Tag: guerre en Ukraine

  • Du Grau-du-Roi à Kherson, des filets pour sauver des vies

    Du Grau-du-Roi à Kherson, des filets pour sauver des vies

    Sur les quais du Grau-du-Roi, les vieux filets de pêche ne finiront pas tous à la benne. Débarrassés de leurs câbles, chaînes, flotteurs et cordages, ils vont prendre la route de l’Ukraine. Destination : Kherson, ville du sud régulièrement frappée par les drones russes. Là-bas, ces mailles usées par la Méditerranée doivent être tendues au-dessus de routes et de passages afin d’accrocher certains drones volant à basse altitude.

    À l’origine de l’opération, Solidarité Ukraine 34, association basée à Lunel et habituée à acheminer tous les deux mois du matériel humanitaire et médical. « On était sensibles à la protection des civils, en plus de l’aide humanitaire habituelle », explique son coprésident Philippe Milon. Inspirée par une initiative menée par des pêcheurs bretons, l’association s’est alors tournée vers les ports méditerranéens.

    Au Grau-du-Roi, le projet a rapidement trouvé un écho. Mairie, responsables du port, pêcheurs, bénévoles et association d’insertion ont travaillé de concert pour récupérer ces filets devenus encombrants et difficiles à recycler. « Il y a eu vraiment une très bonne harmonie entre toutes les autorités pour trouver les solutions. Le port était encombré, il y avait des problèmes de sécurité, et on leur a apporté cette solution », raconte Philippe Milon.

    S’adapter

    aux besoins de la guerre

    Pendant quatre matinées, bénévoles et réfugiés ukrainiens ont ainsi « désarmé » les filets : les étendre, couper les attaches et ne conserver que la maille. Une trentaine de pièces étaient prévues, avant que le bouche-à-oreille ne fasse grossir la collecte. « On doit avoir 35-36 filets, de toutes les tailles possibles », se réjouit le coprésident.

    Certains filets atteignent jusqu’à 150 mètres. Une fois en Ukraine, ils seront tendus en hauteur au-dessus de rues et de points de passage. « Les drones, en tombant, s’accrochent dans les filets, donc ça bloque les hélices et surtout ça retient le drone avant qu’il n’éclate au sol », détaille Philippe Milon. Pour lui, cette protection rudimentaire reste « le système le plus économique, faute de mieux ».

    La cargaison doit être acheminée par un camion ukrainien. Coût annoncé : autour de 5 000 euros. Une cagnotte a donc été ouverte pour financer le convoi, qui emportera aussi du matériel médical, des fauteuils roulants et des consommables. Depuis plus de quatre ans, l’association multiplie les voyages et ajuste ses envois aux besoins du terrain. « On essaie au fur et à mesure de s’adapter », résume Philippe Milon.

    Sur le quai, cette solidarité prend aussi le visage des Ukrainiens réfugiés dans l’Hérault, venus travailler sur les filets destinés à leur pays. « Ils se disent : on ne peut pas rester indifférents », raconte le coprésident. Du pêcheur graulen au bénévole ukrainien, chacun tient ainsi un morceau de la chaîne. Avec, au bout, le même objectif : « On sauve des vies. »

  • [Portrait] Christoph Wiesner, directeur des Rencontres Photographiques d’Arles

    [Portrait] Christoph Wiesner, directeur des Rencontres Photographiques d’Arles

    Pour fendre les conventions et l’armure d’une conversation, obtenir des détails un tant soit peu inédits, la tâche de l’intervieweur-portraitiste est quelquefois laborieuse. Les appartenances profondes de ce profil franco-allemand échappent aux définitions. Le personnage public de Christoph Weisner affiche la robustesse et la bonne humeur d’un cycliste d’autrefois, par exemple Rudi Altig ; il incarne tout aussi bien le retrait et l’élégance d’un cousin de Max Ernst. L’impeccable culture de cet ancien étudiant de l’École du Louvre qui cite dans ses éditoriaux Edouard Glissant, Didi-Hubermann ou Pasolini, n’est pas intimidante. Il ne reçoit pas dans son bureau de directeur, préfère retrouver ses interlocuteurs sous les platanes, rue du Docteur Fanton, dans la cour intérieure du bâtiment des Rencontres.

    À côté des thématiques des récentes années – écologie, minorités sexuelles, post-colonialisme – et des noms déjà connus, souvent féminins, mis à l’honneur pendant les Rencontres qu’il a dirigées
    – Berenice Abbott, Sophie Calle, Nan Goldin, Lee Miller, Sabine Weiss – quelques indices singuliers surviennent quand il évoque ses expériences arlésiennes les plus marquantes. En sus des joies qu’il vient d’éprouver en demandant à Harry Gruyaert de redistribuer autrement la magie de ses vues urbaines ou bien en convainquant, au terme de trois séjours à New York, une photographe de 93 ans, Martine Barrat pour qu’elle réalise ce qui risque d’être son ultime grande exposition, Christoph Wiesner pointe parmi ses plus vives émotions une soirée de juillet 2024 pendant laquelle la photographe japonaise Ishiuchi Miyako recevait le Prix Women in motion. 77 ans sobrement assumés, cette dame s’était habillée avec le kimono traditionnel d’une amie de sa mère, victime de l’explosion atomique d’Hiroshima. Tandis qu’en bande passante, on apercevait les lumineuses polychromies de ses photos qui remémorent les empreintes et les plis des vêtements déposés au Mémorial de la Paix, une interprète traduisait ses commentaires. Avec la force de ses images, Miyako faisait comprendre que le présent d’une photographie révèle souvent les deuils et l’irréversible distance qui nous séparent du passé. Simultanément l’infime tremblement ou bien la surface d’une photo rendent visible la remontée de traces et d’indices proches de l’invisible.

    Les charges de travail de cet homme-orchestre sont complexes. Avec un simple claquement de doigts, on ne peut pas demander à Christoph Wiesner d’avoir la capacité d’invention du beaucoup plus jeune Festival du Dessin d’Arles de Fréderic Pajak dont l’équipe vient d’enregistrer en avril-mai, loin des chaleurs de l’été, à l’occasion de sa quatrième édition, un merveilleux et fervent succès. Dans une institution comme les Rencontres d’Arles, les héritages sont contraignants, le comptage des billets d’entrée (175 000 visiteurs, l’an dernier) est déterminant. Les recettes du Festival équilibrent la moitié du budget: la seconde moitié, ce sont pour 20% les mécènes, et puis 30% de subventions. Depuis 2013, les voies tracées par l’ancien directeur François Hébel et son scénographe Olivier Etcheverry sont reconduites; la juxtaposition des 47 expositions d’une programmation polyphonique susceptible de cocher la plupart des cases de l’air du temps, n’est pas foncièrement cohérente.

    Des Rencontres qui n’oublient pas les urgences du présent

    La cible principale reste le maintien d’une plate-forme qui, depuis les miracles survenus dès 1970 grâce aux tenaces intuitions de Lucien Clergue, Jean-Maurice Rouquette et Michel Tournier, aura fait d’une sous-préfecture de 52 000 habitants la capitale mondiale de la photo. Le pôle d’attraction majeur, ce sont les Rencontres professionnelles de la première semaine qui dénombrent cette année grand public compris, les passages de 22 000 passionnés, artistes, collectionneurs ou bien éditeurs. Qu’ils reviennent et se renouvellent est l’espoir de l’équipe des Rencontres qui ne pourra pas offrir en 2027 à la curiosité d’un public averti uniquement quelques lucioles, des relectures ainsi que la restitution d’un incontournable Bicentenaire de la Photographie. La guerre en Ukraine et le génocide de Gaza pourraient révéler une nouvelle génération de photographes. Sans trop d’illusions on forme des vœux pour que surgissent des créateurs qu’Arles découvrirait: ils seraient les équivalents inattendus d’Edward Weston, de Duane Michaels ou bien de Martin Parr.

  • [C’est l’été] Lyudmyla Tsivka, quatre ans de guerre sans « après »

    [C’est l’été] Lyudmyla Tsivka, quatre ans de guerre sans « après »

    Pour Lyudmyla Tsivka, le temps s’est arrêté le 24 février 2022. Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe, la présidente de SOS Montpellier-Ukraine distingue toujours deux périodes : « Il y a un avant et un pendant. Il n’y a toujours pas d’après ». Avant, elle était une mère de famille d’origine ukrainienne installée en France, assistante maternelle et étrangère au monde associatif. Puis son pays a été attaqué et elle n’a pas pu « rester à côté ».

    Les premiers jours demeurent noyés dans un brouillard. « J’étais perdue. Je ne comprenais pas ce qui arrivait à mon pays. La vie s’est arrêtée. » Depuis, l’engagement a rempli presque tout l’espace. La guerre a endurci Lyudmyla, mais elle l’a aussi privée d’une part d’elle-même. « Je ne me permets plus de vivre. J’existe, je subsiste », confie-t-elle. Les anniversaires, les fêtes ou les éclats de rire de ses proches lui rappellent qu’au même instant, en Ukraine, d’autres familles pleurent leurs morts. Elle participe, sourit parfois, puis préfère s’isoler. À la maison, ses enfants la voient rester devant son téléphone et fondre en larmes au fil des nouvelles. « C’est compliqué de leur expliquer que ce n’est pas à cause d’eux, que cela ne les concerne pas complètement, alors qu’ils ont aussi des origines ukrainiennes. » Une angoisse qu’elle refuse pourtant de transmettre aux autres.

    Transformer la douleur

    en action

    Dès les premiers jours de l’invasion, la Ville de Montpellier, l’avocate Sophie Mazas et des habitants se mobilisent. Dans l’urgence naît SOS Montpellier-Ukraine. « C’était vital. Il y avait une solidarité immense. Les gens arrivaient avec des dons, proposaient des logements. Dans toute cette douleur, cela faisait chaud au cœur. Je ne pensais pas que c’était possible. »

    L’association accueille d’abord les Ukrainiens qui fuient la guerre, à une période où aucun dispositif institutionnel n’est encore réellement organisé. Deux mois plus tard, lorsque l’État et les collectivités mettent en place des circuits plus administratifs, les bénévoles se tournent vers l’aide humanitaire, sans abandonner l’accompagnement des réfugiés installés à Montpellier. Grâce aux donateurs et aux bénévoles, 38 camions de matériel ont été envoyés en Ukraine. Aujourd’hui, l’association ne dispose plus de lieu de stockage et ne peut plus organiser des convois de la même ampleur. Elle poursuit néanmoins ses collectes pour financer des générateurs, du matériel de première nécessité ou soutenir les soldats ukrainiens accueillis en France pour leur rééducation.

    Parmi eux, Lyudmyla n’oublie pas un jeune homme de 1,89 mètre, amputé des deux jambes après l’explosion d’une mine. Des doigts sectionnés, un fauteuil roulant et une vie entière à reconstruire. « Il ne regrettait rien. Il ne se considérait même pas comme handicapé. Moi, je suis entière et je suis complètement à la ramasse », souffle-t-elle. Son optimisme, comme celui d’autres blessés âgés d’à peine 23 à 40 ans, lui interdit de baisser les bras. « Quand je les regarde, je me dis que je n’ai pas le droit de dire que je ne peux plus. Leur joie de vivre me dépasse. »

    Cette force n’efface pas l’essoufflement de la solidarité. Depuis un an et demi, les dons diminuent et l’Ukraine disparaît des conversations, malgré des attaques presque quotidiennes. Lyudmyla souffre aussi des discours qui présentent les réfugiés comme des privilégiés. Elle rappelle les familles séparées et les jeunes revenus combattre une fois majeurs : « Il ne faut pas envier cette vie-là ». Elle préfère retenir les gestes d’entraide, comme celui des pompiers ukrainiens venus soutenir leurs collègues français en Gironde. Lyudmyla dit continuer pour les enfants d’ici et de là-bas. Tant qu’il n’y aura pas d’« après », elle poursuivra son engagement.

  • [Entretien] Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS : « Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens »

    [Entretien] Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS : « Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens »

    Le président russe Vladimir Poutine s’est rendu pour la première fois jeudi dans les îles Kouriles, une visite jugée « absolument inacceptable » par le Japon qui revendique une partie de cet archipel. Cette polémique n’a rien d’anodine, Tokyo étant l’un des soutiens de Kiev dans la guerre déclenchée par la Russie en 2022. Désormais, tous les alliés des Ukrainiens sont ciblés d’une façon ou d’une autre par le pouvoir russe. Sur le front, les deux pays s’épuisent ; si Kiev peut compter sur ses drones, elle peine à intercepter les missiles russes, et demande, aux États-Unis de lui vendre au moins 5% de ses missiles Patriot.

    La Marseillaise : La visite de Vladimir Poutine sur les îles Kouriles a provoqué l’ire du Japon. Cet acte est considéré comme une « escalade », Tokyo soutenant Kiev. Qu’en dîtes-vous ?

    Jean de Gliniasty : Le sort des îles Kouriles devait être négocié entre le Japon et la Russie à l’occasion du traité de paix en 1945. Il n’y en a pas eu, justement parce qu’ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les Kouriles du Nord [considérées par le Japon comme occupées depuis 1945 par l’Union soviétique à l’époque et désormais la Russie, ndlr]. C’est la première fois à ma connaissance qu’un chef d’État russe vient solennellement dans les îles Kouriles. Dmitri Medvedev n’y est pas allé en tant que chef d’État. Poutine y a visité une usine de poissons et pas d’installation militaire. Pourquoi il l’a fait ? Le Japon a, depuis longtemps déjà basculé dans le camp des pays occidentaux qui appliquent des sanctions contre la Russie, pratiquement les mêmes que les Européennes ou les Américaines. Le deuxième élément, c’est qu’il y a une discussion en cours au Japon sur le resserrement d’alliances avec les États-Unis et l’éventuel stationnement d’armes nucléaires.

    Drone transportant des explosifs retrouvés en Allemagne, ingérences dans la campagne présidentielle en France, tous les alliés de Kiev sont ciblés ?

    J.d.G. : Dans la guerre hybride, tous les soutiens à l’Ukraine sont frappés. Tout dépend du niveau d’attaque : utilisation de l’intelligence artificielle, de fermes à trolls etc, cela fait longtemps que les Russes les emploient et cela s’intensifie en période électorale. Les Russes, comme tous les États dans les démocraties, soutiennent les partis qui leur sont favorables : l’AfD en Allemagne et d’autres formations politiques que je ne citerais pas en France, et s’attaquent à ceux qui soutiennent l’Ukraine. On est dans un moment d’intensification de la guerre hybride.

    Cela s’explique-t-il par les difficultés de la Russie sur le front ?

    J.d.G. : La situation est compliquée dans la mesure où les Ukrainiens ont fait des percées en matière de technologie et de fabrication de drones : ils peuvent frapper n’importe quelle partie du territoire russe. Mais c’est une phase qui se termine parce que les Russes ont mis au point des contre-mesures, attaquent l’Ukraine, bloquent les ports qui lui permettent d’exporter des céréales, ce dont elle est très dépendante. Nous sommes plutôt dans une phase d’escalade, où chacun a des atouts qu’il utilise. Les Russes ont les missiles et les Ukrainiens, les drones. Mais ils n’ont pas assez de Patriots et d’intercepteurs de missiles. On est dans une phase extrêmement dangereuse, d’escalade un peu sauvage. Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens et ils pensent pouvoir y arriver.

    N’est-ce pas l’opinion russe qui se lasse de ce conflit ?

    J.d.G. : Les bombardements sur les populations, en général, ça a l’effet totalement inverse. Si vous prenez le Blitz à Londres, l’effet des bombardements américains en Iran ou ceux contre les infrastructures avec des dégâts collatéraux des Russes en Ukraine, à chaque fois, ça a comme première conséquence d’accroître la cohésion de la population autour des dirigeants. Pour les Russes, c’est un petit peu différent car Poutine avait dit « c’est une opération militaire spéciale, ce n’est pas une guerre, on n’en subira pas les conséquences ». Il y a eu une première réaction de la population qui a été assez négative en disant « que fait le gouvernement ? C’est pas normal qu’on soit obligé de faire la queue aux stations d’essence ». L’Ukraine essaye de s’appuyer sur les mécontentements de la population russe pour déstabiliser le pouvoir, mais j’ai des doutes sur l’efficacité de cette méthode. Car l’autre réaction aux attaques, en général, c’est d’accroître la crédibilité du gouvernement qui ici dit « on est en guerre » avec l’Occident collectif, qui veut nous tuer, nous démanteler, nous dépecer. Je pense que la population russe et notamment la partie qui soutient Poutine, entre 50 et 60% de la population, seront galvanisés. On a déjà des articles, des tribunes, des chroniques. La pression de ceux qui veulent accroître la dimension de la guerre devient plus forte.

    Quid de la situation en Crimée ?

    J.d.G. : Le moment de l’annexion de la Crimée a été celui de la popularité maximale de Poutine. Et même s’il descend en ce moment, il n’est pas en dessous du niveau d’approbation de son action qu’il avait avant la Crimée, il en a gardé le bénéfice. Il est totalement exclu que les Russes rendent le territoire parce que c’est l’objectif principal de la guerre qui est soutenu par l’opinion. Le seul moment où il y a vraiment eu un risque nucléaire c’est quand les troupes ukrainiennes se sont approchées de la Crimée.

  • [Entretien] Vincent Boulet (PCF) : « Redonner à la France une voix indépendante pour la paix et le droit international »

    [Entretien] Vincent Boulet (PCF) : « Redonner à la France une voix indépendante pour la paix et le droit international »

    La Marseillaise : Quel message avez-vous envie de porter aujourd’hui ?

    Vincent Boulet : Je veux parler de paix. Parce qu’elle est, aujourd’hui, comme le disait Jean Jaurès, « la mère de toutes les batailles ». Elle permet de lutter contre la domination impérialiste et les concurrences capitalistes qui provoquent les guerres, de poser la question de l’émancipation démocratique et sociale, car il n’y a pas de paix sans progrès social ni de progrès social sans paix. Et puis, ça permet d’aborder le positionnement de la France dans les crises internationales. En perdant les outils de sa politique d’indépendance, la France est devenue inaudible et vassale de l’Otan et des États-Unis. Donc la question, c’est comment redonner à la France une voix indépendante pour la paix et le droit international.

    Comment fait-on pour peser
    sur cette question avec une gauche affaiblie, en France et en Europe ?

    V.B. : Au PCF, nous pensons que la question est de savoir sur quelle base on reconstruit une gauche à l’offensive sur les questions sociales et sur celle de la république que nous voulons. Est-ce qu’on veut un État désindustrialisé, sans vision ni poids sur les questions internationales, ou en position de peser ? Ça fait longtemps que les communistes disent que l’Otan n’est pas un outil pour la sécurité mais un outil de guerre et d’ingérence et on le voit aujourd’hui avec les injonctions à porter les dépenses militaires à 5% du PIB ou les menaces de Trump contre ses membres. Donc nous militons pour la sortie de l’Otan, ce qu’avait fait le général de Gaulle en sortant du commandement intégré en 1966 et nous posons aussi l’exigence d’un autre ordre de sécurité collective en Europe sur la base de l’esprit de la conférence d’Helsinki de 1975. Ce sont des sujets que nous portons, notamment via des événements comme la Fête de La Marseillaise.

    Sous-entendez-vous la création d’une Europe de la défense ?

    V.B. : Non, car elle serait soumise à l’Otan. L’UE a renforcé sa vassalisation envers l’Otan et les États-Unis, et après plus de quatre ans de guerre en Ukraine et plus d’un million de morts à nos frontières, elle a été incapable de prendre la moindre initiative diplomatique et pire, provoque des tensions. Donc une Europe de la défense ne peut pas exister et encore moins une armée européenne. Ce que nous voulons, c’est une Europe de la sécurité collective, impliquant que la sécurité d’un peuple ne peut pas être assurée contre celle du peuple d’à côté. C’est le principe de l’indivisibilité de la sécurité. Et les peuples européens de l’Atlantique à l’Oural ont des intérêts communs à la paix et à la sécurité.

    En termes de souveraineté, la hausse de 36 milliards d’euros de la loi de programmation militaire
    ne va-t-elle pas dans ce sens ?

    V.B. : Non, elle ne répond pas à ces enjeux-là car elle reste, là aussi, dans une logique de soumission à l’Otan et de renforcement de la militarisation. La défense nationale doit retrouver son indépendance en sortant de l’Otan, en rebâtissant un pôle public industriel de défense, et au service d’objectifs politiques de paix. Mais on n’oppose pas les choix souverains des peuples à la nécessité des coopérations. Au contraire, l’un ne va pas sans l’autre. C’est justement en reconquérant des outils de souveraineté que la France pourra rebâtir des politiques de coopération selon ses intérêts, mais aussi les intérêts communs à l’ensemble des peuples.

    Un débat sur la paix au programme de l’après-midi

    Quelle défense nationale ? Pour ou contre le nouveau porte-avions ? Quel rôlede la France dans le concert des nations ? Quel chemin pour atteindre la paix ?Vincent Boulet (PCF) a croisé son point de vue avec celui de Richard Roméo-Giberti (UD CGT 83). Un débat de haute tenue salué par l’assistance. Photos M.E.H.

  • Le pétrolier fantôme russe quitte le golfe de Fos

    Le pétrolier fantôme russe quitte le golfe de Fos

    Arraisonné par la marine nationale le 20 mars puis dérouté et immobilisé dans le golfe de Fos-sur-Mer quelques jours plus tard, le pétrolier-cargo Deyna a quitté les eaux territoriales françaises ce jeudi. La société propriétaire a été condamnée à une amende dont le montant n’a pas été communiqué pour avoir omis de justifier la nationalité du navire par le tribunal judiciaire de Marseille.

    En provenance de Mourmansk en Russie, le navire avait été intercepté au sud des îles Baléares, en Méditerranée occidentale, arborant un pavillon mozambicain, ce qui avait éveillé les soupçons des autorités. Après la montée à bord de l’équipe de visite, l’examen des documents a confirmé les doutes quant à la régularité du pavillon arboré. Un signalement a été fait au procureur de la République de Marseille, compétent au titre du tribunal maritime.

    Il s’agit du troisième pétrolier intercepté par la France présumé comme appartenant à la flotte fantôme russe, qui permet à Moscou de contourner les sanctions liées à la guerre en Ukraine, à l’instar de l’embargo sur le pétrole imposé par l’Union européenne depuis juin 2022, qui interdit l’importation de brut et de produits raffinés russes, ou du plafonnement du prix du baril de pétrole à 60 dollars imposé par le G7 et l’Union européenne. D’après Benjamin Jensen, du Centre d’études internationales et stratégiques (Washington), environ 70% du pétrole russe exporté par voie maritime le serait à bord de ces pétroliers utilisés clandestinement.

    Des démarches engagées pour un pavillon

    D’après les autorités, la société propriétaire du Deyna a
    « pris l’engagement d’obtenir dans les meilleurs délais un nouveau pavillon » et aurait « déjà accompli de nombreuses démarches en ce sens ».

    Ce jeudi, le bateau était déjà localisé à des centaines de kilomètres des côtes sur le site Marine Traffic, partant en direction du port de Rizhao en Chine.

  • Une année encore riche pour la douane régionale

    Une année encore riche pour la douane régionale

    « L’année 2025 a été chargée, 2026 le sera tout autant », a promis, ce jeudi 26 mars, Michael Lachaux, directeur régional des douanes de Marseille, à l’occasion du bilan de ses services. Si ses 402 agents n’ont pas chômé, c’est d’abord parce que le département est un vaste hub économique, explique-t-il, avec une activité soutenue dans les Bouches-du-Rhône, 18 milliards d’euros d’exportations et 36 milliards d’importations. Pas moins de 979 312 déclarations ont été effectuées en 2025, soit -3,4% par rapport à 2024. Pas une baisse, mais une « régulation technique », précise Michael Lachaux.

    Tandis que les crises « s’additionnent », constate-t-il, entre guerre en Ukraine, conflit au Moyen-Orient et hausse des droits de douane américains quand les États-Unis sont la première destination hors-UE pour les entreprises locales, la douane « les accompagne pour utiliser au mieux la réglementation et en faire une arme », explique-t-il.

    Dédouaner en 5 mn chrono

    Faciliter et contrôler étant ses deux principales missions, le délai d’immobilisation des marchandises ne dépasse pas les 126 secondes et 96,6% d’entre elles sont dédouanées en moins de 5 minutes. Pour ceux qui ne jouent pas le jeu, 6 millions d’euros de droits et taxes ont été redressés en 2025, directement dans l’escarcelle de l’État.

    Autre mission, la protection du consommateur. Étalé ce jour-là dans les locaux du Port center, un aperçu des saisies : un mur de paquets de cigarettes, des jouets, des maillots de l’OM, de faux sacs et parfums, du viagra qui n’en a que le nom et autres miels aphrodisiaques.

    De la figue pleine de champignon cancérigène au four à pizza qui prend feu, en passant par les poussettes pour bébés qui tranchent les doigts, quelque 936 tonnes de produits alimentaires dangereux ont été refusés à l’import. Au total, 3 292 000 articles non conformes (+328%) ont été interceptés avant leur arrivée sur le marché européen et français.

    Côté stupéfiant, « on dépasse la tonne, c’est une année record, une augmentation de plus de 30% », se félicite Michael Lachaux. Dont 189 kg de cocaïne (+37% par rapport à 2024), 808 kg de cannabis (+194%) et 19 kg de drogue de synthèse. « C’est tous les ans plus », s’inquiète-t-il, pointant un « développement extrêmement rapide et inquiétant » de ces dernières, « notamment les amphétamines et l’ecstasy, que nous retrouvons de plus en plus dans les flux postaux ou dans les vecteurs routiers ».

    Sur le trafic de tabac, une des priorités des douanes, avec 10,5 tonnes saisies en 2025, « les Bouches-du-Rhône restent sur la même tendance haussière », ajoute le directeur régional. En coordination avec la préfecture de police, deux fois plus de contrôles d’épiceries, bars à chicha et autres ont été menés, aboutissant à 48 fermetures administratives.

    Un camion scan tout neuf

    « Nous sommes la première brigade de France à l’avoir. » Une cellule de 13 agents utilise au quotidien ce nouvel outil sur le port : un scanner embarqué à bord d’un petit camion, qui permet de lire à travers les parois des conteneurs que viendra admirer, ce vendredi, David Amiel, ministre des Comptes publics.

    L’équivalent d’une « radio chez le médecin » à rayons X, que les douaniers ont appris à décrypter, précise une agente, de quoi « fluidifier significativement les contrôles ».

  • La peur de l’oubli des Ukrainiens après 4 ans de guerre

    La peur de l’oubli des Ukrainiens après 4 ans de guerre

    « Près de 1 500 jours de guerre n’ont pas ébranlé la résistance ukrainienne. L’Ukraine continue à se battre et à vivre. Aujourd’hui, nous devons le dire avec lucidité : la fatigue gagne nos sociétés. Nous le constatons avec le peu de mobilisation ce soir », déplore David Sanchez, président de l’association Fraternité franco-ukrainienne Provence.

    Alors que la guerre en Ukraine entame sa cinquième année, le rassemblement en soutien à cette nation, mercredi, n’est pas comparable aux milliers de personnes réunies au lendemain du 24 février 2022. Quatre ans plus tard, la mobilisation plus modeste, sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Marseille, marque la peur de l’oubli du peuple ukrainien et de leur quotidien durant cette guerre.

    Avant la minute de silence en hommage aux morts, la voix du peuple ukrainien s’est d’abord levée sur l’hymne du pays. Une prière récitée par le père Nicolas a suivi, face à une assemblée émue. Certains la tête haute, d’autres en pleurs.

    « La nation résiste »

    Sous le slogan « Heroiam slava ( « Gloire aux héros ») scandé par la foule en réponse au « Slava Ukraini » (« Gloire à l’Ukraine »), les associations franco-ukrainiennes ont exprimé leurs pensées aux Ukrainiens, à « ces héros ordinaires », véhiculant ainsi un message de persévérance, de force et de solidarité. Ces organisations, qui aident au quotidien les victimes et civils ukrainiens, ont pointé l’importance de parler de cette guerre. Par exemple à travers la culture, comme l’explique le président de l’association SOS-Ouman, Denis Hiault : « Je vous invite à aller voir l’exposition “Ukraine : Images d’une enfance voléeà la Cômerie. Cette collection de dessins d’enfants ukrainiens témoigne de façon très vrai, très touchante, de la réalité de ce qu’ils vivent. J’invite tous les enfants marseillais à la voir. »

    Nathalie, originaire de Kiev, a pris la parole : « Malgré les attaques, malgré les batailles acharnées sur le front, l’Ukraine résiste encore et toujours. » Elle ajoute, évoquant les spectacles en Ukraine : « Aujourd’hui sous les bombes russes, parfois sans électricité, chaque représentation au théâtre commence par l’hymne ukrainien. Artistes, musiciens, publics… Le peuple ukrainien chante l’hymne national : “Nos ennemies périront comme la rosée au soleil levant”. La nation est debout. La nation résiste. »

  • Élections municipales : une jeunesse à rebours des idées reçues

    Élections municipales : une jeunesse à rebours des idées reçues

    Des jeunes avec des idées, prêts à aller aux urnes pour peu qu’on s’intéresse à eux. Selon les conclusions de l’enquête lancée par Aix-Marseille Université (AMU) avec le concours de la Fondation Jean-Jaurès et de l’Ifop, présentées mardi 10 février, 67% des étudiants se déclarent engagés, mais seulement 44% ont l’intention d’aller voter pour les élections municipales.

    Menée du 24 novembre au 22 décembre par le biais d’un questionnaire envoyé par courriel ou un QR code mis à disposition, sur un échantillon de 5 190 étudiants répartis sur dix villes, cette étude, « issue d’une démarche scientifique », insiste Éric Berton, président d’AMU, s’est intéressée à « la manière dont ils vivent leur vie d’étudiants et leur état d’esprit actuel ». « On considère qu’il y a une sorte d’invisibilité de la jeunesse, étudiante en particulier, et on voulait qu’elle soit vue et entendue, en particulier dans le cadre des élections municipales, car il nous semble qu’elles sont à une échelle concrète, qu’elles ont une réelle incidence sur la vie des étudiants dans la ville », explique-t-il.

    Le président d’AMU assumant dans nos colonnes, le 3 février, que le rôle de l’université était de « redonner le goût du vote ». En ressort le portrait d’une jeunesse « dynamique, mais aussi en colère », qui a « du mal à aller voter, mais s’il y a une offre politique correspondant à ses aspirations, elle n’est pas loin » de retourner aux urnes, résume Éric Berton. Une génération « confinée » qui a
    vécu « une succession de crises majeures », ajoute Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès.

    Un fort sentiment de solitude

    Un jeune de 22 ans aujourd’hui a connu la crise de l’euro à 8 ans, celle des attentats à 11 ans, le Covid à 16 ans, la guerre en Ukraine à 18 ans, détaille-t-il. De quoi expliquer la priorité donnée à la santé quand 85% des étudiants jugent la thématique prioritaire pour les politiques publiques. Il y a aussi « le sentiment de solitude » : 66% de l’échantillon disant l’éprouver, « soit 20 points de plus que l’ensemble de la population », note Gilles Finchelstein, ainsi qu’un écart marqué entre « bonheur personnel et pessimisme collectif ». Pas moins de 79% des jeunes se disent heureux, 86% sont optimistes pour eux-mêmes, mais seulement 21% le sont pour l’avenir de la France, 18% pour celui du monde. Où une vie réussie, selon eux, c’est d’abord « avoir une famille heureuse » pour 58% des sondés, à égalité avec « avoir du temps libre pour profiter de la vie » suivi par « avoir de vrais amis » (51%).

    Les étudiants n’en n’oublient pas pour autant les autres : 79% d’entre eux ont apporté une aide financière directe à une personne dans le besoin, 61% ont fait un don à une association ou une fondation, 57% ont fait du bénévolat, 50% ont déjà créé ou rejoint une association. Leurs préoccupations sont diverses : droits des femmes et lutte contre le sexisme (97%), droits de l’homme (96%), environnement (95%), ou encore lutte contre le racisme (94%).

    Intéressés par l’élection présidentielle

    S’ils se sentent concernés par la chose politique, c’est au niveau national, 84% se disant intéressés par l’élection présidentielle contre 46% par les municipales. Seulement 40% des participants à l’enquête savent qu’il faut se rendre aux urnes en mars, 25% disent ne pas être inscrits sur les listes municipales, 28% envisagent l’abstention. Ce qui pourrait motiver les troupes : « Une offre politique qui correspond à [leurs] attentes » pour plus de 70% des étudiants. Au-delà de la santé qui arrive en première position, les thématiques de politiques publiques devraient porter sur la sécurité (69%), à égalité avec la lutte contre la pollution. La lutte contre le dérèglement climatique arrive en troisième position.

    Le timing pourrait aussi jouer. L’enquête ayant été réalisée en novembre et décembre dernier, « au fur et à mesure que les semaines vont passer, que la campagne va se lancer, ils vont s’y intégrer », estime Gilles Finchelstein. « Ce n’est pas une jeunesse perdue pour le vote », veut croire Éric Berton : « Aux politiques de prendre la responsabilité de faire des propositions. »

    Après cette enquête, un débat est organisé avec des représentants des candidats marseillais, mercredi 11 février, en présence d’une centaine d’étudiants.

    En chiffres

    67%

    des jeunes ayant répondu à l’enquête lancée par AMU se déclarent engagés pour une cause. Un chiffre qui monte à 70% chez les 22-24 ans, 72 chez les plus de 25 ans. Les causes défendues : l’urgence climatique, la lutte contre le sexisme ou la défense des droits humains.

    73%

    des abstentionnistes du panel de l’enquête menée par AMU déclarent qu’une offre politique correspondant à leurs attentes pourrait les faire changer d’avis.

    87%

    des étudiants de l’enquête se disent prêts à renoncer à la livraison de fast-fashion au nom d’une « conscience écologique », transformant la consommation « en levier d’action civique », estime AMU dans son analyse.

  • Pour 2026, le Mouvement de la paix mise sur la solidarité

    Pour 2026, le Mouvement de la paix mise sur la solidarité

    « Cette année 2026 exigera de nous des efforts considérables pour préserver le monde du terrible fléau de la guerre. » Ce lundi soir au sein de la Maison des associations à Marseille, Michel Dolot, porte-parole du Mouvement de la paix 13, entend envoyer un message aux militants et partenaires de l’organisation à l’occasion des vœux pour la nouvelle année. « Notre seul bouclier est fait de l’alliage du droit et de la solidarité. Mais ce bouclier est aujourd’hui ébréché », tonne-t-il. Avant de faire référence au « génocide perpétré par Israël et soutenu par ses alliés en Palestine, l’agression contre le Venezuela » ou encore « la guerre en Ukraine ». Il dépeint l’année 2025 comme un temps de « deux poids deux mesures à l’application du droit international ». Et s’inquiète « des ouragans de rage qui détruisent 80 années d’efforts pour bâtir les défenses de la paix ». Un terrible mais factuel constat qui pousse les militants du Mouvement à l’action pour 2026. « Elle doit être l’année d’un sursaut pacifiste, qui débutera ici à Marseille », martèle-t-il. Un sursaut qui s’appuie sur le triptyque « désarmement, progrès du droit international et promotion de culture de paix ». De quoi faire face aux « idéologies d’extrême droite qui prospèrent, le racisme et la xénophobie qui progressent » en France.

    Et le travail de l’organisation est déjà lancé : une conférence sur « Quelle démocratie pour construire ensemble une société de paix » se déroulait ce lundi avant ses vœux. Animée par Jérôme Devillard, auteur de Repenser la démocratie, une réflexion commune pour un modèle commun, les militants questionnaient déjà « la notion de démocratie dans le cadre d’une culture de paix ». Le tout, en présence de plusieurs partenaires de l’organisation à l’instar de Naky Sy Savane, directrice du groupe d’action contre les mutilations féminines et les mariages forcés ou encore Charles Hoareau pour l’ANC.

    Une année chargée

    en initiatives

    Et le Mouvement entend passer à la vitesse supérieure avec une série d’initiatives. Dès avril, Michel Dolot évoque « une grande mobilisation marseillaise pour la paix » avec d’autres organisations. Cela sera suivi dans la foulée par « En mai, les arts en paix », la quatrième édition du festival « d’éducation populaire et de solidarité créative ».

    Côté interne, le congrès national se tiendra dans le département voisin du Var, en octobre. Et ce quelques mois après le congrès départemental dans une optique de « renouvellement et renforcement des instances et du mouvement ». De quoi bien préparer la Journée internationale de la paix, le 21 septembre. Laquelle aura forcément un écho bien singulier avec ce contexte de tensions mondiales.