Tag: fret

  • Mal embarqué, le transport fluvial cherche son pilote

    Mal embarqué, le transport fluvial cherche son pilote

    C’est un cri d’alerte que lance l’ex-président des Aéroports de Paris. « L’inaction aurait un coût considérable : celui d’un corridor qui se délite, d’opportunités industrielles perdues, et d’un risque réel de déclassement face aux ports concurrents », écrit Augustin de Romanet dans ses conclusions. Celui-ci a rendu ce jeudi 4 juin son rapport consacré au développement de l’axe Méditerranée – Rhône – Saône, un corridor logistique crucial qui concentre plus d’un tiers du produit intérieur brut français, débouché du Grand Port maritime de Marseille-Fos. Un rapport de plus, cinq ans après les promesses élyséennes.

    Dans les jardins du Pharo le 2 septembre 2021, le président de la République Emmanuel Macron promettait en effet de transformer le Grand Port maritime « en un grand port fluvio-maritime allant de Marseille à Lyon ». « Le lien entre le port et l’hinterland européen fera l’objet d’aménagements nouveaux et d’investissements exceptionnels », assurait-il. Mais en dix ans, quatre rapports ont été rendus pendant que le gouvernement prenait des décisions contradictoires : créé en 2017, le poste de délégué interministériel chargé de développer l’axe a été supprimé trois ans plus tard. « La plupart des acteurs ont exprimé une grande lassitude et une perte de confiance dans la capacité des pouvoirs publics à porter un projet d’intérêt général », alerte ce cinquième rapport.

    -40% de trafic sur le Rhône

    Car pendant ce temps, le trafic fluvial prend l’eau sur le Rhône. Alors même que seules 5% des marchandises sont transportées sur le fleuve, leur volume a dégringolé de 40% depuis 2015. « Cette situation est d’autant plus regrettable que le fret fluvial présente des performances énergétiques et environnementales nettement supérieures au fret routier », avec trois à cinq fois moins de CO2 émis, déplore le rapport. Et d’alerter sur une situation qui risque de se dégrader face aux « stratégies offensives » des ports de Barcelone et Gênes, et l’ouverture à l’horizon 2035 de la ligne Lyon-Turin qui favorisera le port italien. Cela d’autant plus que la métropole lyonnaise reste un goulet d’étranglement logistique, et que l’État recule sans cesse sur la réalisation d’un contournement ferroviaire chiffré à 1,3 milliard d’euros. « C’est typiquement à cause d’une gouvernance insuffisamment forte de l’axe MeRS que ce projet si essentiel n’a pas encore été, selon nous, décidé par le gouvernement », estime l’ex-président des Aéroports de Paris.

    Alors le rapport préconise la mise en place d’un directoire rassemblant les préfets des trois régions, les présidents des conseils régionaux Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes, le directeur de la Compagnie nationale du Rhône et le président du conseil de surveillance du Grand Port maritime, en recréant le poste supprimé sans raison de délégué interministériel.

    Investissement crucial

    Il appelle aussi à harmoniser la facturation des opérations portuaires et maintenir les aides actuelles, pour que le transport fluvial marqué par de faibles marges et une flotte vieillissante ne soit plus grevé par un surcoût de 50 euros par conteneur par rapport au transport routier. Sur la table également, la création d’un groupement d’intérêt public pour identifier les sites stratégiques en bord de fleuve, susceptibles d’accueillir des projets industriels. Et surtout, il réclame le lancement dès cette année du grand chantier du contournement ferroviaire de Lyon. « Ce rapport n‘aura servi que s’il ouvre la voie à l’action. Il est désormais temps d’agir », conclut Augustin de Romanet.

  • L’État mise sur une « douane de combat »

    L’État mise sur une « douane de combat »

    Un scanner à basse intensité, un poids lourd qui déploie carrément un portique de contrôle, une fouille de conteneur plein d’abricots d’Ouzbékistan, dits « bio », en provenance de Turquie, avec Vertige, labrador d’un an et demi, à la traque aux stupéfiants… Pour la venue de David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, ce vendredi, la direction régionale de la douane déploie tout son savoir-faire.

    « Ce moyen nous a permis de vraiment diversifier nos méthodes de contrôle de fret. C’est un petit scanner qui tourne autour de ce qu’on souhaite contrôler, donc essentiellement des conteneurs comme aujourd’hui », explique Michael Lachaux, son directeur, à bonne distance d’un petit camion blanc. « Cette marchandise est projetée sur l’ordinateur qui se trouve à l’intérieur », le tout en deux minutes à peine poursuit-il. « Les collègues vont faire un comparatif entre ce qui nous est déclaré et ce qui est projeté à l’image, voir s’il y a des anomalies, des incohérences. L’image est en fait similaire à une radio d’un membre du corps. C’est très facile d’interprétation », ajoute Michael Lachaux. Tandis qu’un agent démonte des trappes qui cachent les moteurs du conteneur, il précise que c’est là, planqués dans les ventilateurs, que plus de 67 kg de cocaïne ont été trouvés en janvier.

    Une nouvelle ère technologique

    Un second camion, plus gros, dispose d’un portique pour faire passer les camions dessous et passer au crible leur chargement. Un « investissement, mais on voit en quelques années comment est-ce qu’on a pu gagner en productivité », estime Michael Lachaux. C’est justement sur le renforcement de la technologie que mise le ministre pour « entrer dans un nouvel âge de la douane ».

    Pour armer cette « douane de combat », il prévoit, dans le cadre d’un « plan douane massif demandé par le président de la République », d’installer un scanner fixe à Marseille à partir de l’année 2027, « qui permettra de scanner beaucoup plus de conteneurs ». Un investissement qui dépassera les dix millions d’euros, financés par l’État et par les collectivités locales. Il devrait être implanté sur le terminal conteneur du bassin ouest.

    L’objectif : doubler le volume d’images recueillies sur l’ensemble du territoire, quel que soit le type de marchandise contrôlée, et tripler le volume d’images scannées sur les conteneurs dans les ports.

    « La technologie doit changer de camp » ose-t-il, alors que « la mondialisation vole en éclats » au profit des narcotrafiquants mais aussi « des entreprises établies qui se jouent de nos règles et de nos normes ». « Certaines plateformes extra-européennes, en particulier venant de Chine, ont multiplié les petits colis avec, on l’a vu, un nombre considérable d’infractions » balance-t-il devant Christophe Castaner, un temps conseiller Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) chez Shein, aujourd’hui président du conseil de surveillance du port de Marseille-Fos.

    Interrogé sur un éventuel renfort d’effectifs, il assure qu’il faudra aussi en passer par là, conscient qu’il faut des agents derrière les machines, pour procéder au contrôle en cas de détection, réaliser la procédure, poursuivre les investigations avec les forces de police et de gendarmerie, et collecter en amont le renseignement nécessaire pour orienter les contrôles. Les « besoins » devraient être évalués lors de la préparation du budget 2027.

    Mireille Roubaud

  • Stop-LGV poursuit sa lutte contre le projet de ligne Marseille-Nice

    Stop-LGV poursuit sa lutte contre le projet de ligne Marseille-Nice

    Malgré le feu vert donné par le tribunal administratif de Marseille pour le lancement du projet de ligne à grande vitesse (LGV) entre Marseille et Nice, et malgré le rejet de son recours en juillet dernier, le Collectif Stop LGV Sud Sainte-Baume n’a pas l’intention de rendre les armes. Il tenait, ce jeudi, son assemblée générale, en présence du maire du Beausset, édouard Friedler, ainsi que de membres du collectif « Stop LNPCA », mobilisé contre le même projet dans l’est Var. La réunion a débuté par un hommage à Thierry Dubois, disparu le 30 juillet, membre actif du collectif, « qui a lutté contre la maladie comme il a lutté contre le projet de LGV », salue le président, Didier Cade.

    Ce dernier est ensuite revenu sur le rejet du recours, annonçant que le collectif avait décidé de faire appel : « En première instance, la requête a été jugée recevable. Il a été déclaré que le public était régulièrement informé par la concertation continue, alors qu’on se rend compte, en discutant, qu’ils ne sont pas au courant. Les impacts environnementaux sont jugés acceptables pour les bénéfices attendus, ce que nous réfutons eu égard aux milliers de tonnes de CO2 produites. On n’a pas eu de réponse sur les dangers, alors qu’il y a une faille sismique présente sous le projet. »

    « Les élus ne font rien, même s’ils ne sont pas d’accord »

    Didier Cade évoque ainsi un « problème global sur le ferroviaire en France. Jean-Pierre Farandou, quand il était patron de la SNCF, disait qu’il fallait 100 milliards d’euros pour éviter que le réseau ne s’effondre. Les lignes nouvelles rajoutent des coûts d’entretien, on se met dans une impasse en les créant ».

    La question du financement, pour un projet qui coûtera au minimum 14,8 milliards d’euros, « bien plus que des lignes de même envergure » avance le président du collectif, reste également en suspend. Les 20% supposément apportés par l’Europe restent incertains, « puisquil n’y a rien pour l’instant ». Pour y répondre, la société de financement du projet, dirigée par Renaud Muselier, aussi président (Ren.) de la Région Sud, envisage quant à elle « une modification du protocole, faisant passer la part des collectivités de 40 à 50%, ce qui va peser sur le contribuable. On parle à nouveau de partenariats public-privé, qui vont permettre à des entreprises privées de gagner de l’argent ».

    Concernant la gouvernance de cette société, la Région dispose de la plus grande influence sur les délibérations, avec plus d’un tiers des voix, en tant que principal financeur. La collectivité Sud-Sainte-Baume ne finançant pas le projet, « cela peut coûter cher », estime Didier Cade, car celle-ci n’a pas voix au chapitre. Mais, quoi qu’il en soit, « jusqu’ici, les collectivités et les élus ne font rien, même s’ils ne sont pas d’accord », affirme-t-il.

    La dette de la France, aujourd’hui estimée à 3,482 milliards d’euros, soit 117% du PIB, pourrait-elle freiner le projet ? Selon le président du collectif, « l’expérience montre que non, que les agences de notation n’ont pas d’impact et que les prêteurs ont peut-être intérêt à prêter avec des taux d’intérêt qui explosent ».

    Didier Cade et le collectif invitent à « adapter l’existant ». Selon eux, le problème du fret pourrait être résolu « en achetant des rames et en doublant le nombre de trains », et en entretenant mieux les infrastructures, rappelant que « le Mistral mettait 2h07 pour faire Marseille-Nice en 1970, contre 2h40 aujourd’hui pour le TGV ».

  • La LGV Montpellier-Perpignan enfin sur de bons rails en 2026 ?

    La LGV Montpellier-Perpignan enfin sur de bons rails en 2026 ?

    Seul chaînon manquant de la grande vitesse entre Séville et Amsterdam, la Ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP) pourrait (enfin) faire un pas de géant cette année.

    Réunis le 9 décembre dernier en comité de pilotage, les porteurs du plus grand projet ferroviaire d’Occitanie dont le coût continue d’interroger (a minima 6 milliards d’euros) ont réaffirmé leur volonté de voir les travaux du tronçon Montpellier-Béziers de la Ligne à grande vitesse (LGV) débuter en 2029.

    En signant une nouvelle convention de 68,6 millions d’euros qui rappelle que rien que les études sont onéreuses, la SNCF, l’État, la Région, la Métropole de Montpellier et les autres partenaires actent la perspective de l’ouverture d’un appel d’offre du marché de conception réalisation en septembre 2026.

    Point noir pour les opposants du Bassin de Thau, le comité dédié au futur viaduc de Poussan présidé par le président d’Agglo, Loïc Linarès (PS), a vu son cadre posé suite aux propositions émergentes de l’atelier citoyen.

    Tandis que l’autorisation environnementale est attendue pour mai 2026, l’enquête publique suit son cours. Les diagnostics archéologiques et les sondages géotechniques complémentaires pourront ensuite être engagés. Une étude d’attractivité et de desserte visant à « favoriser l’accroche à la grande vitesse » des territoires des agglos de Sète et d’Agde a également été validée.

    La phase 2 au printemps

    Si la phase 1 semble sur les rails, il reste pas mal de questions à trancher sur la phase 2 (Béziers-Perpignan). A l’instar du premier tronçon Montpellier-Béziers, la seconde partie de la ligne sera-t-elle mixte (fret/voyageurs) ? Va-t-on construire une ou deux gares TGV à Béziers et/ou Narbonne ? La concertation préalable sur la phase 2 dont les modalités seront arrêtées début 2026, est programmée au printemps 2026.

  • La Ville de Martigues veut des garanties sur le contournement autoroutier

    La Ville de Martigues veut des garanties sur le contournement autoroutier

    C’est un record. Jamais conseil municipal n’avait vu autant de délibérations être débattues depuis le début du mandat. Près d’une centaine de points étaient à l’ordre du jour, soit près de 4 heures de séance. Record d’affluence, aussi. Rarement, l’hôtel de ville n’avait accueilli un public aussi nombreux, certaines personnes étant contraintes de s’asseoir par terre.

    Loin d’être ordinaire, ce jeudi 4 décembre, le conseil municipal avait des airs de campagne, les oppositions se saisissant de toutes les occasions pour attaquer la majorité et présenter leur projet. À commencer par les avances sur subvention accordées aux associations. Sylvie Wojtowicz, colistière de Jean-Luc Di Maria (LR), a voulu envoyer « un message clair sain et rassurant à l’ensemble de notre tissu associatif », anticipant une victoire, avant d’être reprise par le maire Gaby Charroux (PCF) : « Vous ne pouvez pas vous servir du conseil municipal pour faire votre campagne. »

    Requalification

    et compensations

    Au-delà de nombreux débats à visée électoraliste, certains points ont engagé d’importantes discussions, notamment au sujet du contournement autoroutier de Martigues et de Port-de-Bouc. L’assemblée avait à rendre un avis sur l’enquête publique, qui s’est achevée le 13 novembre. L’adjoint au maire délégué à l’environnement Florian Salazar-Martin (PCF), a résumé : « Nous sommes très satisfaits mais nous restons très vigilants sur un certain nombre de promesses faites dans un cadre financier et politique dégradé. » La majorité souhaite avoir l’assurance que l’échangeur du Réveilla, « indispensable à la fluidification du trafic et permettant l’optimisation de la desserte de Martigues Nord », sera réalisé, mais aussi que la RN568 soit requalifiée en boulevard urbain afin qu’elle devienne une 1×1 voie. Une attention est aussi portée aux mesures compensatoires écologiques, qui seront mises en place localement sur les secteurs de Maquemeou, du Vallon du Pauvre homme et de la plaine de Saint-Macaire sur plus de 70 hectares.

    Le conseiller d’opposition Frédéric Grimaud (LFI) a voté contre cet avis, justifiant : « Une autoroute en plus c’est du trafic en plus. Pour moi c’est un paradoxe, c’est un projet qui valide l’autoroutier et qui va augmenter les émissions de CO2. » L’ancien député de la 13e circonscription et élu municipal Pierre Dharréville (PCF) a plaidé, quant à lui, pour un plan global : « C’est une première décision qui en appelle d’autres. Nous allons reconquérir de l’espace urbain, permettre une meilleure circulation, il s’agit de continuer la bataille engagée pour le développement du fluvial, du fret et du transport ferroviaire », notant les insuffisances de la ligne de la Côte Bleue.

  • La douane, maillon essentiel pour le commerce extérieur

    La douane, maillon essentiel pour le commerce extérieur

    C’est par une visite sur la chaîne de contrôle douanier de l’entreprise de livraison internationale, UPS, à Marignane que Nicolas Forissier, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du commerce extérieur et de l’attractivité, a terminé ce jeudi 4 décembre sa visite en région Paca.

    Une conclusion logique explique-t-il quand les douanes relèvent aussi de la responsabilité de son ministère. « Il y a eu une évolution dans l’organisation de nos administrations, ce n’est plus seulement le ministère de l’Économie et des finances c’est aussi celui du commerce extérieur », indique-t-il. Que les douanes puissent contrôler les millions de colis qui transitent par l’entreprise de fret, afin de détecter les « contrefaçons, les produits illicites des trafics » fait partie de la « crédibilité nécessaire à UPS », et de l’État estime le ministre.

    Préserver l’emploi

    « chez nous »

    Détecter les contrefaçons, c’est aussi préserver « des emplois chez nous », enchaîne-t-il. La contrefaçon, « c’est de l’activité économique que l’on vole à ceux qui fabriquent légalement en prenant leur marque, en les falsifiant pour un prix qui ne rémunère qu’à peine ceux qui sont employés dans des pays lointains pour les fabriquer » insiste-t-il, défendant « une logique sociale ».

    Pas moins de 33 agents travaillent à Marignane, un des trois bureaux de douane des Bouches-du-Rhône avec celui de Fos et de Marseille, « dixième au niveau national », deuxième du département, précise à ses côtés Michael Lachaux, directeur régional des douanes. Ni portuaire, ni aéroportuaire, il dédouane « des flux pour les entreprises de tout le département », et connaît une augmentation de son trafic ajoute-t-il, sachant que dans les Bouches-du-Rhône, plus d’un million de déclarations par an sont réalisées à l’import-export. « Soit plus de 90% du dédouanement de la région », ajoute Michael Lachaux.

    Pour les douanes, les enjeux sont à la fois la lutte contre la fraude et l’accompagnement des entreprises. Une partie importante et méconnue de l’activité douanière.

    Reste que dans le premier aéroport régional en matière de fret, juste après les aéroports parisiens au niveau national, le contrôle des colis a pris de l’ampleur. « On consomme de plus en plus par e-commerce, les entreprises utilisent également le fret express pour des raisons de rapidité et de flux tendus », explique le directeur régional. Au point qu’une cellule spéciale a été créée pour traiter ce flux d’environ 1,1 million de colis dédouanés par an, dont 600 000 importés de pays hors UE et 500 000 à l’exportation.

    Quand on demande au ministre si un renforcement des moyens est alors envisageable face à la masse de travail, il évoque des « méthodes de travail » à repenser, assurant que l’État est mobilisé et qu’une réflexion au niveau européen est aussi engagée. Et de rappeler que « c’est à la demande de la France que l’exonération des colis de moins de 150 euros de valeur », sera supprimée en janvier.

  • Un cargo à voile pionner en escale à Marseille

    Un cargo à voile pionner en escale à Marseille

    Sur la traversée Atlantique, on envisage d’utiliser uniquement la voile. Les moteurs de propulsion nous servent seulement à sortir du port et à y rentrer. » Entre deux coups de talkie-walkie avec son équipage, Mathieu Poulain, commandant du Neoliner Origin, ne cache pas sa satisfaction de naviguer avec le « premier cargo roulier de grande capacité à propulsion principale vélique du monde ».

    Entendez par là le premier navire de commerce à voile, de dimension industrielle. Et quelles voiles ! 3 000 m² de voilure total, en panneau de carbone avec un intérieur en fibre de verre, sur deux mats en carbone « Made in France » de plus de 70 m de haut et « autoporteurs »…

    Quand le Neoliner Origin déploie sa voilure en accordéon dans le port de Marseille, elle cache le soleil pour les dockers depuis les quais. « C’est carrément différent. Quand on est à la voile, au niveau des vibrations et du bruit, je n’ai jamais connu un navire aussi confortable depuis ma cabine. C’est dingue », poursuit le capitaine Mathieu Poulain. En escale à Marseille avant de prendre le large vers Nantes, son port d’attache, la CMA CGM et Neoline présentaient cette « innovation » qui pourrait bien être la première pierre d’un nouveau genre de fret maritime.

    « Décarboner à 80 % »

    « Il a une capacité de 1 200 mètres linéaires, c’est l’équivalent de 350 à 400 voitures, il peut aussi transporter des conteneurs, pour une capacité de 265 EVP [équivalents vingt pieds, Ndlr] », explique Jean Zanutti, président de Neoline, compagnie dont la CMA CGM est au capital. « C’est le premier navire dont le moyen de propulsion principal est la voile, contrairement à d’autres navires qui ont des aides à la propulsion, mais ce ne sont que des aides. Là, on va décarboner le transport jusqu’à 80 % », abonde Xavier Leclercq, vice-président du groupe CMA CGM, en charge des constructions neuves. Et le Neoliner Origin ne souffre pas de la comparaison avec ses homologues consommateurs de carburant. « En moyenne, ça va prendre à peine deux jours de plus pour une traversée Atlantique », précise Xavier Leclercq. « On est capable d’être alignés en termes de prix sur ce trajet grâce à l’économie de fioul, même si l’amortissement est plus cher », ajoute Jean Zanutti. Si toutes les routes maritimes ne conviennent pas forcément au navire, reste qu’il est « une solution remarquable » pour la décarbonation du fret maritime. « C’est un voilier, mais c’est d’abord un cargo, un navire de commerce qui embarque de la marchandise par roulage. Mais, lorsqu’on est en mer, on hisse les voiles et on est propulsé uniquement par le vent », confirme le commandant, Mathieu Poulain.

    Une innovation à plus de 60 millions d’euros avec beaucoup d’avantages et quelques inconvénients. « C’est un peu particulier à piloter, on est assisté par pas mal d’ordinateurs et d’automatisation. On est limité par la puissance et la force du vent. Sinon, ça reste relativement facile à manœuvrer grâce notamment aux balestrons [support sur lequel est fixé le mât Ndlr] qui tournent à 360 degrés », développe le capitaine. Avec l’espoir d’insuffler un vent nouveau pour le transport de marchandises sur les mers. « J’espère et je rêve que ça puisse être le futur de la navigation », conclut Mathieu Poulain.

    « Lorsqu’on hisse les voiles, on est propulsé uniquement avec le vent »

  • Comment concilier industrie et services publics ?

    Comment concilier industrie et services publics ?

    Réconcilier les usines polluantes avec la protection de l’environnement tout en créant 10 000 nouveaux emplois : c’est la promesse du grand mouvement de réindustrialisation qui anime l’ouest du département depuis la fin de l’année 2023. Mais pour le Parti communiste français et la CGT, ce développement économique doit impérativement être indissociable d’un élargissement des services publics.

    Daniel Bretonnès, secrétaire général de l’Union locale du syndicat CGT, affirmait dimanche, lors du débat du festival Terres de résistance : « L’industrie a besoin de services publics, de routes, de fluvial, de fret ferroviaire… C’est quand même incroyable que l’un des plus grands ports d’Europe, Marseille, ne soit alimenté que par une voie ferrée quand Rotterdam en a douze et Le Havre cinq. »

    Sur ce plan, une première étape historique a été franchie avec le financement du contournement autoroutier de Martigues et de Port-de-Bouc, dont le chantier démarrera en 2027 pour s’achever en 2030. « Un premier maillon vient d’être posé, reconnaît le maire (PCF) Gaby Charroux. Mais il y en a bien d’autres. Nous nous battons depuis des années sur la question des besoins en moyens publics pour la santé des habitants du territoire, je veux parler de l’hôpital de Martigues. »

    « Rétablir la taxe professionnelle »

    Josie, retraitée de l’établissement, témoigne : « L’hôpital est exsangue malgré toutes les interventions qu’on a pu faire, il y a une fuite des effectifs, on ferme des lits, le personnel fait 14 heures de travail en chirurgie… C’est du jamais vu. » Le maire de Martigues admet : « Il nous manque des moyens financiers, des moyens en termes de locaux, des moyens technologiques et des moyens humains. Les urgences sont submergées, ce n’est pas possible. Je suis en contact avec beaucoup de chefs de pôle qui me disent leur dégoût de ne pas voir un schéma directeur se mettre en place. Les choses n’avancent pas, il va falloir peut-être trouver des moyens de pression auprès de l’Agence régionale de santé. » La CGT revendique 170 millions d’euros d’investissements et la création de 90 emplois statutaires, « le minimum pour se remettre à flot » selon Josie.

    Pour un développement économique harmonieux, Daniel Bretonnès préconise le rétablissement de la taxe professionnelle « pour que l’industrie redonne une partie de ses richesses à la région qu’elle impacte et pour qu’on puisse construire du social, du logement, améliorer les écoles, qu’on ait du personnel territorial qualifié ». Le syndicaliste assène : « Les mairies, c’est la démocratie. Si elles n’ont plus la taxe professionnelle ni la taxe d’habitation, elles n’ont plus de pouvoir. Le lien entre industrie et services publics se fera que si on a une réforme fiscale qui va dans le bon sens. »