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  • Gaëlle Levêque : « Avec un Géoparc, on renforce notre identité »

    Gaëlle Levêque : « Avec un Géoparc, on renforce notre identité »

    La Marseillaise : Qu’est-ce
    qu’un Géoparc ?

    Gaëlle Levêque : Un Géoparc est une zone géographique avec une concentration de richesses géologiques. L’idée a d’abord été portée par l’association « Demain la Terre » du Lodévois Larzac qui a sensibilisé les communes du Cœur d’Hérault qui ont des richesses géologiques. Avec le président Kléber Mesquida, le Département a d’abord financé l’étude puis porté la démarche du Géoparc.

    On découvre des richesses cachées…

    G.L. : Tout à fait. On a été retenus parce qu’on parcourt 540 millions d’années. Parmi nos 11 sites de valeur internationale, 3 sont des stratotypes, des références mondiales d’un âge géologique ou d’un passage entre deux âges géologiques. Ils retracent la période qui va du dévonien (419 millions d’années) au carbonifère (359 millions d’années). Parmi ces trois sites, on a le Pic de Vissou, Graissessac et Cessenon-sur-Orb. Les roches y sont des points de référence internationale du passage du dévonien au carbonifère, c’est assez extraordinaire.

    Quelles sont les roches
    qu’on trouve dans le Géoparc ?

    G.L. : On a du schiste, du gneiss, le marbre rouge à Coumiac, des mines de charbon, le réseau karstique calcaire du plateau du Larzac, les dolomies du Cirque de Mourèze, les ruffes du Salagou… Chaque typologie de pierre va renvoyer à une production, une typologie de métiers, à ce qu’a fait l’Homme avec ces ressources. Ça met en lien nos paysages et nos savoir-faire. À travers un Géoparc, on s’approprie notre Histoire, cela renforce notre identité. On peut aussi penser à l’avenir. Dans le cadre du réchauffement climatique, connaître notre sous-sol est une sacrée richesse. Ça a du sens dans ce monde perturbé. Il y a un aspect éducation et développement durable dans le Géoparc, territoire résilient.

    Que va changer ce label de 4 ans ?

    G.L. : Je ne suis pas inquiète pour la suite. On a mené des actions sans attendre la labellisation. On a formé 42 géomédiateurs (guides, experts) pour transmettre le savoir. On a 58 géosites, 67 géopartenaires (communes, offices du tourisme, syndicats, grands sites, associations, privés). On a déjà un site internet très riche, 10 géorandonnées. On est dans la logique du tourisme durable développé par Hérault Tourisme. Les aspirations des gens vont dans le sens du respect, moins dans le tourisme de masse. Ils cherchent des pépites. À nous de les rendre désirables. Il y a les grands sites de France, lac du Salagou, Cirque de Navacelle, Gorges de l’Hérault, Chemins de Compostelle. Mais aussi les Causses et Cévennes sur le pastoralisme. Ces phares existent parce qu’il y a une géologie extraordinaire. L’exposition permanente du musée de Lodève raconte ces 540 millions d’années.

  • Les Terres d’Hérault obtiennent le sésame Géoparc mondial Unesco

    Les Terres d’Hérault obtiennent le sésame Géoparc mondial Unesco

    C’est fait ! Au bout d’un marathon administratif de 2 ans coordonné par le Département de l’Hérault, cette belle idée que des chercheurs et associations avaient fait germer il y a 10 ans est désormais une réalité. Les Terres d’Hérault, composées de 111 communes réparties sur 2 046 km² forment officiellement un Géoparc de renommée mondiale, comme 229 autres Géoparcs dans 50 pays. C’est-à-dire une zone géographique protégée qui possède une richesse géologique de valeur internationale, avec une importance scientifique, éducative et culturelle.

    Au titre de ses 540 millions d’années d’histoire et des trésors qu’il abrite, ce territoire a reçu jeudi 23 avril le sésame de l’Unesco : le label de Géoparc mondial, seulement le 10e décerné en France. « C’est la concrétisation d’un travail collectif avec les élus, les habitants et tous les acteurs locaux [178 partenaires, Ndlr]. Ce label est l’accomplissement d’une ambition forte mais aussi le commencement d’une nouvelle étape de ce projet qui fera rayonner notre territoire pour de nombreuses années à venir », se félicite le président héraultais, Kléber Mesquida (divers gauche).

    Les richesses à découvrir

    Tandis que la cérémonie officielle aura lieu lundi 27 avril à Paris, il faut rappeler que ce label est décerné au moins pour 4 ans. Et que le travail des équipes pour se montrer à la hauteur des attentes de l’Unesco ne fait donc que commencer. « Nous allons nous appuyer sur nos 67 géopartenaires pour faire vivres ces sites », promet Gaëlle Levêque, l’élue héraultaise qui a piloté le dossier (lire ci-dessous).

    Au nombre de 58, les géosites sont répartis dans 4 principales Communautés de communes (Lodévois/Larzac, Clermontais, Vallée de l’Hérault, Grand Orb) ainsi que quelques communes avoisinantes. Les diverses roches (ruffe, basalte, calcaire, granite, gneiss, schiste, grès…) qu’on retrouve sur ces géosites sont les témoins des grandes ères géologiques qui ont façonné nos paysages à travers les millénaires. Datant de l’ère paléozoïque (la plus ancienne), les massifs du Caroux et de l’Espinouse (granites et gneiss) racontent l’histoire de la chaîne Hercynienne. La fragmentation des schistes a permis des sols favorables à la viticulture dans les Avants-Monts. La carrière de marbre rouge de Coumiac est le résultat de la transformation de calcaires en marbres. Puis, en s’érodant, cette chaîne de montagnes a donné naissance au bassin charbonnier de Graissessac et au bassin permien de Lodève. Les mines du pays d’Orb témoignent aussi des dépôts de charbon d’il y a 305 millions d’années.

    La submersion due à la formation de l’océan Téthys Ligure entraîne le dépôt de sédiments qui donnent lieu aux calcaires des Causses du Lodévois Larzac dont le Cirque de Navacelles est la pépite la plus connue. Les Gorges de l’Hérault ou les dolomies du Cirque de Mourèze sont d’autres héritages de cette période (160 millions d’années).

    Les volcans apparus il y a 2 millions d’années laissent des terrains fertiles et des roches basaltiques noires dont le Neck de la Roque, près du lac du Salagou est un témoin. En les enrichissant de minéraux, les basaltes donnent aux sols une grande fertilité propice aux cultures. À l’instar du Pont du Diable, la Méditerranée avancera jusqu’au pied des reliefs calcaires.

    Le centre Hérault (Soumont, Lodévois) abrite aussi des vestiges archéologiques. Les eaux thermales d’Avène ou Lamalou-les-Bains tirent leurs propriétés médicales de leurs interactions avec les roches. Enfin, sur les grands Causses du nord, les activités pastorales de l’Homme ont façonné les paysages. C’est ce patrimoine que veut faire fructifier K. Mesquida grâce au Géoparc. « Nous construisons aujourd’hui ensemble l’héritage précieux qui sera confié aux générations futures. »

    Infos : geoparc.herault.fr

  • [Entretien] Gaëlle Lévêque : « L’image renvoyée par les politiques nationaux met à mal celle de l’élu local »

    [Entretien] Gaëlle Lévêque : « L’image renvoyée par les politiques nationaux met à mal celle de l’élu local »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir pris cette décision ?

    Gaëlle Lévêque : C’est le fruit d’une réflexion qui a été assez longue. C’est aussi le constat qu’être élue, c’est un engagement citoyen, un engagement qui est sur un temps donné. On n’est pas sur un métier mais sur une fonction liée à un territoire. J’arrive à la fin de mon troisième mandat d’élue à la ville de Lodève – j’étais adjointe sur les deux précédents [de 2008 à 2020, Ndlr.] – et c’est déjà un temps relativement conséquent. La fonction de maire est une fonction totale et absolue en termes d’investissement. On est disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C’est bien quand c’est un temps de sa vie et pas toute sa vie.

    En 18 ans de mandat, avez-vous vu la fonction du maire évoluer ?

    G.L. : Ce qui est certain, c’est que ce mandat 2020-2026 a été marqué par une complexité plus grande. Déjà, il a démarré en plein Covid : plein de choses qu’on avait prévues n’ont pas été réalisées du fait des confinements, et puis de toutes les contraintes liées à la pandémie. Ce mandat a aussi été marqué par la crise énergétique, ce qui fait que dès 2022 on a été obligé de réorienter plein d’investissements qu’on voulait réaliser sur la ville pour se focaliser sur la baisse de la consommation énergétique. Nous avons effectué de gros travaux sur plusieurs bâtiments publics à isoler et des changements de chaudières, tout ça pour arriver à diminuer notre consommation d’électricité vu l’augmentation qu’il y avait eue au niveau des prix. Dernièrement, il y a enfin le contexte politique national, l’incertitude budgétaire depuis la fin d’année dernière et les annonces des gouvernements successifs sur la nécessité de réduire la dette publique, qui passerait par une réduction des dotations aux collectivités. Tout cela donne un mandat vraiment très difficile. On a du mal à se projeter.

    Au-delà de ces facteurs externes, l’image de l’élu a-t-elle changé ?

    G.L. : Elle se complexifie. L’image que renvoient les politiques nationaux sur le rôle d’élu, on le ressent au niveau local. Pourtant, je pense que ce sont des fonctions qui sont très différentes, vu que nous sommes au contact permanent de la population sur des projets qui touchent directement les habitants. Il y a quand même, je pense, une dégradation du sentiment de l’opinion publique vis-à-vis des élus en général, à cause des élus nationaux qui, à mon sens, donnent des très mauvais signaux. Les conséquences qu’on peut avoir sur le terrain, c’est qu’on a l’impression que les gens ont beaucoup moins de respect pour la fonction de l’élu et donc du maire, des adjoints, et des conseillers municipaux.

    Certains dénoncent des pressions, qui mènent parfois même à des violences de la part des administrés. Vous le constatez aussi ?

    G.L. : Oui, alors je n’ai jamais subi de violence. Mais en fait, on sent une telle angoisse chez les gens, une angoisse d’avenir, on est dans une situation qui est très tendue socialement, politiquement, économiquement, etc. Tout ça génère de l’angoisse. Et quand il y a de l’angoisse, il y a de l’agressivité. Et on nous met sur les épaules, nous élus locaux, des choses qui ne sont pas de notre ressort. Ce qui n’est pas très grave, mais on sent vraiment qu’il y a une tension. Il y a aussi le phénomène des réseaux sociaux, qui sont un sacré déversoir d’angoisse encore une fois, et on voit des mots qui sont un peu affolants quand même.

    Pour les élections municipales de 2026, beaucoup d’édiles ont annoncé ne pas se représenter et jeter l’éponge. Peut-on parler de crise de la vocation ?

    G.L. : Oui, je les comprends, et j’échange énormément avec des élus qui sont dépassés par rapport à tout ce que je viens de vous dire. On peut aussi ajouter le fait qu’on est dans une société qui a empilé les réglementations les unes sur les autres. Nous, sur le terrain, on doit à la fois les appliquer et les faire appliquer. Souvent, on a des injonctions contradictoires entre ce que la réglementation nous impose, et ce qui est attendu de nous. Et ça, tous les élus locaux le vivent.

    Comment voyez-vous la suite ?

    G.L. : Il y a une équipe en cours de construction, avec un programme en cours d’élaboration. Je les soutiendrai du mieux que je pourrai parce que c’est la continuité du travail qu’on a fait ensemble depuis 18 ans, donc je suis très attachée à cette manière de faire et d’envisager un mandat municipal. Et puis après, je suis conseillère départementale du canton de Lodève avec un mandat jusqu’en 2028, donc je resterai sur le terrain et auprès de Lodève et des Lodévois.