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  • Var : Un comité de lutte contre les espèces envahissantes

    Var : Un comité de lutte contre les espèces envahissantes

    Dans un département à la biodiversité remarquable (50% des espèces de l’hexagone y sont présentes, dont 61% des espèces végétales), et qui offre un cadre propice à la prolifération des espèces exotiques envahissantes (EEE), la lutte contre ces dernières demeure un enjeu important, tant en matière de préservation des écosystèmes que de santé publique. C’est pourquoi le Préfet du Var a organisé, le 13 février, le premier comité départemental de lutte en la matière, avec l’ensemble des services de l’État concernés. Celui-ci était présidé, en visioconférence, par la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat, Monique Barbut.

    Quatre espèces dans le viseur

    Ce premier comité a permis de faire un point de situation dans le département, de recenser les dispositifs existants, et d’engager une organisation pour une réponse plus cohérente et réactive. Quatre espèces ont fait l’objet d’une attention particulière. Pour la première, le frelon asiatique à pattes jaunes, le préfet devra coordonner la stratégie visant, notamment, à mieux protéger la filière apicole.

    Pour la deuxième, la fourmi électrique, le Var est le seul département présentant deux foyers détectés à Toulon et à La Croix-Valmer. La ministre a demandé la création d’une zone réduite exempte de risques pour la santé humaine et permettant le saupoudrage du produit Campaign, qui a prouvé son efficacité. Après une analyse intégrant l’avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), émis en septembre 2025, son utilisation pourrait être autorisée avant la période d’activité de la fourmi. S’agissant de la troisième espèce, la cochenille tortue du pin, il convient d’accélérer la recherche de nouveaux traitements, dont l’expérimentation pourrait être conduite dans le Var.

    Rien n’a encore été évoqué concernant la quatrième espèce, le crabe bleu. Ce sera peut-être le cas lors du prochain comité, au début du printemps, qui sera élargi aux collectivités territoriales et au monde associatif afin de fédérer l’ensemble des compétences.

  • Des fourmis donnent naissance à deux espèces différentes

    Des fourmis donnent naissance à deux espèces différentes

    Révolution dans le monde du vivant. Si l’on savait que l’Homme était capable de cloner artificiellement une autre espèce, on ignorait jusqu’à présent que d’autres espèces pouvaient le faire naturellement. C’est ce qu’a révélé l’étude de l’équipe de Jonathan Romiguier, chercheur à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier. Publiée le 3 septembre dans la revue Nature, cette étude montre comment la fourmi moissonneuse Messor ibericus est capable de se reproduire mais également donner naissance à une autre espèce : les fourmis moissonneuses Messor structor.

    Le résultat de cinq années de travail. Pour y arriver, il aura fallu échantillonner 120 populations, séquencer le génome de 400 individus et observer une cinquantaine de colonies pour mettre en lumière un phénomène jusque-là inconnu. « Traditionnellement, la manière dont on décide si un œuf va devenir une reine ou une ouvrière passe par la nourriture que l’on va donner à la larve – comme chez les abeilles. En fait chez les fourmis moissonneuses, il n’y a pas ça mais on a un système qui est entièrement génétique, c’est-à-dire qu’un œuf est prédestiné à devenir reine ou ouvrière dès le début », détaille Jonathan Romiguier.

    Ainsi, chez certaines espèces de fourmis moissonneuses, l’accouplement entre une reine avec un mâle proche génétiquement donnera naissance à une autre reine tandis que s’accoupler avec un mâle d’une autre espèce produira des ouvrières.

    « On s’est rendu compte qu’il y avait quelque chose de très anormal chez les Messor ibericus parce qu’on voyait que toutes les ouvrières de cette espèce étaient des hybrides, entre Messor ibericus et une autre espèce assez éloignée, Messor structor. Sauf que Messor structor n’existe pas dans le pourtour méditerranéen. C’est totalement anormal parce que si on voit des ouvrières hybrides, c’est qu’il y a un père d’une espèce et une mère de l’autre qui sont présents. Là il manquait systématiquement le père », explique Jonathan Romiguier. Deux espèces assez différentes physiquement alors qu’issues de la même mère. L’une est très poilue alors que son « frère » est totalement glabre. « À partir des estimations des séquençages des génomes, les différences sont comparables à ce que l’on observe entre des espèces séparées de 6 millions d’années. Ce qui est similaire à ce que l’on peut trouver en termes de divergences entre l’homme et le chimpanzé », expose le chercheur. Bref, comme si une femme pouvait, au choix, donner naissance à des humains ou des chimpanzés.

    Un nouveau mode de reproduction baptisé « xénoparité » (du grec xeno « étranger » et parité « donner naissance »). « C’est le fait qu’une espèce a besoin de produire un individu d’une autre espèce dans le cadre de son cycle de vie. Elle est obligée de le faire car si Messor ibericus ne pond pas des Messor structor, elle disparaît de toutes les côtes méditerranéennes étant obligée d’avoir ses mâles clonés pour pouvoir avoir des ouvrières et donc des colonies fonctionnelles », souligne Jonathan Roumiguier.

    Une xénoparité permise grâce à la domestication sexuelle de Messor ibericus. « À l’origine, on pense qu’elles étaient obligées de trouver des mâles Messor structor pour pouvoir faire leurs ouvrières donc elles devaient en quelque sorte les chasser. Elles ont ensuite appris à contrôler leur reproduction et à les produire elles-mêmes dans leur propre nid. Après s’être accouplée avec un Messor structor qui était dans son environnement, la reine va stocker son spermatozoïde dans sa spermathèque, un de ses organes, et le conserver pendant plusieurs décennies. Elle va féconder son ovule et, dans son ovule, avant ou après la fécondation, le génome maternel va être éliminé. Du coup, un clone du père sera créé. » Une découverte inédite montrant la richesse du monde des insectes.