Tag: GazelEnergie

  • L’impact de la centrale thermique de retour en justice

    L’impact de la centrale thermique de retour en justice

    GazelEnergie et le ministère de la transition écologique d’un côté de la barre, une flopée d’associations de défense de l’environnement de l’autre. Et au programme de l’audience qui se déroulait, ce vendredi à la cour administrative d’appel de Marseille, toujours la question de l’autorisation d’exploitation de la centrale thermique. Avec comme sujet de fond, l’avis de la justice sur sa prise en compte, ou pas, de son incidence sur l’environnement. Une étape de plus dans le bras de fer qui dure depuis plus d’une dizaine d’années autour de l’étude d’impact sur l’approvisionnement en bois de la centrale et autres enquêtes publiques.

    In fine, les associations (France nature environnement, Canopée ou encore Convergence écologique du pays de Gardanne) demandent l’annulation des arrêtés préfectoraux permettant l’exploitation de la centrale, jugeant les deux enquêtes publiques, et étude d’impact, sur lesquelles s’appuyaient les arrêtés, insuffisantes sur plusieurs points. La Cour administrative d’appel de Marseille du 10 novembre 2023 avait enjoint Gazel de faire un complément d’étude d’impact sur l’approvisionnement en bois. Ce qui avait provoqué la tenue d’une nouvelle enquête publique, l’année dernière. C’est suite à cette dernière que la préfecture a délivré une nouvelle autorisation d’exploitation pour la centrale.

    Un outil « au rôle majeur »

    Le rapporteur public n’a pas retenu ses coups à l’égard d’un projet industriel qu’il qualifie « d’inutile mais pas d’illégal ». Mais il « considère que l’ensemble des vices de procédure a été régularisé » entre la première étude d’impact et celle complémentaire, et les enquêtes publiques. Comme il le résume lui-même « la loi permet de bloquer des projets illégaux, mais pas absurdes ». S’il émet beaucoup de réserves sur la pertinence de la conversion à la biomasse, il conclut quand même à la régularisation des manquements qui avaient pu être relevés lors de la première enquête publique via la seconde. « Nous espérons que la cour ne suivra pas le rapporteur public puisqu’il conclut à la régularisation des illégalités », dénonce l’association Convergence écologique du pays de Gardanne.

    Avis tout autre pour GazelEnergie : « Lors de cette audience, le rapporteur public a, sur le fond, conclu que la procédure de régularisation avait été mise en œuvre dans le cadre légal fixé par la Cour. GazelEnergie rappelle que la Centrale est exploitée dans le strict respect de la réglementation en vigueur. » L’entreprise note aussi son « rôle majeur pour le territoire, tant que le plan énergétique, qu’économique et industriel ». Décision prévue pour le 26 juin prochain.

    Dernière réunion publique sur BMP, le projet des salariés

    La dernière réunion publique se tient ce mardi 16 juin, à 18h, à la Maison du peuple à Gardanne pour le projet Bio-Méthane Provence (BMP) porté par les salariés de la centrale de Gardanne. Une réunion publique qui se tient dans le cadre d’une concertation préalable volontaire pour BMP qui est porté par la Société de production d’énergie gardannaise (Speg), détenue par l’Association des travailleurs de la centrale de Gardanne (ATCG). Pour rappel, les travailleurs espèrent produire du gaz dit « vert » via un procédé industriel de pointe pour transformer du bois de récupération en fin de vie en combinant pyrolyse et méthanation, mais sans incinération. Il y a déjà eu plusieurs réunions : les 12 et 26 mai derniers. Et un dossier de concertation est à disposition dans les mairies du périmètre large du projet.

    A.B.

  • La Cour des comptes s’attaque à la centrale de Gardanne

    La Cour des comptes s’attaque à la centrale de Gardanne

    La très libérale Cour des comptes (CRC) s’est penchée sur le cas de l’arrêt des centrales à charbon dans un rapport publié ce mercredi 25 février. Forcément, elle s’est largement attardée sur le cas de la centrale thermique de Gardanne et n’y va pas de main morte dans ses observations. Elle explique entre autres que l’installation a « un bilan carbone critiquable et un impact environnemental contesté ». Mais pointe surtout que « le soutien public important accordé au producteur en fin d’année 2024 présente un risque élevé pour les finances publiques ». Et sort du chapeau, sans développer le calcul, le montant potentiel d’1,5 milliard d’euros comme « coût aux finances publiques dans certaines hypothèses étudiées par l’administration ».

    Elle cible ici le contrat de revente d’électricité entre GazelEnergie et l’État à 800 millions signé en 2024. Un contrat qui a « d’importantes fragilités juridiques, pour une installation dont la justification technique n’est pas avérée » selon la CRC. Outre ses traditionnelles errances méthodologiques, elle fait à peine état des mouvements sociaux sur le site et du combat des salariés pour la survie de l’écosystème économique du bassin minier. Justement, la CGT du site «  ne souhaite pas commenter pour l’heure » le rapport mais « reste vigilante sur le sujet ». Et GazelEnergie balaie d’un revers de main les dires du rapport de la CRC. « On conteste fermement le chiffre d’1,5 milliard. Les négociations avec l’État avaient justement pour but de réduire le montant du contrat », répond Camille Jaffrelo, porte-parole du groupe. Et d’assurer : « On se tient à disposition de la CRE [Commission de régulation de l’énergie, Ndlr.] qui confirmera que le contrat est bien de l’ordre d’une centaine de millions par an. »

  • Gazel à la recherche de projets initiateurs d’emplois

    Gazel à la recherche de projets initiateurs d’emplois

    C’est dans la continuité de la raison pour laquelle elle a été fondée que la Fondation Gazel Energie lance un appel à projet inédit dans le bassin gardannais. Créée pour « accompagner le territoire dans le cadre de l’arrêt charbon décidé par l’État (….) », précise le groupe et fournisseur d’énergie dans un communiqué de presse, alors que des centaines de salariés, dont ceux de la Centrale de Provence, perdaient leur emploi, la Fondation se donne pour mission « d’apporter son soutien au territoire, au développement économique et social de celui-ci ». A Gardanne comme dans d’autres anciens bassins miniers.

    L’emploi, critère premier

    Dans cette lignée, un appel à projets est lancé par la fondation. « En l’occurrence, cet appel à projet qui est question d’être une aide financière sur des activités qui permettraient de recréer, créer et maintenir de l’emploi, précise Camille Jaffrelo, porte-parole pour Gazel Energie. L’appel est en guichet ouvert mais on va mettre une séance avec le comité de conseil mi-février, on aimerait idéalement recevoir les dossiers début février. Plus tard, ils seront évalués dans le comité d’après. Les dossiers sont assez simples, ils sont téléchargeables sur notre site, c’est un document d’une page à remplir. » Le champ des propositions se veut élargi, précise également Camille Jaffrelo, et peuvent aller de l’associatif à l’entrepreneuriat, tant que le critère de création d’emploi reste une priorité. Et s’il reste le critère principal à être respecté par les porteurs de projet, d’autres critères sont également listés par Gazel Energie. Parmi lesquels la « lutte contre le changement climatique » et « la préservation et l’amélioration de l’environnement et de la biodiversité dans ces territoire », assure l’entreprise.

  • Des embauches plus que symboliques pour les salariés de la Centrale de Gardanne

    Des embauches plus que symboliques pour les salariés de la Centrale de Gardanne

    Enfin, la lumière au bout du tunnel pour les salariés de la Centrale de Gardanne. En sous-préfecture d’Aix-en-Provence, ce mercredi, représentants des salariés, de l’État, de l’association des travailleurs du site et de la CGT se sont réunis pour des signatures de contrats de travail inédites. Inédites, car le projet industriel qu’ils portent depuis plusieurs années, fruit d’âpres luttes syndicales et d’innombrables conflits sociaux, devient enfin concret.

    Après la fermeture de la centrale à charbon en 2018, depuis reconvertie en centrale biomasse, l’idée de la création d’une unité de production d’énergie sur le site, qui permettrait la réembauche des salariés licenciés du fait de la fin du charbon, avait germé. Cette idée est désormais une réalité avec la signature des trois premiers contrats de la société d’exploitation Provex, issue du travail de l’Association des travailleurs de la Centrale de Gardanne (ATCG) porteuse du projet « BioMéthane Provence ».

    « On a toujours eu les idées claires pour l’avenir, on avait l’exemple des Fralib… Comme quoi la lutte paie ! », se réjouit Michaël Bounoua, pour la CGT du site. « C’est une journée un peu exceptionnelle qui scelle dans le marbre un combat de 7 ans », renchérit Pascal Galéoté, secrétaire général de la CGT du Grand port maritime de Marseille (GPMM) et représentant l’UD CGT 13 ce jour. Même le sous-préfet d’Aix, Mathieu Gatineau, s’affiche grand sourire : « c’est la clôture heureuse d’un épisode social douloureux. » Avant de développer : « C’est la fin d’un épisode historique et le début d’une nouvelle ère que nous espérons tous. Les travailleurs de la centrale ont été dans l’innovation. »

    Une nouvelle ère qui devient concrète pour Nicolas, Khalil et Bouziane, qui signent un contrat au statut des travailleurs des Industries électriques et gazières (IEG). Tous ont été licenciés du site, deux sont issus d’un sous-traitant de GazelEnergie, propriétaire de la Centrale, mais ont quand même « subi de plein fouet le plan de licenciement puisqu’ils étaient avec la CGT dans le mouvement social ». Le troisième a directement été visé par le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) mené à la centrale, en 2021, et fait partie des « 27 licenciés » pour lesquels les travailleurs de la Centrale se sont tant battus.

    À l’origine, 90 travailleurs de la Centrale étaient concernés par ce PSE, dont une « quarantaine de licenciés contraints ». Mais, entre les départs à la retraite et ceux qui ont préféré partir pour d’autres horizons, on arrive aux fameux 27. Lesquels ont été soumis à un congé spécifique d’accompagnement (CAS), dispositif mis en place suite à la fin du charbon, qui devait bientôt prendre fin pour la plupart, impliquant donc du chômage pour ces derniers. Mais il faut retenir que tous vont être réembauchés, à terme, grâce à BioMéthane Provence. « Une solution a été trouvée pour chacun », insiste Mathieu Gatineau. « C’est ce qui nous a animés : que chaque salarié retrouve un emploi », abonde Loïc Delpech, président de l’ATCG (lire entretien ci-contre).

    « Décarboner en créant

    de l’emploi »

    Après ces trois recrutements, une deuxième vague de huit autres salariés est prévue, le mois prochain, puis le reste des licenciés d’ici janvier 2027. À terme, le projet prévoit une cinquantaine d’emplois directs. « Même si ça a été un sentier long et tortueux, on salue la responsabilité des autorités, qu’il a fallu bousculer, par des mots et par moments », note Pascal Galéoté. Avant de souligner « le travail colossal » des salariés pour faire aboutir le projet et d’applaudir « l’exemple de ce que peut amener la lutte ».

    Un exemple à plus d’un titre, notamment sur le plan industriel et écologique. Maël Disa, fondateur de Gazotech, entreprise nantaise et associée aux salariés pour la création de Provex, loue une « première étape d’un projet de reconversion sociale qui est bien plus large : un projet industriel neuf sur le site de la Centrale ». Il rappelle que l’industrie à venir est « ambitieuse, quasi une première mondiale », puisqu’elle s’appuie sur de la récupération de bois déchet et un procédé de pyrogazéification pour la création de biogaz et son injection dans le réseau. « Et, ultimement, être liquéfié pour servir de carburant GNL [Gaz naturel liquéfié] pour les navires », développe-t-il. Avant de préciser : « On est sûr un projet circulaire, avec des intrants locaux, qui sinon partiraient ailleurs par camions. Et avec une récupération des cendres pour en faire du biocharbon qui remplace le fossile ». En bref : « Décarboner tout en créant de l’emploi. »

    Encore des étapes à franchir

    « On va continuer à accompagner le projet, sur le plan financier avec une partie des études qui restent à faire et aider à aller chercher des financements auprès de l’ensemble des partenaires institutionnels », précise le sous-préfet, Mathieu Gatineau. Car il reste bien quelques étapes d’importantes. Comme le résume Pascal Galéoté : « On ne parle pas encore de victoire, car le chemin est encore long. » Et notamment « des études qui doivent permettre l’aboutissement total du projet », précise Loïc Delpech. Et aussi une « autorisation environnementale à faire instruire ». Le tout étant intrinsèquement lié à l’activité de la centrale de Gardanne, dont l’arrêté préfectoral d’autorisation d’exploitation avait fait l’objet de débats juridiques et d’une nouvelle enquête publique, cette année.

  • Quel avenir pour l’écoplateforme de la centrale de Gardanne ?

    Quel avenir pour l’écoplateforme de la centrale de Gardanne ?

    Se dirige-t-on vers une transformation d’ampleur du site de la centrale thermique de Gardanne ? Après un mois de consultations des riverains et autres acteurs du territoire de Gardanne et Meyreuil, l’enquête publique sur le développement d’une « écoplateforme industrielle » s’est conclue, ce jeudi 23 octobre.

    L’objectif affiché est de réindustrialiser le site via l’exploitation des parcelles inutilisées, ou presque, de l’immense terrain ancienne centrale à charbon. « Il s’agit de dépolluer, déconstruire et viabiliser une dizaine de parcelles représentant environ 30 hectares sur l’ensemble des 73 hectares du site. Ces parcelles sont destinées à accueillir des industriels qui loueront leurs emplacements via des baux de longue durée », expose la note technique de l’enquête publique. « C’est une enquête publique sur le réaménagement du foncier, la réhabilitation du terrain. On allotit le site en faisant des parcelles dans une logique de zéro artificialisation des sols », précise Camille Jaffrelo, porte-parole de GazelEnergie. Dans le détail, la consultation du projet portait sur trois phases distinctes de travaux, avec un découpage en 18 parcelles à terme.

    La première phase se concentre sur « les travaux de viabilisation des parcelles » et la préparation des terrains avec raccordements des réseaux d’eau, télécoms… La deuxième porte sur « la démolition de la TAR (Tour Aero-Réfrigérée), un bâtiment de 65m de hauteur et 100m de diamètre, pour un coût estimé à environ 3 millions d’euros », toujours selon les documents de l’enquête publique. Même principe pour la troisième phase, avec le démantèlement de la Tranche 5, l’ancienne unité de production au charbon et de sa cheminée, estimée à plus de 30 millions d’euros. En bref, une « remise en valeur du site en vue de sa réindustrialisation et la création d’emplois », selon Camille Jaffrelo, qui table sur plus de 500 emplois directs créés à terme.

    Riverains et écolos mécontents ?

    Reste que les intentions affichées par l’industriel ne sont pas entendues de cette oreille par différents collectifs de riverains et associations de défense de l’environnement. À l’image de l’Association de lutte contre les nuisances et la pollution (ALNP, membre de FNE13) qui compte plus de 80 adhérents, dont les CIQ Ouest et Est de la cité, mais aussi le comité d’intérêt de quartier de Langarié, de Fuveau Ouest… « On craint qu’on installe une industrie et qu’une fois qu’elle est là, qu’on nous montre ce qu’elle génère, contents ou pas contents. Vous ne nous dites pas quelles industries vous mettrez, vous ne nous parlez pas des effets cumulés ? Moi, je dis non », martèle Olivier Beuret, président de l’ALNP, à l’adresse de GazelEnergie. Même ressenti du côté de Jean-Luc Le Mouel, co-président du CIQ Gardanne Est : « Si on remet 18 grosses usines par-dessus, on se tire, on s’en va ! » Et une pétition lancée en ligne contre le projet a récolté près de 1 240 signatures.

    Des inquiétudes pas légitimes aux yeux GazelEnergie : « Les critiques sur le manque de communication ne sont pas entendables… Rien n’a été fait en catimini, l’enquête publique s’est tenue normalement, avec du débat. » Et surtout, sur le fond, l’entreprise explique que le découpage en 18 parcelles n’implique pas l’arrivée de 18 projets industriels. Et encore moins l’installation de « 18 industries lourdes », selon Camille Jaffrelo. Qui insiste : « Chacun des projets qui pourrait venir s’implanter aura son propre dossier d’instruction avec les études d’impacts, de danger et effets cumulés. Mais d’abord nous devons commencer par le début : réhabiliter le terrain. » Elle évoque plus globalement des « arguments fallacieux » : « Certains expliquent que le projet de pyrogazéification porté par les salariés et l’ATCG [Association des travailleurs de la centrale de Gardanne, Ndlr.] serait un incinérateur, qu’il y aurait une scierie géante, ce sont des fake-news et ce n’est pas le sujet de l’enquête publique. »

    La CGT favorable,

    mais nuancé

    En parlant du projet des salariés, Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT du site, est très clair sur la position du syndicat : « On est favorable au développement industriel du site et à la création d’emplois qui ont pour vocation la production d’énergie, tant qu’ils intègrent la prise en compte de l’environnement, de la réponse aux besoins et créateurs d’emplois statutaires. » Un avis nuancé donc, d’autant que le projet porté par les salariés, Bio-Méthane Provence, aboutira « que l’écoplateforme se fasse ou non ». « Nous ne rentrons pas dans le cadre de l’enquête publique actuelle, rien ne ralentira la faisabilité de notre projet », insiste le syndicaliste.

    GazelEnergie dit plancher sur l’installation potentielle de site en lien avec « des batteries électriques, datacenter et, en parallèle, la pose d’ombrières solaires sur les parkings actuels ». Si « rien n’est acté pour l’heure », l’entreprise vise des projets industriels « légers ».

  • Le sourire des salariés de la Centrale

    Le sourire des salariés de la Centrale

    «Le combat a démarré en 2018 », rappelle Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT Centrale de Gardanne. Ce vendredi, au pied de la centrale thermique de Gardanne, lieu devenu symbolique de la lutte pour l’emploi, les salariés du site célèbrent la victoire après un accord historique entre la Centrale, GazelEnergie, propriétaire du site, et l’état, arraché après de nombreuses années de mobilisation. Sur place, des représentants de l’UD CGT, du Parti communiste (PCF), élus d’oppositions du Collectif Citoyen Gardanne-Biver, les Unions locales du département, mais aussi la CGT des dockers, des portuaires, des cheminots, des territoriaux, corporations avec lesquelles les actions de la mobilisation ont plus d’une fois convergé.

    Pour mémoire, le combat s’est construit autour de deux axes : permettre à 27 des salariés licenciés après la fermeture de la tranche charbon d’être réembaucher en conservant leur statut industrie électrique et gazière (IEG), et le projet de production de biométhane sur le site, travaillé et porté par les licenciés, justement. Une première grève de quatorze mois, un an après l’annonce de l’arrêt de la production d’électricité à base de charbon, a été le début d’une lutte syndicale parfois épuisante.

    Le combat « a été très long, a demandé des sacrifices pour tous les travailleurs », rappelle Jean-Michel Roccasalva. On a cravaché pour que ce projet corresponde à tous nos besoins et qu’il n’y ait pas de possibilité de le dédouaner. Avec le rapport de force, le projet industriel, la convergence entre les fédérations, on a pu signer, le 31 juillet, ce protocole d’accord. Quand on s’organise et qu’on est convaincu, il n’y a aucune raison de ne pas gagner un combat. Cette victoire est belle, mais ce n’est pas la dernière. On a encore du travail. On a des gouvernements qui se succèdent, qui font semblant et n’ont que l’envie de décider comme des monarques et dictateurs. On n’est pas à l’abri d’une remise en cause, mais pour autant, on va rester optimistes. » « La lutte paie, c’est un exemple, il y en a eu plein comme ça. La dernière ligne droite n’est pas toujours sans danger, mais nous n’avons aucun doute que vous saurez tenir le cap », soutient Claude Martin, secrétaire fédéral de la CGT FNME (Fédération nationale des mines et énergie).

    « Solutions alternatives »

    Parmi les salariés, la bonne humeur est de mise sur cette matinée de célébration, bien que tous restent vigilants pour la suite, contexte national oblige. « C’est un soulagement énorme, même s’il nous reste encore quelques étapes dans la construction du projet, témoigne Franck Traversari, l’un des 27 salariés. On a vécu pendant des années avec la peur du lendemain. Mener un conflit, c’est être pointé du doigt au quotidien. Mais aujourd’hui, on a des garanties pour que le projet se réalise. Les premières embauches se font en décembre, c’est un acte fort pour l’avenir. Aujourd’hui, on dit que oui, il y a des solutions alternatives, qu’il ne suffit plus de fermer des postes et licencier. »

    à ceux qui sont dans la rue depuis le 10 septembre, Franck Traversari appelle à tenir le bon bout, même si le choix d’être gréviste pèse sur le quotidien. « Il faut prendre en main son destin et cela passe par la convergence des revendications pour peser sur l’état et l’ensemble des entreprises », estime-t-il.

    Constat partagé par Guillaume, qui reconnaît, lui aussi, le poids de la lutte sur la vie de ceux qui la mènent. « Il y a une satisfaction à ne pas avoir lâché, à avoir cru en notre projet et la solidarité entre les uns et les autres. Ce n’est pas encore fini, on ne sait jamais, il faut encore que l’usine sorte de terre », rapporte ce salarié qui, lui aussi, sera réembauché prochainement. « à ceux qui luttent pour leurs droits, je leur dis d’être un acteur du syndicat, ne pas laisser la direction dicter une vision unique de l’entreprise », ajoute Guillaume, qui conseille aux salariés en lutte, sur le territoire national, de s’organiser. « Il y a eu des hauts, des bas, mais la fin paie. ça n’a pas été des moments faciles, on a eu de la chance que nos familles nous suivent : on ne pouvait pas se laisser faire sans réagir. Pour nous, la lutte ne se terminera jamais, rien n’est acquis, on ne peut compter que sur nous-même tant qu’on ne verra pas le début de la construction de la nouvelle unité de production, intervient de son côté Christophe, qui fera partie des deux salariés réembauchés, mais sur la tranche biomasse. Il n’y a que la lutte qui paie, mais surtout la lutte solidaire, ensemble. »

    La notion de solidarité, elle, a marqué les prises de paroles des différentes fédérations sur place, chacune ayant joué son rôle dans cette première victoire. Et doit se poursuivre. « Dans une période marquée par les conflits, par un génocide à Gaza, profitons de ce moment de fraternité qui, parfois, fait défaut au détriment d’un individualisme qui nous ronge, rappelle Serge Coutouris, secrétaire général adjoint de la Fédération nationale des ports et docks. N’oublions pas l’importance de ces moments, pour que, tous ensemble, nous continuions de croire que nous y arriverons. »

    ET AUSSI

    10 ans de réussite des Scop-Ti

    De la menace d’une fermeture totale d’un site à la reprise de l’activité par une coopérative ouvrière, il n’y a qu’un pas et… 1 336 jours de lutte. Les Scop-Ti, ou Fralib, qui ont victorieusement fait plier Unilever, fêtaient leurs 10 ans, en mai 2024.

    La CPMM plus forte que la SAD

    Autre exemple de lutte victorieuse : celle des salariés de l’ex-SAD, filiale marseillaise de Presstalis, messagerie de presse. Depuis la liquidation de cette dernière, les ouvriers du papier ont repris l’activité et la développent avec plus de salariés, une activité diversifiée…

  • Un projet pour verdir et pérenniser l’industrie

    Un projet pour verdir et pérenniser l’industrie

    « On fait un échange comme au collège ! » plaisante Robin Matta, secrétaire du syndicat CGT des cheminots en région Paca, en montant les escaliers des locaux de Miramas ce jeudi 25 septembre. Le matin même, les travailleurs du rail visitaient les installations de la centrale de Gardanne. L’après-midi, retour à l’envoyeur. Alors que la contestation sociale bat son plein et que les syndicats sont accusés de toute part de bloquer le pays, les organisations des deux industries présentent un projet de chaîne logistique décarbonée entre le Grand Port maritime de Marseille et l’exploitation de GazelEnergie.

    Depuis le redémarrage de l’unité biomasse en avril 2022, près de 240 000 tonnes de biomasse (sur les 400 000 tonnes nécessaires au total) doivent être acheminées de l’international chaque année pour produire de l’électricité. « Aujourd’hui, GazelEnergie préfère le transit par camions, ce qui représente 100 camions par jour avec tout ce que ça incombe en termes de pollution, de détérioration et de surcharge du réseau routier, explique Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT du site. La décarbonation ne passe pas que par la limitation des émissions du process, mais aussi par l’approche de nos intrants et leur acheminement. » Le syndicat revendique donc le retour de l’activité ferroviaire qui était en place jusqu’en 2019.

    Cette solution reposerait sur la voie ferrée Miramas/Aix-en-Provence via Rognac, qui servait autrefois à l’envoi de bauxite en direction de Pechiney, aujourd’hui Alteo, pour la production d’alumines. « Les infrastructures existent, mais jusqu’à quand ? demande Robin Matta. Il n’y a plus aucun train qui circule sur cette voie, qui est donc en péril. Pour nous, il y a urgence à maintenir un trafic sur cette ligne. Il y va de sa survie. Nous portons également un projet de développement en termes de service voyageurs pour partir de Miramas et aller à Aix en direct, sans avoir à passer par Marseille. »

    À moyen terme, la future activité de production de biométhane de la centrale de Gardanne pourrait également reposer sur le transport ferroviaire, évitant la circulation de vingt camions supplémentaires par jour.

    Un choix politique

    La CGT assure que cette solution n’engendrerait pas de coût supplémentaire en termes de travaux tout en pérennisant les emplois. « Pour la gare de triage de Miramas, ça nous permettrait de retrouver plus d’une cinquantaine d’emplois que nous avons perdus depuis 2019 », calcule Robin Matta. Du côté de la centrale, il s’agit d’assurer l’avenir des 27 salariés licenciés qui seront réembauchés dès le mois de décembre, selon les termes du protocole signé entre le syndicat et la direction.

    Le secrétaire CGT des cheminots Paca fait le lien avec la mobilisation sociale actuelle : « Nous voulons produire, c’est ce que nous disons aux services de l’État et à nos entreprises : il faut arrêter de liquider nos outils industriels. Sans appareil productif, nous ne pourrons pas régler nos problèmes de financement de notre sécurité sociale, de nos services publics ou d’augmentations salariales. Il s’agit d’investissements et de choix politiques. »

  • La grève reconductible démarre dans les entreprises électriques et gazières

    La grève reconductible démarre dans les entreprises électriques et gazières

    « Les électriciens gaziers défendent leurs salaires et emplois mais aussi le service public sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur 24 », résume Fabrice Coudour, secrétaire général de la fédération nationale des mines et de l’énergie de la CGT (FNME). À l’occasion d’une réunion d’information publique des personnels lundi, le syndicat explicite le mouvement de grève reconductible national entamé ce mardi. En question, la revalorisation de la grille des salaires ainsi que la baisse de TVA pour les usagers.

    De nombreux piquets de grève apparaissent sur la carte interactive de la fédération syndicale dans notre région, à l’instar d’Enedis de Tarascon à Fréjus, à la centrale EDF Martigues et GazelEnergie Gardanne, à GRDF et RTE Marseille, ou comme à Elengy Fos-sur-Mer. La FNME-CGT cherche à obtenir « la réévaluation des grilles de salaires à hauteur de 9% », indique son secrétaire général, comme pour l’indemnité d’astreinte, ainsi que des échelons d’ancienneté en plus « pour toutes les entreprises des industries électriques et gazières ».

    « Le marché libéral explose les factures »

    Au-delà des revendications internes à la vie d’entreprise, la Fédération des mines et énergie défend également une autre politique publique en la matière. « Année après année, le secteur a été libéralisé et les factures n’ont fait qu’exploser », affirme Fabrice Coudour, qui parle de « pansement » au sujet du chèque énergie entre autres dispositifs « pour masquer l’hémorragie du marché qui ne produit rien mais fait augmenter la note » de l’usager.

    La fédération CGT explique le lien entre salaires et factures, en partant du coût moyen du tarif bleu grand public, à 22,44 centimes d’euros du kilowatt par heure. « La part de production et d’acheminement, l’industrie, représente 65% du tarif », détaille le secrétaire général de la FNME, contre « 20%de TVA et 14% de masse salariale ». L’augmentation des salaires de 9% et la baisse du tarif pour les usagers se conjuguent dans « la baisse de la TVA à 5,5% » comme variable d’ajustement, la part technique n’évoluant pas d’après le syndicat.

    De quoi donner de l’énergie à la rentrée sociale.