Tag: humanitaire

  • Visa, la référence en image du cœur du monde

    Visa, la référence en image du cœur du monde

    « Les photographes sont mes yeux sur le monde ». C’est ainsi que Jean-François Leroy aimait définir ses choix, son regard. « Je suis aux côtés des photographes professionnels qui informent et témoignent. […] Certes, c’est un poncif, mais une image vaut réellement mille mots. » Il nous a quittés à 69 ans ce 31 août, quelques jours à peine le début de la 38e édition du Festival. Depuis 1989, il était cofondateur et directeur du festival international de photojournalisme, Visa pour l’Image à Perpignan.

    Chaque année plus de 40 pays sont représentés à travers les expositions et reportage, soit plus de 100 reportages photo, couvrant des sujets du monde entier. C’est aussi plus de 220 000 visites sur l’ensemble du festival dont 22 000 scolaires. Un incontournable.

    Ukraine, Soudan, Syrie, Israël, Afghanistan, Iran, Liban, Cambodge, Thaïlande… 2026 donne à voir les grands bouleversements qui traversent la planète et également leurs terribles conséquences humaines. Les terrains de guerre occupent la plus grande partie de la programmation. Le Visa d’or News la plus haute distinction du festival, a été attribué à Luis Tato, photojournaliste de l’AFP pour son travail sur les soulèvements de la génération Z à Madagascar. Sans oublier que malgré le déferlement de l’IA sur la fiabilité de l’information, son fondateur y voyait là « la plus belle opportunité que le journalisme a de se sauver ».

    Entrée libre, tous les jours de 10h à 20h, du 29 août au 13 septembre .

  • Crise de Ceuta : une possible implication du Maroc

    Crise de Ceuta : une possible implication du Maroc

    La crise migratoire de Ceuta, marquée par l’arrivée fin juillet de 72 000 migrants (plus de 60 000 sont repartis), au-delà des aspects purement humanitaires, provoque d’importants remous politiques à quelques mois des élections générales qui, sauf scrutin anticipé, auront lieu à l’été 2027, précédé en mai par les élections municipales et autonomiques.

    C’est dire que le calendrier incite droite et extrême droite à faire monter la pression, aidées par cette crise à Ceuta qui permet au Parti Populaire (PP) et à VOX de harceler quotidiennement Pedro Sanchez et son gouvernement, dont la gestion de la crise et les prises de décision ont mis du temps à être actées. Il faut ajouter à cela la confirmation de la possible implication des autorités marocaines. Déjà, au moment du passage à Ceuta de milliers de personnes, de nombreux observateurs pointaient certaines complicités de la part de la police marocaine, plusieurs vidéos semblant montrer une aide logistique apportée aux migrants.

    Mercredi, un rapport de police a fuité dans la presse. Celui-ci indique clairement « la permissivité » des forces de l’ordre marocaines les 30 et 31 juillet. Devant les députés jeudi dernier, Pedro Sanchez, le chef du gouvernement, maintient n’avoir « aucune preuve » de l’implication du Maroc. « Aucun service, ni aucun organisme international, n’a remis au gouvernement espagnol de preuves solides que le Maroc ait planifié ou orchestré l’afflux de migrants », a déclaré Pedro Sanchez devant les députés, précisant : « Si ces preuves solides existaient, nous agirions en conséquence, avec toute la fermeté que la situation exige. » Ajoutant qu’« aucun rapport préalable n’avait anticipé l’ampleur ou la possibilité de ce qui s’est déroulé fin juillet à Ceuta ».

    Pas de « conflit »

    Pedro Sanchez qui cherche à éviter toute confrontation avec Rabat, a expliqué ainsi sa position : « Nous n’avons pas la moindre intention de déclencher, dans un monde déjà particulièrement instable, un conflit diplomatique avec un pays voisin sans disposer de données solides pour le faire. » Rappelons que le Maroc revendique sa souveraineté sur les deux enclaves espagnoles de Melilla et Ceuta, souveraineté non formulée auprès de l’ONU. Les derniers événements à Ceuta ne sont pas étrangers à la volonté du Maroc de faire pression pour régler la question du Sahara occidental en sa faveur, dont une partie est déjà contrôlée par le Maroc et revendiquée par ailleurs par le Front Polisario.

    À ce contexte tendu entre l’Espagne et le Maroc s’ajoute le contexte intérieur consécutif à cette crise, avec les nombreuses manifestations en soutien à Ceuta qui ont eu lieu la semaine dernière. Lesquelles ont largement été récupérées politiquement par le PP et VOX avec des slogans racistes et xénophobes. Dans le même temps, d’autres manifestations, à l’appel d’organisations, collectifs et partis de gauche, se sont déroulées affirmant la solidarité envers Ceuta et les migrants.

    À ce jour, quelque 5 000 migrants sont toujours présents à Ceuta, selon le gouvernement, 10 000 selon les autorités locales. Au-delà des mesures financières prises en Conseil des ministres (plus de 300 millions d’euros débloqués), le gouvernement a décidé, par décret, de prendre le contrôle du port de Ceuta pour installer d’immenses tentes, sur 16 000 m² de sol portuaire, qui permettront d’héberger une bonne partie des migrants. Le ministre chargé des Territoires a affirmé samedi que « le gouvernement cherche une sortie et veut trouver les solutions humanitaires, en dernier ressort, la loi s’appliquera ». Autrement dit, il sera procédé à des expulsions.

  • Du Grau-du-Roi à Kherson, des filets pour sauver des vies

    Du Grau-du-Roi à Kherson, des filets pour sauver des vies

    Sur les quais du Grau-du-Roi, les vieux filets de pêche ne finiront pas tous à la benne. Débarrassés de leurs câbles, chaînes, flotteurs et cordages, ils vont prendre la route de l’Ukraine. Destination : Kherson, ville du sud régulièrement frappée par les drones russes. Là-bas, ces mailles usées par la Méditerranée doivent être tendues au-dessus de routes et de passages afin d’accrocher certains drones volant à basse altitude.

    À l’origine de l’opération, Solidarité Ukraine 34, association basée à Lunel et habituée à acheminer tous les deux mois du matériel humanitaire et médical. « On était sensibles à la protection des civils, en plus de l’aide humanitaire habituelle », explique son coprésident Philippe Milon. Inspirée par une initiative menée par des pêcheurs bretons, l’association s’est alors tournée vers les ports méditerranéens.

    Au Grau-du-Roi, le projet a rapidement trouvé un écho. Mairie, responsables du port, pêcheurs, bénévoles et association d’insertion ont travaillé de concert pour récupérer ces filets devenus encombrants et difficiles à recycler. « Il y a eu vraiment une très bonne harmonie entre toutes les autorités pour trouver les solutions. Le port était encombré, il y avait des problèmes de sécurité, et on leur a apporté cette solution », raconte Philippe Milon.

    S’adapter

    aux besoins de la guerre

    Pendant quatre matinées, bénévoles et réfugiés ukrainiens ont ainsi « désarmé » les filets : les étendre, couper les attaches et ne conserver que la maille. Une trentaine de pièces étaient prévues, avant que le bouche-à-oreille ne fasse grossir la collecte. « On doit avoir 35-36 filets, de toutes les tailles possibles », se réjouit le coprésident.

    Certains filets atteignent jusqu’à 150 mètres. Une fois en Ukraine, ils seront tendus en hauteur au-dessus de rues et de points de passage. « Les drones, en tombant, s’accrochent dans les filets, donc ça bloque les hélices et surtout ça retient le drone avant qu’il n’éclate au sol », détaille Philippe Milon. Pour lui, cette protection rudimentaire reste « le système le plus économique, faute de mieux ».

    La cargaison doit être acheminée par un camion ukrainien. Coût annoncé : autour de 5 000 euros. Une cagnotte a donc été ouverte pour financer le convoi, qui emportera aussi du matériel médical, des fauteuils roulants et des consommables. Depuis plus de quatre ans, l’association multiplie les voyages et ajuste ses envois aux besoins du terrain. « On essaie au fur et à mesure de s’adapter », résume Philippe Milon.

    Sur le quai, cette solidarité prend aussi le visage des Ukrainiens réfugiés dans l’Hérault, venus travailler sur les filets destinés à leur pays. « Ils se disent : on ne peut pas rester indifférents », raconte le coprésident. Du pêcheur graulen au bénévole ukrainien, chacun tient ainsi un morceau de la chaîne. Avec, au bout, le même objectif : « On sauve des vies. »

  • [C’est l’été] Lyudmyla Tsivka, quatre ans de guerre sans « après »

    [C’est l’été] Lyudmyla Tsivka, quatre ans de guerre sans « après »

    Pour Lyudmyla Tsivka, le temps s’est arrêté le 24 février 2022. Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe, la présidente de SOS Montpellier-Ukraine distingue toujours deux périodes : « Il y a un avant et un pendant. Il n’y a toujours pas d’après ». Avant, elle était une mère de famille d’origine ukrainienne installée en France, assistante maternelle et étrangère au monde associatif. Puis son pays a été attaqué et elle n’a pas pu « rester à côté ».

    Les premiers jours demeurent noyés dans un brouillard. « J’étais perdue. Je ne comprenais pas ce qui arrivait à mon pays. La vie s’est arrêtée. » Depuis, l’engagement a rempli presque tout l’espace. La guerre a endurci Lyudmyla, mais elle l’a aussi privée d’une part d’elle-même. « Je ne me permets plus de vivre. J’existe, je subsiste », confie-t-elle. Les anniversaires, les fêtes ou les éclats de rire de ses proches lui rappellent qu’au même instant, en Ukraine, d’autres familles pleurent leurs morts. Elle participe, sourit parfois, puis préfère s’isoler. À la maison, ses enfants la voient rester devant son téléphone et fondre en larmes au fil des nouvelles. « C’est compliqué de leur expliquer que ce n’est pas à cause d’eux, que cela ne les concerne pas complètement, alors qu’ils ont aussi des origines ukrainiennes. » Une angoisse qu’elle refuse pourtant de transmettre aux autres.

    Transformer la douleur

    en action

    Dès les premiers jours de l’invasion, la Ville de Montpellier, l’avocate Sophie Mazas et des habitants se mobilisent. Dans l’urgence naît SOS Montpellier-Ukraine. « C’était vital. Il y avait une solidarité immense. Les gens arrivaient avec des dons, proposaient des logements. Dans toute cette douleur, cela faisait chaud au cœur. Je ne pensais pas que c’était possible. »

    L’association accueille d’abord les Ukrainiens qui fuient la guerre, à une période où aucun dispositif institutionnel n’est encore réellement organisé. Deux mois plus tard, lorsque l’État et les collectivités mettent en place des circuits plus administratifs, les bénévoles se tournent vers l’aide humanitaire, sans abandonner l’accompagnement des réfugiés installés à Montpellier. Grâce aux donateurs et aux bénévoles, 38 camions de matériel ont été envoyés en Ukraine. Aujourd’hui, l’association ne dispose plus de lieu de stockage et ne peut plus organiser des convois de la même ampleur. Elle poursuit néanmoins ses collectes pour financer des générateurs, du matériel de première nécessité ou soutenir les soldats ukrainiens accueillis en France pour leur rééducation.

    Parmi eux, Lyudmyla n’oublie pas un jeune homme de 1,89 mètre, amputé des deux jambes après l’explosion d’une mine. Des doigts sectionnés, un fauteuil roulant et une vie entière à reconstruire. « Il ne regrettait rien. Il ne se considérait même pas comme handicapé. Moi, je suis entière et je suis complètement à la ramasse », souffle-t-elle. Son optimisme, comme celui d’autres blessés âgés d’à peine 23 à 40 ans, lui interdit de baisser les bras. « Quand je les regarde, je me dis que je n’ai pas le droit de dire que je ne peux plus. Leur joie de vivre me dépasse. »

    Cette force n’efface pas l’essoufflement de la solidarité. Depuis un an et demi, les dons diminuent et l’Ukraine disparaît des conversations, malgré des attaques presque quotidiennes. Lyudmyla souffre aussi des discours qui présentent les réfugiés comme des privilégiés. Elle rappelle les familles séparées et les jeunes revenus combattre une fois majeurs : « Il ne faut pas envier cette vie-là ». Elle préfère retenir les gestes d’entraide, comme celui des pompiers ukrainiens venus soutenir leurs collègues français en Gironde. Lyudmyla dit continuer pour les enfants d’ici et de là-bas. Tant qu’il n’y aura pas d’« après », elle poursuivra son engagement.

  • Deux minotes en 4L pour un rallye humanitaire

    Deux minotes en 4L pour un rallye humanitaire

    Sur le parking de la place du Jaï à Marignane, cette petite voiture blanche iconique détonne à côté des gros SUV devenus la règle en matière automobile. À bord d’une Renault 4 – que tout le monde appelle 4L du nom d’une de ses versions – Marine Proto et Juliette Wharmby. Ces deux étudiantes de 22 ans, respectivement infirmière puéricultrice et ingénieure en agroalimentaire, sont inscrites comme équipage 663 pour la 30e édition du rallye étudiant 4L Trophy en février 2027. Elles relieront Marseille à Marrakech en deux semaines, dont dix jours de rallye, en près de 3 300 kilomètres, sans le retour.

    Le but de cette aventure est d’amener des fournitures scolaires à Merzouga, au Maroc. « C’est à but humanitaire, on doit prévoir au minimum un sac à dos rempli de fournitures ainsi qu’un sac de sport rempli d’affaires de sport », détaille Marine Proto, « tout ce qui est alimentaire est limité à 10 kg et sera donné à la Croix-Rouge à Biarritz », point de départ de la course.

    « Pas là pour la vitesse »

    C’est une véritable compétition automobile. « Sans GPS, ni téléphone, juste une carte papier, juste une boussole et le roadbook », explique Marine Proto. « Celui qui fait le moins de kilomètres gagne », poursuit-elle, en cas de panne, il faudra compter « sur la famille ou sur l’aide des autres équipages ». « Il y a beaucoup d’entraide, même si c’est une course, on n’est pas là pour la vitesse », ajoute Juliette Wharmby.

    De toute façon, la Renault 4 n’est pas une Formule 1. « C’est le châssis qui compte », estime l’ingénieure, quand bien même sa collègue est « franchement surprise, elle marche super bien, même en montée ! On est allé faire des photos à la Sainte-Victoire », illustre-t-elle. Normal, elles ont choisi le plus gros moteur : « Le Cléon-fonte de 1 100 cm3, on ne voulait pas le Billancourt », plus ancien, développe-t-elle. Achetée en mars, « à Aubagne, l’annonce postée à 9h30, j’ai appelé à 9h32 », se rappelle Marine Proto. Révisée pour la route, l’idée était « de la faire rose pâle, mais vu la carrosserie nickel on va juste mettre des stickers », poursuit-elle. Juliette Wharmby aimait déjà les voitures anciennes. « On est amies depuis le collège et on voulait refaire une aventure ensemble », retrace-t-elle. « C’est elle qui m’a embarquée », reconnaît Marine Proto, qui depuis « se passionne » pour les anciennes. La passion incombe de chercher les financements pour un budget total estimé à 13 500 euros via sponsoring, loto et cagnottes. La course est aussi contre la montre pour le départ dans 6 mois.

  • Un Carreau du cœur pour la Maison Dacor

    Un Carreau du cœur pour la Maison Dacor

    Cette association qui lutte depuis 2014 contre l’isolement des personnes en situation de handicap a ouvert en janvier 2025 la Maison Dacor, lieu d’accueil à Aubagne. Elle répartit ses initiatives en « trois types d’actions », comme nous l’explique Jean-Marc Elbhar, président de l’association : « à Aubagne, nous organisons des activités culturelles, sportives, bien-être, mais aussi de la vidéo et du montage ». Des activités « particulièrement appréciées » par le public. On peut également retrouver des « ateliers de comédie musicale » ayant pour objectif la préparation de « grands spectacles » dont le prochain est prévu pour en avril 2027. Enfin, tous les mois sont organisées des soirées « boom », avec notamment un DJ autiste présent pour l’occasion.

    Un impact attendu

    Cet espace recherche le lien entre ses membres et l’épanouissement de chacun. Une grande aide espérée dans ce but par le Mondial comme nous le révèle le président : « On a été extrêmement touché d’être invité. On va présenter notre spectacle, notre association, on s’est organisé pour avoir toujours du monde au parc. Évidemment, ça va nous donner de la visibilité, de la lisibilité, c’est pour nous quelque chose qui tombe du ciel ». Ce dernier compte bien saisir la chance de profiter de la médiatisation du concours.

    « Réseaux sociaux, conférence de presse, dossier de presse » sont mobilisés pour les événements, et particulièrement dirigés vers les entreprises et les centres sociaux, représentant plus de 30% du public aux spectacles. « Toujours à la recherche d’une tête d’affiche », Jean-Marc Elbhar avait réussi à toucher Jean-Jacques Goldman qui aurait parrainé il y a quatre ans la ligne « Regarde-moi » et accordé la diffusion de sa célèbre musique « Envole-moi ». Le président de la Maison Dacor s’attriste tout de même de la difficulté de toucher des « personnalités » avec parfois un manque de « réseau » face aux producteurs ou agents des célébrités. En attente d’un retour d’Arthus qui aurait été touché par l’association et la proximité de ses idées avec son film, l’espoir est de mise pour rencontrer de potentielles icônes au sein de La Marseillaise.

  • L’interception de la flottille pour Gaza inquiète

    L’interception de la flottille pour Gaza inquiète

    Après l’interception, lundi, de 40 des 52 bateaux membres de la flottille Global Sumud (résilience, ténacité, persévérance en arabe), partie la semaine dernière de Turquie pour apporter de l’aide humanitaire à Gaza, les forces israéliennes ont progressivement poursuivi les arrestations mardi. « Trois des dix bateaux restants ont déjà été arrêtés, ils vont tous être interceptés, ce n’est plus qu’une question d’heures malheureusement », se désole Florence Heskia, coordinatrice de Global Sumud France, ce mardi après-midi.

    176 militants interceptés en avril

    à bord de ce cortège humanitaire, près de 400 personnes, issues de 47 nationalités, dont 41 Français et trois Marseillais. Si les activistes ne peuvent plus communiquer avec les organisations à terre depuis leur arrestation, Florence Heskia dit avoir été informée par le consulat français d’un transfert des militants sur des « bateaux prisons ». « Nous sommes très inquiets. Au début, les interceptions se sont déroulées sans violence, mais on constate sur certaines vidéos que des coups de feu ont eu lieu. D’autant que, au-delà du moment de l’interpellation, nous ne savons pas comment sont traités nos camarades », poursuit la coordinatrice.

    Global Sumud insiste par ailleurs sur le caractère illégal de ces opérations, a priori opérées en eaux internationales, où aucun état n’est en droit d’intercepter un navire. Il existe deux exceptions : les actes de piraterie (criminalité de guerre) et la lutte contre l’esclavage.

    Fin avril, 176 militants de la Flottille, partis, eux, de Marseille, Barcelone et Syracuse, avaient été interceptés par Israël, au large de la Grèce, là aussi en eaux internationales. Thiago Avila et Saif Abu Keshek, activistes présents à bord, avaient ensuite été détenus durant 10 jours dans une prison israélienne, où ils ont été « maltraités et brutalisés ».

  • [Entretien] Edmond Baudoin : « J’aimerais que la Méditerranée s’arrête enfin de saigner »

    [Entretien] Edmond Baudoin : « J’aimerais que la Méditerranée s’arrête enfin de saigner »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir voulu monter à bord de cette flottille ?

    Edmond Baudoin : Comme beaucoup d’êtres humains, je suis concerné par ce qu’il se passe en ce moment. Je suis né à Nice, en 1942, il y a bien longtemps, et c’est aussi pour ça que la mer Méditerranée m’importe tant. C’est un lieu de passage, où l’on meurt énormément, et depuis longtemps maintenant. L’horreur dans laquelle nous sommes arrivés, nous ne pouvons plus la continuer. Je vais bientôt mourir et je sais que je voudrais que l’humanité continue, c’est ce que j’espère. Le chemin que nous avons pris nous emmène vers un point limite. Il faut que ça bascule. Donc j’ai dit oui à ce voyage, avec cette flottille, pour participer à ce militantisme sur la Méditerranée, parce que je suis encore vivant, parce que j’ai encore la possibilité de faire et d’écrire.

    Quel message portez-vous ?

    E.B. : Le message sera la Méditerranée et la culture. Bien sûr, ce qui se passe tue, mais c’est aussi un assassinat de la culture. On voit comment tout est détruit : en Palestine, à Gaza, qui est un espace d’une grande culture, mais aussi partout au Liban, puis en Iran… On piétine les êtres humains, c’est ça, bien sûr, le plus grave. Mais derrière les êtres humains, il y a tout ce qu’ils étaient. Dire qu’on va ramener l’Iran à l’âge de pierre, qu’est-ce que ça veut dire ? [Donald Trump a déclaré mercredi depuis la Maison-Blanche vouloir « ramener l’Iran à l’âge de pierre », Ndlr] Pourquoi ne sommes-nous pas en train de manifester dans la rue ? Juste ces mots… comment est-ce possible ?

    Comment occuperez-vous
    vos journées à bord
     ?

    E.B. : Bien sûr, je vais aider à faire avancer le bateau, car nous sommes huit à bord, ce qui signifie que nous devons tous participer à son fonctionnement. Mais dès que j’aurai une minute, je dessinerai ce que je pense, ce que je vois. Je vais remplir du papier, faire ce que je suis censé faire dans le monde. J’aimerais que la Méditerranée s’arrête enfin de saigner. Pour ça, je n’ai pas beaucoup d’autres moyens que le dessin et l’écriture.

    Quelles affaires avez-vous emportées ?

    E.B. : Je suis déjà allé en bateau sur la Méditerranée. Je sais donc que, n’importe où, même en plein été, il fait froid, ou qu’en tout cas tout est très humide. Donc je me suis habillé comme pour partir à la montagne. Sinon, j’ai pris de l’aquarelle, de l’encre de Chine… C’est à peu près tout. Ah oui, j’ai aussi pris des médicaments pour le mal de mer !

    Avez-vous peur ?

    E.B. : Non. C’est quelque chose que je connais mal, le stress. Je ne sais pas, je me dis que ce n’est pas maintenant que je vais mourir. Et puis, quelle importance ? Mourir ne me pose aucun problème. Simplement, je n’existerai plus. Voilà. Mais pendant des millions, des milliards d’années, je n’ai pas existé, donc je n’existerai pas. Et puis j’ai 84 ans, disons que ça me pend au nez.

    Entretien réalisé par Margot Milhaud

  • [Entretien] Jean-Pierre Lacan : « Reconnaître la Méditerranée comme un espace humanitaire »

    [Entretien] Jean-Pierre Lacan : « Reconnaître la Méditerranée comme un espace humanitaire »

    La Marseillaise : Quels seraient vos souhaits pour cette année 2026, vos attentes ?

    Jean-Pierre Lacan : Que cette année soit moins meurtrière, évidemment, en Méditerranée et notamment en Méditerranée centrale, qu’elle ne l’a été en 2025. Aussi, que les actions de sauvetage de la société civile au travers des ONG ne soient plus entravées comme elles le sont aujourd’hui. C’est essentiellement ça que je souhaite pour cette année 2026, qui est, faut-il le rappeler, l’année des 10 ans opérationnels de
    SOS Méditerranée.

    Justement, quel regard porter sur le chemin parcouru en 10 ans ?

    J.-P. L. : C’est un chemin qui n’a pas été pavé de roses. Quand on est né en 2016, 2015 juridiquement, il y a beaucoup de morts en Méditerranée, on parle de 46 000 depuis 2000. On se dit alors qu’il va y avoir une prise de conscience des États. Nous sommes deux ans après le terrible naufrage de Lampedusa en octobre 2013. Quelques semaines après, est lancée l’opération Mare Nostrum par le gouvernement italien mais les États européens ne le soutiennent pas. L’UE explique que ça va créer un appel d’air qui attire l’immigration, que ça coûte très cher et qu’il faut arrêter. Et les choses s’arrêtent. Nous avons donc pris le relais car les naufrages continuent. C’est là que l’Europe va mettre en place cette politique d’externalisation de la frontière. On va confier aux Libyens le soin de verrouiller la frontière maritime de l’Europe et on arrive aujourd’hui à une situation absolument catastrophique, avec ces morts qui s’ajoutent aux morts en Méditerranée, on en dénombre 33 231 depuis 2014. C’est l’axe migratoire le plus mortel du monde, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Dix ans après, on n’est pas très optimiste et on souhaite que ça s’arrête, que les choses évoluent dans le bon sens, qu’enfin la Méditerranée soit reconnue comme un espace humanitaire.

    D’autant que la situation empire avec cette attaque des garde-côtes libyens qui criminalisent encore plus les actions des ONG…

    J.-P. L. : Oui, le 24 août 2025, notre navire – battant le pavillon norvégien – était sur une opération de sauvetage et s’est fait tirer dessus par des garde-côtes libyens, une centaine d’impacts ont été relevés sur le navire sans que ça provoque la moindre émotion. L’attitude libyenne est probablement expliquée par le fait que les Libyens appliquent de manière zélée les termes de l’accord d’externalisation de la frontière avec l’UE. C’est-à-dire que l’objectif est chiffré, on empêche les gens de passer, de franchir la Méditerranée par tous les moyens, y compris en allant jusqu’à tirer. Il faut impérativement, pour les Libyens, rendre étanche la frontière. Ils n’y sont pas parvenus, ils n’y parviendront jamais. C’est ça le drame dans cette affaire.

    Pourtant il est impossible d’empêcher ces exilés de venir…

    J.-P. L. : Bien évidemment, malgré les efforts que déploient les garde-côtes libyens, les gens continuent à franchir la Méditerranée. Les arrivées en Europe ont un peu baissé par rapport à 2024, en Italie très précisément. Mais de peu. Cette année, à peu près 66 000 personnes sont arrivées en Italie par les voies maritimes. En 2024, on était à 66 600… La différence n’est pas significative, tout ça est très conjoncturel, ça dépend des périodes, des moments. On connaissait les départs depuis la Tunisie et la Libye vers l’Italie. Mais il faut ajouter une autre route qui a émergé ces derniers temps. C’est une route au départ de l’Est libyen, de la région de Tobrouk vers la Crète. En 2025, on était à un peu plus de 18 000 arrivées en Crète.

    Pour pallier l’absence de réaction des pouvoirs publics, il y a tout le travail des bénévoles. Quelque chose à encourager ?

    J.-P. L. : Oui, la mobilisation citoyenne, c’est quelque chose de majeur à SOS Méditerranée. Aujourd’hui, on est à plus de 900 bénévoles partout en France, dans une trentaine d’antennes. L’antenne Hérault-Gard est l’une des plus importantes et des plus actives, étant présente dans de nombreux événements pour porter l’image et le plaidoyer de SOS Méditerranée. On fait également beaucoup d’interventions auprès des écoles, des lycées, des collèges pour porter cette parole, qui est le fruit de notre expertise en matière de témoignages à bord des navires. Cette réalité est bien souvent ignorée de bon nombre de gens. Et donc ça, c’est notre boulot de bénévoles. Alors, oui, c’est terriblement important. On fête cette année nos 10 ans d’opérations en mer, on n’aurait jamais pu continuer à vivre, à franchir cette décennie s’il n’y avait pas eu derrière une forte mobilisation citoyenne. L’essentiel de notre budget est apporté par la mobilisation citoyenne.

    * À l’occasion des 10 ans de SOS Méditerranée, un ciné-débat autour du film de Jean-Paul Marie, « Les migrants ne savent pas nager », est organisé le 29 janvier, à Castelnau-le-Lez avec l’association Les Amis de la Vie.

  • Le monde du football s’active pour Christophe Gleizes

    Le monde du football s’active pour Christophe Gleizes

    « Indignation et solidarité. » Ce sont les mots qu’a tenus à exprimer l’Union des journalistes de sport en France (UJSF), vendredi, dans un message envoyé à tous ses adhérents, après la confirmation de la condamnation en appel de Christophe Gleizes, journaliste à So Foot, à sept ans de prison en Algérie pour « apologie au terrorisme ». « Cette décision s’inscrit en contradiction totale avec les principes de liberté d’informer et de liberté de la presse que nous défendons collectivement, a souligné l’UJSF. Parce qu’aucun journaliste ne devrait être inquiété, poursuivi ou emprisonné pour son travail, nous appelons à un geste de solidarité simple, visible et commun, à l’occasion des événements sportifs qui se tiendront ce week-end dans les stades et les salles de France. »

    Une lettre de la Ligue

    au président Tebboune

    L’Union syndicale provençale n’est d’ailleurs pas la seule à réagir. Après avoir voté à l’unanimité cette motion lors de l’assemblée générale de la Ligue Méditerranée de football, le président Éric Borghini s’apprête à envoyer une lettre au président de la République algérienne démocratique et populaire Abdelmadjid Tebboune, via l’ambassadeur d’Algérie, pour lui demander de bien vouloir gracier le journaliste.

    « C’est une histoire qui nous touche particulièrement, parce que nous avons une diaspora algérienne importante dans notre Ligue », souligne celui qui évoque des liens fraternels très forts entre « les peuples des deux rives de la Méditerranée ». « Ce n’est pas que moi, c’est l’ensemble du football méditerranéen, tous les clubs, avec leur diversité, qui demandent ce geste humanitaire », ajoute Borghini.