Georges, qui a fait une belle carrière de photographe et possède un merveilleux talent d’écriture, travaille actuellement à un livre de souvenirs sur le milieu artistique parisien. Mon père, Lucien, entre à l’école des arts et métiers d’Aix-en-Provence et se prépare à une carrière d’ingénieur.
Survient la guerre de 1914. Mobilisé tout d’abord dans son école pour la fabrication de matériel de guerre, il est appelé sous les drapeaux en 1916 et part comme estafette sur le front de l’Yser, près de la frontière belge 1.
Les familles Marter et Tubiana, liées par un cousinage, se fréquentent.
Marcelle Tubiana, l’aînée, commence à être sollicitée par des prétendants et à être pressée de donner enfin son agrément à l’un d’eux. Lucien, secrètement amoureux, encourage ses parents à demander la main de celle qu’il aime. Marcelle, consultée par ses parents elle aussi, exprime sa préférence envers son cousin.
Des fiançailles discrètes ont lieu : l’époque, marquée par le conflit franco-allemand de la Première Guerre mondiale, n’est pas à la fête. Je trouve encore des traces de leur tendre amour dans des cartes à dentelle, qu’ils s’envoyaient lorsque Lucien était au front.
En 1918, mon père est démobilisé. Engagé vis-à-vis de sa fiancée et éprouvé par son séjour au front, il renonce à reprendre ses études. Il se marie donc en janvier 1920 et épouse Marcelle, qui vient de perdre son père, André Tubiana. De cette union naissent trois enfants : André (qui porte le nom de son grand-père défunt), René, et enfin Denise Rachel, qui a décidé d’écrire l’histoire de la famille Marter-Tubiana, tellement ébranlée par la Shoah, afin que ses descendants puissent la connaître et la pérenniser à travers les générations futures.
La nouvelle alliance
C’est celle conclue entre ma grand-mère maternelle, Clémentine, et mon grand-père paternel, Achille, devenus veufs, et qui décident, surtout sur les instances d’Achille, de se marier en seconde noce.
Étant donné leur âge, leur union restera sans enfants. Heureusement, car la famille, en raison de nombreux cousinages, est assez complexe comme cela ! Mais ce mariage alimentera les conversations avec les neveux qui, poussés par la curiosité, s’amuseront beaucoup de nos explications, celles de tante Reine, puis de la Zia 2 Mimi, celles de Simone Turjman-Taillefer, ma cousine, et enfin celles de Janine et de Denise, qui ont conservé les photos de famille et l’arbre généalogique.
à suivre la semaine prochaine…1. Célèbre bataille au cours de laquelle les armées belges et alliées parvinrent à arrêter les Allemands, en octobre et novembre 1914.
2. Zia signifie « tante » en italien.
Témoignage livré en 2008.
À mes parents, afin que ce livre devienne la sépulture qu’ils n’ont jamais pu recevoir.
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