Tag: Fiesta des Suds

  • La Fiesta du dimanche va ambiancer le J4

    La Fiesta du dimanche va ambiancer le J4

    De beaux moments festifs

    Entre spectacles, initiations, concerts ou encore moments de découvertes, cette journée promet d’être riche en émotions pour tous les âges. « Parmi les temps forts ce dimanche il y aura un spectacle comédie musicale qui s’appelle 1936 : Les jours heureux ! et qui a été rendu possible grâce à notre partenariat avec la mutuelle Solimut. Cette comédie musicale retrace l’histoire du Front populaire, des congés payés et des acquis sociaux à l’occasion de ce 90e anniversaire. Il est également question de tous les acquis sociaux », continue-t-elle. « C’est véritablement un événement dans l’événement et il nous tient tout particulièrement à cœur surtout dans cette période. »

    Autre moment à ne pas manquer, le grand couscous solidaire qui lui sera accessible dès l’ouverture des portes et qui sera là aussi gratuit et accessible au plus grand nombre « dans le but de favoriser et de promouvoir l’insertion et la valorisation des femmes dans les quartiers Nord de la ville ». Sans oublier aussi de nombreux ateliers, animations participatives, un jeu de l’oie géant ou encore des ateliers culinaires pour apprendre par exemple à manger mieux aux côtés notamment du collectif Baga, une association qui propose de l’upcycling de bâches d’événements pour une mode engagée et durable.

    Un événement mené
    aux côtés d’associations

    Ce qu’il faut également retenir de cette journée, c’est qu’elle est organisée en collaboration avec les structures associatives, culturelles et institutionnelles du territoire, dont la Cité de la musique et les élèves de la récente classe de rap et beatbox qui monteront sur scène pour partager leur énergie au cours des battles hip-hop Flashlight des Ben Brothers. « C’est l’un des moments incontournables de cette Fiesta puisque les jeunes proposeront un showcase et il ne faut pas oublier que notre ADN depuis 4 ans c’est aussi de révéler de jeunes talents, là c’est une occasion parfaite ! », sourit Marion Bergé-Lefranc. « Nous accueillerons aussi pour la quatrième année consécutive la Cité des minots. La grande scène sera à eux pour rendre compte d’une rencontre avec des artistes donnant naissance à une création émouvante et foisonnante avec plus de 250 enfants sur scène. »

    Et de poursuivre : « Cette autre facette de la Fiesta nous permet aussi de faire venir un public qui n’oserait pas en temps normal, le tout dans la bienveillance. »

    Pour réserver : fiestadessuds.com

  • À la Fiesta des Suds, des ballades jusqu’à la transe

    À la Fiesta des Suds, des ballades jusqu’à la transe

    Soyeuse parenthèse dans le tumulte des musiques mondiales que celle offerte par la Fiesta des Suds, ce vendredi, sur l’esplanade du J4 avec Stephan Eicher, parmi les têtes d’affiche de la soirée. « Cette fois je ne lui annoncerai pas la dernière hécatombe, je garderai pour moi ce qui m’inspire le monde. Elle m’a dit qu’elle voulait, si je le permettais, déjeuner en paix », chantait-il en 1991 sur l’un de ses tubes écrits au moment de la Guerre du Golfe. 35 ans plus tard, les conflits se multiplient et le guitariste-baroudeur continue de propager sa douceur tourmentée sur les sillons, comme l’illustre son 18e et dernier album, Poussière d’or. « Un personnage à part dans le paysage de la chanson », situe Frédéric André, programmateur de la Fiesta des Suds.

    Rythmes occitans et colombiens

    Juste avant lui, c’est la chanteuse Mélissa Laveaux qui se produira sur la scène principale. Imprégné de pop-folk comme d’influences caribéennes, son dernier opus At my softest, I am most dangerous souligne son caractère atypique dans le paysage musical. « Je trouve que je fais de la musique bizarre car je n’écris pas de chansons d’amour, mais plutôt sur la mort, la maladie et la destruction de la planète », expliquait cet été, à La Marseillaise, cette artiste franco-canadienne d’origine haïtienne.

    Davantage axée autour de la découverte, la scène « Club Major » offrira, elle, une odyssée musicale traversée à 20h45 par le « duo féminin catalan mélangeant musiques traditionnelles et électro », Tarta Relena. Porté par le souffle des polyphonies occitanes, le « duo féministe et militant » Cocanha prendra son relais mélodieux à 22h30, avant que le groupe aux rythmes afro-colombiens luxuriants, Ghetto Kumbé, ne se charge, vers minuit passé, de faire entrer le public de la Fiesta des Suds dans la transe.

  • [Entretien] Bertrand Belin : « Chanson et poésie entretiennent un rapport évident »

    [Entretien] Bertrand Belin : « Chanson et poésie entretiennent un rapport évident »

    La Marseillaise : Vous avez dévoilé l’an dernier votre 8e projet musical. Comment tout a commencé ?

    Bertrand Belin : J’avais 12 ans et demi quand j’ai commencé la musique. La guitare m’est apparue comme objet de magie, je m’en suis emparé et c’est devenu pour moi un petit feu vers lequel je suis toujours revenu.

    Depuis, vous évoluez musicalement parlant :
    vous explorez de nouvelles sonorités au fil des disques…

    B.B. : Il y a quelque chose qu’on ne peut pas réduire, c’est notre rapport au monde : il demeure d’un disque à l’autre. D’un album à l’autre, on a quand même envie de porter ce qui fait un peu notre essence. Mais on peut apporter des variétés à la forme, aux couleurs instrumentales, aux mélodies, aux rythmes, que ce soit le plus qualitatif possible. C’est ce que j’ai essayé de faire avec chacun de mes disques, tout en poursuivant une certaine intuition. Rien n’est réellement programmé. C’est un noyau qui me guide, qui se construit à partir de ce que je suis et de ce que ne sont pas mes voisins. On a beaucoup en commun, mais on a aussi quelque chose de propre et c’est ce qui fait les individualités. Quand on fabrique des formes artistiques, ça transparaît dans le processus. On ne peut pas s’inventer et devenir un autre de ce point de vue.

    Vous êtes à la fois auteur et compositeur. Comment articulez-vous ces deux travaux d’écriture ?

    B.B. : En vérité, je ne travaille pas tellement différemment. Quand on fait une maison, il faut savoir en construire le toit, mais aussi les murs. Quand on fait une chanson il faut savoir créer les paroles et la musique. Quand j’écris une chanson je ne sépare pas les deux : j’essaie de faire avancer les deux aspects simultanément et de la façon la plus cohérente possible, en suivant des pistes, des plaisirs, des instincts, des logiques, du sens. Ce n’est pas la seule façon de faire mais pour mes disques, je n’écris jamais sur une musique déjà faite, j’avance petit à petit.

    Vous chantiez « La chanson de Prévert » avec Stephan Eicher, aussi à l’affiche du festival vendredi : quel rapport entretenez-vous avec la poésie ?

    B.B. : J’aime toutes sortes de formes poétiques, y compris celles qui ne sont pas verbales. La poésie est pour moi tout ce qui peut échapper au discours ordinaire informatif, c’est là qu’elle se trouve, aussi, dans des choses techniques. La poésie, je la cherche et je la trouve où je veux. La poésie et le chant entretiennent un lien historique, permanent, concret, radical. Chanson et poème sont historiquement semblables : La Chanson de Roland, c’est un poème, La Divine Comédie, c’est un chant. Avec l’industrie de la chanson, de façon plus récente, on a vu les deux formes se séparer, mais elles entretiennent un rapport évident.

    Qu’est-ce que le public marseillais découvrira sur votre scène lors de la Fiesta des Suds ?

    B.B. : Que le public vienne avec curiosité, on réserve la surprise pour le moment venu. Un concert, c’est ce qu’il y a sur scène, mais c’est aussi le public et la manière dont il se manifeste. On réagit avec lui sur le moment et c’est ce qui fait la beauté du spectacle vivant. Ce n’est pas quelque chose qui est prévisible, immuable. J’ai joué à l’espace Julien au printemps, au cours de cette tournée : ferveur, chaleur humaine, excitation, plaisir… Je me réjouis de venir jouer à Marseille, à l’affiche avec mon camarade Stephan Eicher. Qu’on se fasse plaisir en se rassemblant pour essayer de s’évader, pour faire une pause dans les humeurs et la rudesse du monde.

    Entretien réalisé par Oriane Castan

  • Fiesta des Suds : annulation de la soirée d’ouverture de jeudi soir

    Fiesta des Suds : annulation de la soirée d’ouverture de jeudi soir

    Les conditions météo défavorables annonçant des rafales de vent jusqu’à 90 km/heure, seraient à l’origine de l’annulation de la soirée d’ouverture de la Fiesta des Suds du jeudi 8 octobre qui prévoyait notamment un concert de Véronique Sanson et Imany.

  • Véronique Sanson pour donner le la de la Fiesta des Suds

    Véronique Sanson pour donner le la de la Fiesta des Suds

    Véronique Sanson est née en 1949, fruit de l’union entre René Sanson et Colette Lucas. Deux résistants sous l’Occupation qui donnèrent à leur progéniture des prénoms commençant par la lettre V, comme victoire, pour célébrer la fin du nazisme. En cette époque où le fascisme rampe à nos portes, de quoi redonner un peu d’espoir et de gaieté aux spectateurs de la Fiesta des Suds qui viendront fredonner en compagnie de cette icône de la chanson française, ce jeudi 8 octobre, certains de ses tubes intemporels, tels que Besoin de personne, Chanson sur ma drôle de vie et autres Vancouver ou Bahia. À l’heure du « repli sur soi et des conflits mondiaux, nous voulons maintenir la lumière sur notre étoile », image la directrice du festival, Nathalie Solia.

    Saudade et fiesta

    C’est donc sur l’esplanade du J4, « à l’entrée du port et de notre ville, là où tout arrive et tout part », situe-t-elle, que la Fiesta des Suds, 35e du nom, plante ses jalons pour une soirée inaugurale pleine de promesses. Si Véronique Sanson et la chanteuse Imany trustent le haut de l’affiche (heures de passages respectivement prévues à 19h30 et 21h15), les découvertes ne manqueront pas par ailleurs. Sur la scène « Club Major », Sharouh lancera les festivités à 18h30 et fera d’autres apparitions tout au long de la soirée. Une DJ qui remixe notamment des « chanteuses iconiques d’Afrique du Nord » pour les mêler à des « samples de discours féministes », indique le programme.

    Vers 19h15, au tour de la chanteuse marseillaise de musique soul Kena Womo d’entrer en piste, avant la prestation du groupe Ao à 20h45. Menée par « une chanteuse belge d’origine mozambicaine et portugaise », précise le programmateur de la Fiesta des Suds, Frédéric André, une formation qui « mélange saudade, fado, folk et electro ». À noter également, la prestation d’Habibisly à 22h45, quintette dont le leader « franco-syrien » offre un mélange de musiques « disco et orientales ».

    Programme complet sur www.fiestadessuds.com

  • [Entretien croisé] La Fiesta des jours heureux, « une fête qui se veut populaire, culturelle, mais aussi politique »

    [Entretien croisé] La Fiesta des jours heureux, « une fête qui se veut populaire, culturelle, mais aussi politique »

    La Marseillaise : Quel est le principe de la « Fiesta des jours heureux », organisée le dimanche 11 octobre par la Solimut, en partenariat avec l’association Parcours ?

    Pierre Méry : Le dimanche de la Fiesta des Suds est toujours une journée gratuite, ouverte à tous les Marseillais et plus généralement à toute personne qui le souhaite. C’est un moment très familial : il y a des stands pour les minots, des concerts de musique. C’est la deuxième année où nous Solimut, donnons une tonalité citoyenne et politique à l’événement. L’année dernière, sur les 80 ans de la Sécurité sociale, cette année sur les 90 ans du Front populaire.

    La journée s’appelle la Fiesta des jours heureux, en référence aux jours heureux de 1936.

    Notre idée est de conserver l’esprit familial et festif, tout en célébrant ces acquis. Il y aura un spectacle sous forme de comédie musicale. En parallèle, les gens peuvent se retrouver autour d’un banquet avec les Mariannes de Saint-Joseph, association du 14e arrondissement, qui s’occupe des 800 couscous offerts. Les 800 personnes qui arriveront à la Fiesta à partir de midi, pourront assister au spectacle tout en mangeant.

    Pour nous, ça correspond aussi à ce que peut être une fête populaire à Marseille. On a fait une sardinade l’année dernière, cette année c’est le couscous. L’idée est de faire en sorte que les gens puissent partager.

    Frédéric Rosmini : Cet événement s’inscrit dans une campagne, dont je suis le coordinateur, et qui rassemble une vingtaine d’organisations, dont Solimut. Nous nous déplaçons dans des centres sociaux, dans des villages-vacances et dans des communes de gauche. Nous allons au-devant des publics pour les convaincre que l’aspiration à des régimes autoritaires s’est toujours traduite par le chaos. Nous n’agissons pas au nom de partis politiques, mais au nom de l’ensemble du mouvement social, en rappelant qu’il a été déterminant en 36.

    Des interventions doivent aussi avoir lieu, en plus du spectacle musical…

    P.M. : Il y aura bien sûr des interventions autour de ce que 1936 représente pour nous [la Solimut], mais aussi sur ce que ça représente, plus globalement, de fêter ces 90 ans du Front populaire aujourd’hui. C’est une fête qui se veut populaire, culturelle, et politique aussi, pour les citoyens.

    F.R. : Peut-être ferons nous intervenir également l’association Promemo, qui cultive la mémoire du monde ouvrier. Gérard Leidet, qui en est le président, fait partie de notre campagne. C’est avec lui notamment que nous avons prévu d’intervenir dans les établissements scolaires. Il a une connaissance très marquée de ce qui s’est passé à Marseille et dans la région en 1936. Il peut proposer un éclairage sur la spécificité du Front populaire ici, ce qui a de l’importance.
    Ça reste un contexte festif, pas forcément adapté pour organiser de longs débats. Mais nous mettrons en place la veille, dans un centre social rue de l’Évêché, juste à côté, le reste de notre programmation. Nous présenterons l’exposition itinérante « L’héritage de 1936, culture, loisirs et éducation populaire », initiée par La Ligue de l’enseignement. Nous projetterons également le documentaire « Été 36, les premières vacances des Français ».

    Pourquoi est-ce important d’intervenir dans des événements comme la Fiesta des Suds sur des thèmes tels que le Front populaire ?

    P.M. : La Fédération des mutuelles de France est particulièrement engagée dans le cadre de ces 90 ans des congés payés. Pourquoi ? Parce que c’est aussi une époque où l’on a observé, au-delà des congés payés du Front populaire, énormément de réalisations ouvrières, notamment dans le domaine de la santé. Notre objectif est aussi de réfléchir à la façon dont a évolué le mouvement social et politique de société et quel impact il a eu sur la construction des solidarités dans le pays. Les mutuelles en font partie. Aujourd’hui, alors que la solidarité est mise à mal, c’est important pour nous de se poser la question de ce qui a pu fonctionner, il y a 90 ans, pour gagner des droits et permettre aux gens de vivre mieux.

    F.R. : Le principe de cette campagne n’est pas d’être dans une nostalgie historique en se contentant d’expliquer ce qu’a été le Front populaire. Notre objectif est d’aller à la rencontre de publics plus larges, comprenant des gens susceptibles d’avoir voté Rassemblement national. C’est ce qu’on a fait lorsqu’on est allé intervenir dans nos villages [parcours] vacances. L’idée est donc de montrer que 1936 a été une réussite grâce aux partis politiques qui ont bougé, ainsi que l’ensemble du corps social et notamment du mouvement syndical et de la CGT.

    Lorsqu’on ira à la Fiesta des Suds, l’idée est similaire. Même si le public est jeune, on sait que certains peuvent être touchés par les discours du Rassemblement national, car ils touchent tous les milieux. On propose donc une démarche concrète en allant sur le terrain pour les convaincre qu’ils se trompent de choix. On veut montrer que les grandes périodes qui ont donné du bonheur aux salariés et aux gens modestes sont celles du Front populaire et de tous les mouvements qui s’inscrivent dans ce creuset-là.

    La journée est gratuite sur inscription sur le site de la Fiesta des Suds.

  • [Entretien] Imany : « La liberté a toujours un prix. Et elle coûte souvent très cher »

    [Entretien] Imany : « La liberté a toujours un prix. Et elle coûte souvent très cher »

    La Marseillaise : Quels sont vos souvenirs de la Fiesta des Suds, où vous vous êtes produit pour la première fois en 2011 ?

    Imany : C’était au Dock des Suds. Je me rappelle de la sensation que j’avais eue de jouer pour la première fois à Marseille, où je garde de fortes attaches. On avait galéré avec le son, mais quelle ambiance… Le public marseillais n’est en général pas facile. Quand on arrive à le faire lever, on sait qu’on a fait quelque chose de bien. J’étais touchée aux larmes. Je me suis remémoré l’enfant que j’étais quand j’allais acheter le pain de l’autre côté du quartier, que je chantais à tue-tête car c’était le seul endroit où je me sentais libre de le faire.

    Votre père officiait dans l’armée de l’air. Vous avez vécu et grandi sur la base aérienne d’Istres. Un lieu où Emmanuel Macron était venu présenter ses vœux début 2026. Que vous inspire le climat actuel de guerre généralisée ?

    Imany : De la tristesse et de la colère. On oublie à chaque fois qu’il y a des individus derrière ces guerres, que c’est l’enfant de quelqu’un qui va se sacrifier. Moi, je suis fille de militaire, je suis allée en école militaire, je connais La Marseillaise par cœur que je chantais au son du clairon, de la levée du drapeau. Pour autant, je suis profondément antimilitariste et pour la diplomatie. Mais hélas, c’est toujours celui qui a le plus gros armement qui dicte sa loi.

    Une autre guerre, plus intime, vous a habité au moment de la création de votre dernier album « Women deserve rage ». Il parle de votre lent processus de souffrances, puis de libération, suite à une relation toxique avec votre ancien compagnon. Comment en êtes-vous ressortie ?

    Imany : Aujourd’hui, je vais très bien. J’ai construit l’album sur les pas du chemin que j’ai parcouru pour revoir enfin le jour. C’est un processus très compliqué que celui de se libérer d’une relation toxique. Déjà, c’est très difficile de l’identifier. Ensuite, c’est aussi dur de s’en échapper. Et enfin, il faut réussir à se désintoxiquer.

    Vous vous êtes libérée de cette prison mentale, mais à quel prix…

    Imany : La liberté a toujours un prix. Et elle coûte souvent très cher. On est obligés de traverser des épreuves difficiles pour accéder à sa propre profondeur. Sur le plan physique et émotionnel, on n’y échappe pas. Ceux qui y échappent, ce sont par exemple les gens qui se droguent ou se noient dans le travail pour ne pas avoir à y faire face. Mais pour les surmonter, il faut accepter la douleur qui vient. C’est le prix à payer.

    « Toutes les victimes sont dignes », chantez-vous sur le morceau « Ruling over ».
    Qu’est-ce que ça vous fait de voir que leurs paroles sont pourtant encore et toujours remises en cause
     ?

    Imany : Cela m’exaspère. Pour la manière dont les choses sont établies pour la justice, par exemple, c’est à la charge de la victime de prouver qu’elle a été victime. Dès lors, sa parole est forcément remise en doute car elle doit toujours prouver qu’elle est en fait victime. On voit que les statistiques sont plutôt du côté des victimes dans le sens où un infime pourcentage de déclarations sont s’avèrent fausses. Et au lieu de se ranger à l’écrasante majorité, on se dit que pour cet infime pourcentage, on va sacrifier le reste. Il y a tout un travail à faire autour de la protection et de l’écoute des victimes, déjà auprès des policiers car ils prennent la plainte en premier. Pour des violences familiales, par exemple, on peut mettre en doute la parole d’un enfant de 5 ans, alors qu’il n’a pas de raisons de raconter des histoires sur ses parents. Il faut d’abord être bienveillant envers les gens avant d’être méfiant.

    Parmi les genres que vous explorez, la musique soul, historiquement liée à la défense des opprimés. Ça vous fait quoi de voir l’extrême droite aux portes du pouvoir ?

    Imany : La polarisation des opinions s’affirme, mais elle est toujours rentable pour les pouvoirs en place. Tant qu’on se divise, qu’on pense que le problème vient de l’extérieur : c’est beaucoup plus dur de déplacer une foule quand elle se tient la main que quand elle se pointe du doigt. C’est un système vieux comme le monde depuis les Romains. Les réseaux sociaux et algorithmes donnent l’impression d’être attaqué par les autres en permanence : les noirs, les étrangers, les musulmans, les jeunes… Mais pour faire un pont avec mon album, quand on ne dresse pas sa colère, et bien cette dernière se retourne contre nous et on est plus facilement manipulable. C’est ensemble qu’on est plus fort. Je sais que ça semble être une phrase sortie d’un poster à la con. Moi, je chante dans le monde entier, dans des endroits où les chanteurs français ne vont pas : au Kazakhstan, en Lituanie… Là, je reviens d’Arménie, un peuple qui n’a jamais été tranquille tout au long de l’histoire car il est attaqué constamment. Quand je chante dans ces pays, je me rends compte que les gens vibrent au même endroit. Non pas que je sois une chanteuse exceptionnelle, mais ça veut dire qu’on veut tous fondamentalement la même chose : la sécurité, la paix, la douceur.

  • La Fiesta des Suds prête à illuminer l’automne

    La Fiesta des Suds prête à illuminer l’automne

    Comme le rappelle d’emblée Nathalie Solia, « la fabrique de la Fiesta des Suds s’est faite dans un contexte pas forcément favorable, avec des échéances électorales, des problématiques climatiques, l’inquiétude du secteur, le repli sur soi, les conflits mondiaux… ». Selon la directrice de cet événement qui sonne les trois coups de l’automne culturel marseillais, « une ambiance devenue hélas structurelle au milieu de laquelle nous voulons maintenir la lumière de notre étoile, celle du meilleur festival au monde ». Des étoiles, il y en aura toute une constellation, du 8 au 11 octobre sur l’esplanade du J4, à l’instar de Véronique Sanson, tête d’affiche de la soirée inaugurale de la Fiesta des Suds. « Une icône de la chanson », qualifie Frédéric André, programmateur de l’événement, un demi-siècle de carrière dans le rétroviseur et des tubes en pagaille, de Besoin de personne en 1972 à Chanson sur ma drôle de vie en passant par Vancouver ou Bahia.

    « J’ai lu une étude de l’université de Londres selon laquelle, quand on regarde un concert, on ne fait pas que regarder un concert. Les rythmes cardiaques des spectateurs se synchronisent tous ensemble. N’est-ce pas cela la Fiesta ? », s’adresse Frédéric André qui, fidèle à l’ADN du festival, veut aller à rebours de « la culture capitaliste. On essaye toujours de mettre de l’humain, des émotions, tout ce qui n’est pas monétisable ». Parmi les astres musicaux programmés cet automne, Imany. Une évidence au sujet de cette chanteuse « née à Martigues, qui a grandi à Istres, d’origine comorienne. Son nouvel album [Women deserve rage, ndlr] parle d’une relation toxique, qui lui a valu de la colère mais aussi de la guérison qui infuse dedans », développe celui qui a aussi programmé pour cette édition le « dandy rock » Bertrand Belin et Stephan Eicher. L’occasion de découvrir l’éventail musical étonnant de ce guitariste-baroudeur, surtout connu du grand public pour des titres tels que Déjeuner en paix ou Combien de temps dans les années 1990, mais qui vient de sortir son 18e album Poussière d’or. Au menu également, le groupe le plus moustachu et funky d’Aix, Deluxe, ou encore Selah Sue. La soulwoman belge sera accompagnée par The Gallands, duo du batteur virtuose Stéphane Galland et son fils Elvin. « La Fiesta, c’est s’ouvrir à d’autres cultures, aux autres. Ici, le public n’est pas considéré comme des consommateurs mais des citoyens », estime Nathalie Solia.

    Soirées et jours heureux

    Conseiller artistique du festival, Olivier Rey fait quant à lui part de sa volonté de « perpétuer l’héritage de nos pères fondateurs. Dans une société plus fragmentée que jamais, la Fiesta, cet espace de dialogue et parenthèse enchantée automnale, semble plus que jamais essentielle ». Autant d’horizons et de brèches également esquissés sur la « Scène Major » de la Fiesta, où se produiront de 19h à 2h du matin des groupes ouverts aux rythmes mondiaux. Au programme notamment, HabibiSly, franco-syrien qui « mélange disco, électro et musique orientale », le rock d’inspiration sahraoui du trio Sidiaz, ou encore la transe afro-colombienne luxuriante du groupe Ghetto Kumbé. « Le J4, c’est l’entrée du port et de notre ville, là où tout arrive et tout part. Ici, nous accueillons tout le monde dans une Fiesta engagée », résume Nathalie Solia. Illustration supplémentaire avec la désormais traditionnelle Fiesta du dimanche, entièrement gratuite, le 11 octobre. Davantage tournée vers les « familles », une journée de « découvertes, rencontres et musiques », jalonnée par de nombreuses animations telles que des ateliers culinaires, des parties de pétanque et des battles de danse hip-hop. Et des temps forts artistiques comme La Fiesta des jours heureux, comédie musicale de Christina Rosmini autour des « airs populaires des années 1930 », indique la coordinatrice de la journée, Marion Bergé-Lefranc, dans le but de célébrer « les 90 ans du Front populaire ».

  • À la Fiesta, le son de l’amour en rempart aux crises

    À la Fiesta, le son de l’amour en rempart aux crises

    « Ce qui nous a guidés pour construire cette édition de la Fiesta des Suds », rappelle son programmateur, Frédéric André, « c’est de partager des émotions avec le maximum de gens. Depuis de nombreuses années, on assiste à des crises perpétuelles mais on entend peu de discours qui tournent autour d’un avenir commun ». Un constat ayant infusé dans le programme du rendez-vous phare de l’automne marseillais, qui accueillera vendredi 10 octobre sur l’esplanade du J4, le rappeur Youssoupha, récemment à l’origine de l’album Amour suprême. Un besoin d’affection dans ce monde de brutes, également matérialisé par Aïta mon amour, « projet maroco-tunisien » qui pioche dans l’électro, le rock et le blues. Au XIIe siècle, « Aïta était une manière d’interpeller les gens avec des poèmes chantés par des femmes pour afficher leur liberté et volonté d’aimer, souvent après la perte d’un être proche dans un contexte de guerre », éclaire Frédéric André.

    « Rhythm is love »

    La soirée de ce vendredi verra aussi se produire le guitariste nigérian Keziah Jones. Inventeur du « bluefunk » et auteur du tube intemporel Rhythm is love il y a plus de 30 ans, il viendra prouver au public marseillais qu’il est toujours Alive & kicking, comme le suggère le titre de son dernier album. Une nuit décidément pleine de « love » avec la venue du duo « afro punk » Tshegue, de la chanteuse La Chica, aux envolées latines et suaves, ou encore de la Mc aux paroles franco-espagnoles, La Valentina, qui louvoie entre « rap et salsa ».

  • [Fiesta des Suds] Youssoupha : « Décrispez-vous. N’écoutez pas ceux qui vous parlent de camps »

    [Fiesta des Suds] Youssoupha : « Décrispez-vous. N’écoutez pas ceux qui vous parlent de camps »

    La Marseillaise : Sur le titre « Suprême », vous confiez votre rapport à la France et rappez : « dîtes à ce pays que je l’ai quitté pour mieux m’en rapprocher ». Peut-on dire que vous, l’enfant né à Kinshasa, venu vivre en France à 10 ans et qui habite désormais en Côte d’Ivoire, ne se sent jamais autant chez lui que lorsque qu’il est éloigné de la terre à laquelle il est attaché ?

    Youssoupha : Il y a un peu de ça. Je me rends compte que je suis un peu plus nomade que ce que j’aurais imaginé avant. Je ne me déconnecte jamais des endroits qui m’ont accompagné. Je ne suis par exemple plus au Congo, mais je reste très attaché à ce pays et j’y retourne régulièrement. Pareil pour la France. Peut-être que j’y reviendrai un jour de manière plus permanente. Mais pour l’instant, pour continuer à l’aimer, j’ai besoin de voir autre chose. Sinon, j’ai le sentiment de la subir et pour de mauvaises raisons. L’éloignement m’a rapproché de la France. Même si tout n’est pas réglé, on peut parler d’une forme de réconciliation.

    Les supporters de l’OM, club auquel vous êtes attaché, ont l’habitude de clamer : « partout, c’est chez nous »…

    Youssoupha : Depuis petit, je me suis toujours senti proche de ce club. Même si je suis connu pour être un fan de Liverpool, l’OM reste dans mon cœur. J’aime le fait qu’on puisse utiliser encore ces expressions de « partout, c’est chez nous » ou de « citoyen du monde ». Certains disent que c’est une formule facile, voire démagogique. Mais en fait, on n’a pas à se remettre en cause. Les frontières, ça reste des concepts théoriques. En revanche, nos vies, elles sont bien réelles. Je ne vais donc pas laisser un concept théorique renfermer ce que mon cœur et mon cerveau ressentent et pensent. Vous me parliez de l’OM : je n’ai jamais vécu à Marseille, je n’y ai pas de famille et je ne connais pas la ville plus que cela. Mais, à mon arrivée en France, enfant, quelque chose m’a rattaché à la ferveur de ce club. Pendant longtemps, j’ai pu complexer, car on nous intime de choisir. On en a entendu des formules bizarres comme « La France, tu l’aimes ou tu la quittes » ou « il faut choisir entre tes origines ». Eh bien, moi, j’ai choisi de ne pas choisir. Ou plutôt, je choisis tout.

    « Amour suprême » condense vos influences rap, africaines, mais aussi gospel et symphoniques. Ce qui ne date pas d’hier, quand on regarde les samples de vos débuts, parmi lesquels Nina Simone ou Edith Piaf…

    Youssoupha : C’est un album décomplexé. On a l’habitude d’entendre qu’on ne peut pas être telle et telle chose à la fois. Soi-disant, on ne pourrait pas être profondément Français et avoir des références Nina Simoniennes, être Africain et avoir pour référence le rap américain. Moi, j’aime Nas, Jay-Z, mais j’ai aussi la rumba congolaise dans le sang. La chanson française de Brel et Brassens me fascine. Le symphonique me porte en live et a changé ma vie. La soul music, c’est l’essence du rap que j’ai aimé. Pour le gospel, ce sont mes cousins à l’église qui m’ont mis dedans. J’ai décidé de faire tout cohabiter.

    Il y a aussi « Dieu est grande », morceau dédié à votre fille devenu viral, mais perçu comme un blasphème par des intégristes. Et dans « God bless », vous chantez « le chemin de dieu est simple, mais c’est les religieux qui le compliquent »…

    Youssoupha : Je suis quelqu’un de spirituellement hybride. J’ai grandi avec ma mère qui est sénégalaise musulmane. Mon père est, lui, chrétien, comme ma femme. Quand on a décidé de se marier, au niveau de nos familles et communautés, c’était un peu compliqué. D’un côté comme de l’autre, on a voulu installer un problème qui n’en était pas un pour nous. J’ai aussi vécu à Créteil dans un quartier juif. J’ai toujours été amené à me mélanger. ça m’a permis de me rendre compte que, dès que les gens se mélangent, ils sont souvent amenés à bien s’entendre. C’est quand les gens mettent la logique de camps et de dogmes, qui vient souvent des religieux, que la crispation s’installe. Si j’avais appris la religion à travers ceux qui prétendent en être les garants, je serais même devenu agnostique ou athée. Je pense que la religion et la spiritualité élèvent et que ce sont les gens qui rabaissent. Je veux transmettre cela dans mes textes en disant aux gens : « décrispez-vous. N’écoutez pas ceux qui vous parlent de camps. »

    Le titre « Prose combat » est aussi marqué par votre appel pour « une terre pour le peuple palestinien » ou le soutien au peuple congolais. Deux massacres desquels les dirigeants détournent le regard. Pourquoi ?

    Youssoupha : Car c’est logiciel du monde d’avant, qu’on a du mal à mettre à jour car il faudrait réinterroger nos civilisations. Dénoncer les pratiques du régime actuel en Israël, notamment sur la bande de Gaza et son génocide, remet en cause une interrogation. Auparavant, on présentait Israël comme une démocratie. On a lié cela à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, où les juifs ont été des victimes, parmi les pires de l’histoire. Ce logiciel de l’établissement d’Israël a persisté, ce qui fait qu’aujourd’hui, tout est confondu par les principaux médias et institutions. Pour le Congo, pareil. Aux yeux des gens, le pillage et les guerres en Afrique étaient quelque chose d’établi. Et quand on se met à dénoncer le génocide au Congo, pour l’exploitation des minerais, on entend : « ça a toujours été comme ça. » Pourtant, la prise de conscience doit se faire et les massacres doivent s’arrêter. On doit changer ce monde-là. Maintenant.