Tag: film

  • [Cinéma] Entre le temple et le bordel, un espace à réinventer

    [Cinéma] Entre le temple et le bordel, un espace à réinventer

    Présenté hors compétition à Cannes Première, le film de la réalisatrice haïtienne a pour épigraphe une phrase de Nina Simone : « Je vais vous dire ce qu’est la liberté pour moi : aucune peur. » En Haïti, Jésus se décline sous toutes formes : eau sacrée de Jésus, Jésus divine power… Face à un État en faillite, un empire d’évangélistes prend le relais voulant imposer sa vision du monde (surtout celui d’après la mort, le vrai n’étant que souffrance quotidienne). C’est dans ce microcosme qu’évolue Marie-Madeleine (Gessica Généus elle-même), une prostituée à la perruque rouge qui vit au jour le jour et refuse d’être prisonnière du regard des autres. Le sexe étant son gagne-pain, elle utilise son corps comme un outil plus qu’un allié. En face du bordel dans lequel elle vit, appelé non sans ironie « Belle Époque », s’érige l’église protestante du Père Jacques (Édouard Baptiste). Un homme qui se trompe de colère et déverse son trop-plein de rage, détruisant toute aptitude à aimer. Y compris son propre fils Joseph (Béonard Monteau) pourtant évangéliste aussi. Pour oublier une souffrance qu’il garde au fond de lui, Joseph se surinvestit dans son travail de missionnaire. Tandis que Marie Madeleine cherche le lâcher-prise dans l’herbe et l’alcool. Elle aussi masque une fragilité malgré son aplomb et vit avec une lame de rasoir en bouche.

    Un petit matin, alors qu’elle s’effondre de tout son corps, Joseph vient spontanément à son secours.

    La mélodie subtile

    de l’âme haïtienne

    L’hôpital défaillant qui « depuis un mois, opère à la bougie » la refuse. C’est auprès d’une vieille dame vaudoue qu’elle ira soigner ce corps fatigué des excès qu’elle lui inflige. Incarnant la sagesse ancestrale, c’est cette même prêtresse qui lors d’une cérémonie d’initiation, protègera Joseph dans son désir de libérer son corps.

    La rencontre de Joseph avec Marie Madeleine réveille des sentiments profonds qui les sortent de leur léthargie. Elle, arrache Joseph à la nocivité des religieux. Plutôt qu’une existence promise au malheur, Joseph vivra un bref instant de liberté. Lui, offre à cette femme libre l’attention et l’écoute qu’elle n’avait jamais reçues.

    Tourné dans la ville côtière de Jacmel, le film confirme le talent singulier et sans fard d’une cinéaste du monde caribéen. Une immersion dans son univers, entre mer et bitume, entre temple et bordel, s’ouvre un espace qui reste à inventer, loin de la brutalité du monde. Jusqu’à la chambre sanctuaire de l’héroïne où s’inscrit sur les murs la mémoire familiale ayant subi le régime de la famille Duvalier soutenue par les gouvernements occidentaux dans la lutte contre le « péril communiste ». Jean-Claude Duvalier, dit « Bébé Doc » et ses tontons macoutes, extorquant les biens, l’argent et les faveurs sexuelles pour tuer ensuite le peuple haïtien.

    Échappant à toute narration classique, l’union des deux univers celui de Marie Madeleine et celui de Joseph se révèle d’une beauté bouleversante. Les images retravaillées se déploient comme un poème visuel, musical et aérien. Des moments de grâce imbibés de couleurs pop, de lumière et d’évanescence.

    Gessica Généus mélange fiction, documentaire, chant et danse pour dire une île sinistrée de tous les points de vue. Elle interroge la société insulaire qui s’enfonce dans le vide. Un sentiment d’impuissance qui fait le terreau des prédicateurs et des profiteurs. À la croisée du vécu, de l’anthropologie, elle livre une réflexion sensible sur la liberté d’être et de demeurer humain. Et si les personnages principaux portent des noms bibliques, c’est pour ne céder à aucun angélisme et les libérer de leur carcan.

    France, Haïti, Belgique, Luxembourg, Canada 2026, (1h44). Sortie le 21 octobre.

  • Le film « L’Abandon », outil de réflexion

    Le film « L’Abandon », outil de réflexion

    Environ 70 personnes étaient présentes, vendredi matin, dans l’hémicycle de l’Hôtel de Région, pour assister à la diffusion du film L’Abandon, sorti en 2026 et réalisé par Vincent Garenq. Ce dernier était sur place pour répondre aux questions des spectateurs après la projection. Des lycéens, des étudiants en cinéma, des professeurs et des élus étaient présents. Le film retrace les onze derniers jours de la vie de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie dans les Yvelines, avant qu’il ne soit tragiquement assassiné, le 16 octobre 2020, à l’âge de 47 ans. Il avait été diffamé sur les réseaux sociaux par le père d’une élève pour avoir montré des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression.

    échanges avec le public

    Cette projection, portée par la Région Sud, a pour objectif de « rappeler l’histoire de Samuel Paty, de montrer que l’on pense encore à lui », mais aussi de « développer l’esprit critique des jeunes, et montrer les risques des fake news et du mensonge », explique Michel Bissière, conseiller régional délégué à la vie artistique et culturelle. « Cela s’inscrit dans la conviction que la culture contribue à former des citoyens libres. La liberté de penser et de s’exprimer est précieuse, elle demande de respecter les personnes, même si on ne partage pas les mêmes convictions », poursuit l’élu. Cette initiative s’inscrit également dans la démarche de commémoration du décès de cet enseignant et de celui de Dominique Bernard, professeur de lettres, tué le 13 octobre 2023, à Arras, lors de l’attaque de son lycée par un terroriste islamiste.

    Après le discours de l’élu régional, une minute de silence a été observée en leur honneur, comme c’est le cas dans tous les établissements scolaires français cette semaine.

    Dès la fin du film, de chaleureux applaudissements ont résonné dans l’hémicycle, suivi de nombreux compliments. Comme prévu, un échange sous forme de masterclass a eu lieu dans la foulée. Les spectateurs ont eu l’occasion de poser leurs questions. Le réalisateur est revenu, dans un premier temps, sur les raisons qui l’ont poussé à faire naître ce film : « C’est le producteur qui m’a proposé d’être réalisateur sur le film. Il vient d’une famille de professeurs, donc il a été traumatisé par l’histoire. Il avait d’ailleurs écrit un livre sur Samuel Paty. » Vincent Garenq a également éclairé les spectateurs sur la rigueur avec laquelle le film a été écrit : « Quand on s’attaque à une histoire comme cela, on a une obligation de rigueur. J’ai lu beaucoup d’interrogatoires et d’enquêtes sur l’affaire, de manière à reconstruire la chronologie. Et étrangement, le fait de tout remettre dans l’ordre amène naturellement la tension. »

    Un impact « énorme »

    Enfin, il a aussi évoqué le succès du film, qui a dépassé ses espérances : « Je ne soupçonnais pas que l’impact du film soit aussi énorme. Je savais que cette histoire était un traumatisme national, mais je n’avais pas imaginé une telle intensité dans la réception du public. Sa nomination au Festival de Cannes lui a permis de toucher un public plus large. » « Finalement, tout le monde connaît son nom mais pas son histoire », conclut-il.

    À la sortie de la salle, le film semble avoir rempli son objectif. « À la base, je ne connaissais pas l’histoire, donc je trouve que c’est une bonne chose que ce film nous soit montré », avoue un élève du lycée professionnel Le Chatelier, à Marseille.

  • [Entretien] Marianne Collas : « Le Che reste un symbole de révolte contre l’injustice »

    [Entretien] Marianne Collas : « Le Che reste un symbole de révolte contre l’injustice »

    Quel est l’objectif politique de cette initiative ?

    Marianne Collas : Elle s’inscrit dans la campagne de solidarité avec Cuba pour sensibiliser politiquement aux graves conséquences qu’engendre le blocus sur l’île et les menaces d’agression que continue de faire planer Trump depuis quelques mois. Les États-Unis exercent une pression incroyable sur le pays mais aussi sur tous les partenaires, les entreprises qui, dans le monde, peuvent coopérer ou collaborer avec Cuba. Ils prennent des sanctions en dehors du droit international pour empêcher, par exemple, la solidarité concrète qu’il peut y avoir au niveau de la France et au niveau du monde entier.

    Comment le PCF met-il en branle cette solidarité avec Cuba ?

    M.C. : On a entrepris dans le même temps une campagne de collecte de médicaments et de produits d’hygiène tout en alertant sur l’aggravement de la situation. Et on a obtenu des succès puisque certains containers, on l’a appris il y a quelques jours, ont pu être déchargés à Cuba. Ils contenaient justement du matériel et des médicaments pour les hôpitaux, mais aussi pour la vie quotidienne des gens à Cuba. C’est une grande victoire parce que tout était bloqué.

    On a mené une intervention, bien évidemment, auprès du gouvernement français pour qu’il intervienne au niveau des affaires étrangères.

    Vous parlez de sensibilisation du grand public, comment cela se passe-t-il auprès du cercle non militant ?

    M.C. : Nos messages ont eu un écho très positif y compris auprès des gens pour qui on aurait pu se dire que Cuba ne les concernait pas. Mais vraiment, à chaque fois qu’on a mené des initiatives publiques, on a rencontré vraiment du succès. Et beaucoup de gens même veulent continuer dans la durée à soutenir Cuba. La solidarité financière va d’ailleurs se poursuivre pour participer à l’électrification d’un hôpital pédiatrique de La Havane. C’est intéressant aussi de pouvoir travailler et collaborer avec des entreprises sur place ou autour de Cuba.

    L’irréprochable image du Che peut encore aider la cause ?

    M.C. : Je crois qu’il y a beaucoup de jeunes, notamment, pour qui effectivement l’image du Che reste un symbole de révolte contre l’injustice. Et effectivement, aujourd’hui, alors qu’ici même, aujourd’hui à Toulon et ce matin à Brignoles des jeunes et de moins jeunes manifestent contre les injustices et pour la solidarité ça résonne tout particulièrement. On assiste à une jeunesse qui se soulève dans le monde entier contre la société capitaliste telle qu’elle est, qui brise les vies. Et il y a une aspiration à plus de justice, de liberté, d’égalité, etc.

    La projection du film
    va donc permettre d’approfondir
    la réflexion…

    M.C. : Oui, d’autant qu’on a la chance d’avoir le réalisateur du film présent ainsi que Maïté Pinero spécialiste de l’Amérique latine. C’est pour ça qu’on invite vraiment un très large public à venir et à débattre l’avant-veille d’un vote aux Nations unies pour une nouvelle résolution rapport au blocus de Cuba. C’est important parce qu’on sait que l’administration Trump fait pression auprès de beaucoup de gouvernements pour qu’elle ne soit pas adoptée. Les camarades cubains demandent vraiment à tous les pays du monde de faire très très fort sur cette sensibilisation-là.

  • [Grand entretien ] Robert Guédiguian : « Ce film parle de toutes les formes de domination »

    [Grand entretien ] Robert Guédiguian : « Ce film parle de toutes les formes de domination »

    La Marseillaise : C’est vrai que votre film a été inspiré par
    la découverte dans la rue, par l’un de ses scénaristes, Serge Valletti, du journal intime d’une femme qui avait élevé l’enfant né d’une relation adultérine de son mari avec une servante en Algérie
     ?

    Robert Guédiguian : Quand on fait un film, on cherche toujours des motifs et des thèmes à la table de travail. On voulait parler d’une femme d’aujourd’hui, de l’immigration, du racisme et du colonialisme. Et là, me revient en mémoire une histoire que Serge Valletti m’avait racontée quelques années plus tôt : il avait trouvé un journal intime dans une poubelle, dans les rues de Paris, qui parlait d’une histoire de ce type-là. Après, bien sûr, on a pris toutes les libertés pour s’emparer de cette histoire et écrire nous-même ce journal intime. Pour parler de colonisations, d’agressions sexuelles, de domination de l’homme sur la femme, c’était un bon point de départ.

    L’oncle de Juliette, l’héroïne de votre film, qui est un rapatrié d’Algérie, lui dit d’ailleurs à un moment : « C’était joyeux l’Algérie. Mais
    les Arabes n’étaient
    pas invités
     »…

    R.G. : Ce film veut parler de toutes les formes de domination : de domination raciale et raciste, de domination des hommes sur les femmes, de domination des exploiteurs sur les exploités. Il faut donc chercher les manières de raconter les histoires. Cet oncle qui dit cette phrase, ça permet d’enlever cette espèce de mythologie selon laquelle, à cette époque, « on s’aimait bien, on était tous ensemble ». Car ce n’est bien entendu pas vrai. Même s’il existe peut-être quelques contre-exemples, dans les colonies, massivement, les gens n’étaient pas bien ensemble car il y avait tout simplement des colons et des colonisés.

    « Une femme aujourd’hui » évoque
    la domination sexuelle à travers le viol que subit Juliette. Votre film est aussi un cri en faveur
    des victimes, quelles qu’elles soient ?

    R.G. : Bien sûr, d’autant plus pour le savoir sur d’autres exemples comme les histoires de génocides ou de crimes contre l’humanité. Pour moi, la problématique est la suivante : quand on a un traumatisme aussi fort que celui-là, il faut l’oublier. Et en même temps, il faut en parler. Une contradiction absolue. C’est dur de réunir ces deux axes, ce qui explique parfois des hésitations. Dans les cas de génocides comme dans ceux de viols, les gens se mettent à parler parfois 30 ans plus tard. Je vois un rapport entre le viol, la colonisation et le génocide. Il y a dans ces actes la négation de l’humanité de l’autre.

    Votre film est tourné de la maison bourgeoise de Juliette dans
    le 7
    e arrondissement jusqu’au quartier de sa famille, à Saint-Thys. C’est l’histoire d’une transfuge
    de classe à la recherche
    de ses identités
     ?

    R.G. : On peut pitcher le film comme ça. Tous les parents modestes rêvent que leurs enfants fassent des études et aient un sort meilleur que le leur. Et cela ne va pas sans poser des questions et des problèmes. Cela éloigne, les pratiques ne sont plus les mêmes, les sujets de discussions et les centres d’intérêt non plus. Ce décalage peut parfois même provoquer chez une personne honnête et sincère une certaine tristesse, comme c’est le cas de Juliette au début du film.

    Un des centres névralgiques du film est la Tour La Marseillaise, où Juliette travaille dans la finance.
    La banalisation des activités des boursicoteurs vous inspire-t-elle toujours un profond dégoût
     ?

    R.G. : Oui, vraiment. À travers ces jeux financiers, et pas industriels attention, ils jouent avec des flux, des courbes, de l’abstraction, sans se préoccuper de ce qu’il y a derrière ces manipulations. Personne ne travaille sur le fait que le changement du petit pourcentage entre deux cotations dans une bourse internationale va, par exemple, faire qu’un petit artisan sur place, qui travaillait pour une boîte, va être viré. C’est là d’ailleurs où la narration est beaucoup plus forte que l’information.

    La notion de vengeance intervient aussi dans le film. Un écho à notre époque qui, aussi bien d’un point de vue local qu’international, montre que la justice et le débat sont de plus en plus piétinés par la loi du plus fort…

    R.G. : Les gens critiquent de plus en plus le droit et ce qu’ils appellent la « République des juges ». C’est une tendance très dangereuse. En France, on est encore pas trop mal, même si on n’est pas du tout à l’abri de cela. Il faut donc mener ce combat de manière prioritaire.

    Quel regard portez-vous sur
    les mobilisations lycéennes
    et étudiantes en ce moment
     ?

    R.G. : Les conditions d’études sont de plus en plus pourries alors qu’il y a 30 ans, on était un pays à la pointe pour l’éducation. Leur révolte est tout à fait légitime. Sans révolte de ce type-là, il ne se passe strictement rien. Je vois que les parents aussi les accompagnent, c’est bien. Peut-être qu’on va réussir à arracher des choses.

    Leur révolte peut-elle être une étincelle ? Ce samedi 17 octobre,
    des mouvements qui doivent réunir toutes sortes de personnes
    étranglées par des décisions
    ou par l’inaction du gouvernement ont lieu en France. La convergence des luttes, vous y croyez
     ?

    R.G. : Je suis heureux qu’il existe ces types de manifestations, mais je suis sceptique. Après, il faut que ces manifestations se traduisent par de la représentation politique et des élections. Je ne vois toujours pas d’autres systèmes possibles.

  • Le film L’Abandon projeté à l’Hôtel de Région avec le réalisateur

    Le film L’Abandon projeté à l’Hôtel de Région avec le réalisateur

    Environ 70 personnes étaient présentes, vendredi matin, dans l’hémicycle de l’Hôtel de Région, pour assister à la diffusion du film L’Abandon, sorti en 2026 et réalisé par Vincent Garenq. Ce dernier était sur place pour répondre aux questions des spectateurs après la projection, lycéens, étudiants en cinéma, professeurs ou élus. Le film retrace les onze derniers jours de la vie de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie dans les Yvelines, avant qu’il ne soit tragiquement assassiné, le 16 octobre 2020, à l’âge de 47 ans. Il avait été diffamé sur les réseaux sociaux par le père d’une élève pour avoir montrer des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression. Ce projet porté par la Région Paca, a pour objectif de “rappeler l’histoire de Samuel Paty, de montrer que l’on pense encore à lui”, mais aussi de “développer l’esprit critique des jeunes, et montrer les risques des fakes news et du mensonge”, énumère Michel Bissière, conseiller régional délégué à la vie artistique et culturelle. “Cela s’inscrit dans la conviction que la culture contribue à former des citoyens libres. La liberté de penser et de s’exprimer est précieuse, elle demande de respecter les personnes, même si on ne partage pas les mêmes convictions”, poursuit l’élu. Cette initiative s’inscrit également dans la démarche de commémoration du décès de cet enseignant et de celui de Dominique Bernard, professeur de lettres, tué le 13 octobre 2023, à Arras, lors de l’attaque de son lycée par un terroriste islamiste.

    Après le discours de l’élu régional, une minute de silence a été observée en leur honneur, comme c’est le cas dans tous les établissements scolaires français cette semaine.

    Questions du public

    Dès la fin du film de chaleureux applaudissements ont résonné dans l’hémicycle, suivi de nombreux compliments. Un échange sous forme de masterclass a eu lieu dans la foulée. L’occasion pour le réalisateur du film de revenir, dans un premier temps, sur les raisons qui l’ont pousser à faire ce film : “C’est le producteur qui m’a proposé d’être réalisateur sur le film. Il vient d’une famille de professeurs donc il a été traumatisé par l’histoire. Il avait d’ailleurs écrit un livre sur Samuel Paty”. Vincent Garenq a également insisté sur la méthode avec laquelle le film a été écrit : “Quand on s’attaque à une histoire comme cela, on a une obligation de rigueur. J’ai lu beaucoup d’interrogatoires et d’enquêtes sur l’affaire, de manière à reconstruire la chronologie. Et étrangement, le fait de tout remettre dans l’ordre amène naturellement la tension”. Enfin, il a évoqué le succès du film qui a dépassé ses espérances : “Je ne soupçonnais pas que l’impact du film soit aussi énorme. Je savais que cette histoire était un traumatisme national mais je n’avais pas imaginé une telle intensité dans la réception du public. Sa nomination au Festival de Cannes lui a permis de toucher un public plus large”. “Finalement, tout le monde connaît son nom mais pas son histoire”, conclut-il.

    À la sortie de la salle, le film semble avoir rempli son objectif. “À la base je ne connaissais pas l’histoire, donc je trouve que c’est une bonne chose que ce film nous soit montré”, avoue un élève du lycée professionnel Le Chatelier à Marseille. Une des professeures accompagnant les élèves enchaîne : “En tant qu’enseignant on est super seuls à la sortie de ce genre de film. Par la suite, le débat peut vite se retourner et dégénérer sans que le professeur ne puisse répondre aux élèves, si il n’a pas le bagage pour ce genre de situations”. “On voit aussi à travers le film qu’il y a une grande dangerosité autour des réseaux sociaux et de la désinformation, qui vont plus vite que l’administration”, ajoute un autre enseignant. Tant de problèmes qui sont mis en lumière dans le film, qui met en avant l’abandon subi par Samuel Paty, qui a mené à ce drame.

  • Projection et masterclass autour du film « L’abandon » à l’Hôtel de Région

    Projection et masterclass autour du film « L’abandon » à l’Hôtel de Région

    Le long-métrage retrace les jours ayant précédé l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty en octobre 2020. Initiée par la Région, cette séance s’inscrit dans une « démarche de démocratisation culturelle et de sensibilisation des jeunes aux enjeux citoyens ». Une masterclass avec le réalisateur est prévue à l’issue de la projection afin d’échanger autour de la liberté d’expression, de la laïcité et du respect de l’autre.

  • Le Festival cinématographique de Gardanne de retour

    Le Festival cinématographique de Gardanne de retour

    « Quand on est passionné de cinéma, vous ne pouvez qu’applaudir. Les spectateurs l’attendent vraiment. » Signés de Laure Gonzalès, présidente de Gardanne action cinéma, l’association qui le porte, des mots qui traduisent l’impatience du public pour le retour, après quatre ans de sommeil forcé, du Festival cinématographique d’automne de Gardanne. Fermé depuis fin 2022, son épicentre, le cinéma 3 Casino, a été inauguré en mai dernier après de lourds travaux de rénovation. « On a vu revenir des habitués, mais aussi plein de nouvelles têtes, tous ravis d’avoir un cinéma de proximité. En plus, nos prix permettent à une famille de venir sans s’arracher un bras », rappelle-t-elle au sujet de ce cinéma dont les prix oscillent entre 4,50 euros et 8,50 en tarif plein. Désormais, place à trois salles flambantes, la plus grande pouvant accueillir « 1 171 spectateurs plus 5 personnes à mobilité réduite » pour y guetter le 35e festival Cinématographique d’automne de Gardanne. Une 35e mouture pour autant d’avant-premières, dont celle, en ouverture de la manifestation, jeudi 15 octobre, du nouveau film de Robert Guédiguian, parrain du 3 Casino. Aux côtés de son acteur de toujours, Gérard Meylan, le réalisateur viendra présenter Une femme aujourd’hui, comédie dramatique sur le quotidien bourgeois d’une trentenaire marseillaise travaillant dans la finance, jusqu’à ce que son monde bien rangé ne s’effondre suite à son agression par un collègue de boulot.

    De Kervern à El Yousfi

    Au programme du festival, un certain nombre de films « autour de la condition féminine », observe Anaïs Rinaldi, l’une de ses programmatrices, pointant Les fraises de Laïla Marrakchi, dans les pas de travailleuses saisonnières marocaines en Andalousie « confrontées à la dure réalité de leur situation » ou Les femmes de la station de Sara Ishaq, histoire d’une « station-service réservée aux femmes, havre de paix dans un Yémen déchiré par la guerre ». De guerre, justement, il sera aussi beaucoup question au 3 Casino comme dans Les braves de Lukas Dhont, autour d’un soldat de 14-18 qui « organise des spectacles pour maintenir le moral » des troupes. De nombreuses rencontres de réalisateurs avec le public auront également lieu. Gustave Kervern viendra présenter Voilà c’est fini, son nouveau film sur l’Ile Maurice, « où il est né. Un film toujours un peu barré mais très intime dans lequel il aborde des thèmes comme l’anorexie ou les relents colonialistes », indique Anaïs Rinaldi, avant d’énumérer d’autres rencontres du festival : avec Stéphanie Pillonca et François Busnel, invités pour respectivement présenter Les jours d’après et On était des loups. De jeunes réalisateurs seront aussi conviés dans ce cadre pour leurs premiers longs-métrages : Khalil Cherti pour Ce qui nous mène à toi et Hanaël El Yousfi pour Les filles d’Abraham, qui raconte l’histoire de « Myriam, jeune femme de culture musulmane ayant grandi à Marseille, qui renoue pendant l’été avec Eva, issue d’une famille juive, après plusieurs années de rupture ».

  • [Cinéma] Péril en la demeure

    [Cinéma] Péril en la demeure

    Septembre 2022, Vladimir Poutine décrète la mobilisation pour le lancement de l’« opération militaire spéciale » (terminologie officielle pour désigner la guerre en Ukraine). Dans une petite ville de province, Gleb (Dmitri Mazourov), patron prospère d’une entreprise de transports, doit remettre au maire une liste de quatorze de ses employés en âge d’être envoyés sur le front. Le nombre renvoie à la mythologie grecque et au sacrifice des quatorze jeunes qu’Athènes devait envoyer en Crète pour satisfaire les besoins alimentaires du Minotaure. Une créature mi-homme, mi-taureau qui incarne la dualité humaine, oscillant entre la raison (la civilisation) et la colère (la tyrannie).

    L’homme d’affaires tentera de trouver une solution pour maintenir ses collaborateurs en poste et faire face au départ de salariés. Une scène obscène se tient dans un restaurant gastronomique. Gleb dîne en compagnie d’amis entrepreneurs. Ces derniers dissertent sur leurs prochains voyages au soleil tandis que des familles tentent d’échapper à leur enrôlement dans une guerre « aussi impitoyable qu’insensée », selon Zviaguintsev.

    Sur fond de guerre et d’instabilité économique, se greffe une histoire d’adultère. Le réalisateur a souhaité transposé le film de Claude Chabrol, La Femme infidèle (1969) dans la Russie contemporaine. Gleb vit avec sa femme Galina (Iris Lebedeva) et leur fils dans leur villa moderne, perdue au milieu d’une forêt de bouleaux blancs. La famille y mène une existence confortable et bien rangée jusqu’au jour où le mari soupçonne Galina de le tromper. L’amant est identifié et la passion folle se déchaîne.

    Un thriller où le crime pour trahison conjugale annonce le chaos de la guerre. Où la vie du couple restitue les sombres perspectives qui règnent dans le pays. Où l’intime joue comme une radiographie des tensions géopolitiques.

    Le film à rebondissements

    Tout s’emboîte à l’image de cette villa moderniste aux grandes baies vitrées où vit Galina, tenue à distance, observée et domestiquée. Derrière un calme apparent, sans aspérité, se cache une ambiance mortifère chargée de brume.

    Tourné en Lettonie, non loin de la Russie, le cinéaste joue avec la lumière froide et le silence pesant des lieux. Chaque prise de vue est scrutée à la loupe, respectant l’architecture des lieux, les lignes épurées de la maison de plain-pied en opposition avec les immenses barres en béton de la banlieue rappelant le boom des cités construites dans les années 1980 et ses coins de rue tristes. Le quartier où se rend Galina pour retrouver Anton, son amant, un photographe qui vit au 7e étage d’un HLM est saisissant de contraste. Galina qui étouffe chez elle vient capturer du plaisir et de la vie dans ce studio où sont affichées des photos d’elle. Comme l’œuvre d’un avant et d’un après. Et lorsque Gleb se rend seul chez Anton, ce dernier l’accueille avec compréhension. Le comportement civilisé du mari effondré et de l’amant attentionné ne durera pas. Dans un sursaut de colère froide, la confrontation basculera dans le sang.

    « Je ne voulais pas réaliser un film de propagande mais me concentrer sur les hommes, les souffrances qu’ils traversent et les choix moraux auxquels ils sont confrontés », précise Zviaguintsev, face à cette guerre interminable. Minotaure a été choisi pour représenter la France aux Oscars 2027 du meilleur film international.

    Minotaure, d’Andreï Zviaguintsev

    (France/Allemagne/Lettonie, 2h15)

    Sortie le 14 octobre

  • Une projection pour éclairer la minute de silence pour Samuel Paty

    Une projection pour éclairer la minute de silence pour Samuel Paty

    Le 16 octobre 2020, le professeur d’histoire géographie Samuel Paty était assassiné par un terroriste islamiste, non loin de son établissement à Conflans-Sainte-Honorine. Le Département des Bouches-du-Rhône a organisé ce lundi une projection de L’abandon, fiction documentée qui retrace les derniers jours de l’enseignant, signée Vincent Garenq, présentée hors compétition lors du Festival de Cannes 2026. « C’est important d’avoir des professeurs qui s’engagent pour le respect de la liberté » a souligné la présidente (DVD) du Département, Martine Vassal, en ouverture de la séance. « Cette semaine est un temps d’hommage aux deux grands serviteurs de la République Samuel Paty et Dominique Bernard » a appuyé Bruno Martin, secrétaire général de l’académie.

    300 élèves de 3e venus d’établissements divers, ainsi que leurs professeurs, se sont rassemblés au cinéma de la Joliette à Marseille, pour une séance autour de la laïcité et de la liberté d’expression.

    Rétablir les faits et tirer des enseignements

    « Peu d’élèves connaissaient réellement l’histoire de Samuel Paty », a observé Marion de Blaÿ, productrice du film L’abandon. Ce constat a d’abord motivé la création du film, puis sa diffusion auprès des publics scolaires. Un travail a été engagé avec des professeurs pour construire un dossier pédagogique visant à faciliter le travail avec les collégiens en amont. Après la projection, les collégiens ont questionné l’acteur principal du film, Antoine Reinartz, et sa productrice, Marion de Blaÿ. Une partie des interrogations ont porté sur la façon dont l’acteur s’est emparé du rôle : « Quel était votre ressenti en jouant Samuel Paty ? », « Comment avez-vous travaillé le rôle ? » « Avez-vous rencontré les élèves de monsieur Paty ? » D’autres élèves ont questionné l’équipe sur la réalisation du film : « Est-ce que vous avez présenté les faits réels ? », « Comment avez-vous trouvé toutes vos informations ? » « Vous avez fait vous-même votre enquête ? »

    Marie Delouze, déléguée académique à l’éducation artistique et à l’action culturelle du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille, a tiré un bilan très positif de cette médiation. « C’est un travail très utile, on a beaucoup de témoignages d’élèves qui ne savaient pas exactement ce qu’il y avait derrière la minute de silence annuelle en hommage au professeur », a-t-elle ajouté, estimant que le film « incarne cette minute de silence ». « C’est une œuvre d’utilité publique », a-t-elle conclu.

  • [Passerelle interculturelle] « Once Upon a Time in the Middle East » : quand le cinéma chinois parle au monde

    [Passerelle interculturelle] « Once Upon a Time in the Middle East » : quand le cinéma chinois parle au monde

    J’ai eu l’occasion de voir ce film cet été, alors que j’étais en vacances en Chine. Ce qui m’a marquée, ce n’est pas seulement son succès auprès du public, ni même sa participation à la course aux Oscars, mais surtout la manière dont il choisit de parler au monde.

    Le film ne part pas d’un grand récit géopolitique. Il raconte d’abord l’histoire de gens ordinaires, autour d’un restaurant chinois installé dans une région marquée par la guerre. On y cuisine, on y mange, on y travaille. Chacun essaie simplement de gagner sa vie, de protéger ses proches et de préserver un peu de normalité. C’est précisément cette simplicité du quotidien qui rend l’irruption de la guerre d’autant plus brutale. La nourriture, la famille, la survie, le désir de vivre en paix : autant d’expériences qui dépassent largement les frontières nationales. Elles appartiennent à tous.

    Le choix d’un restaurant chinois comme lieu central du récit est particulièrement intéressant. Pour de nombreux étrangers, un restaurant chinois constitue souvent l’un des premiers contacts concrets avec la culture chinoise. Mais dans le film, ce lieu devient surtout un espace profondément humain : un endroit où l’on se rencontre, où l’on travaille, où se nouent des liens et où l’on tente de continuer à vivre malgré l’incertitude.

    Lorsque la guerre fait irruption dans cet espace, la paix cesse immédiatement d’être une notion abstraite. Elle devient quelque chose de très concret : pouvoir cuisiner, partager un repas, rentrer chez soi et croire encore au lendemain.

    Un restaurant chinois au milieu de la guerre

    C’est peut-être là que réside l’intérêt le plus profond du film dans une perspective internationale. Le cinéma chinois est souvent confronté à une question essentielle : comment conserver un regard chinois tout en touchant des publics issus de cultures très différentes ? Once Upon a Time in the Middle East apporte, à sa manière, une réponse. Le film ne cherche pas à expliquer la Chine de façon démonstrative. Il place des personnages chinois au cœur d’une expérience universelle : celle de personnes ordinaires dont la vie est bouleversée par la guerre.

    Un cuisinier, un restaurant, quelques plats, des rencontres, des amitiés et des vies fragilisées par le conflit : à partir de ces éléments très simples, le film construit un langage émotionnel que des spectateurs issus d’horizons très différents peuvent comprendre.

    Bien entendu, représenter la partie continentale de la Chine dans la course aux Oscars n’est qu’une première étape, et rien ne permet encore de savoir jusqu’où le film ira dans le processus de sélection. Mais à une époque où les conflits se multiplient et où les sociétés semblent parfois s’éloigner les unes des autres, la paix demeure sans doute l’un des thèmes les plus universels qui soient.

    Et ce restaurant chinois au milieu de la guerre nous rappelle finalement une chose très simple : parfois, la paix, c’est simplement pouvoir s’asseoir autour d’une table et manger tranquillement.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.