Tag: Golfe de Fos

  • La liaison Fos-Salon mise en débat sur la place publique

    La liaison Fos-Salon mise en débat sur la place publique

    Le projet de liaison routière entre Fos-sur-Mer et Salon-de-Provence entre dans une nouvelle étape. La préfecture de région a annoncé lundi par communiqué l’organisation d’une nouvelle phase de concertation d’un mois sur le projet de liaison Fos-Salon, entre le 15 juin et le 15 juillet. Cette concertation menée par la Dreal Paca porte sur « le choix des variantes préférentielles sur les trois sections du projet » et sur « les modalités de financement envisagées pour la réalisation de l’infrastructure », tel que l’annonce la préfecture de région. En clair : où on passe, et qui paye.

    Le dossier de concertation sera accessible sur le registre numérique dédié à partir de lundi prochain, le 15 juin. Dans le même temps, quatre réunions publiques sont organisées par les services de l’État, dont la première pour la présentation du projet et de premiers échanges qui se tiendra salle Colomb à Miramas, lundi 22 juin à 18h30. Cette réunion sera suivie de trois ateliers dédiés aux trois tronçons de l’aménagement, soit le 1er juillet à 18h30 à la salle la Grange d’Istres pour la section centrale, entre Toupiguières et l’échangeur de Rassuen, le 7 juillet à la même heure à la salle des fêtes de Grans pour la section Nord entre l’échangeur de l’A57 et Toupiguières, pour finir mercredi 8 juillet à 18h30 à la Maison de la mer de Fos-sur-Mer concernant la section sud, entre les ronds-points de Rassuen et de la Fossette.

    Les variantes d’itinéraires présentés par l’État concernent la section nord, à choisir entre l’aménagement d’une portion de la RN569 ou de la D69. Au sud, à Fos-sur-Mer, il s’agit de choisir entre l’aménagement de l’actuelle RN569, ou d’une nouvelle route à proximité immédiate de la voie ferrée des Coussoul, au nord sur l’actuelle route du Ventillon ou au sud de celle-ci sur une nouvelle voie.

    Pas de contournement ?

    La concertation n’inclura pas de contournement de Fos-sur-Mer par le prolongement de celui de Martigues-Port-de-Bouc, devant déboucher à l’ancienne station-service près de la cimenterie Imerys. Cette absence est pointée par le président de l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF) Daniel Moutet, dans un courrier adressé au préfet de Région le 1er juin dernier. En référence au projet de contournement de Fos-sur-Mer parallèle à la voie ferrée, longeant les étangs d’Engrenier et de Lavalduc, « si le scénario du barreau des étangs avait été réalisé, l’accident du 27 mai dernier entre Fos et Port-de-Bouc n’aurait pas affecté les usagers, ni les populations, ni les secours », estime le président.

    Et insiste : « Les enjeux de mobilité sont très présents dans cette concertation et ressortent comme un des freins à l’acceptabilité nouveaux projets industriels par les populations. »

  • Des granulés plastiques industriels polluent les plages

    Des granulés plastiques industriels polluent les plages

    « Les larmes de sirène. » Voilà un nom bien poétique pour une réalité qui l’est beaucoup moins. Cette expression désigne de petits granulés plastiques, dont la taille varie entre 1 et 5 mm, d’origine industrielle (GPI). « On s’est aperçus qu’il y en avait beaucoup sur les plages du Jaï et des Marettes, raconte Audrey Souloumiac, responsable de l’observatoire citoyen de l’environnement de l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions. On s’est demandé s’il n’y avait pas un protocole de sciences participatives à mettre en place pour quantifier cette pollution et déterminer sa provenance. »

    Quelques mois plus tard, cette méthodologie, imaginée avec l’association Wings of the Ocean, rend ses premiers résultats. Ils révèlent une contamination majeure, concentrée sur certaines plages. Plus de 1 000 granulés par m2 ont été comptabilisés en moyenne à l’arrière de la plage du Jaï-nord, et jusqu’à 2 000 granulés par m2 dans la laisse de mer de la plage du Cavaou (528 granulés/m2 en moyenne). À Martigues, la plage de Bonnieu est elle aussi concernée, tout comme le Cavaou à Fos.

    S’agissant de l’étang de Berre, « on a identifié plusieurs industries probablement à l’origine de cette pollution : LyondellBasell et Kem One », révèle Audrey Souloumiac. Un dialogue a été entamé et une campagne de dépollution devrait être mise en place par les entreprises, « qui ont pris le problème très au sérieux ». Du côté du golfe de Fos, Naphtachimie se trouve en face des plages contaminées. L’industriel n’a pas encore été contacté.

  • Plus d’un million d’euros d’amende pour pollution pour Naphtachimie

    Plus d’un million d’euros d’amende pour pollution pour Naphtachimie

    Un million deux cent mille euros d’amende. C’est le montant de l’amende que doit payer la société Naphtachimie pour deux épisodes de pollution à l’huile de pyrolyse de l’anse d’Auguette et du golfe de Fos en 2018 et 2022, à l’issue de la Convention judiciaire d’intérêt public environnementale (CJPE) validée par le tribunal judiciaire de Marseille le 13 mai.

    L’enquête a démontré que les fuites étaient dues à la défaillance d’un joint, en 2018. Une cinquantaine de tonnes d’une sorte de goudron toxique pour l’environnement marin, l’huile de pyrolyse, s’est déversée pendant onze heures dans l’anse, dont une part non précisée dans la mer.

    Outre l’amende, l’entreprise s’engage à indemniser les associations France nature environnement (FNE) nationale et régionale Paca, parties civiles de la procédure, par protocole d’accord non communiqué.

    Une dépollution expérimentale

    La dernière obligation à laquelle l’entreprise est soumise est de « mettre en œuvre à titre expérimental la dépollution de l’anse d’Auguette par un procédé novateur de bioremédiation », avec prise en charge financière du suivi scientifique.

    La décision de justice est réputée définitive et clôt l’enquête judiciaire visant Naphtachimie pour délit de pollution des eaux.

  • Dispositif Réponses : quand les riverains font bouger la science

    Dispositif Réponses : quand les riverains font bouger la science

    Intégration des questions liées à la réduction des gaz à effet de serre, publication de deux études scientifiques… 2025 aura été dense pour le dispositif Réponses, qui recueille les préoccupations des habitants du pourtour de l’étang de Berre en matière de santé environnementale, pour y apporter des réponses concrètes en associant l’ensemble des acteurs du territoire (associations, collectivités, État, industries, salariés, syndicats, experts…). Comme chaque année depuis 7 ans, « il y a une évaluation des actions par les citoyens, ce qui est un atout de la démarche, et un temps de bilan », précise Gwenaëlle Hourdin, présidente du SPPPI Paca, qui porte le dispositif.

    Première évolution : « Avant, on ne s’intéressait qu’aux gaz qui avaient un effet sur la santé, donc les polluants atmosphériques. Maintenant, on s’intéresse aussi à ceux qui ont un effet sur le changement climatique, à la demande des habitants. On va consolider ce sujet en
    2026.
     »

    Deux études publiées

    Deux études d’envergure ont également été publiées au cours de l’année. Scenarii-2, menée par Atmosud en coordination avec l’Agenre régionale de santé et la DREAL Paca, est une « évaluation de risques sanitaires liés à l’inhalation de façon chronique », autrement dit « des calculs ». Elle porte sur 66 communes du bassin et analyse 30 polluants. « Le premier résultat est important : on observe une amélioration des concentrations sur le territoire, les actions sont utiles, affirme Dominique Robin, directeur d’Atmosud. Pour les particules fines, la quasi-totalité de la population est concernée par des dépassements des seuils de l’Organisation mondiale de la santé. Pour les polluants industriels spécifiques, les impacts sont surtout notables sur le cumul. »

    L’étude Bis, multi-site est une première nationale. Il s’agit d’une « surveillance épidémiologique autour des grands bassins industriels français », au nombre de 44, explique Céline Caserio Schönemann, déléguée régionale de Santé publique France, l’agence qui l’a portée avec et l’Ineris. Les résultats mettent en évidence un sur-risque d’asthme chez l’enfant et de morbidité respiratoire chronique chez les adultes vivant à proximité d’une certaine densité d’usines, ainsi qu’un sur-risque de prématurité et une augmentation de la mortalité toutes causes à proximité d’installations classées (Seveso, ICPE ou IED). D’ici 2027, Santé Publique France envisage d’affiner les niveaux géographiques en caractérisant les bassins industriels.

  • Action commune de la CGT pour pérenniser Kem One

    Action commune de la CGT pour pérenniser Kem One

    « Aujourd’hui est la première pierre à l’édifice de l’unité des travailleurs de Kem One », lance Yann Beauné, secrétaire général du syndicat CGT Kem One de Fos-sur-Mer, devant l’assistance massée à l’entrée de l’usine chlorochimique, jumelle de celle de Lavéra, également en grève. Cette unité des travailleurs se construit autour de la dénonciation « du véritable jeu financier », selon le syndicaliste, mené par le fonds d’investissement Apollo, son propriétaire. Mais aussi autour d’un appel « à l’état qui doit prendre ses responsabilités » au regard du « maillon stratégique de l’industrie française et européenne » que représente Kem One pour les organisations CGT et pour ses 1 300 salariés.

    Sur le site de Fos-sur-Mer, « 100% des effectifs à la fabrication sont en grève avec arrêt des installations », d’après Michaël De Dios, secrétaire général adjoint du syndicat CGT de l’usine. Il pointe une « valse de dirigeants et une désorganisation depuis 2021 et l’arrivée d’Apollo », tandis que « le projet Elyse patauge et nos conditions de travail se dégradent au fur et à mesure que l’endettement augmente ». « Si nous faisions ce que font Apollo et les fonds spéculatifs dans la vie de tous les jours, on finirait interdit bancaire, mais eux nous endettent jusqu’à la rupture », compare-t-il, en argument de l’appel à l’État.

    « Une guerre financière »

    « C’est une guerre financière », renchérit Yann Beauné, dans son discours devant l’usine de Fos. « D’un côté, certains fonds parient sur notre chute, donc plus Kem One va mal, plus ils gagnent de l’argent, et en face, d’autres fonds ont prêté de l’argent à l’entreprise », détaille le responsable. « Ce n’est pas pour la sauver, mais bien pour être remboursé avant tout le monde, même en cas de chute. Ces mêmes fonds préparent une restructuration financière qui pourrait leur permettre de prendre le contrôle de l’entreprise », analyse-t-il, rappelant que « quand Apollo a racheté Kem One, l’entreprise était saine et rentable ».

    Les revendications sont simples. Comme le liste Michaël de Dios : « Un apport rapide en cash par Apollo, l’effacement pure et simple de la dette qui étrangle notre entreprise, et la mise en place d’un industriel » à la tête de l’entreprise. « Nous voulons un vrai projet industriel d’avenir avec des investissements, une stratégie à long terme et des garanties pour l’emploi », abonde son camarade Yann Beauné.

    Les salariés de Kem One peuvent compter sur un large soutien. À Fos-sur-Mer, étaient présentes les Unions locales CGT de Port-Saint-Louis et de Fos-sur-Mer, l’Union départementale CGT, les Dockers, ainsi que le syndicat de Marcegaglia, qui a connu une période sous Apollo entre 2010 et 2014. Côté politique, la fédération PCF des Bouches-du-Rhône était représentée, tout comme le maire (PCF) de Port-de-Bouc, Laurent Belsola, ainsi que le sénateur (PCF) Jérémy Bacchi. Même mobilisation à Lavéra, avec le syndicat du complexe pétrochimique, l’Union locale CGT de Martigues et le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux.

    Une mobilisation fraternelle au-delà de l’entreprise, remarquée et applaudie par les syndicalistes de Kem One, alors que le spectre d’un démembrement entre différents acteurs plane sur les esprits.

  • Des inquiétudes à l’échelle locale pour le cadre de vie et les services publics

    Des inquiétudes à l’échelle locale pour le cadre de vie et les services publics

    Un enjeu peut en cacher un autre. L’installation de nouvelles usines et la décarbonation de celles existantes impliquent de nouveaux emplois, dont les prévisions varient entre 6 000 et 10 000 sur une durée et un statut encore inconnus à ce jour. De nouvelles familles vont s’installer, nécessitant des logements, des médecins, des transports ou des écoles, entre autres.

    Des services publics

    La première des préoccupations des élus face à ces annonces est avant tout celle de « réindustrialiser dans l’intérêt des travailleurs, cela doit permettre le maintien des emplois existants, mais aussi la création de nouveaux emplois, dans les proportions qui ont pu être annoncées », selon le maire de Martigues Gaby Charroux (PCF) invité lors du dernier congrès de l’Union départementale CGT. Les incertitudes qui concernent certaines entreprises du 1er pôle pétrochimique européen de Lavéra, comme Kem One (notre édition du 13/01) conduisent l’édile à vouloir « conforter les emplois industriels de notre territoire. Les meilleurs salaires du territoire martégal se trouvent dans l’industrie et nous voulons les conserver », disait-il lors de sa déclaration de candidature en novembre. Ce pourtour de l’Étang de Berre est « un territoire à la fois stratégique pour l’industrie et pour le développement du service public », rappelle le premier magistrat de Martigues.

    La santé est centrale dans l’approche des élus du golfe. Particulièrement au regard de la situation de l’hôpital de Martigues, construit en 1974 pour soigner la zone et absorber le risque industriel. « Notre hôpital est structurant pour le territoire de tout l’ouest du département, avec tous les sites Seveso », rappelait Gaby Charroux lors de l’annonce du plan immobilier (notre édition du 22/01). Le manque chronique de personnel et de moyens dénoncé par l’ensemble des syndicats CGT de la zone conduit l’élu à batailler depuis 3 ans avec l’État et l’Agence régionale de santé (ARS) pour obtenir les 90 emplois et 170 millions d’euros revendiqués par la CGT.

    Bataille à l’hôpital, et « du lobbying » pour Laurent Belsola, maire (PCF) de Port-de-Bouc en difficulté au plan médical. « Il ne se passe pas une semaine sans qu’on nous demande si des nouveaux médecins vont s’installer », indiquait l’élu lors d’une réunion publique début janvier. « La santé n’est pas une compétence municipale, mais on a besoin de répondre aux besoins de la population. Alors on prend tous les moyens possibles pour faciliter les projets d’implantation publics comme privés », détaillait-il. Du reste, « la Ville de Martigues a décidé de protéger l’environnement foncier immédiat du centre hospitalier de manière à prévoir des extensions possibles », précisait ce vendredi Gaby Charroux.

    Construire du logement

    Il faudra également trouver une solution de logement pour les milliers de demandeurs actuels dans le parc social et les futurs milliers à venir. « On a besoin de continuer à construire », insistait Gaby Charroux en réunion publique à la mi-janvier. Selon l’édile, « il faudrait construire 250 logements par an pour loger les habitants actuels et les futurs salariés de l’industrie dans les projections du plan local d’urbanisme intercommunal » rien que pour Martigues. « L’État doit aller voir les villes qui ne respectent pas les obligations en matière de logement » pointe également l’élu, de même que le besoin pour la Ville de « veiller au peuplement » pour la mixité sociale.

    Le défi posé par l’aménagement du territoire nécessaire à l’accueil de la population pose la question de la gouvernance de cette mutation. La Commission nationale du débat public (CNDP) retient dans son dernier rapport du 13 janvier qu’« un pacte de gouvernance associant l’ensemble des communes du bassin, les industriels et autres parties prenantes est annoncé en 2026 ». Une fois encore, la balle est dans le camp de l’État.

  • FO veut une accélération de la réindustrialisation à Fos

    FO veut une accélération de la réindustrialisation à Fos

    « Des dossiers chauds pour 2026, ce n’est pas ce qui manque. » En visite à Marseille, le secrétaire général de la fédération FO Métallurgie, Valentin Rodriguez, a des messages à faire passer aux acteurs locaux comme nationaux. Forte d’une bonne représentativité dans le secteur, des industries sidérurgiques à l’aéronautique, Force ouvrière tient à alerter sur une année charnière pour les travailleurs métallos et ses « points de vigilance ». « On a une industrie en souffrance, on ne découvre pas la nécessité d’avoir une industrie souveraine aujourd’hui », campe le secrétaire général.

    Il prend l’exemple de l’automobile, un secteur qui « a perdu 100 000 emplois sur les 20 dernières années ». De quoi afficher la position de l’organisation qui se veut empreinte de « pragmatisme ». « On dit “pourquoi pas” à l’accord récemment signé à Bruxelles [qui assouplit l’interdiction des moteurs thermiques prévue pour 2035 Ndlr]. Mais on est vigilant à ce que les salariés français ne soient pas les dindons de la farce », développe Valentin Rodriguez. En clair, FO appuie la nécessité de « plus de protectionnisme » et souhaite imposer un haut pourcentage de production locale dans l’industrie.

    Même raisonnement quand l’organisation réclame « un moratoire sur la décarbonation de la sidérurgie ». Sujet ô combien local avec « la situation critique » du site d’ArcelorMittal de Fos-sur-Mer. « On tourne en mode dégradé, le groupe a mis les moyens pour qu’on redémarre en partie la production », juge David Thourey, délégué syndical d’ArcelorMittal Méditerranée. Avant de dénoncer : « Il n’y a pas de vision à long terme, le secteur attend des mesures de l’Union européenne. » Pragmatisme encore donc. « C’est compliqué d’être compétitif quand l’acier chinois peut être vendu à perte car il a le soutien de son gouvernement », développent les syndicalistes.

    FO favorable à la ligne THT

    Avant de demander « plus de soutien et moins de pression sur la décarbonation » de la part du gouvernement français actuel. De quoi faire le lien avec la réindustrialisation du golfe de Fos. Gérard Ciannarella, coordinateur de FO Métallurgie dans la région dénonce « l’attitude irresponsable de l’État » au sujet de la ligne Très Haute Tension (THT) qui doit relier Fos et Jonquières, dans le Gard. Une infrastructure « nécessaire » aux différents projets industriels à venir. « On y est très clairement favorable, le secteur en a besoin. Il faut une décision rapidement, ce n’est pas normal que l’État reporte sa prise de position pour après les municipales », tempête le syndicaliste. Valentin Rodriguez insiste : « On parle de plus de 10 000 emplois à la clé, ce n’est pas rien ! ».

  • Le fonds Apollo va-t-il lâcher Kem One ?

    Le fonds Apollo va-t-il lâcher Kem One ?

    On est au fond du trou, criblés de dettes », s’inquiète Michaël de Dios, secrétaire adjoint du syndicat CGT de l’usine Kem One de Fos-sur-Mer. Ce dernier et son homologue du site de Lavéra, Geoffrey Del Baldo, nous ont sollicités, vendredi 9 janvier, pour livrer leurs inquiétudes sur l’état et la gestion de la société chimiste, propriété du fond d’investissement états-unien Apollo global management, alors que débutent, ce mercredi, les négociations annuelles obligatoires (NAO).

    Car, cinq ans après l’acquisition de Kem One par Apollo, les comptes ne sont pas bons, selon les syndicalistes. « On a payé 38 millions d’euros sur les intérêts de la dette en 2025, affirme Geoffrey Del Baldo. C’est comme si on commençait l’année dans le négatif. » « C’est approximativement le résultat net qu’on faisait avant, abonde Michaël de Dios. Tout ce qu’on gagne passe dans le remboursement des intérêts de la dette. »

    La conjoncture économique n’aide pas. « La dette grossit à cause du contexte de la chimie », détaille Didier Chaix, délégué syndical de Kem One au niveau national. « Il a fallu réemprunter 200 millions d’euros, cette année, car le marché du PVC est déprimé en prix et en volumes. 2026 est une année charnière et les interrogations se posent sur le maintien de l’activité », estime le syndicaliste.

    Un air de déjà vu

    Les syndicalistes pointent le besoin d’investissement. Pour Didier Chaix, « même dans une période compliquée, il faut investir pour préparer l’outil de production pour les bonnes années ». En substance, la CGT « prend ses responsabilités », selon le délégué central, et demande à Apollo de « ne pas piloter Kem One sur son activité, mais sur son avenir », parlant d’un « monstre financier de 900 milliards de dollars pour lequel ça ne devrait pas être un problème de sortir quelques dizaines de millions pour l’outil ».

    L’utilisation de l’argent est au cœur des critiques. « On est shooté aux consultants imposés par Apollo », tance Didier Chaix. « Entre 2024 et 2025 ça nous a coûté 25 millions d’euros. On sera très loin de cette somme pour nous aux négociations annuelles », fait-il remarquer. « Ça n’apporte aucune plus-value », juge Geoffrey Del Baldo, qui abonde : « Pendant ce temps, on a des retards de paiement auprès des sous-traitants. Avec le manque de trésorerie, des électriciens et échafaudeurs ont été payés avec trois mois de retard. » « L’image de Kem One est celle d’un mauvais payeur et on pense avoir perdu des clients comme ça », déplore-t-il.

    Et pas que des clients. « Nos dirigeants ont perdu la confiance des salariés », lance Michaël de Dios, indiquant que « les cadres, ouvriers, jeunes apprentis, fuient Kem One. On n’arrive pas à recruter et les gens partent ou veulent partir » déplore-t-il. Didier Chaix confirme et constate « beaucoup de démissions, de ruptures conventionnelles et de CDD qui ne sont pas reconduits et ça dégrade les conditions de travail de ceux qui restent ».

    Le doute, pour ne pas dire la défiance, s’installe. « Partout où Apollo est venu, ils n’ont rien investi et font payer les intérêts de la dette jusqu’à la bascule », s’insurge Michaël de Dios. Le passage du fond d’investissement entre 2011 et 2014 à Ascométal, à proximité, s’était soldé par un redressement judiciaire. « Il y a intérêt à ce que les propriétaires trouvent une solution, car notre activité impacte la filière », conclut Didier Chaix.

    Contactée, la direction de Kem One n’a pas répondu à nos sollicitations dans les délais. Le syndicat CGT de Lavera appelle à la mobilisation devant l’entrée, ce mercredi dès 7h.

    « Apollo nous fait payer sa dette jusqu’à la bascule »

  • Ligne très haute tension : l’État temporise encore

    Ligne très haute tension : l’État temporise encore

    Temporiser pour mieux franchir l’obstacle. Dans leur rapport publié ce jeudi après trois mois et demi de débats sur la décarbonation et la réindustrialisation du golfe de Fos, les services de l’État actent le report de leur décision sur la réalisation d’une ligne très haute tension pour alimenter en électricité la zone. Exigeant de nouvelles précisions au gestionnaire public du réseau, RTE.

    « Le principal point de divergence, source d’une participation importante du public et d’échanges nombreux, parfois très vifs, est celui de l’alimentation électrique de ce territoire », reconnaît d’emblée le rapport de la préfecture. Même si la nécessité de renforcer le réseau fait globalement consensus : « L’augmentation de la puissance électrique à cette échéance est nécessaire pour tenir l’objectif de décarbonation et de réindustrialisation de la deuxième zone industrielle la plus émettrice de gaz à effets de serre en France », insiste ainsi le document de près de 80 pages. Pour cela, est-il expliqué, l’option d’une ligne aérienne proposée par RTE « est la plus efficace », face au « grand nombre d’inconnues » du projet alternatif porté par le collectif THT 13-30.

    Les opposants pas convaincus

    Mais avant de prendre une décision définitive et de lancer la déclaration d’utilité publique (DUP) qui ouvre la voie aux expropriations, « l’État demande à RTE de poursuivre les travaux nécessaires relatifs au renforcement du réseau électrique, afin de répondre à l’objectif de fournir 4 GW en 2030 aux industriels de la zone de Fos  Étang de Berre », énonce le rapport dans ses engagements pris. Une façon de répondre aux inquiétudes des associations écologistes. « Les enjeux environnementaux seront considérés comme des enjeux de premier ordre dans le cadre de l’instruction des autorisations requises », promettent ainsi les services de l’État. Opportunément, cela permet aussi de passer le cap des municipales à venir.

    Pas de quoi rassurer les opposants. « La solution aérienne imposée par l’État menace directement des espèces parmi les plus rares de notre territoire », dénonce ce mardi le président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), Allain Bougrain Dubourg. D’ores et déjà, il promet : « Nous utiliserons tous les recours possibles pour obtenir la révision du projet et la prise en compte réelle des alternatives compatibles avec la protection de la biodiversité. »

    Dans nos colonnes ce week-end, le préfet de région Jacques Witkowski assurait pourtant que « nous n’avons pas pris le parti d’une forme de projet ». « Le choix porté par l’opérateur un peu à la façon de la barbe du capitaine Haddock “dessus-dessous” doit pouvoir être très justifié afin de savoir pourquoi on écarte et pourquoi on retient », justifiait-il.

    Un plan pour le reste

    Derrière l’arbre de l’énergie, le rapport revient aussi sur la forêt de défis à relever. Qu’il s’agisse des services publics, en particulier sur la modernisation de l’hôpital de Martigues, de l’alimentation en eau industrielle, du logement, de la formation, des transports. Des enjeux cette fois énumérés dans le plan partenarial d’aménagement que les collectivités ont approuvé au fil du mois de décembre, avec 680 millions d’euros d’investissements programmés d’ici 2030 (notre édition du 11/12). « Il reste de l’ordre de 107 millions d’euros à financer en plus sur les cinq prochaines années », reconnaît cependant l’État. Qui promet de poursuivre la concertation, face à « une forte attente du public envers les collectivités locales et l’État, dans la mise en œuvre d’un certain nombre de projets annoncés de longue date ».

    « L’État demande à RTE de poursuivre
    les travaux nécessaires. »

  • 107 millions à trouver pour réindustrialiser le golfe de Fos

    107 millions à trouver pour réindustrialiser le golfe de Fos

    L’ambition est posée d’emblée : « Faire du golfe de Fos-étang de Berre le premier pôle industrialo-portuaire décarboné de la zone Euro-Méditerranée-Afrique, tout en préservant et valorisant ses atouts environnementaux. » Cinq mois après la fin d’une concertation XXL sur l’avenir de la zone, le conseil régional doit adopter, ce jeudi, le contrat de projet partenarial d’aménagement, afin d’accompagner l’installation de 30 projets industriels majeurs sur le territoire avec 10 000 emplois créés et de 15 à 20 milliards d’euros d’investissement sur dix ans. Un contrat qui doit être aussi validé en conseil départemental le lendemain, puis métropolitain lundi.

    Au total, 679,5 millions d’euros doivent être investis d’ici 2030 pour créer les infrastructures nécessaires, entre lancement d’études et réalisation des premiers travaux. Des financements fléchés en majorité sur les transports, en particulier sur la réalisation, attendue depuis cinquante ans, du contournement de Martigues et Port-de-Bouc avec 228 millions d’euros prévus, mais aussi pour la modernisation de la ligne de la Côte bleue en étudiant un possible rapprochement de la gare de Fos avec sa zone industrielle, à hauteur de 93 millions d’euros, pour la réalisation de pôles d’échanges multimodaux à Miramas, au Rove, Vitrolles et Rognac avec en plus une piste cyclable de Port-Saint-Louis à Distriport, pour 54 millions d’euros… Et puis il y a les études de la liaison Fos-Salon, la requalification de la D268 qui dessert les terminaux.

    S’ajoutent d’autres gros dossiers : la modernisation depuis longtemps réclamée de l’hôpital de Martigues pour 60 millions d’euros, le développement des réseaux d’eau industrielle pour 42,5 millions, auquel s’ajoutent des études pour prélever l’eau du canal d’Arles à Fos, se connecter au réseau du canal de Provence voire se pencher à plus long terme sur la dérivation de l’eau de l’usine hydroélectrique de Saint-Chamas vers le Rhône. La zone de la Fossette, à Fos-sur-Mer, doit de son côté être aménagée avec un investissement de 40 millions d’euros pour accueillir des services sur mesure pour la zone industrielle, avec espaces tertiaires, aires de services pour poids lourds, ainsi que future cité de l’industrie et du port.

    5 600 logements à créer

    Le document se penche aussi longuement sur la question du logement. Des zones prioritaires sont identifiées, sur le secteur nord canal à Port-Saint-Louis, autour du contournement de Martigues – Port-de-Bouc, sur la friche Rassuen à Istres. Au total, ce sont 5 600 logements qu’il faut livrer en cinq ans. Pour faciliter la maîtrise foncière, une opération d’intérêt national doit être mise en place, une société publique locale d’aménagement d’intérêt national (Spla-in) créée.

    Mais, sur l’enveloppe prévue, 107 millions d’euros restent à trouver. « Quand on a le projet, on trouve les fonds, je ne suis pas très inquiet », tient à rassurer le président (Ren.) de Région, Renaud Muselier. Qui rappelle que sur les fonds européens, « on est éligibles à tout ».

    Un cap, surtout, reste à passer, celui de la ligne très haute tension qui doit assurer le doublement de la demande en électricité, et sur laquelle une décision du préfet est attendue pour samedi. « Le conseil que je lui donne, c’est de le faire après les municipales pour ne pas déclencher de conflits qui n’existent pas », glisse Renaud Muselier, qui veut rassurer les industriels. Rappelant que l’ancien préfet, favorable au projet, est maintenant directeur de cabinet à l’Élysée.

    Pour Muselier, le RN a peu de chances aux municipales

    Interrogé par la presse, ce mercredi, sur la menace de l’extrême droite aux municipales, le président (Ren.) de Région Renaud Muselier se montre optimiste. « Je ne crois pas à la victoire du RN dans la région », assure-t-il. Avec même l’espoir de refaire basculer Rognac, un an après la victoire surprise du RN. Cela ne l’empêche pas d’être inquiet pour Toulon, où « il y a de la division sur la ligne », tandis qu’à Arles, il a œuvré pour l’union de Cyril Juglaret avec Patrick de Carolis face au risque de défaite. Prudent sur la situation à Marseille avec l’évolution du mode de scrutin, il n’en rappelle pas moins que « le national ce n’est pas le local », taclant le candidat RN. Et d’écarter les craintes sur une alliance avec l’extrême droite : « Il faut bien qu’on récupère les électeurs RN et, en même temps, il ne faut pas qu’on perde les électeurs du centre. » Quant à Sabrina Agresti-Roubache, qui s’était émue des propos de Martine Vassal, « elle a sa place, mais ça ne peut fonctionner que si on est une équipe. »