hôtel où il descend.

    « Je vous garantis, j’en ai eu les larmes aux yeux »

    De cette exploration, Jean Moulin fera à De Gaulle le portrait de cette résistance intérieure qui s’invente. Le 9 septembre 1941, il prend le train en gare Saint-Charles pour aller à la rencontre du chef de la France libre. Un périple clandestin de Barcelone à Lisbonne, avec un faux passeport au nom de Joseph Mercier. Il touche l’Angleterre en hydravion le 20 octobre 1941 et reçu par De Gaulle à qui il remet un « rapport sur l’activité, les projets et les besoins des groupements constitués en France en vue de la libération nationale ». De Gaulle, 50 ans, voit un préfet de 42 ans « rempli jusqu’au bord de l’âme de la passion de la France ». Il en fait son représentant et délégué du Comité national français pour la zone sud. « M. Moulin a pour mission de réaliser dans cette zone l’unité d’action de tous les éléments qui résistent à l’ennemi et à ses collaborateurs. M. Moulin me rendra compte directement de l’exécution de sa mission ». La Mission Rex est lancée.

    Le musée de Saint-Andiol a reconstitué la carlingue du bombardier de la RAF d’où Jean Moulin a sauté dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 à 300 mètres d’altitude. « Rex » saute en premier et atterri dans un marais, puis ses deux officiers et enfin le parachute bleu pour la valise radio. Le « point de tombé » a été identifié en 2022 par les historiens Jean-Marie Guillon et Benoit Senne (page suivante). « Quand Benoît est venu m’annoncer ça dans mon bureau, je peux vous garantir que, pour quelqu’un de ma génération et jeune maire d’Aureille, j’en ai eu les larmes aux yeux. C’était historique. La mission Rex avait démarré à Aureille ! » se souvient encore ému Lionel Escoffier. L’itinéraire de la mémoire commence désormais par la borne du kilomètre zéro inaugurée en janvier 2025, et se poursuit à la bergerie d’Eygalières où « Rex » a trouvé refuge.

    La mission de Jean Moulin accomplie jusqu’au sacrifice suprême a permis de fédérer les forces combattantes, de créer les Mouvements Unis de la Résistance (MUR) et une Armée secrète. Le 27 mai 1943, « Rex » réussit le tour de force de convaincre les représentants de 8 mouvements de Résistance, de 6 partis politiques et de 2 centrales syndicales, de se réunir au 48, rue du Four à Paris. Le Conseil National de la Résistance (CNR) est né. C’est l’« embryon de la représentation nationale » qui allait légitimer De Gaulle auprès des Alliés. On connaît la suite, la trahison de Caluire le 21 juin 1943, son supplice dans les mains du SS Klaus Barbie à Lyon, le dernier souffle de Jean Moulin, le 8 juillet 1943, dans un wagon à Metz qui partait en Allemagne. Les lèvres du « chef d’un peuple de la nuit » n’avaient pas parlé.

  • Une Marche des fiertés à Toulon pour dire non aux discriminations

    Une Marche des fiertés à Toulon pour dire non aux discriminations

    C’est demain sur le pavé toulonnais que la nouvelle édition de la Marche des fiertés est attendue. Le principe est simple : rendre visibles celles et ceux qui ont longtemps été contraints au silence à cause de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, victimes de rejets et de violences ou de stigmatisations sociales.

    Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il reste encore du boulot, d’autant plus dans la Var, où l’extrême droite exerce de plus en plus son emprise sur les consciences. Rappelons que la députée RN Laure Lavalette avait dénoncé la programmation du Théâtre Liberté sur la thématique du genre avec ce type de propos : « Non, nous ne sommes pas tous concernés par ces théories nauséabondes… propagande LGBTQI avec l’argent du contribuable. »

    Raison de plus pour venir se mobiliser dans l’espace public et dire non à toutes les discriminations qui demeurent encore hélas une réalité dans de nombreux domaines.

    Festive et revendicative

    Et toutes les avancées obtenues ont été arrachées comme toujours par la lutte et la mobilisation. La Marche des fiertés s’inscrit dans cette tradition de lutte collective.

    L’occasion aussi d’alerter sur les violences homophobes et transphobes qui continuent.

    Une Marche des fiertés revendicative donc qui n’en oublie pas pour autant la dimension festive. La joie, la créativité et l’expression collective devenant alors aussi des moyens de résistance aux passions tristes exacerbées par les réactionnaires de tout crin.

    Rendez-vous donc ce samedi 13 juin dès 13h sur la place d’Armes.

    Pour ce qui est du programme, la journée sera marquée par plusieurs temps forts politiques et associatifs. Ainsi de 14h45 à 15h15, les associations prendront la parole afin de rappeler les réalités vécues par les personnes LGBTQIA+, les combats encore nécessaires et l’importance d’une mobilisation collective face aux discriminations.

    À noter également parmi les prises de paroles annoncées, la présence du premier adjoint à la mairie de Toulon, Julien Orlandini, ainsi que de Patrice Cazaux, adjoint à la Citoyenneté. Un signe fort envoyé par la municipalité à toutes les minorités.

    Vers 17h15, le cortège aura rejoint l’avenue de la République où un discours militant sera prononcé par le Collectif Fiertés Toulon et l’association Trans-mission Var. Afin de rappeler que « la République doit protéger tous ses enfants, quelles que soient leur orientation sexuelle, leur identité de genre ou leur expression de genre ».

    Chacun devant prendre sa part dans la construction d’une société réellement égalitaire.

    La journée se terminera par la fête de 19h30 à 00h avec DJ Set sur la place de l’Equerre.

  • À Istres, un nouveau marché provençal au service de l’attractivité

    À Istres, un nouveau marché provençal au service de l’attractivité

    En culotte d’antan, galoubets et tambourins à la main, les bénévoles de l’association de danse folklorique Lou Trelus déambulent dans les allées Jean-Jaurès. Samedi matin, ce haut-lieu du centre-ville istréen est bondé de monde à l’occasion de la première matinée du marché « L’instant provençal », rendez-vous hebdomadaire qui s’étendra jusqu’au 26 septembre.

    Une petite trentaine d’exposants sont installés de part et d’autre de la rue piétonne ombragée. Parmi eux, Monique, qui tient un étal en face de sa boutique « Au manoir des anges », qu’elle a ouvert il y a 9 ans et demi. « C’est génial, c’est convivial, se réjouit-elle. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu du chaland comme ça. Le samedi matin, d’habitude, c’est vide. Là, pour moi, c’est gagné ! »

    Même enthousiasme du côté des habitants. « Enfin ! », réagissent Annick et sa mère Jacqueline en déambulant : « Ça fait vivre la ville. » Un marché est déjà en place le mardi matin à Istres, mais « ça n’a rien à voir, et puis beaucoup de gens travaillent en semaine ». Pour les deux femmes, l’accent mis sur l’identité provençale est « malin, c’est bon pour le tourisme ! ».

    Valoriser le patrimoine

    Chez les commerçants, on joue le jeu. Monique témoigne : « C’est vraiment un marché dédié au terroir, moi-même, j’ai beaucoup de produits dans ma boutique, mais je mets en avant ceux qui sont en lien avec notre région, ceux avec de la lavande par exemple. »

    Le maire Robin Prétot (LR) revendique cette identité. « Nous sommes convaincus qu’il faut aller plus loin dans la valorisation et dans l’affirmation de cette richesse, parce que notre patrimoine raconte une histoire, notre histoire, affirme-t-il. Ce patrimoine, c’est celui du vieil Istres, du centre historique, de cet hôtel de ville emblématique pour lequel nous nous sommes battus et qui, aujourd’hui, est revenu dans notre giron. » L’élu pointe le besoin de retrouver du « lien humain, ce qui nous rassemble, et c’est tout le sens du marché “L’instant provençal” ».

    Devant le succès de cette première édition, Adrien Bouterin a le sourire. L’adjoint au maire délégué aux affaires économiques, au projet de centre-ville, au commerce et à l’artisanat explique la démarche : « Les mots d’ordre étaient : Provence, été et qualité. On voulait quelque chose qui fasse revenir du flux le week-end en centre-ville. (…) Ça part d’une vraie analyse, avec l’Office du commerce, on est allés interroger les gens en terrasse pour leur demander ce qui leur manquait et le marché revenait quasi systématiquement. »

    Si l’affluence se confirme, la municipalité pense pérenniser le marché à l’année. « On envisage également de le dédoubler sur le boulevard Paul-Painlevé, à la condition de trouver des marchands en restant qualitatif », révèle l’adjoint.

  • [Grand entretien] Gari Grèu : « Il faut militer mais continuer de dialoguer »

    [Grand entretien] Gari Grèu : « Il faut militer mais continuer de dialoguer »

    La Marseillaise : ORP nomme
    son premier album, sorti fin mai,
    «
     Le Village ». De quoi s’agit-il ?

    Gari Grèu : Le village, c’est une des idées de Toko [Blaze]. Pour lui, c’était un sanctuaire, un havre de paix et de bienveillance. Il pense, bien sûr, à Vitrolles, car c’est là qu’il a grandi. C’est ce qu’il dit dans son premier couplet. Il parle à des potes à lui, avec qui il a partagé son enfance et son adolescence, mais que la vie a fait dévier au niveau des idées. Des gars avec qui il s’est construit et qui sont devenus racistes. Donc, sa première idée c’est : passe nous voir au village pour qu’on se reconnecte, qu’on se fasse du bien.

    Peu à peu, cette idée de village est devenue une forme d’enclos de bienveillance et de solidarité sans adresse. Quand on fait des concerts dans l’espace public, comme je peux le faire avec les sardinades le 1er mai, mètre carré par mètre carré, on le construit, ce village. Au regard des difficultés qu’on a à faire société, c’est quand je joue dans l’espace public, là où je trouve des gens qui ne pensent pas comme moi, que je prends la mesure de la vraie utilité qu’on a en tant que musicien : faire danser tout le monde au diapason à un moment donné. Le village c’est ce truc qu’on arrive, tant bien que mal, à recréer quand on prend le micro. Et ce village peut exister partout. Dans un local des MTP [Marseille trop puissant – groupe de supporters de l’Olympique de Marseille, Ndlr], où tu croises tous les milieux et toutes les générations, par exemple. Ou dans n’importe quel endroit où les gens se mélangent.

    Dans votre titre « Citrons », vous dites : « L’autre a dit que l’autre a dit que l’autre est un con. L’autre fait peur, l’autre milite en réaction. » Avez-vous la sensation que le dialogue est devenu compliqué ?

    G.G. : Ça, je l’écris au moment de la mort de Quentin Deranque [militant d’extrême droite néofasciste, Quentin Deranque est mort en février à Lyon des suites d’une rixe contre des militants antifascistes, Ndlr]. Évidemment qu’on est militant. Évidemment qu’on veut faire passer nos idées. Mais on ne peut pas se mettre des coups de pied dans la tête et se tuer dans la rue parce que quelqu’un ne pense pas comme nous. Nous, en tant que grands frères, on se doit de les contenir, les petits. J’ai 58 ans et, maintenant, je me sens responsable des jeunes de 20 ans, de les aider à ne pas faire faire n’importe quoi. Évidemment qu’on a besoin de militer, qu’on a besoin que la jeunesse soit concernée, se mêle. Mais on doit arriver à dialoguer. On doit arriver à faire passer les idées avant les coups de couteau et les coups de pied dans la tête.

    Vous parlez beaucoup d’unité. C’est très présent dans l’album, notamment dans votre titre « D’ailleurs »…

    G.G. : C’est Marseille. Les couleurs, les accents, on vient tous d’ailleurs, ici. L’identité marseillaise, c’est le fruit de toutes ces arrivées successives. Moi, je suis un peu Italien, un peu Algérien, un peu Arménien, un peu Comorien, un peu Français, un peu tout ce que tu veux. Parce que je suis Marseillais. Je suis né à la Porte d’Aix. Pour aller à l’école, j’ai traversé l’Algérie, l’Afrique noire, l’Arménie. Avant de prendre l’avion, j’avais fait le tour du monde. C’est ça, être Marseillais. La leçon que Marseille donne au monde entier, c’est qu’on arrive à vivre tous ensemble en gardant nos spécificités et en étant tous Marseillais. Avec cette identité marseillaise qui se conjugue avec nos identités personnelles. C’est ça qui est magnifique à Marseille.

    À propos de Marseille, dans « Têtue », vous dites : « Il y a eu les Allemands maintenant Airbnb. » Que voulez-vous dire ?

    G.G. : Le Panier [2e] a été détruit par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Ça s’est ensuite reconstruit, tant bien que mal, pour qu’aujourd’hui, et depuis 20 ans, ça se transforme en décor de Plus belle la vie. Je veux bien que tu loues ton appart trois semaines par an quand tu pars en vacances. Mais quand il y a un investisseur qui achète dix appartements pour louer toute l’année à des cohortes de touristes, forcément, les commerces de proximité commencent à fermer. Il n’y a plus que des sandwicheries et des magasins de souvenirs.

    Après, ça reste une image. Mais on est obligé de rentrer dans Marseille. On ne regarde pas Marseille avec complaisance. Il faut être hyper exigeant avec la Ville, avec les élus, avec les forces vives, avec les gens qui ont des capacités de faire bouger les choses.

    Après attention, il y a aussi un juste milieu. Dans le troisième arrondissement, boulevard de Strasbourg, chez moi, j’aimerais qu’il y ait un peu de gentrification. Que des artistes, des gens qui ont un peu plus de moyens, viennent à la Belle de Mai, autour de la Friche, pour qu’il y ait plus de mélange.

    Ce week-end vous jouez à La Seyne-sur-Mer, une ville qui vient de basculer à l’extrême droite. L’occasion de prêcher au-delà des convaincus ?

    G.G. : Alors, les Couleurs urbaines est un festival de reggae où nous sommes souvent allés, donc ce n’est pas là qu’on trouvera un public qui ne partage pas nos idées. Même si c’est intéressant que ce genre d’évènement puisse continuer d’exister là-bas. Mais c’est vrai que j’aimerai beaucoup faire des concerts dans des villes qui ont basculé au Rassemblement national. C’est là que ce qu’on fait prendrait vraiment tout son sens. Notre rôle est d’importance, en particulier cette année. Et le rôle de tous ceux qui ont un micro d’ailleurs. Il faut diffuser des messages de rassemblement.

  • [Chroniques Méditerranéennes] Corse… ici aussi

    [Chroniques Méditerranéennes] Corse… ici aussi

    Pour beaucoup, la Corse est d’abord une histoire familiale, faite de filiations, de villages d’origine, de trajectoires entre l’île et le continent. Elle vit dans les récits, les habitudes, les traditions, une manière d’être au monde qui dépasse la seule géographie. Mais cette transmission reste partielle : une langue souvent entendue plus que maîtrisée, une culture héritée sans toujours être pleinement vécue.

    Ce parcours, je le connais. Née à Marseille de deux parents corses, j’ai grandi avec cette présence constante de l’île. Du côté de mon père, mon grand-père était Corse du Panier. Du côté de ma mère, mes grands-parents sont nés en Corse, lui du Cap Corse, elle du sud. La Corse a donc toujours été présente. Elle a toujours été là, transmise, racontée, vécue.

    Le lien est fort, évident, sans relever du folklore ni d’une simple attache sentimentale.

    Grandir ailleurs, c’est entretenir un rapport à la fois proche et distant avec l’île. Une terre que l’on connaît bien sans en partager pleinement le quotidien, mais à laquelle on reste profondément attaché.

    Cela pose forcément une question : que signifie être Corse lorsque l’on n’y est pas né, lorsque l’on n’y vit pas en permanence ? La réponse tient sans doute dans l’essentiel : l’identité ne se limite pas à un territoire, elle se construit aussi dans la transmission, les pratiques culturelles ou l’engagement. À Marseille, la présence corse participe depuis longtemps à la vie sociale et associative et prouve qu’une identité peut vivre au-delà de ses frontières.

    Être Corse ailleurs c’est faire vivre ce lien, simplement, sans jamais le perdre. Grandir entre deux identités n’est donc pas selon moi une contradiction mais une richesse. D’où que l’on vienne.

  • Montpellier, en ballottage favorable

    Montpellier, en ballottage favorable

    De Clermont à Clermont. Le 1er novembre 2025, jour de la fête les morts, Montpellier plie à nouveau chez lui. Et enterre ses illusions. Tout au moins après neuf journées, deux défaites à domicile et un nul à Montauban, il fait fausse route. S’installe alors un climat délétère, où germent une crise de pouvoir venue de l’intérieur et un renversement possible du manager Joan Caudullo.

    Plus de quatre mois plus tard, à l’orée du dernier tiers du championnat, une aube nouvelle pointe à l’horizon. Celle de la renaissance de Montpellier, en lambeaux depuis le titre conquis en 2022.

    La métamorphose est spectaculaire. Sept victoires en neuf journées, quatre bonus offensifs, deux bonus défensifs à Pau et Toulon projettent le MHR à la troisième place du Top 14 avant son déplacement samedi 21 mars au stade Marcel-Michelin de Clermont du médiatique Héraultais Christophe Urios. Pour un choc au sommet entre deux clubs en plein renouveau. Et une même question pour l’un et l’autre : peuvent-ils arracher leur billet pour la phase finale dans un championnat très dense ?

    « On est très contents de s’installer aux six premières places. On est intraitables à domicile, où l’on réussit de belles performances en termes de contenu, et cela est très positif. Cela peut faire de belles choses en fin de saison. Vu d’où l’on vient, si on me donne la 6e place, je signe de suite. L’an passé, on n’a pas réussi à être parmi les huit premiers, être parmi les six ce serait donc très positif. Les joueurs, dont certains ont connu 2022 [année du titre, Ndlr] et 2024 [année du barrage pour le maintien], ont envie de vivre de belles choses. On a pour objectif d’être dans les six premiers, on a que cela en tête », éclairait le jeune entraîneur Joan Caudullo, intronisé à l’été 2024 et néophyte à ce poste.

    Reconquête d’une image brouillée après tant de dérives mercantiles, restauration d’une identité de jeu, remise en valeur d’un attachement au club : Caudullo, et ses adjoints estampillés MHR, fédèrent autour d’une ligne de conduite claire et y donnent du crédit à travers des résultats époustouflants après avoir essuyé les plâtres d’un apprentissage accéléré.

    « Avec mon jeune âge, l’an passé, j’ai voulu faire enchaîner les matchs à Billy Vunipola. Je me suis trompé. Il faut le mettre au repos de temps en temps. En mai et juin dernier, Billy était sur les rotules. Aujourd’hui, il a 20 ans », confesse le jeune manager, coupable d’avoir trop tiré sur la corde du 3e ligne centre anglais (33 ans). « On avait fini la saison à bout de souffle faute d’un effectif plus complet », abondait Didier Bès, en charge de la mêlée.

    « Il est costaud et les gens aiment jouer avec lui »

    L’ancien numéro 8 des Saracens et de l’Angleterre (75 sélections) aspire dans son sillage un paquet d’avant surpuissant, conquérant et dominateur dans tous les secteurs : mêlée, touche, rucks et défense. « Il est costaud et les gens aiment jouer avec lui », précise Caudullo. Grâce au travail méticuleux, et très vite reconnu de Geoffrey Doumayrou, Montpellier possède la défense la plus hermétique du Top 14 avec le Stade toulousain, champion et leader.

    Dans le chamboule-tout de l’hiver, Montpellier s’est peu à peu doté d’armes nouvelles. À savoir un jeu d’attaque, encore perfectible mais bénéfique avec sept bonus offensif, une alternance dans le jeu et une paire de demis autour du demi de mêlée écossais Ali Price et de l’ouvreur argentin Domingo Miotti, sur le point d’être prolongé. « cette charnière met en place ce que l’on a envie de mettre en place », savoure Caudullo.

    Après une première saison presque blanche, le Puma (10 sélections) s’est imposé tout à la fois comme un bon animateur et surtout comme un buteur fiable. Miotti (29 ans) semble mettre fin à la malédiction des numéros 10 depuis le départ de François Trinh-Duc, gamin du Pic Saint-Loup magnifié par le passage fondateur de Fabien Galthié (2010-14). Avec Harry Plummer, l’ouvreur néo-zélandais de Clermont, l’international argentin, arrivé d’Oyonnax en 2024, est le meilleur buteur du championnat. Le rendez-vous face à une équipe auvergnate, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, promet d’être révélateur de l’état de forme et de l’ambition de Montpellier. Portés par un élan hivernal rédempteur, les partenaires du 3e ligne international Lenni Nouchi ne manquent pas d’obstacle sur la voie d’une qualification pour la phase finale. Ils ne comptent que huit points d’avance sur Toulon (7e) et Le Racing (8e). Et s’avancent vers un calendrier compliqué par cinq déplacements (Toulouse, Bordeaux, Castres, Lyon) pour seulement trois réceptions (Perpignan, Montauban et Pau).

    À défaut d’avoir fait le nécessaire à Montauban, en début de saison (22-22), le MHR est quasiment contraint d’obtenir un troisième succès à l’extérieur.

    Autres obstacles : la réintégration de Lenni Nouchi au terme d’un Tournoi frustrant et l’effet de contacts de Joan Caudullo avec Toulon. Garant d’un projet à moyen terme, le manager de Montpellier a été approché par le club varois pour succéder à Pierre Mignoni, promis à prendre du recul après son burn-out. L’avenir de Caudullo, a priori engagé à moyen terme, peut-il froisser la belle dynamique de Montpellier ?

  • L’élu d’opposition LR Robin Prétot entre en campagne

    L’élu d’opposition LR Robin Prétot entre en campagne

    C’est au Pub de l’Europe, à deux pas de l’ancien hôtel de ville d’Istres, que Robin Prétot a souhaité rencontrer la presse pour officialiser sa candidature lors des prochaines élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Un lieu « symbolique » pour le conseiller municipal d’opposition (LR) : « C’est un peu à l’image du message de notre campagne qui est “Istres de toute son âme”. Je considère que c’est tout le symbole de notre engagement et de tous nos maux. On est une ville qui tourne un peu le dos à son histoire, à son patrimoine, à son identité provençale. Aujourd’hui on en est à une municipalité qui pour un euro symbolique va vendre un mastodonte administratif. »

    À 35 ans, le militaire de formation veut incarner le « renouveau » de la classe politique face à François Bernardini (PS), conseiller municipal depuis 1977 passé maire en 2001, et redonner « ce sentiment d’appartenance » et cette « fierté d’être istréen » aux habitants. Sans annoncer son programme, qu’il dévoilera le 20 septembre lors de son meeting de lancement de campagne, le candidat identifie quatre priorités stratégiques : l’attractivité et le dynamisme du centre-ville, le ralentissement de l’urbanisation, la santé et la tranquillité publique.

    Une liste qui « ressemble aux Istréens »

    Parmi la liste qu’il mènera, ses deux collègues du groupe municipal « Istres audacieuse », Jocelyn Planelles et Michèle Leban. « Je ne veux surtout pas rentrer dans une logique de collections d’étiquettes politiques ou de club d’opposants », affirme Robin Prétot, tout en assurant néanmoins ne pas compter travailler avec le Rassemblement national.

    « François Bernardini n’est, aux dernières nouvelles, plus candidat, poursuit-il. C’est en tout cas l’engagement qu’il avait pris en 2020. Donc ma question c’est comment on construit la ville après. Il faut la construire avec de nouvelles personnes et qu’on crée donc une liste qui ressemble aux Istréens, avec toutes les générations, tous les métiers, tous les quartiers représentés. »