Tag: Humanisme

  • À Toulon, une table ronde pour défendre le droit à un logement digne

    À Toulon, une table ronde pour défendre le droit à un logement digne

    Passoires thermiques, logements indignes, difficultés d’accès à un hébergement d’urgence… Le mal-logement recouvre des réalités multiples qui fragilisent chaque jour davantage les personnes les plus précaires. Dans le Var, comme ailleurs, la pénurie plus ou moins organisée de logements sociaux interroge la capacité collective, ou tout simplement la volonté politique des élus, à répondre à un besoin pourtant essentiel : celui d’avoir un toit sur la tête.

    C’est autour de ces constats que se tiendra cette table ronde à la Maison de la Méditerranée. Organisée dans le cadre des initiatives liées à la Journée mondiale du refus de la misère, elle réunira Francis Verne, de la Fondation pour le logement, et Jean-Paul Jambon, pour le collectif logement d’Habitat Humanisme. L’objectif affiché est d’ouvrir le dialogue, de partager les expériences et de faire émerger des pistes d’action.

    Des acteurs engagés sur le terrain auprès des personnes confrontées au mal-logement et dans l’impossibilité d’accéder au parc social croiseront leurs regards sur les difficultés du territoire et les réponses à développer afin de favoriser l’accès à un habitat digne.

    Lutter contre la pénurie

    de logements sociaux

    Une situation préoccupante dans le département, qui ne semble pas perturber certains maires varois, qui « depuis plus de vingt ans contestent et fustigent la loi SRU [Solidarité Renouvellement urbain, ndlr] », rappelle Jean-Paul Jambon. Et préfèrent s’acquitter de lourdes pénalités plutôt que de répondre aux besoins de leurs administrés, « en continuant à infuser ce poison du rejet des habitants en grande demande, à contraindre les jeunes à quitter la commune alors qu’ils devraient en être la force vive et à obliger les travailleurs à ne pouvoir habiter la commune ».

    Dans un département où près de 70% des ménages sont éligibles au logement social et où près de 37 000 d’entre eux en ont fait la demande en 2025 pour seulement 3 730 attributions, la prise de conscience peine encore à émerger. C’est à cela qu’aspire la rencontre de ce soir, qui se poursuivra autour d’un apéritif partagé.

    Le samedi 17 octobre, le collectif donne également rendez-vous, toujours dans le cadre de la Journée du refus de la misère, à l’accueil de jour Domensa, à partir de 11h. Au programme : une journée d’échanges et de rencontres permettant de recueillir les témoignages de celles et ceux qui connaissent, ou ont connu, l’enfer de la rue. Des ateliers et un théâtre-forum seront organisés jusqu’à 17 heures.

    Des initiatives de sensibilisation ouvertes au grand public dont l’objectif est de permettre à chacun de changer de regard sur la pauvreté et, pourquoi pas, d’inciter le plus grand nombre à entrer dans la bataille en s’engageant pour faire évoluer les choses, que ce soit en matière de construction de logements sociaux ou de création de places d’hébergement d’urgence.

  • Logement social : Toulon en passe de sortir de la carence

    Logement social : Toulon en passe de sortir de la carence

    « Chaque logement social que nous produisons, que nous finançons, nous éloigne de la carence et nous rapproche de l’objectif fixé par le contrat de mixité sociale », explique Serge Lhotellier 21e adjoint au maire, en présentant un projet de participation financière de la ville à la Société foncière d’Habitat et Humanisme pour une opération rue Picot.

    « Il nous arrive de nous abstenir sur la construction de logements sociaux dans des zones que nous estimons beaucoup trop denses », s’est cru obligé d’expliquer le conseiller d’opposition (RN) Amaury Navarranne, histoire de ne pas se montrer sous son plus mauvais jour, sabre au clair en hussard de son parti antisocial. Contrairement à sa collègue Laure Lavalette qui aura beaucoup moins de pudeur un peu plus tard.

    « Ce n’est pas notre politique du logement, puisque nous privilégions plutôt la réhabilitation ou la rénovation », lui répond la maire de Toulon Josée Massi (SE). La charge viendra un peu plus tard, menée comme annoncée par la députée d’extrême droite au moment du débat sur la modification du Plan local d’urbanisme (PLU). Avec en guise d’intro, pour « expliquer » son retard, une attaque du monde syndical et du droit de manifester, la caravane FO ayant fait escale devant l’hôtel de ville.

    L’ignominie du RN

    Cette modification du PLU vise entre autres à accompagner le projet de reconstruction de la résidence sociale Adoma installée à La Loubière, afin de garantir aux résidents des conditions de vie dignes et confortables explique Geneviève Lévy, l’adjointe à l’urbanisme.

    Ceci va être prétexte pour l’élue frontiste pour tirer à boulets rouges sur les contraintes d’urbanisme qui selon elle, « empêche de construire et loger les Français ». La solution pour le parti à la flamme dont elle a été la porte-parole : « Nous aimerions mettre fin, abroger cette loi SRU qui nous paraît tout à fait Jacobin ». C’est-à-dire supprimer l’obligation de faire du logement social pour avoir soi-disant plus de logements sociaux à la fin, juste en faisant confiance à la bonne volonté des maires. Un raisonnement fallacieux pour éviter de dire tout le mal que pense le RN du logement social et de ses habitants.

    Elle pointe également le montant « hallucinant » de ce qu’elle appelle abusivement des pénalités. Et finit sa tirade en osant parler de justice sociale, en éructant que « la solidarité nationale devrait être réservée aux nationaux ».

    Préférant répondre par du concret plutôt qu’à ses fadaises, la maire de Toulon met en avant les 965 logements sociaux produits sur les trois ans, et la diminution de plus de moitié de la « pénalité ». Et de conclure : « Nous donnons la possibilité en effet aux Toulonnais d’être logés. Et nous avons bon espoir cette année de sortir de la carence ». De bons résultats salués par le préfet, dans ce secteur aussi, qui démontrent que non seulement Toulon a une capitaine mais qu’en plus elle sait plutôt bien barrer. N’en déplaise à son prédécesseur, Hubert Falco, qui s’est cru autorisé à faire référence au naufrage du Titanic, alors que le seul homme définitivement à la mer, c’est bien lui.

  • Robert Guédiguian, un cinéaste d’aujourd’hui, primé à la Mostra

    Robert Guédiguian, un cinéaste d’aujourd’hui, primé à la Mostra

    « Prendre pour personnage une femme, c’est vouloir parler du monde dans son exhaustivité », résume avec fulgurance Robert Guédiguian. Sélectionné dans la section « Giornate degli autori » à la Mostra de Venise, le cinéaste français repart avec une belle distinction grâce à Une femme aujourd’hui. Un succès vénitien amplement mérité pour le 24e long-métrage du Marseillais. Mais au-delà des récompenses, ce film marque le retour d’un regard engagé qui refuse de céder au cynisme ambiant.

    Filmer, pour Guédiguian, ce n’est jamais isoler un individu. C’est toujours le saisir au cœur des tensions et des contradictions de son époque. Il nous en donne la preuve éclatante ici. Le récit suit Juliette, trente ans, incarnée avec une justesse impressionnante par Marilou Aussilloux. Cadre brillante dans la finance, propriétaire, libre d’aimer et de voyager, elle coche toutes les cases de la réussite contemporaine. Mais ce vernis vole en éclats lorsqu’elle est violemment agressée à son travail par un collègue. En
    filmant cette trajectoire, Guédiguian ne réalise pas un simple fait divers. Il pose un regard lucide sur une dérive très actuelle : nous croyons être totalement libres, mais cette liberté s’avère souvent bien fragile dès que ressurgissent des formes anciennes mais tenaces de domination.

    « La bonté, mère

    de toutes les vertus »

    Ce qui frappe chez le réalisateur phocéen, c’est ce refus catégorique de laisser ses personnages s’enfermer dans le statut de victime. L’espoir chez lui n’a rien de naïf. Il ne s’agit pas d’effacer le malheur, mais d’observer ce qui surgit après le choc : cette capacité très humaine à se relever et à réinventer son existence.

    Loin de céder au misérabilisme ou au simple récit de fait divers, Guédiguian pose une question proprement philosophique : que vaut notre liberté lorsque nous découvrons qu’elle repose sur un équilibre bien plus vulnérable qu’on ne le pensait ? « La bonté est pour moi la mère de toutes les vertus. Je déteste le cynisme. La bonté envers les autres est l’alpha et l’oméga de ma vie. »

    Chez le cinéaste de Marius et Jeannette, la catastrophe n’a jamais le mot de la fin. Fidèle à un humanisme ardent, le réalisateur refuse le désespoir et la complaisance victimaire. L’espoir surgit dans les interstices du quotidien, dans la reconquête de la parole… La blessure devient ainsi le point de départ d’un éveil des consciences.

    Le scénario fait ainsi glisser le drame intime vers une véritable quête de sens. Juliette doit réapprendre à vivre, mais surtout comprendre ce qu’elle veut faire de sa propre vie. Autour de Marilou Aussilloux, on retrouve la « bande » historique du cinéaste : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan. Cette fidélité d’acteurs apporte une authenticité folle au film. Et pour porter ce récit, le cinéaste fait une nouvelle fois de Marseille un personnage à part entière.

    En récompensant ce film, le jury du Label Europa Cinemas ne s’y est pas trompé. Une femme aujourd’hui évite soigneusement les pièges du discours moralisateur ou dogmatique. Il préfère soulever des questions essentielles et laisser le public poursuivre la réflexion bien après que les lumières de la salle se rallument. En croisant destin intime, Histoire et regard social, Robert Guédiguian rappelle avec force ce qui fonde son engagement d’artiste : même au milieu des ruines, il reste la solidarité et surtout cette obstination à demeurer debout.

  • L’humanisme papal face aux réactionnaires

    L’humanisme papal face aux réactionnaires

    Depuis son arrivée à Madrid le 6 juin, le Pape a rencontré des dizaines de milliers de jeunes lors d’une veillée, puis plus d’un million de fidèles pour une messe géante place de Cibeles dans la capitale, il aura rencontré le Roi, le chef du gouvernement Pedro Sanchez, tous les représentants politiques de tous les partis, il est intervenu au Parlement, une première. Rencontre aussi avec des représentants du monde de la culture, comme Antonio Banderas ou encore Bad Bunny. Autant d’occasions pour que celui-ci, à chaque fois, délivre un message de concorde et de paix. Il aura, à la fois appelé à rejeter les discours identitaires et appelé à la solidarité internationale et au multilatéralisme.

    Bien sûr, il a parlé religion, appelé à renouveler la foi catholique, dans un pays si fortement imprégné par le catholicisme, malgré tout en perte de vitesse. Puis à Barcelone, il a inauguré la plus haute tour de la Sagrada Familia et s’est rendu au Monastère de Montserrat où les dénonciateurs des crimes pédophiles de l’Église sont restés sur leur faim. Le souverain pontife a clairement dénoncé cette plaie ouverte en amont de cette visite, mais pas sur le lieu le plus tristement connu pour ces crimes. Cette visite, au-delà de l’hypocrisie ambiante, manifestée par les représentants politiques de droite et extrême droite, qui cachaient mal leur désarroi sur l’évolution de l’Église concernant des sujets tels l’immigration, où l’exigence d’un nouvel ordre mondial multilatéraliste, aura marqué un tournant historique par les messages sans ambiguïtés du Pape. L’Église qui maintient un pouvoir influent dans le monde, est fortement traversée par la volonté de paix et de justice des peuples, ce qui n’empêche pas des divisions internes avec une partie de l’Episcopat espagnol dans la mouvance nationale catholique, qui ne voit pas d’un bon œil les évolutions progressistes portées par Léon XIV.

    L’extrême droite espagnole, qui semble faire bonne figure, constate une fois de plus des divergences de fond avec le Vatican, notamment sur les questions de l’immigration qui viennent contrarier la campagne de Vox, ralliée par le Parti Populaire dans certaines régions sur « la priorité nationale ». Il y a quelque temps, Santiago Abascal leader de Vox, avait accusé les évêques de se taire face à « l’invasion musulmane ».

    Vendredi, tout ce que compte l’Espagne de nostalgiques de la race pure, du franquisme, adeptes de l’intolérance, en ont eu pour leur compte avec le point final de la visite du Pape. Celui-ci a réitéré lors de sa rencontre avec des migrants, et des associations « qu’une conscience humaine, et encore plus une conscience chrétienne, ne peut rester indifférente face aux victimes des naufrages et du manque d’aide, devant ces cimetières de la mer ». Et d’ajouter : « Chaque vie perdue sur ces routes est un échec pour la famille humaine. » Une bataille prioritaire pour le Pape qui a rejoint Rome vendredi après-midi et qui se rendra le 4 juillet prochain sur l’île italienne de Lampedusa, symbole de la tragédie migratoire en Méditerranée.

  • [Entretien] Ludovic Perney : « Une page s’ouvre pour la droite »

    [Entretien] Ludovic Perney : « Une page s’ouvre pour la droite »

    La Marseillaise : Votre large victoire mardi soir est-elle celle d’une nouvelle génération chez LR ?

    Ludovic Perney : C’est d’abord un honneur, que je prends avec beaucoup d’humilité parce que c’est la marque de la reconnaissance d’un engagement constant et déterminé depuis mes 14 ans. C’est aussi une immense responsabilité, parce que la tache qui nous attend est grande, et une nouvelle page qui s’ouvre pour la droite à Marseille et en Provence. Aujourd’hui, ce sont de nouveaux visages qui ont émergé avec ces élections internes, seize délégués de circonscriptions ont été élus, nous rassemblons les générations. Maintenant, je souhaite construire une droite fière de ses valeurs, ferme sur le régalien, libérale sur l’économie et humaniste.

    Les LR n’ont plus d’élus au conseil municipal de Marseille et ont vu beaucoup de départs vers l’extrême droite…

    L.P. : Je l’avais souligné, depuis 1977 c’est la première fois qu’au conseil municipal de Marseille il n’y a plus d’élu de la sensibilité LR. Tout est à construire. Certains élus, qui avaient un certain parcours, sont partis. Mais depuis hier [mardi] soir, de nouveaux jeunes élus nous rejoignent, notamment Romain Amaro, le maire des Pennes-Mirabeau, une ville de 22 000 habitants, qui à la suite de mon élection fait le choix de reprendre son adhésion aux LR. On va construire une droite claire, sincère. Je suis sûr que d’autres suivront le même chemin.

    Catherine Pila a annoncé un recours face à des irrégularités, cela vous inquiète ?

    L.P. : Je suis très serein. Les adhérents m’ont accordé leur confiance à une très large majorité. Catherine Pila me reproche d’avoir fait campagne, d’avoir parlé aux militants. Oui, j’ai expliqué mon projet par des mails, quand elle a fait une campagne assez personnelle avec souvent des attaques contre moi-même. Je n’ai aucune animosité envers elle, je lui ai toujours tendu la main. Je l’appelle à respecter le choix des adhérents. Les Français en ont assez des querelles intestines. Désormais, nous avons du pain sur la planche, il faut nous mettre tous ensemble.

  • Habitat & Humanisme renforce son implantation dans les Alpes

    Habitat & Humanisme renforce son implantation dans les Alpes

    L’insertion commence par le logement », affirme Michel Mané, secrétaire en charge de la gestion locative adaptée. Pour l’association Habitat & Humanisme, le logement est « un droit universel pour tous ». Les bénévoles de l’association interviennent sur deux départements (le 04 et le 05).

    L’enjeu de lever des fonds

    Cette association agit sur trois axes : le logement accompagné, logement d’urgence et médico-social. Quinze logements solidaires sont déjà répartis à Digne-les-Bains, Gap, Sisteron et Manosque. « Il y a beaucoup plus de demandes, que de logements sociaux dans nos départements », rappelle le président de l’association Alpes Provence, Alain Burin des Roziers.

    Une pension de famille de 22 logements doit voir le jour à Manosque d’ici 2027. « L’objectif est de favoriser leur accès à l’autonomie par le logement », précise le président. À Digne-les-Bains, un centre d’hébergement d’urgence de 59 places, comprenant un accueil dédié aux femmes et enfants victimes de violences, fait l’objet d’une recherche de fonds importante pour sa rénovation. Un financement participatif est en cours.

    À Forcalquier, les démarches pour un nouvel Ehpad ont été finalisées : 44 places, plus 20 lits supplémentaires inscrits. Des qui restent toutefois conditionnés à l’obtention de financements « Le plus difficile reste la captation de logements. Il faut se faire connaître des mairies et des propriétaires potentiellement solidaires », souligne le président Alain Burin des Roziers.

    Leurs nouveaux locaux à Sisteron seront inaugurés à l’automne et, en plus des bénévoles, un travailleur social a été recruté.

    Des projets conditionnés aux financements

    Cette association aide entre autres à l’obtention d’un logement d’urgence – notamment pour les femmes victimes de violences – ou médico-social. Quinze logements solidaires sont déjà répartis à Digne-les-Bains, Gap, Sisteron et Manosque. « Il y a beaucoup plus de demandes, que de logements sociaux dans nos départements », rappelle le président de l’association Alpes Provence, Alain Burin des Roziers.

    Une pension de famille de 22 logements doit voir le jour à Manosque d’ici 2027. « L’objectif est de favoriser leur accès à l’autonomie par le logement », précise le président. À Digne-les-Bains, un centre d’hébergement d’urgence de 59 places, comprenant un accueil dédié aux femmes et enfants victimes de violences, est à l’étude.

    À Forcalquier, les démarches pour un nouvel Ehpad ont été finalisées : 44 places, plus 20 lits supplémentaires inscrits. Des projets qui restent toutefois conditionnés à l’obtention de financements. « Le plus difficile reste la captation de logements. Il faut se faire connaître des mairies et des propriétaires potentiellement solidaires », souligne le président Alain Burin des Roziers.

    Marie Moreau

  • André Chamson, le Cévenol universel

    André Chamson, le Cévenol universel

    Il y a des noms que les plaques de rue sauvent, mais que le temps finit par endormir. André Chamson (1900-1983) fait partie de ces figures immenses que l’on connaît de nom, sans toujours mesurer l’épaisseur d’une vie, ni la vigueur d’une œuvre. Du 14 avril au 11 juillet, la bibliothèque du Carré d’Art remet l’écrivain nîmois au centre du jeu avec une exposition au titre frontal : « Quels hommes sommes-nous devenus ? André Chamson, itinéraire d’un humaniste au XXe siècle ». Une question qui claque aujourd’hui comme un rappel à l’ordre, à l’heure des replis, des haines et des renoncements.

    Le parcours s’appuie sur une matière rare : le fonds Chamson, enrichi par un don majeur de sa fille Frédérique Hébrard en 2021, puis complété en 2024 par ses petits-enfants. Des dizaines de cartons, des milliers de documents, près de 150 boîtes cataloguées : manuscrits annotés, correspondances, photographies, dessins… Un trésor de première main, patiemment classé (Chamson et son épouse, Lucie Mazauric, étaient archivistes) et désormais conservé dans la réserve précieuse de l’une des bibliothèques municipales classées. Le soir du vernissage, la transmission avait aussi des visages : ses petits-enfants, Catherine et Nicolas Velle, étaient présents pour l’inauguration. Le petit-fils, très ému, a salué ce retour de Chamson « à la maison », au milieu de ses archives et de ceux qui continuent de le faire vivre.

    Un trésor d’archives

    De l’enfance cévenole, nourrie d’héritage protestant et de mémoire camisarde, aux responsabilités parisiennes (Archives, Petit Palais, Académie française), l’exposition suit un fil double, chronologique et thématique, sans perdre l’essentiel : la cohérence d’une pensée. Chamson n’écrit pas hors-sol. Il écrit contre l’abdication. Contre le fascisme. Avec le Front populaire et le journal Vendredi. Et quand vient l’Occupation, il choisit le refus du mensonge et l’obstination du travail. Dans un cahier de 1941, une phrase bouleverse encore : « J’écris pour le jour de la liberté. » Toute l’exposition est là, dans cette foi têtue : tenir, transmettre, résister. Le volet guerre frappe particulièrement : sauvegarde des œuvres, engagement, brigade Alsace-Lorraine aux côtés d’André Malraux. Puis le retour à la littérature comme acte moral avec Le Puits des miracles, La Superbe et, en creux, une même boussole : la dignité humaine.

    Autour de l’exposition, deux grandes journées (24 et 25 avril) prolongent le dialogue avec conférences, projections et spécialistes : une manière de faire de cette redécouverte un moment vivant, pas un mausolée. Car Chamson ne se lit pas comme une gloire locale rangée sur une étagère : il se reçoit comme une exigence. Dans ses notes de guerre, il laisse ces mots, bouleversants et d’une actualité brutale, comme un viatique pour temps incertains : « J’écris pour le jour de la liberté. J’écris pour conjurer les maléfices de la défaite. (…) Qui n’y retrouvera pas le ton d’une voix déjà entendue en lui-même n’y retrouvera rien. (…) Car il existe une espérance au-delà de tous les désespoirs. » Au Carré d’Art, cette voix revient, intacte.

  • [Var] Saint-Cyr, Sanary, La Seyne, Ollioules, Six-Fours… la gauche pour porter les valeurs humanistes

    [Var] Saint-Cyr, Sanary, La Seyne, Ollioules, Six-Fours… la gauche pour porter les valeurs humanistes

    Jean-Pierre Meyer est pragmatique. Le candidat (PCF) de Renouveau pour Sanary sait qu’il lui sera difficile de l’emporter dans une commune acquise à la cause de la droite depuis 1971. Mais celui qui se considère comme « conseiller municipal de la minorité, pas de l’opposition », compte « défendre (son) programme, quel que soit le résultat des élections ». Mais aussi agir en responsabilité, et poursuivre, comme depuis 6 ans, « le dialogue respectueux, le refus du conflit permanent. Il y a le temps de l’élection, de la confrontation, puis celui du mandat, où il faut travailler pour la commune », milite-t-il.

    Car sa voix, en tant qu’unique conseiller municipal de gauche, aura compté. « Le bon sens l’a emporté », affirme-t-il, notamment à travers ses propositions liées à la nouvelle ligne de bus 83 entre la gare d’Ollioules/Sanary et Six-Fours. Et Renouveau pour Sanary espère davantage peser lors de la prochaine mandature, en envoyant un (ou des) candidat(s) supplémentaire(s) au conseil municipal, et en atteignant la barre des 15% pour obtenir un siège au conseil communautaire Sud-Sainte-Baume, « là où se prennent les décisions ».

    Mais il s’agira, aussi et surtout, dans nombre d’autres communes, de porter une voix humaniste et singulière au sein des conseils municipaux. Un ensemble de valeurs qui transparaît dans les programmes des candidats. Par exemple, sur la question du logement, priorité de Sylvie Vinceneux à Saint-Cyr-sur-Mer. Une évidence pour la responsable de la commission nationale logement du PCF, tête de liste de Saint-Cyr à Gauche, dans une ville qui compte 45% de résidences secondaires. La candidate veut offrir « un logement digne et accessible à tous », en écho à l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Et même sans fauteuil de maire, elle se battra pour que la commune respecte les 25% de logements sociaux exigés par la loi SRU, et contre l’idée que ces derniers sont l’apanage de la délinquance, alors que plus de 70% des Varois y sont éligibles.

    Un combat primordial contre l’extrême droite

    À La Seyne, trois listes de gauche – qui avancent, malheureusement, chacune de leur côté – mènent le combat progressiste. Parmi elles, celle de Stéphane Sacco (GRS), qui mène la liste de rassemblement Uni.e.s à gauche pour La Seyne, et évidemment, le combat contre l’extrême droite, dont la menace pèse plus que jamais dans la deuxième ville du Var : « On parle d’ordre, mais on oublie la justice. On parle d’identité, mais on oublie la fraternité. On parle de protection, mais on se contente de désigner des boucs émissaires. Ceux qui divisent une ville ne la gouvernent pas, ils l’affaiblissent. Ceux qui attisent les peurs ne construisent pas l’avenir, ils le ferment. Nous ne laisserons pas notre ville devenir le laboratoire du repli », clame Stéphane Sacco.

    Même maux, même remède à Six-Fours, où Pascal Cabras et Six-Fours à Gauche veulent contrer « l’entente bilatérale entre droite extrême et extrême droite », dans une commune où 70% des votes au conseil municipal sont communs à la majorité LR et au RN. « Nous sommes la seule opposition, depuis 2020, qui lutte pour une ville juste solidaire et durable, avec une orientation écologiste et sociale » affirme Pascal Cabras.

    L’écologie, valeur cardinale d’Ollioules Autrement, liste de rassemblement menée par Claudie Cartereau (LE). « Face aux crises qui pèsent sur nos vies, nous choisissons de rompre avec la politique actuelle et d’agir autrement », martèle celle qui veut faire d’Ollioules « un territoire qui prend soin des personnes, du vivant et des ressources ». Énergie solaire, îlots de fraîcheur, et sobriété énergétique, autant d’idée qu’elle veillera à infuser dans le débat public. Tout en prônant, comme les autres listes progressistes, la démocratie participative.

  • Un documentaire entre cinéma et littérature sur René Frégni à l’Alcazar

    Un documentaire entre cinéma et littérature sur René Frégni à l’Alcazar

    La bibliothèque de l’Alcazar accueille ce vendredi à 17h30 le documentaire Schizo-Frégni. S’en suivra un débat, une lecture, et des dédicaces en présence des réalisateurs et de l’écrivain René Frégni. « Nous sommes tous les trois documentaristes avec des approches différentes des sujets, là c’est la littérature qui nous réunit, en particulier la façon d’écrire de Frégni », explique Alain Barlatier, pour justifier leur choix de travailler autour de l’auteur René Frégni. « Nous partageons également son côté humaniste et son engagement social certain », ajoute-t-il. Le documentaire de 40 minutes se situe « aux confins de la littérature et du cinéma ».

    « Auteur de l’autofiction », René Frégni a connu les prisons militaires pour désertion, et a pris comme source d’inspiration sa propre vie, tout en y mêlant son lot d’imaginaire. « Nous est venue l’idée de faire un documentaire sur lui de la même façon qu’il écrit ses romans », développe le réalisateur. « Nous nous sommes inspirés de son œuvre “Les vivants au prix des morts”, histoire d’un écrivain en cavale qui a perdu ses mots, et qui part à leur recherche dans les Alpes », précise Alain Barlatier.

    Schizo-Frégni entre dans le cadre d’un cycle de projections à la bibliothèque de l’Alcazar, sur le thème du croisement entre le cinéma et une autre pratique artistique. Le lendemain, Déjà, portrait d’un luther iconoclaste, se situera cette fois au croisement du cinéma et de la musique.

    Entrée libre.

  • Philippe Négrier est parti

    Philippe Négrier est parti

    Nous le savions affaibli depuis ces dernières années mais il portait bien ses 94 printemps. Il y a une semaine, il participait encore à la réunion du mardi de sa cellule au 88, boulevard Chave.

    Une page d’histoire de la vie du quartier du Camas se tourne avec la disparition de Philippe, un humaniste au sens plein du mot, engagé dans tous les combats pour la justice, la fraternité, la solidarité et la paix.

    S’il naquit à Tourcoing en 1931 dans une famille nombreuse à laquelle sa mère, érudite et catholique pratiquante, transmit ses connaissances, c’est à Marseille qu’il s’attacha, lorsque son père ingénieur et héros de guerre y fut muté et plus particulièrement dans le quartier de Mazargues. C’est ici qu’à 15 ans, alors apprenti électricien, il découvrit le poids de l’action collective, lorsque poussé par un enseignant, il organisa la défense d’un camarade sanctionné injustement et menacé d’exclusion et qu’ainsi ils obtinrent l’abandon de la sanction. Il fut rappelé en Algérie en 1956 et servit dans les transmissions. Sa rencontre avec la violence de la colonisation et le désir d’émancipation du peuple algérien forgea sa conscience humaniste qu’il gardera toujours. Il était un militant du Mouvement de la Paix, dont il fut trésorier, parce que pour lui la paix était un combat fondamental.

    Formé au séminaire où son supérieur sut très vite déceler toute sa personnalité, il fut ordonné prêtre, d’abord dans le Panier puis en 1965 de la paroisse Saint-Michel-Camas tout en vivant dans une communauté religieuse à la Plaine. Devenu prêtre-ouvrier, il découvrit la solidarité entre travailleurs, les luttes et l’action syndicale. Ses paroissiens gardent le souvenir d’un homme d’Église ouvert et attentif aux questions du monde, travaillant comme plongeur dans un restaurant Salon Saint-Louis puis comme électricien de bâtiment. Il était actif au sein du mouvement de l’ACO (Action catholique ouvrière). En 1977, Pierre Camoin le convainc d’adhérer au PCF dans le cadre du Programme commun pour continuer son engagement dans le quartier. Très vite, il prend de nombreuses responsabilités comme trésorier, puis chargé de formation et enfin secrétaire de la section des 4-5, en conservant en secret son activité d’électricien. En 1983, il est présenté aux élections municipales, ce qui lui valut un article incendiaire de la part d’un rédacteur en chef d’extrême droite. Mais il sera un infatigable conseiller d’arrondissements, travaillant sur le logement et les écoles avec Renée Aillaud et poursuivra son action politique au conseil général auprès de Paul Biaggini puis de Joël Dutto, où il fut particulièrement sensible aux personnes en situation de handicap dans les quartiers Nord de Marseille. En 2020, il continuait le combat en s’engageant dans la campagne du Printemps marseillais. Parmi ses engagements syndicaux, notamment au sein de la CGT, il soutint une grève des vendeuses de chez André sur la Canebière en 1968 et défendit un salarié de la Banque de France, licencié parce que séropositif. Il fut aussi trésorier de Loisir Solidarité Retraite et organisé dans ce cadre des visites culturelles dans le Panier.

    Combien ceux qui l’ont côtoyé savent la belle personne qu’il était, emplie de culture et de sagesse. Ses prises de paroles nous poussaient à avancer sans se bloquer, à travailler tranquillement pour porter une vision d’avenir.

    Il nous invite à enrichir notre réflexion, à faire vivre l’intelligence collective, à sortir des anathèmes, à rassembler les communistes et à mieux comprendre la société en insistant : « Nous sommes en recherche. » Un grand merci, Philippe, pour tout ce que tu nous as apporté.

    Un rendez-vous est donné mardi 14 octobre à 11h à l’église Saint-Michel pour lui rendre un dernier hommage.