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  • Les acteurs de l’hébergement d’urgence disent « non » à l’État dans les Bouches-du-Rhône

    Les acteurs de l’hébergement d’urgence disent « non » à l’État dans les Bouches-du-Rhône

    Un non, « en lettres majuscules ». Unies, la vingtaine d’associations qui agissent dans l’hébergement d’urgence dans les Bouches-du-Rhône opposent un front commun aux directives reçues par courriel, lundi soir, de la DEETS (Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités), demandant de remettre à la rue six ménages actuellement hébergés à l’hôtel, faute de mieux.

    Une décision qui arrive au bout de lentes restrictions. « Il y a eu, depuis deux ans, une sélection sur des critères de vulnérabilité, sur l’âge, la présence de bébés, les malades », explique Christophe Magnan, administrateur du SIAO 13, plateforme en charge notamment du 115. Puis « les critères ont laissé place à un critère », les femmes victimes de violences, poursuit-il, pour arriver à un conditionnement à « la persistance d’une menace active ». Ce qui a « conduit le SIAO à orienter entre 0 et 2 personnes par jour » avec 267 personnes sans solution, s’indigne-t-il. Puis, « il nous a été interdit de proposer des solutions d’hébergement d’État à des femmes isolées, enceintes, ou ayant au moins un enfant de moins de 3 ans », au motif qu’elles relèvent de la compétence du Département.

    Le courriel de la DEETS vient couronner le tout. « Il s’agissait de nous demander de mettre fin à l’hébergement de six ménages en hôtel avec au moins trois enfants en bas âge », précise Christophe Magnan. Au total, 19 personnes sont priées de retourner à la rue, faute de proposition alternative, pour répondre à un objectif « comptable », fixé par l’État, de 1 500 nuitées par jour. Inacceptable pour les associatifs, qui ont signifié leur refus d’obéir en retour de message. « Non, le groupement ne mettra pas ces personnes à la rue. Ni celle-là, ni les suivantes », martèle le responsable du SIAO13.

    En toute illégalité

    Pour des raisons humanitaires, évidentes, et légales. Car selon les articles L. 345-2-2 et 2-3 du Code de l’action sociale et des familles, le droit à l’hébergement d’urgence est inconditionnel, rappelle Thierry Mila président de la Fédération des acteurs de la solidarité Paca Corse, réclamant au passage l’ouverture du dialogue pour la mise en place d’une stratégie durable et de moyens « budgétaires à la hauteur ».

    Les associations se disent prêtes à engager un recours en justice si le préfet venait à utiliser la force publique. Toutes craignent que cette instruction ne soit qu’un « ballon d’essai ». Comme cela s’est passé « à Strasbourg, Bordeaux, Toulouse ou Montpellier », témoigne Thierry Mila. Même si, dans les faits, bien que concepteur de la base de données du SIAO, qui sert à établir des statistiques et coordonner l’action des travailleurs sociaux, l’État ne dispose pas, a priori, des noms et de la situation exacte des familles.

    Cette décision s’inscrit dans un contexte déjà catastrophique. Avec 5 400 places d’hébergement d’urgence disponibles dans les Bouches-du-Rhône, 9 000 demandes ont été recensées par le SIAO, 4 000 personnes sont toujours en attente, à la rue ou dans un hébergement de fortune. Et ce n’est que « le sommet de l’iceberg », pointe Francis Vernède, directeur régional Paca de la Fondation pour le logement des défavorisés, quand seulement une personne sur cinq appelle le 115. Il souligne aussi un manque de vision, dont le coût sera social, sanitaire, judiciaire. En se mettant « dans la peau d’un libéral », il insiste : « Proposer des hébergements dignes à des ménages, c’est pourtant leur donner la possibilité, demain, de devenir solvable, de participer à l’économie classique. »

    À la suite du SIAO, les fédérations d’acteurs sociaux puis le Secours catholique, ce vendredi, ont aussi interpellé le préfet par courrier. Le maire de Marseille a également pris la plume, s’adressant directement au Premier ministre.

    Contacté de nouveau par La Marseillaise, le préfet n’a pas répondu. Cette instruction intervient dans une certaine vacance administrative, où la préfète déléguée à l’égalité des chances, promue préfète de l’Aisne, prendra ses fonctions au 31 août, ainsi que son remplaçant.

  • Des propositions pour faire face au manque de logement social en Occitanie

    Des propositions pour faire face au manque de logement social en Occitanie

    À l’aune des élections municipales, rares sont les candidats faisant du logement social une priorité de leurs programmes. Pourtant, force est de constater que la crise perdure. C’est en tout cas le constat posé par la Fondation pour le logement d’Occitanie, qui vient de publier son éclairage annuel. Réalisé avec le master Urbanisme et aménagement de l’Université Paul-Valéry, celui-ci dresse un sombre tableau. « La situation du logement social est dramatique. En Occitanie, 217 915 demandes ont été enregistrées en 2025, un chiffre en hausse de 6% », soupire Sylvie Chamvoux, directrice de la Fondation pour le logement d’Occitanie. Le Gard et l’Hérault ne sont pas épargnés. Alors que 65 469 Héraultais en ont fait la demande en 2025, seuls 6 212 logements ont été attribués. Côté gardois, on dénombre 25 282 demandes pour 3 769 attributions.

    Pire, il semblerait que ces attributions soient déconnectées des réels besoins des demandeurs. « Sur les 6 212 attributions héraultaises, plus de 4 000 personnes vivent avec des ressources sous le plafond du PLAI [logement très social, Ndlr]. Or, le nombre de logements PLAI attribués est de 550. Ces ménages sont donc relogés dans des logements plus chers, moins accessibles, ce qui les met en difficulté », poursuit Sylvie Chamvoux. Une situation due en grande partie au non-respect de la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain) par les édiles qui imposent un quota de logements sociaux. « Nous avons essayé de comprendre pourquoi ces élus ne respectaient pas la loi. Certains ne veulent pas, d’autres mettent en avant le respect de la loi ZAN [Zéro artificialisation nette, Ndlr]. Mais cet argument n’est pas entendable », observe la directrice régionale.

    Des mécanismes existent

    La Fondation -épaulée par les étudiants- a donc engagé une réflexion avec trois communes héraultaises (Saint-André-de-Sangonis, Poussan et Castries) afin de montrer qu’il est possible de produire du logement social tout en restant sobre foncièrement. « Dans l’Hérault, il y a beaucoup de patrimoine à l’abandon, comme les caves coopératives. Leur réhabilitation permettrait de produire du logement social, tout comme celle des centres anciens. On pourrait également réquisitionner les logements vacants ou encore construire dans les dents creuses », énumère Sylvie Chamvoux. Des mécanismes possibles, donc, mais qui nécessitent une forte volonté politique de la part d’édiles.

    Sauf que le gouvernement ne semble pas l’entendre de cette oreille. En effet, un décret publié fin janvier revoit à la baisse le taux obligatoire de logements sociaux dans la loi SRU pour la période 2026-2028. Ainsi, pour 87 agglomérations et 144 intercommunalités, le quota de logements sociaux sera de 20%. Un détricotage qui offre la possibilité à nombre de communes de rentrer dans les clous de la loi SRU, tout en produisant moins de logements sociaux, à l’instar de Toulouse (22,59% du parc social).

    Pourtant, les bénéfices sont réels. Au-delà de faire preuve de solidarité avec les plus démunis -mais ce qui n’est pas porteur électoralement parlant pour une majorité de maires- la Fondation met en avant une « relation gagnant-gagnant ». « En réhabilitant avec du logement social et libre, on réinstalle des gens qui vivent bien, on remet de la mixité sociale. »

    L’Hérault, mauvais élève de la loi SRU

    Si le nombre de communes respectant la loi SRU pour la période 2023-2025 ne sera connu qu’à la fin de l’année, l’Hérault faisait office de mauvais élève parmi les premiers chiffres récupérés par la Fondation. Ainsi, sur les 47 communes concernées par la loi SRU dans l’Hérault, seule Montpellier arrivait à 25% en janvier 2024. Pire, d’autres régressent comme Saint-Georges-d’Orques, qui passe de 12,5% en 2023 à 10,7% en 2024.

  • La crise du logement, un défi ici et partout en Europe

    La crise du logement, un défi ici et partout en Europe

    « On retrouve à Marseille et partout ailleurs en Europe les mêmes freins liés au foncier, au financement et à l’acceptabilité de la mixité », pose Patrick Amico (GRS), l’adjoint au maire de Marseille en charge du logement et de la lutte contre l’habitat indigne. Il rappelle le besoin annuel non satisfait de 4 000 nouveaux logements, dont 2 300 abordables. « On ne peut pas compter sur la bonne volonté du marché. Une politique de production de logements abordables est encore plus nécessaire », exhorte-t-il. S’agissant des 12 937 meublés touristiques recensés fin 2024, dont 6 000 sauvages, une « régulation » s’impose, car ils font « perdre des logements familiaux ».

    Sur l’habitat dégradé qui affecte 40 000 logements à Marseille, « le travail a été pris à bras-le-corps avec des situations d’urgence absolue », déclare Patrick Amico. Beaucoup d’immeubles sortent de péril, mais 1 300 arrêtés de mise en sécurité sont encore actifs. « La problématique de sécurité diminue, mais celle de l’indécence et de l’insalubrité augmente », reconnaît-il.

    « La reconquête de logements vacants et l’investissement dans l’ancien ne suffisent pas », expose David Ytier (LR), le vice-président en charge du logement à la Métropole, conscient que « la crise du logement touche l’intégralité du territoire intercommunal ». « Il faut convaincre nos concitoyens que la production de logements est une nécessité d’intérêt général pour que chaque citoyen ait un toit. » Sur les grandes copropriétés privées dégradées « longtemps dans l’angle mort des politiques publiques », 4 des 28 les plus préoccupantes à Marseille vont faire l’objet d’une opération Orcod-IN*, « cela fait 30 ans qu’on enchaîne les plans de sauvegarde. Il est temps qu’on se donne une méthode pour être efficace quand des habitants sont pris au piège de situations inhumaines, atroces et inimaginables », lance David Ytier.

    « Ce n’est plus une crise mais une tendance »

    Pour l’État qu’il incarne, Patrick Vauterin, directeur départemental des territoires et de la mer (DDTM), rappelle qu’« on ne résoudra pas les questions marseillaises sans la solidarité territoriale quand on est face aux défis du logement, de la lutte contre l’habitat indigne, de la rénovation urbaine ». De redire que « l’état est là » avec l’Anah qui, depuis 2018, a mis plus de 40 millions d’euros sur ce territoire et 25 millions d’euros supplémentaires en 2025 et 650 millions d’euros de l’Anru sur Marseille. Il rappelait l’impact de la crise du Covid où « la production s’est écroulée de 30% quand les demandes de logements sociaux augmentaient de 30% ».

    Pour Francis Vernède, de la Fondation pour le logement des défavorisés, « avec 2,8 millions de demandeurs d’un logement social en France, dont 110 000 dans les Bouches-du-Rhône, la question devrait être le cœur de cible des pouvoirs publics. Ce n’est plus une crise, mais une tendance car on a fait du logement social un produit financier ».

    * opération de requalification de copropriétés dégradées d’intérêt national