Difficile d’apercevoir le lièvre variable dans les Alpes : il vit plutôt la nuit et c’est un roi du camouflage avec un pelage qui blanchit en hiver. Cela pourrait être encore plus difficile demain tant le réchauffement climatique le pousse vers les sommets, le cantonnant à des « îlots dans le ciel » (« sky islands », en anglais) desquels il peine à s’échapper. Sans compter qu’il entre en compétition avec le lièvre d’Europe, qui peuple d’ordinaire les plaines mais tend à monter en altitude. C’est ce que révèle une étude publiée dans Global Change Biology. « C’était attendu mais notre modèle offre une vision à grande échelle de la connectivité génétique des deux espèces sur les Alpes françaises », résume Jérémy Larroque, ancien chercheur au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier, aujourd’hui à l’Université de Lyon, et premier auteur de l’étude.
Des analyses ADN sur des échantillons prélevés sur des individus chassés et des crottes ramassées sur le terrain permettent de dire où se trouvent les lièvres variables et les lièvres d’Europe et où ils sont capables de passer ou pas. Il montre aussi la compétition entre les deux qui ne peuvent parfois pas coexister. « Nous savions que cela existait car en Scandinavie, quand le lièvre d’Europe a été introduit au XIXe siècle, il a repoussé le lièvre variable vers le nord », souligne Jérôme Letty, chargé de recherche à l’Office français de la biodiversité, à Pérols, et coauteur de l’étude. La même chose se produit dans les Alpes, mais vers les sommets.
Corridors
Le lièvre variable pourrait-il disparaître de nos montagnes ? « Si le réchauffement climatique se poursuit, c’est une possibilité, estime Jérôme Letty. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est sans doute passé dans les Pyrénées. » Le lièvre variable y était présent lors de la dernière glaciation, au Paléolithique, avant de disparaître. « Les Alpes sont aujourd’hui la limite la plus au sud de son aire de répartition. C’est là qu’il est le plus exposé », ajoute le chercheur. De plus, l’isolement des populations en altitude renforce le risque de consanguinité et menace la pérennité de l’espèce.
Pour l’heure, le modèle identifie des corridors à protéger à moyenne altitude afin que le lièvre variable puisse continuer à se disperser. « Nous pourrions imaginer y limiter le développement humain, glisse Jérémy Larroque. Mais la montagne reste un lieu avec des contraintes liées à l’urbanisation et au tourisme. » Les chercheurs mentionnent aussi les lâchers de lièvres d’Europe pour la chasse récréative qui pourraient favoriser l’expansion de l’espèce, au détriment du lièvre variable. « Il n’y a aucune réglementation à ce sujet en France », écrivent les auteurs. Quant à la hausse des températures qui pousse le lièvre variable en altitude, la solution pour y remédier est bien connue : limiter les émissions de gaz à effet de serre.
![[Biodiversité] L’étau se resserre sur le lièvre variable alpin](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/07/f2ba79c5154e4dd886e8d25a29ed3d26.jpg)

