Tag: harkis

  • Delga dénonce les propos « insultants » du RN

    Delga dénonce les propos « insultants » du RN

    Le 25 septembre, le député du Rassemblement national de Moselle Laurent Jacobelli a posté une vidéo après avoir visité le mémorial, à l’occasion de la journée nationale d’hommage aux harkis. Dans celle-ci, il reproche aux « Département et la Région » d’avoir fait du Mémorial « un temple du wokisme » où l’on « propose des expositions sur l’Ouganda, sur les LGBT, sur tout et rien, pour diffuser une pensée de gauche et pro-migrants » et où « on ne parle plus des harkis ».

    Michèle Martinez, députée RN des Pyrénées-Orientales, a confirmé le même jour qu’au Mémorial, « le passé harki est parfois invisibilisé par d’autres mémoires  », sans préciser que celui-ci n’avait pas été créé pour la mémoire des harkis mais pour l’ensemble des populations passées dans ce camp dont des Républicains espagnols qui ont fui le franquisme, des Juifs envoyés ensuite à Auschwitz, des migrants, des homosexuels ou des Tsiganes…

    Ces propos ont rapidement fait réagir plusieurs historiens qui ont dénoncé les mensonges de l’élu d’extrême droite, puisque l’exposition permanente par exemple traite largement des 22 000 harkis passés dans ce camp. Carole Delga s’est également émue de ces propos et a dénoncé des « propos indignes et haineux ». « Méconnaître l’Histoire est une chose, la salir en est une tout autre. Par ses propos indécents et insultants, Laurent Jacobelli témoigne tout à la fois de sa profonde ignorance de l’Histoire des Pyrénées-Orientales et de celle de la France, comme de son irrespect envers celles et ceux qui ici, à Rivesaltes, ont connu les heures les plus sombres de notre pays », a précisé la présidente socialiste de la Région.

    Dans un communiqué cosigné avec Hermeline Malherbe, la présidente du Département des Pyrénées-Orientales, Carole Delga réaffirme son soutien « aux équipes pour le travail remarquable qu’elles mènent » et ajoute : « Réécrire une partie de ce passé, en nier sa réalité mémorielle et scientifique comme l’a fait Laurent Jacobelli, porte un nom : provocation à la haine et à la discrimination. Tout cela dans quel but ? Falsifier l’Histoire pour fracturer la société française. Autant de méthodes qui rappellent la dangerosité du Rassemblement national, son histoire et ses idées d’extrême droite. »

  • [Entretien] Nicolas Lebourg : « Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale »

    [Entretien] Nicolas Lebourg : « Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale »

    La Marseillaise : Comment et dans quel but a été créé ce mémorial ?

    Nicolas Lebourg : C’est une pétition citoyenne en 1998 qui a poussé à sa création, ce ne sont pas les institutions au départ. Cette pétition a fait suite aux révélations de l’envoi à la déchetterie d’archives relatives à la déportation des juifs internés au camp de Rivesaltes vers Drancy, avec pour destination finale Auschwitz. Ce qui est très particulier dans le camp de Rivesaltes, c’est que l’histoire du lieu va être construite pour faire le mémorial. Jusque-là, elle n’existe pas, il n’y a qu’une histoire orale. La société civile demande donc qu’on arrête de mettre ce passé sous la table.

    Quelles sont les populations qui sont passées par ce camp ?

    N.L. : De manière synthétique, pour la période de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu des juifs étrangers du sud de la France, des familles de Républicains espagnols mais aussi des « nomades », c’est le terme employé à l’époque. Ensuite, il va y avoir le menu fretin des collaborateurs. Le camp sert alors plutôt de protection face aux risques d’exécutions extrajudiciaires. Il y a aussi un dépôt de prisonniers de guerre allemands qui est conséquent. Ensuite, il va y avoir un centre de formation réservé aux Nord-Africains dans l’idée qu’ils vont être reconnaissants à la France de les avoir formés. En réalité, Rivesaltes devient un centre de propagande indépendantiste. Il y a aussi une prison spéciale FLN en 1962. Ensuite, il y a des soldats guinéens et des harkis, environ 22 000, qui restent pour les derniers jusqu’en 1978. Enfin, Rivesaltes sera un centre de rétention administrative qui ouvre dans les années 1980 et qui va fermer en 2007. Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale française. Le camp a été utilisé sous trois Républiques et sous Vichy. Les guerres d’Espagne, d’Indochine et d’Algérie laissent toutes leurs traces dans ce camp. Quand on regarde, le plus important ce n’est pas la violence de l’État mais le désintérêt et l’indifférence de la société pour ces populations.

    Le RN a critiqué la présence d’un film sur les droits LGBT en Ouganda. Pourquoi ce sujet a toute sa place au Mémorial ?

    N.L. : Étant donné la répression des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale, il est d’une rationalité absolue que l’on parle de l’homophobie et des homosexuels dans un lieu comme celui-ci. Si ce lieu ne parle pas de racisme, de xénophobie, d’antisémitisme et d’homophobie, il trahit les gens qui y sont passés.

    La montée du RN s’accompagne-t-elle d’une réécriture de l’Histoire ?

    N.L. : Nous sommes sur un complet changement de régime mémoriel. La guerre d’Algérie est devenue la matrice des mémoires en France. Tous les débats, toutes les polémiques sur la société d’aujourd’hui portent sur la guerre d’Algérie. Georges Orwell disait que le pouvoir autoritaire réécrivait l’Histoire comme un palimpseste et que ça participe de l’acceptation des idées autoritaires. L’extrême droite revendique un double discours : un, que l’islam agresse en continu les civilisations, de Poitiers à nos jours, avec la guerre d’Algérie comme point fondamental. Et deux, que de tout temps, la gauche a été collaborationniste avec un retournement complet de l’image de la collaboration durant la Seconde guerre mondiale. Mais aussi que la gauche serait collaborationniste dans l’invasion de la France. Ce n’est pas nouveau, Jean-Marie Le Pen avait déjà fait une affiche avec « Le Pen, la résistante ». Mais à l’époque, ça ne marchait pas. Aujourd’hui, avec le déplacement du régime de mémoire et la banalisation du RN, ça marche bien. L’histoire vue par CNews qui explique que le fascisme est en fait un socialisme et que la gauche c’est la collaboration, imprègne la population.

    Vous dîtes « ce n’est pas la mémoire qui divise, mais le ressentiment ». Qu’entendez-vous par là ?

    N.L. : Je crois qu’une grande partie de nos soucis actuels en France sont liés à cette culture du ressentiment. Ce qu’on nous raconte toute la journée avec d’autres mots sur les oppositions entre mémoires, entre groupes sociaux, entre cultures ou ethnies, relève du ressentiment. L’aigreur nous mine collectivement. J’ai travaillé sur les personnes arrêtées pour des faits violents d’ultra droite depuis 2017 et je constate qu’elles viennent de territoires où l’on vit mieux que la moyenne. Ça ne confirme pas le discours de la violence qui naît de la misère, au contraire. Elles vivent dans des territoires plus inégalitaires où il y a ce ressentiment. Ces personnes travaillent et ont l’impression qu’il y a des « parasites » en bas, des immigrés qui prennent les allocations par exemple. Elles pensent que les autres sont mieux traités et qu’elles s’opposent à eux pour s’affirmer. C’est une aigreur collective qui peut faire exploser une société.

  • [Entretien] Abderahmen Moumen : « Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale »

    [Entretien] Abderahmen Moumen : « Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale »

    La Marseillaise : Comment et dans quel but a été créé ce mémorial ?

    Nicolas Lebourg : C’est une pétition citoyenne en 1998 qui a poussé à sa création, ce ne sont pas les institutions au départ. Cette pétition a fait suite aux révélations de l’envoi à la déchetterie d’archives relatives à la déportation des juifs internés au camp de Rivesaltes vers Drancy, avec pour destination finale Auschwitz. Ce qui est très particulier dans le camp de Rivesaltes, c’est que l’histoire du lieu va être construite pour faire le mémorial. Jusque-là, elle n’existe pas, il n’y a qu’une histoire orale. La société civile demande donc qu’on arrête de mettre ce passé sous la table.

    Quelles sont les populations qui sont passées par ce camp ?

    N.L. : De manière synthétique, pour la période de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu des juifs étrangers du sud de la France, des familles de Républicains espagnols mais aussi des « nomades », c’est le terme employé à l’époque. Ensuite, il va y avoir le menu fretin des collaborateurs. Le camp sert alors plutôt de protection face aux risques d’exécutions extrajudiciaires. Il y a aussi un dépôt de prisonniers de guerre allemands qui est conséquent. Ensuite, il va y avoir un centre de formation réservé aux Nord-Africains dans l’idée qu’ils vont être reconnaissants à la France de les avoir formés. En réalité, Rivesaltes devient un centre de propagande indépendantiste. Il y a aussi une prison spéciale FLN en 1962. Ensuite, il y a des soldats guinéens et des harkis, environ 22 000, qui restent pour les derniers jusqu’en 1978. Enfin, Rivesaltes sera un centre de rétention administrative qui ouvre dans les années 1980 et qui va fermer en 2007. Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale française. Le camp a été utilisé sous trois Républiques et sous Vichy. Les guerres d’Espagne, d’Indochine et d’Algérie laissent toutes leurs traces dans ce camp. Quand on regarde, le plus important ce n’est pas la violence de l’État mais le désintérêt et l’indifférence de la société pour ces populations.

    Le RN a critiqué la présence d’un film sur les droits LGBT en Ouganda. Pourquoi ce sujet a toute sa place au Mémorial ?

    N.L. : Étant donné la répression des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale, il est d’une rationalité absolue que l’on parle de l’homophobie et des homosexuels dans un lieu comme celui-ci. Si ce lieu ne parle pas de racisme, de xénophobie, d’antisémitisme et d’homophobie, il trahit les gens qui y sont passés.

    La montée du RN s’accompagne-t-elle d’une réécriture de l’Histoire ?

    N.L. : Nous sommes sur un complet changement de régime mémoriel. La guerre d’Algérie est devenue la matrice des mémoires en France. Tous les débats, toutes les polémiques sur la société d’aujourd’hui portent sur la guerre d’Algérie. Georges Orwell disait que le pouvoir autoritaire réécrivait l’Histoire comme un palimpseste et que ça participe de l’acceptation des idées autoritaires. L’extrême droite revendique un double discours : un, que l’islam agresse en continu les civilisations, de Poitiers à nos jours, avec la guerre d’Algérie comme point fondamental. Et deux, que de tout temps, la gauche a été collaborationniste avec un retournement complet de l’image de la collaboration durant la Seconde guerre mondiale. Mais aussi que la gauche serait collaborationniste dans l’invasion de la France. Ce n’est pas nouveau, Jean-Marie Le Pen avait déjà fait une affiche avec « Le Pen, la résistante ». Mais à l’époque, ça ne marchait pas. Aujourd’hui, avec le déplacement du régime de mémoire et la banalisation du RN, ça marche bien. L’histoire vue par CNews qui explique que le fascisme est en fait un socialisme et que la gauche c’est la collaboration, imprègne la population.

    Vous dîtes « ce n’est pas la mémoire qui divise, mais le ressentiment ». Qu’entendez-vous par là ?

    N.L. : Je crois qu’une grande partie de nos soucis actuels en France sont liés à cette culture du ressentiment. Ce qu’on nous raconte toute la journée avec d’autres mots sur les oppositions entre mémoires, entre groupes sociaux, entre cultures ou ethnies, relève du ressentiment. L’aigreur nous mine collectivement. J’ai travaillé sur les personnes arrêtées pour des faits violents d’ultra droite depuis 2017 et je constate qu’elles viennent de territoires où l’on vit mieux que la moyenne. Ça ne confirme pas le discours de la violence qui naît de la misère, au contraire. Elles vivent dans des territoires plus inégalitaires où il y a ce ressentiment. Ces personnes travaillent et ont l’impression qu’il y a des « parasites » en bas, des immigrés qui prennent les allocations par exemple. Elles pensent que les autres sont mieux traités et qu’elles s’opposent à eux pour s’affirmer. C’est une aigreur collective qui peut faire exploser une société.