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  • Au Sitevi, à Montpellier, la solution miracle de l’arrachage

    Au Sitevi, à Montpellier, la solution miracle de l’arrachage

    À l’occasion de la tenue du Sitevi (Salon international des filières vitivinicoles), qui se déroulait à Montpellier du 25 au 27 novembre, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard était attendue de pied ferme par les viticulteurs pour répondre à la crise que traverse le secteur. En effet, dix jours plus tôt, entre 4 000 et 7 000 vignerons avaient exprimé leur colère dans les rues de Béziers. La veille de l’inauguration du salon, la locataire de la rue de Varenne s’était entretenue avec les représentants syndicaux afin de présenter un énième paquet de mesures pour relever la viticulture française.

    Au premier rang desquelles une enveloppe de 130 millions d’euros destinés à l’arrachage. « La viticulture française souffre à la fois de surproduction et de déconsommation, ce qui est source de grands déséquilibres économiques. Il nous faut donc, dans certaines régions, pas partout, diminuer le potentiel de production », souligne Annie Genevard. 70 millions devraient être déployés en 2026, « on fera à ce moment-là une première évaluation pour déployer le reste ensuite », poursuit la ministre, faisant valoir le fait qu’il « n’y a absolument aucun doute sur la somme sur laquelle le gouvernement s’est engagé ». À deux conditions néanmoins : un budget doit être adopté par les parlementaires et le « paquet vin » -permettant l’arrachage- doit être validé par l’UE.

    Suspendus à Bruxelles

    « Ce dispositif d’arrachage était attendu par une grosse partie de la viticulture, notamment ceux qui sont à bout et ceux qui doivent se restructurer », se félicite Jérôme Despey, numéro 2 de la FNSEA et président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault. Le dispositif devrait concerner 34 000 hectares dans toute la France. Si la FNSEA semble satisfaite de cette principale mesure, c’est un tout autre son de cloche du côté de la Coordination rurale (CR). « On poursuit une solution qui ne fonctionne pas depuis des années et qui coûte beaucoup d’argent, c’est encore un pansement sur une hémorragie », soutient Laurent Crouzet, coprésident de la CR34, craignant « ne pas être au rendez-vous quand le marché va reprendre, laissant plus de place aux importations ».

    À cela s’ajoutent 15 millions d’allègements de cotisations ainsi qu’une demande de fonds européens pour la distillation de crise. Comme souvent, les viticulteurs se retrouvent tributaires de Bruxelles. « Cela nous permettrait de répondre aux difficultés géopolitiques, comme les taxes Trump ou encore le conflit avec la Chine. Nous avons besoin immédiatement de cette réponse de l’UE. On n’est pas au rendez-vous », reprend Jérôme Despey. Une manière, selon lui, de faire remonter les prix en aval du fait « de ce plan qui élimine les excédents. J’appelle à la responsabilisation de la part des metteurs en marché et de la distribution. » Après la main invisible, la bouteille invisible ?

  • La mobilisation des agriculteurs annoncée à Avignon et Tarascon

    La mobilisation des agriculteurs annoncée à Avignon et Tarascon

    En cette veille de mobilisation agricole, difficile d’obtenir quelques infos, même de la part des syndicats agricoles qui y appellent… Le président de la Fédération du syndicat des exploitants agricoles (FDSEA) des Bouches-du-Rhône, Romain Blanchard annonce simplement dans une vidéo qu’il ira manifester « chez lui, à Tarascon, vendredi 26 septembre ». Secrétaire général des Jeunes agriculteurs (Vaucluse), Guillaume Bonino, viticulteur à Roaix, près de Vaison-la-Romaine, consent à dire le lieu et l’heure de rendez-vous à Avignon (voir ci-contre), mais pas le détail des actions. « On donnera les consignes demain vendredi sur place, pour éviter comme l’autre fois que les infos fuitent », dit-il. Selon l’appel au national, les actions devraient par exemple se concentrer devant les services de l’État, les grandes et moyennes surfaces (GMS).

    La censure de la loi Duplomb contestée

    « On va se focaliser sur les problématiques de l’agriculture en Vaucluse », indique pour sa part Guillaume Bonino. « On veut que les GMS et la grande distribution jouent le jeu avec les producteurs français et nous achètent nos produits à des prix rémunérateurs pour les producteurs locaux », appuie-t-il. Il prend l’exemple de la « fraise de Carpentras, un des premiers fruits de la saison. Chaque année, notre production, vendue à 18 euros le kilo, est concurrencée par les fraises espagnoles et marocaines, vendues à 6 euros le kilo, et achetées par 90% des consommateurs. Or la fraise marocaine est cultivée avec des produits interdits en France. Les fraises de Vaucluse, qui ne se vendent pas, sont conservées dans des frigos et l’acheteur finit par nous les acheter à prix cassé, à 4 euros le kilo, mais il les vend toujours à 18 euros le kilo », dénonce Guillaume Bonino. Ce problème est loin d’être nouveau… « Nos parents ont connu les mêmes problèmes, mais avant le coût de la vie était moins cher… », pointe-t-il.

    Dans ce département où se côtoient beaucoup de productions agricoles, le viticulteur remet sur le tapis la loi Duplomb, dont le Conseil constitutionnel cet été a censuré l’article 2. Celui-ci prévoyait le retour, sous certaines conditions, de l’acétamipride, pesticide de la famille des néonicotinoïdes, jugé dangereux pour la santé et l’environnement. L’acétamipride est également accusé d’être un « tueur d’abeilles ». Guillaume Bonino déclare : « On ne veut pas d’interdiction sans solution. Car toutes les semaines, on nous retire des matières actives, ce qui met en péril nos cultures. » Quant aux taxes Trump, +15% de droits de douane annoncés sur le vin, cela risque de porter un mauvais coup aux Côtes-du-Rhône, « 1ère des appellations importées aux États-Unis » selon lui. Dans l’Union européenne, la France et l’Italie surtout se battent pour obtenir une exemption de ces droits de douane.

  • L’unité syndicale reste intacte contre l’accord avec le Mercosur

    L’unité syndicale reste intacte contre l’accord avec le Mercosur

    Véritable serpent de mer depuis 20 ans, le traité de libre-échange avec le Mercosur sera-t-il une couleuvre de plus à avaler pour les agriculteurs ? La profession est en tout cas prête à se mobiliser pour s’opposer à la ratification de ce traité.

    Mercredi 3 septembre, la Commission européenne a pourtant validé l’accord commercial négocié depuis plus de 25 ans entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). Pour entrer en vigueur, cet accord doit désormais être soumis à l’approbation des États membres et du Parlement européen.

    Alors que l’Assemblée nationale s’était déjà prononcée contre cet accord le 30 janvier, le gouvernement –avant de devenir démissionnaire– a salué les changements effectués par la Commission européenne sur cet accord. « Cela va dans le bon sens […] La France va maintenant examiner dans le détail ce qui est proposé, afin de s’assurer de l’efficacité du dispositif », a ainsi réagi Laurent Saint-Martin, le ministre démissionnaire délégué du commerce extérieur. Dans cette nouvelle mouture, plusieurs ajouts ont pour but de défendre la filière agricole française. Une « clause de sauvegarde » a en effet été introduite pour garantir la pérennité d’une filière qui serait mise en difficulté par l’accord. Touché par la hausse des droits de douane aux États-Unis, le patronat pousse depuis plusieurs semaines pour la signature de cet accord qui devrait augmenter les exportations de voitures, machines, vins et spiritueux et favoriser l’importation de viande, sucre, riz, miel et soja.

    Mobilisation

    le 26 septembre

    Immédiatement, la profession a fustigé la décision de la Commission. L’ensemble des syndicats agricoles français ont ainsi fait part de leur colère. « Tous les syndicats sont opposés à cet accord. C’est un problème car cet accord permet de faire rentrer en France des productions qui n’ont pas les mêmes normes soit sanitaires soit sociales. Ça va encore faire baisser le prix des productions dans un moment où l’agriculture va très, très mal », explique Didier Gadéa, le président du Modef de l’Hérault qui ne « croit pas » aux garde-fous ajoutés dans la dernière version. « Il faut savoir que ces accords que l’on signe peuvent être modifiés, notamment concernant les volumes d’importations », ajoute le viticulteur.

    Même constat du côté de la Confédération paysanne : « Depuis plusieurs décennies, nous nous opposons à tout accord de libre-échange et à l’expansion d’un modèle néolibéral. Nous considérons que ces accords vont tirer vers le bas notre modèle agricole, social et humain. C’est de la concurrence déloyale pour nos agriculteurs locaux. On veut nous faire croire que sans cet accord on ne peut plus commercer avec l’Amérique latine, c’est faux ! », rappelle Simon Le Berre, porte-parole de la Conf’ du Gard.

    « Nous restons fermes sur notre opposition pleine et entière à la ratification de l’accord du Mercosur. Depuis des mois, les agriculteurs français et leurs homologues européens expriment leur désaccord : faire la sourde oreille et ignorer la voix des agriculteurs ne feront que raviver la colère », a aussi réagi Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA qui a cosigné un communiqué avec les Jeunes agriculteurs. Les deux organisations appellent d’ailleurs les agriculteurs à manifester le vendredi 26 septembre contre « le Mercosur, les taxes imposées par Donald Trump et le flot des importations internationales qui ne respectent pas les normes qui sont les nôtres ». Une nouvelle mobilisation inflammable qui s’ajoute à un climat social incandescent. Car de leurs côtés, le Modef et la Conf’ appelaient les agriculteurs à faire grandir les cortèges du 18 septembre.