Tag: Guerre d’Espagne

  • [Quoi de neuf] Manuela Parra : « En Espagne, l’histoire est un combat politique »

    [Quoi de neuf] Manuela Parra : « En Espagne, l’histoire est un combat politique »

    Françoise Verna : La 7e édition des Rencontres franco-espagnoles, du 8 au 13 octobre prend cette année une dimension particulière, 90 ans après le début de la Guerre d’Espagne. En quoi la présence du ministre espagnol délégué à la mémoire démocratique, Fernando Lopez Martinez, est-elle importante le 8 octobre à Montpellier ?

    Manuela Parra : Cette présence c’est reconnaître l’engagement de ces hommes et de ces femmes qui se sont battus pour à la fois la seconde République et aussi pour maintenir la liberté et l’égalité. Cela les réhabilite et leur rend leur dignité qui a été bafouée même quand ils sont arrivés en France. C’est aussi le sens du secrétariat d’État à la Mémoire démocratique espagnol qui a été relancé depuis 2022 par Pedro Sánchez. Cela concerne notamment la recherche dans les fosses communes, la réhabilitation des victimes qui ont eu des procès inacceptables sous la dictature de Franco, etc.

    Olivier Nottale : C’est un message pour aujourd’hui ?

    Manuela Parra : Ces gens ont fait un sacrifice pour qu’aujourd’hui on puisse parler librement et être libre dans notre pays. Est-ce qu’un jour, on sera nous aussi à la hauteur ? Je trouve qu’il y a encore du chemin à faire et nous devons prendre celui de la transmission pour que les jeunes comprennent que la liberté, l’égalité, la fraternité, la République en France, c’est quelque chose de fragile, on le voit bien.

    Françoise Verna : La mémoire et l’histoire ont plutôt été écrites par les vainqueurs en Espagne…

    Manuela Parra : Les vainqueurs, c’est les franquistes qui ont mis une chape de plomb jusqu’au milieu des années 70. Donc c’est aussi un combat. Ce n’est pas la même façon d’appréhender la mémoire, par exemple ici en France avec la Résistance, qu’en Espagne. Le franquisme a, nous ne l’oublions pas, abattu la République. En fait, la mémoire démocratique en Espagne, c’est quand même beaucoup plus politique que ce que l’on voit en France où c’est beaucoup plus mémoriel, culturel. En Espagne, c’est la troisième génération qui combat et qui se bat pour l’histoire qui a été complètement réécrite par le dictateur -on va appeler les choses comme elles sont- par le dictateur Franco, comme font d’ailleurs tous les dictateurs. Quand on voit Trump aujourd’hui qui interdit un certain nombre de mots, c’est ce qu’a fait Franco à l’époque.

    Olivier Nottale : Cette histoire est aussi réécrite aujourd’hui par des partis comme Vox à l’extrême droite et le Parti populaire aussi, qui est quand même issu du franquisme.

    Manuela Parra : Quand ces gens-là reviennent au gouvernement, ils effacent tout le travail qui a été fait depuis 2007 sur ces questions de mémoire démocratique. Donc, on voit bien que l’enjeu est important pour l’Espagne. L’historien Enrique Tudela Vasquez va venir nous présenter les recherches dans les fosses communes, notamment au Barranco de Viznard où on pense que la dépouille du poète Federico Garcia Lorca pourrait être.

    Françoise Verna : C’est donc un travail très concret ?

    Manuela Parra : Je suis allée avec lui l’année dernière à Huelva, où des jeunes archéologues de l’Université Grenade ouvraient une fosse commune. Historiens et archéologues travaillent ensemble.

    On a la chance, le 10 octobre, d’accueillir Antonio Orihuela, écrivain, poète et historien. Il a fait sa thèse sur la répression et le silence dans sa petite ville de Moguer. C’est un travail sur les droites qui réécrivent l’histoire. Et il dit bien les droites Donc, en Espagne, c’est un combat qui est un combat politique.

    Françoise Verna : Federico Garcia Lorca est aussi très présent dans ces Rencontres ?

    Manuela Parra : C’est un poète, un musicien qui était ancré dans l’Andalousie et qui a fait émerger et connaître la culture populaire andalouse. Nous allons l’aborder comme symbole de l’effacement de la mémoire, puisqu’on recherche toujours son corps. Quand on parle de lui, on parle aussi des autres. Le film de Magali Negroni, Federico Garcia Lorca 1898/1936 va être le support pour en parler. La réalisatrice le traite, dans ce documentaire qui dure 50 minutes, justement sur son engagement et puis aussi sous l’angle de l’homophobie et de son homosexualité qui a été posée aussi comme hypothèse de son assassinat.

    Olivier Nottale : Des lycéens et collégiens sont aussi
    associés à ces rencontres
     ?

    Manuela Parra : J’ai tenu absolument que le film qui a été fait par les jeunes du lycée Mermoz, Entre deux frontières, une mémoire, sous la responsabilité de leurs professeurs, en partenariat avec les lycéens d’Alcalá de Henares en Espagne, puisse être projeté à l’ouverture, devant le maire de Montpellier et le secrétaire d’État à la Mémoire démocratique espagnol. Parce que c’est la concrétisation de notre démarche. Ce film est fondamental et il a certainement vocation à vivre dans les établissements. Je l’espère.

    *Du 8 au 13 octobre, « 1936-2026, Réveiller les consciences ». Programme complet sur voixdelextremepoesieetculture.blogspot.com

    Entrée gratuite.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • Des rencontres pour se souvenir de la guerre d’Espagne

    Des rencontres pour se souvenir de la guerre d’Espagne

    L’espoir puis la guerre. Victorieux dans les urnes en février 1936, le Frente Popular, le Front populaire espagnol, fut réprimé dès juillet par des militaires. Le conflit de trois ans qui s’ensuivit déboucha sur la dictature de Francisco Franco. Neuf décennies après les débuts de la guerre d’Espagne, les Rencontres franco-espagnoles de Montpellier ressusciteront la mémoire des événements qui ont contraint des milliers d’Espagnols à l’exil. La manifestation, portée par l’association Voix de l’extrême Poésie et Culture, mêlera pendant cinq jours des témoignages, des interventions de chercheurs, des propositions artistiques ainsi que des productions d’élèves.

    Décentrer le regard

    La soirée d’ouverture du jeudi 8 octobre sera un premier temps fort, avec la présence du secrétaire d’État espagnol en charge de la « mémoire démocratique ». La venue de Fernando MartÍnez López intervient alors que le gouvernement dirigé par Pedro Sánchez (PSOE) a multiplié les initiatives mémorielles ces dernières années. Le rendez-vous se poursuivra avec la projection du documentaire Entre deux frontières, une mémoire, produit dans le cadre du programme européen Erasmus +. Le film restitue le regard de lycéens espagnols et français sur les traces que le conflit a laissées dans les deux pays. La soirée s’achèvera avec la conférence d’une historienne de l’art sur les engagements du peintre Joan Miró.

    Un des mérites des Rencontres franco-espagnoles est d’apporter des éclairages inédits sur la guerre d’Espagne. Le vendredi 9 octobre, Marisa Martínez Pérsico reviendra sur le départ de sa grand-mère pour l’Argentine en 1938. L’exil vers l’Amérique latine est un pan d’histoire sans doute moins connu par le public français. Le lendemain, la doctorante Léa Barril exposera ses recherches sur les conditions d’accueil effroyables que vécurent des réfugiés espagnols en Isère. L’attitude des autorités françaises de la IIIe République pendant la guerre d’Espagne est un sujet d’étude qui ne cesse d’être approfondi.

    Une autre vocation des Rencontres est d’inscrire l’expérience des réfugiés espagnols dans une histoire globale. C’est pourquoi, depuis plusieurs éditions, la parole est donnée à des organisations venant en aide aux migrants, comme SOS Méditerranée. Cette année, le lundi 12 octobre, c’est l’association France terre d’Asile qui sera reçue. Sa présidente, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale entre 2014 et 2017, Najat Vallaud-Belkacem, présentera son livre Réfugiés, ce qu’on ne nous dit pas. Co-écrit avec l’économiste Benjamin Michallet, l’ouvrage vise à désamorcer les idées reçues sur les personnes exilées. « Il nous paraît évident de faire des parallèles avec ce qui s’est passé, ou se passe, ailleurs », explique Manuela Parra, la présidente de Voix de l’extrême, elle-même fille d’exilés espagnols. « Ce n’est pas uniquement l’histoire de la guerre d’Espagne. Nous portons un propos qui se voudrait général et universel », souligne-t-elle.

    Julien Bramy

    *Plus d’informations sur la page Facebook de l’association Voix de l’extrême

  • [Chroniques méditerranéennes] La « Diada » rassemble le peuple catalan

    [Chroniques méditerranéennes] La « Diada » rassemble le peuple catalan

    Par Eloy Martinez Monegal

    Ce 11 septembre, la Catalogne va se parer des couleurs sang et or de son drapeau « la senyera », les rues et les places des villes et villages vont s’emplir de monde, de sardanes, de castellers. La fête nationale de Catalogne, célébrée toujours à cette date, est appelée en catalan « la Diada ».

    La Generalitat de Catalogne, depuis 2024, dont le président est Salvador Illa, un proche du chef de gouvernement Pedro Sanchez, est dirigée par le Parti Socialiste Catalan, succédant au précédent exécutif indépendantiste, aura pour la deuxième année de sa gouvernance, la tâche d’organiser les activités institutionnelles de cette « Diada » 2026.

    Cette journée, à laquelle est fortement attaché le peuple catalan dans son ensemble, est depuis quelques années récupérée par les indépendantistes de droite et extrême droite, tels Carles Puigdemont de Junts, et Silvia Orriols la maire de Ripoll et leader du mouvement Alliança Catalana (AC) connu comme parti raciste et xénophobe, l’équivalent de Vox au niveau de la Catalogne.

    Il convient de rappeler l’origine historique de cette journée : c’est en 1886 qu’il est décidé de faire du 11 septembre, le jour de la commémoration de la chute de Barcelone en 1714, au terme de la guerre de succession d’Espagne. À l’époque Philippe V fut intronisé roi d’Espagne. Les Catalans s’étaient soulevés contre lui. Philippe V décide alors d’assiéger Barcelone. Les Catalans finiront par se rendre le 11 septembre 1714. Aussitôt Philippe V fera abolir les institutions et interdire la langue catalane.

    Cette journée de fête n’est pas la célébration d’une victoire, mais plutôt de la résistance du peuple catalan qui s’est battu pour défendre sa culture et ses valeurs. C’est aussi le jour, où s’expriment les revendications de plus d’autonomie et d’indépendance. Cette journée avait été interdite sous la dictature de Primo de Rivera, puis rétablie avec la République en 1931, en 1932 le Statut de Núria fut approuvé, accordant pour la première fois une autonomie à la Catalogne. En 1934, Lluís Companys proclama « l’État catalan de la République fédérale espagnole », ce qui entraîna son arrestation et la suspension de l’autonomie.

    Sous Franco, la journée fut de nouveau interdite. Rétablie après la mort du dictateur, en 1980 elle devient officiellement la « Diada » : la journée nationale de la Catalogne. Au vu de cette histoire on comprend, le fort attachement des Catalans à la « Diada ». Salvador Illa, le président socialiste de la Generalitat revendique à cette occasion « une nation catalane » et affirme que « cette fête appartient à tous les Catalans ».

    Les communistes du PSUC considèrent qu’il faut continuer « à poser à l’occasion de cette journée un discours de classe, clair et sans complexe, défendre les politiques sociales et les services publics, avec comme colonne vertébrale une Catalogne dans une Espagne fédérale, républicaine et solidaire ».

    Pour sa part, l’Assemblée nationale catalane (ANC) entité rassemblant les indépendantistes qui souhaitent créer un État catalan, ont prévu cette année de manifester avec des tee-shirts où il est inscrit « Hi soc », « Hi som Independencia ! » c’est-à-dire « j’y suis », « nous y sommes indépendance ! »

    Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) participera aux différentes manifestations comme le feront tous les Catalans disent-ils « nous irons à la manifestation pour défendre le meilleur de la Catalogne qui est une nation qui défend la liberté, la démocratie et la convivialité… ».

    Le 11 septembre, le peuple catalan sera donc rassemblé pour célébrer sa culture, son identité et ses valeurs, malgré des visions souvent radicalement opposées sur l’avenir de la Catalogne.

    Journaliste, président de l’Association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol (Aseref)

  • [C’est l’été] Lecture : « Hommageà la Catalogne »

    [C’est l’été] Lecture : « Hommageà la Catalogne »

    S’ensuit le roman autobiographique dont il est question dans cet article. Traduit et préfacé par Léa Gauthier, le roman est considéré, depuis sa publication en 1938, comme l’un des plus importants reportages sur la guerre civile espagnole, mais aussi comme un moment crucial pour celui qui ne cessera jamais de dénoncer, ouvertement ou métaphoriquement, les totalitarismes, la division de classe, les trahisons, le cynisme politique, le contrôle de la pensée, la falsification de l’Histoire.

    Payot, 7,90 euros.

  • [C’est l’été] Lecture : « Les grands cimetières sous la lune », de Georges Bernanos

    [C’est l’été] Lecture : « Les grands cimetières sous la lune », de Georges Bernanos

    Préfacée par Vincent Duclert, la réédition du chef-d’œuvre de Georges Bernanos, écrit à mi-chemin du reportage et du pamphlet, et où se dégage une odeur de sang, nous rappelle qu’il y a 90 ans débutait la guerre d’Espagne, responsable de 600 000 morts, de la souffrance et de la terreur des innocents. Conflit qui opposa les républicains aux franquistes, et dont nous pouvons dire qu’elle fut le prélude de la Seconde Guerre mondiale. Un de ces rares romans que l’on referme en se disant « Je le relirai »… Si vous l’avez lu, relisez-le.

    Éditions Payot, 8,50 euros

  • À Marseille Gilberto Bosques ouvrait la porte de l’espoir vers le Mexique

    À Marseille Gilberto Bosques ouvrait la porte de l’espoir vers le Mexique

    Il connaît parfaitement le parcours de Gilberto Bosques, le consul du Mexique en France, qui sauva des milliers de républicains espagnols en leur délivrant des visas pour le Mexique entre 1939 et 1942.

    Qui était Gilberto Bosques ?

    José Luis Morro : Gilberto Bosques fut professeur, journaliste et diplomate mexicain, né en 1892 à Chiautla de Tapia, Puebla. Il fut un combattant de la Révolution mexicaine et participa à la rédaction de l’article 3 de la Constitution mexicaine relatif à l’Éducation. Le Président du Mexique Lázaro Cárdenas, le nomma consul général en France en 1938. Il prit ses fonctions le 1er janvier 1939. Avec l’arrivée de dizaines de milliers de républicains espagnols durant les mois de janvier et février 1939, il entreprit la mission de visiter les camps où ils avaient été internés, les aidant à en sortir et à voyager vers le sol mexicain en leur délivrant des visas. Environ 25 000 d’entre eux purent ainsi se rendre au Mexique.

    À Marseille quelle fut son action pour aider les Espagnols, juifs et autres étrangers antifascistes ?

    J.L.M. : Avec la débâcle en juin 1940, Bosques transféra le consulat général à Marseille, inaugurant une période qui lui valut l’admiration pour son courage, sa dignité et sa grande humanité. L’accord franco-mexicain d’août 1940, fut utilisé par le consul pour intensifier l’aide envers ceux qui avaient tout perdu. Il loua deux châteaux, La Reynarde et Montgrand, où des centaines de républicains, d’antinazis et de juifs purent se mettre à l’abri des humiliations infligées par les collabos de Vichy et les phalangistes espagnols. Il parvint à faire sortir de Marseille des dizaines d’entre eux grâce à la « ligne de la Martinique ». Varian Fry, journaliste américain qui, depuis Marseille, a sauvé des centaines de Juifs et militants antinazis en les aidant à fuir, avait appris par Gilberto Bosques l’existence de cette voie maritime de salut. Il créa alors les célèbres « visas Bosques », un document indiquant que le réfugié était autorisé à voyager au Mexique dès que cela serait possible. Ce papier n’avait aucune valeur légale, mais il renforçait l’espoir des réfugiés de pouvoir embarquer vers une terre porteuse de nouvelles espérances.

    Quelles furent les circonstances de son arrestation par les Allemands ?

    J.L.M. : Tout cet engagement à aider les autres, entraîna son arrestation à l’ambassade de Vichy en novembre 1942, lorsque toute la France fut occupée. Il fut envoyé à Bad Godesberg près de Bonn, où il resta 14 mois. Il fut échangé en février 1944 contre des soldats allemands détenus aux États-Unis et au Mexique, puis envoyé à Lisbonne, où il embarqua sur un vapeur suédois à destination de Baltimore.

    Le 31 mars 1944, Gilberto Bosques, sa famille et les fonctionnaires diplomatiques arrivèrent à la gare de Buenavista, au Mexique, où des milliers de personnes les attendaient. La plupart étaient des personnes que Bosques avait aidées à échapper aux fascistes sur les terres dramatiques de la France de la Seconde Guerre mondiale.

  • [La guerre d’Espagne 3/3] Guerre, exil et résistance antifasciste

    [La guerre d’Espagne 3/3] Guerre, exil et résistance antifasciste

    Du 18 juillet 1936 jusqu’aux premières années de la « transition démocratique » après la mort de Franco le 20 novembre 1975, nombre de républicains espagnols exilés en France n’ont jamais cessé de mener la lutte antifasciste, ceux qui sont restés en Espagne, après la fin de la guerre ont subi la répression féroce, les emprisonnements, la torture, des dizaines de milliers ont été fusillés. Cette mémoire historique est racontée et transmise essentiellement par les familles et les descendants des républicains espagnols, par les associations mémorielles, et des historiens. Cependant, elle reste complètement occultée dans les livres d’histoire que ce soit en France ou en Espagne.

    À 90 années de distance, la guerre pour abattre la République espagnole, déclenchée le 18 juillet 1936 par le fascisme international et des généraux félons dont Franco, reste l’événement historique du XXe siècle à propos duquel sont produits aujourd’hui le plus d’études, de livres, de documentaires, qui soulèvent de nombreuses polémiques et aussi qui fait l’objet de diverses réécritures de l’histoire.

    Les historiens sont divisés entre ceux qui considèrent qu’il s’agissait d’une guerre civile, désignant les franquistes comme « nationalistes » mettant dos à dos victimes et bourreaux, et ceux, qui pensent plutôt qu’il s’agissait bien du prologue de la seconde guerre mondiale. Cette guerre d’Espagne, guerre d’indépendance contre le fascisme disaient les communistes espagnols, portait en elle tout ce que peut produire l’Humanité en bien ou en mal. La solidarité internationale avec les brigades internationales, la défense des valeurs de la République, mais aussi les trahisons, les luttes intestines qui opposaient ceux qui donnaient la priorité à l’union pour combattre le fascisme, et ceux qui pensaient que l’heure de la révolution était arrivée. Les uns, les communistes, étaient à l’origine de la constitution d’une armée populaire, et fervents défenseurs du « Frente Popular » et de la lutte antifasciste, les autres, notamment anarchistes et POUM voulaient faire de cette guerre, une guerre révolutionnaire.

    Mais, c’est bien l’intervention des forces fascistes et nazies, italiennes et allemandes en Espagne, accompagnée par la politique criminelle de non-intervention de la France et l’Angleterre, qui sont la principale cause de la chute de la République espagnole.

    En février 1939, les troupes franquistes appuyées par l’aviation italienne bombardent les populations civiles qui se dirigent vers la frontière française. De janvier à février un demi-million de républicains espagnols va traverser les Pyrénées. Plus de 200 000 vont être enfermés dans des camps de concentration sur les plages du Roussillon et en Afrique du Nord après le 31 mars. La France de la troisième République, va nommer Pétain comme ambassadeur auprès de Franco alors que la République continue de résister à Madrid et dans le centre. Le 31 mars 1939, après trois années de résistance héroïque le peuple espagnol va basculer dans une terrible dictature qui fera davantage de morts pendant les années d’après-guerre que pendant. On estime à plus de 100 000 les victimes du franquisme qui gisent dans des fosses et dont les familles sont toujours à la recherche.

    La nomination de Pétain à Burgos a été une ultime trahison de la France républicaine qui s’apprête à livrer le pays à Hitler. Un visage de la France loin de l’image qu’avaient les républicains espagnols du pays des droits de l’Homme. Comme il était prévisible, les nazis vont occuper la France, les républicains espagnols seront parmi les premiers à prendre les armes pour libérer le pays, aux côtés des résistants français poursuivant ainsi leur lutte contre le fascisme. Quelques décennies plus tard leur Mémoire nous appelle à la vigilance.

  • [Guerre d’Espagne] La solidarité internationale au départ de Marseille

    [Guerre d’Espagne] La solidarité internationale au départ de Marseille

    Le premier contingent, 800 volontaires internationaux, fit la traversée jusqu’à Alicante au départ de Marseille le 10 octobre 1936 à bord du « Ciudad de Barcelona », navire réquisitionné par le gouvernement républicain dès le début de la guerre et qui fut l’un des moyens de passage pour les volontaires étrangers se rendant en Espagne.

    Dans son livre sur le bataillon « Commune de Paris », le brigadiste français Pierre Rebière fait le récit de ce premier voyage du bateau : « Nous sommes à présent 800 sur ce bateau et nous levons l’ancre le soir même. Les ouvriers et surtout les dockers qui ont travaillé tout ce dimanche gratuitement pour charger le bateau de vivres, voudraient manifester au moment du départ (…) Une « Internationale » monte puissante dans la nuit venant du quai. De nombreux volontaires vont vers l’arrière du bateau pour voir encore Marseille qui disparaît de plus en plus. Beaucoup songent que c’est sans doute la dernière fois qu’ils voient la France. Alors, et alors plus sincèrement, comme on se sent amoureux de son pays et combien on est fier des sacrifices pour que la terre qui vous a vu grandir, qui referme les parents et les aïeux, où restent les amis, la famille, ne soit pas déchirée par ceux-là même qui rendent la vie si dure aux peuples dans tous les pays. La dernière nuit sera inquiétante car on passe vers les Baléares, on a interdit la lumière ». Le « Ciudad de Barcelona » atteindra Alicante le 13 octobre

    D’autres bateaux effectuèrent des traversées. Les départs avaient lieu dans le plus grand secret et de nuit. Le PCF, le Secours Rouge International, les syndicats CGT de marins et dockers marseillais organisaient ces traversées en sachant que des sous-marins italiens en Méditerranée surveillaient les va et viens des navires de la République espagnole.

    Le « Ciudad de Barcelona » lors d’une traversée sera coulé au large de Malgrat de Mar le 29 mai 1937, un village côtier à 60 kilomètres au Nord de Barcelone. Ce fut son dernier voyage, il transportait plus de 300 brigadistes embarqués à Marseille. il y avait à bord : des Français, des Américains, des Canadiens, des Anglais, des Allemands, des Italiens… 46 à 65 brigadistes périrent noyés, pus de 100 autres passagers et membres d’équipages disparus. 130 survécurent grâce à l’intervention rapide des pêcheurs de Malgrat.