Tag: feux de forêt

  • Volontaires : au feu sans compter leurs heures

    Volontaires : au feu sans compter leurs heures

    À 18h42, le bip arrache Léa à son café. Aide-soignante dans un Ehpad le jour, elle enfile en moins de deux minutes le pantalon de feu suspendu à son casier, lace ses bottes sans un mot. « Quand ça sonne, je pars. On ne réfléchit plus, le corps sait. On parlera après », lâche-t-elle en grimpant dans le fourgon. Ce soir, c’est un accident sur l’A9. Il y a trois ans encore, cette trentenaire originaire de Codognan ignorait tout des gestes de secours. Une soirée portes ouvertes au centre de secours, une discussion avec un voisin volontaire, et la bascule : « Je voulais que mon engagement serve à quelque chose de concret, pas juste à mon salaire. »

    Le lendemain matin, épuisée, elle retrouve à la caserne de Nîmes deux autres visages de ce même engagement : Karim, agent communal de 43 ans, et Julien, cuisinier dans un lycée. Trois métiers, trois vies, une même ligne rouge : rester disponibles lorsque le feu prend de l’avance. Une discipline qu’ils partagent avec près de 2 800 sapeurs-pompiers volontaires dans le Gard. Aux côtés de 717 professionnels, ils représentent à eux seuls plus des trois quarts des effectifs opérationnels du département.

    C’est sur ces épaules que repose l’essentiel de la réponse quand, l’été venu, la menace change d’échelle. Le mistral pousse les flammes, la fumée avale l’horizon et les heures se dilatent sous les casques. Les volontaires montent alors dans les fourgons après une journée de travail, sacrifient un week-end, écourtent un repas de famille. « On peut partir pour deux heures et rentrer le lendemain », résume Karim. Son employeur le libère lorsqu’il le peut ; dans les petites entreprises, l’absence pèse davantage.

    Mais le quotidien des volontaires ne se résume pas aux colonnes de fumée. Léa a vite été éloignée des images de héros qui accompagnent parfois la vocation : malaises, chutes, accidents et détresse sociale composent l’essentiel des sorties. « On entre parfois chez des gens qui n’ont vu personne depuis plusieurs jours. Avant de soigner, il faut rassurer. » Le feu laisse d’autres souvenirs : la chaleur qui traverse la veste, le craquement des pins, les braises qui franchissent une route que l’on croyait sûre. Pour affronter l’un comme l’autre, les heures de formation et les exercices s’accumulent. Dérouler les tuyaux, reconnaître les vents ou porter une victime ne s’improvise pas. « Il faut que les gestes reviennent même lorsque la fatigue et la peur brouillent tout », souffle Léa.

    Des vies réglées sur le bip

    Julien, lui, a appris à vivre au rythme du planning qu’il remplit chaque mois, disponibilité par disponibilité. À 51 ans, il compte près de vingt années de volontariat, et sa femme reconnaît le bip avant lui. « Pour un accident, elle s’inquiète. Pour un feu de forêt, elle ne dort pas. » Avec le temps, dit-il, il a aussi appris à moins foncer : « Avec l’âge, on lit mieux le terrain. Le courage, c’est aussi savoir quand reculer. »

    Cette expérience ne sera pas de trop : depuis le début de l’été, les sapeurs-pompiers du Gard ont déjà fait face à 508 feux, ayant parcouru 836 hectares. Dans les périodes les plus sensibles, jusqu’à 150 pompiers supplémentaires peuvent être mobilisés chaque jour. Autant de congés déplacés, de journées de travail abandonnées, de familles qui attendent. Une trentaine de centres de secours seulement couvrent ce vaste territoire exposé aux feux, aux inondations et aux accidents, et dans certaines casernes, chaque départ devient un calcul : qui peut quitter son travail, garder les enfants, remplacer le collègue déjà mobilisé ?

    Pourtant, aucun ne parle d’abandonner. Léa évoque les silences dans le camion après une intervention difficile. Karim, les repas interrompus et repris froids à deux heures du matin. Julien, cette main serrée par un habitant dont la maison venait d’être sauvée. « On ne fait pas ça pour être des héros, dit-il. Quand tout le monde recule, il faut bien que quelqu’un avance. » Mais derrière l’uniforme, le modèle tient sur des équilibres fragiles : la compréhension des familles, la bonne volonté des employeurs et des volontaires toujours plus sollicités. Lorsque l’un d’eux part plusieurs heures, un atelier, une mairie ou un service tourne parfois avec une personne en moins. Face à des incendies plus intenses, leur engagement demeure une force. Pourtant, à mesure que les étés s’embrasent, les épaules qui portent le système deviennent toujours plus rares.

  • Incendie du Gros Bessillon : la course contre la montre face au feu se double d’une traque aux incendiaires

    Incendie du Gros Bessillon : la course contre la montre face au feu se double d’une traque aux incendiaires

    Lundi et mardi se sont avérés plus calmes, mais non moins engagés dans la lutte contre la reprise de l’incendie du Gros Bessillon, qui n’a pas progressé et dont le bilan est de 1 850 ha parcourus. Une baisse des températures et du vent, et un air plus humide ont permis aux 1 250 sapeurs-pompiers engagés mardi de traiter les lisières et les points chauds.

    Un accusé avoue un départ de feu, 6 enquêtes ouvertes

    Un travail qui va se poursuivre mercredi avec le même engagement, car les heures sont comptées avant une journée de jeudi qui s’annonce périlleuse, avec des températures en hausse et le retour du mistral. D’autant plus que les sapeurs-pompiers doivent également lutter contre les incendiaires. Un homme de 23 ans, mis en examen pour une dizaine de départs de feux, a avoué être à l’origine de l’une de celles du 24 juillet.

    Par ailleurs, « deux nouveaux départs de feu dont l’origine volontaire est peu contestée », d’après le préfet du Var Simon Babre, ont été signalés dans la nuit de lundi à mardi, à Montfort-sur-Argens et Barjols. Celle du 31 juillet pourrait aussi l’être, toujours selon le Préfet. Depuis le 24 juillet, six départs de feu sont soupçonnés d’être d’origine volontaire, mais « rien ne permet de les relier entre eux », détaille le commandant de la Gendarmerie du Var Grégory Goumain, qui précise que six enquêtes distinctes ont été ouvertes.

  • Une « importante reprise » du feu à Bayons, celui de Thorame ne progresse plus

    Une « importante reprise » du feu à Bayons, celui de Thorame ne progresse plus

    Les pompiers rencontrent des difficultés en raison d’un relief « dangereux, marqué par des chutes régulières de pierres, de matériaux incandescents et de blocs rocheux. Ces conditions représentent un risque majeur et favorisent la propagation du feu », a regretté le Sdis. L’ONF a fourni un bulldozer aux pompiers, qui l’utilisent ce mercredi matin pour prolonger une piste. Le feu de Thorame-Basse n’a lui plus progressé depuis lundi, sa surface brûlée restant stable à 21 hectares. Les pompiers surveillent « toute reprise » et poursuivent leur « travail acharné » sur les deux incendies.

  • Un accord pour suspendre la chasse dans le Bois Noir

    Un accord pour suspendre la chasse dans le Bois Noir

    Pour la prochaine saison de chasse, les « secteurs directement impactés par l’incendie » seront sanctuarisés. C’est la décision prise par Cyrille Drujon d’Astros, président de la communauté de communes du Pays des Ecrins et Philippe Boisset, président de la fédération départementale de chasse, après leur rencontre ce vendredi. La décision consiste à établir « des cartes d’exclusion de la chasse », qui « comprendront les zones forestières incendiées ainsi qu’un périmètre de protection, destiné à constituer un secteur refuge pour la faune sauvage, particulièrement fragilisée par cet événement », rapporte le communiqué paru ce lundi.

    Cette décision est motivée par « la volonté commune de favoriser la reconstitution des habitats et de laisser à la faune le temps nécessaire pour retrouver des conditions de vie compatibles avec son maintien », expliquent les deux parties. L’accord doit encore être approuvé par les sociétés de chasse de Freissinières et de l’Argentière-la-Bessée. La Communauté de communes recommande aussi d’éviter la cueillette de champignons dans le massif où du produit « retardant » été diffusé par voie aérienne.

    Une pétition nationale pour suspendre la chasse

    L’interdiction de chasser sur les secteurs incendiés est de plus en plus demandée au sein de la société civile et des associations de protection de l’environnement. La pétition « pas de fusil sur les cendres », lancée en juillet sur le site change.org a dépassé 380 000 signatures. Pour l’heure, le gouvernement laisse les préfets arbitrer localement et la Fédération de chasse n’a pas donné de consignes nationales.

  • Une flotte aérienne en deçà des besoins

    Une flotte aérienne en deçà des besoins

    Les incendies se multiplient, s’étendent désormais à l’ensemble du territoire et gagnent en intensité. Pourtant, les moyens aériens de la sécurité civile n’ont, selon le député LFI de l’Hérault Sylvain Carrière, pas suivi cette évolution. « On a 20 bombardiers d’eau, on a 12 Canadair et 8 Dash. En 1980, si on compare, on avait 21 bombardiers d’eau. Donc ça veut dire qu’on a environ le même nombre de bombardiers d’eau que dans les années 80. Or le risque aujourd’hui est très fortement multiplié », souligne-t-il. Pour le député, le constat est sans appel : les moyens n’ont pas évolué au rythme des besoins. Alors que les saisons des feux s’allongent, la flotte doit désormais être en mesure d’intervenir simultanément sur plusieurs fronts, partout sur le territoire. Une réalité qui, selon lui, impose de revoir le dimensionnement des moyens aériens. Pour le parlementaire, cette situation est le résultat d’un manque d’anticipation politique. « Il faut des moyens et des moyens aériens à la hauteur des enjeux », plaide-t-il, estimant que ce décalage traduit une absence d’anticipation face à l’évolution du risque incendie, alors que les feux touchent désormais des territoires jusque-là relativement épargnés et mobilisent les secours sur une période de plus en plus longue.

    Une stratégie jugée insuffisante

    Le député pointe également les hésitations du gouvernement concernant le renouvellement des Canadair. « En 2022, le président Macron nous parle de 16 Canadair qui vont arriver. Puis on nous dit non, ils ont été annulés. Au final, 2 ont été validés, financés avec des fonds européens. Ce sont donc 2 Canadair qui doivent arriver pour 2028 et ils en ont recommandé 2, que l’on n’aura pas avant 2033. » Une succession d’annonces qui nourrit, selon lui, « une illisibilité » de la stratégie de renouvellement.

    Au-delà du nombre d’appareils, Sylvain Carrière s’inquiète du vieillissement de la flotte actuelle. Les douze Canadair en service nécessitent une maintenance importante, réduisant quotidiennement leur disponibilité opérationnelle. « On se rend compte que, là aussi, la planification est en deçà des enjeux du moment. C’est très inquiétant quand on voit qu’on a des incendies de plus en plus étendus, mais aussi de plus en plus violents. »

    « On a un savoir-faire français sur l’aérien, donc on pourrait le faire sans trop de soucis. Mais pour ça, il faut la volonté politique », plaide le député LFI de l’Hérault, pour qui le développement d’une filière industrielle française permettrait de gagner en autonomie. Une condition qu’il juge indispensable pour adapter durablement les moyens de lutte contre des incendies devenus, selon lui, un défi structurel plutôt que saisonnier.

  • Dans les Alpes-de-Haute-Provence, la lutte continue contre les feux

    Dans les Alpes-de-Haute-Provence, la lutte continue contre les feux

    Les pompiers continuent à lutter « sans relâche » contre les deux incendies survenus ce week-end, qui avaient parcouru 82 hectares à Bayons et 21 hectares à Thorame-Basse, lundi en fin de journée.

    Si le feu survenu à Thorame-Basse ne progresse plus, celui de Bayons continue à se répandre. Environ 60 sapeurs-pompiers et 30 engins traitaient lundi les différents foyers encore en activité. Leur travail a permis d’éviter toute propagation vers les zones habitées. Un sapeur-pompier a été légèrement blessé au cours des opérations.

    Les soldats du feu travaillent à Bayons dans « un environnement particulièrement exigeant, caractérisé par un relief très escarpé, de forts dénivelés et des secteurs difficilement accessibles. Ces conditions imposent des progressions lentes et complexes, aussi bien pour les moyens aériens que pour les personnels engagés à pied », a indiqué le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis).

    Des renforts envoyés

    Trente sapeurs-pompiers étaient par ailleurs mobilisés lundi à Thorame-Basse, dans une dizaine d’engins. « Ils y sont renforcés par un moyen aérien de la sécurité civile afin d’acheminer du personnel et matériel au sommet du feu. L’équipe feu tactique a travaillé dimanche soir à limiter la progression du sinistre sur son flanc gauche », a relaté le Sdis. Un groupe d’intervention feux de forêt des Alpes-Maritimes ainsi que des moyens aériens nationaux y ont également été envoyés en renfort. « Le sinistre a évolué dans un secteur particulièrement difficile d’accès, au sein d’un relief escarpé, rendant les opérations de lutte particulièrement complexes », comme à Bayons, a constaté le Sdis 04.

  • Les grosses ficelles du maire de Bandol pour s’extraire de ses obligations légales

    Les grosses ficelles du maire de Bandol pour s’extraire de ses obligations légales

    Depuis plus de 25 ans, la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) impose à de nombreuses communes de disposer d’un minimum de 20 à 25% de logements sociaux afin de favoriser la mixité sociale et de répondre à la pénurie d’offres locatives abordables et dignes. Une obligation atteinte par une seule collectivité dans le Var (La Garde) sur les 44 concernées. Or, si à l’instar de Toulon certaines font montre de bonne volonté, s’évertuant à trouver des solutions malgré un foncier qui se fait rare, d’autres ne savent plus quoi inventer pour se soustraire à leurs obligations. Telle la ville de Bandol qui fait preuve d’originalité en mettant en avant la nécessité d’une bien opportune prévention des risques, incendies entre autres.

    De bien grosses ficelles qui font s’étrangler le militant logement Jean-Paul Jambon. Ce dernier dénonce ici la manœuvre qui vise à démontrer que plus de 51% de la surface communale est en risque important de feux de forêts ; mais aussi que la présence de la ligne SNCF par laquelle transitent selon l’édile de fréquents transports de matières dangereuses devrait permettre de classer une partie de la commune en site Seveso pour risque d’accidents majeurs.

    Pour ce qui est des chiffres, bien concrets, eux, rappelons que la collectivité atteignait péniblement les 8,69% de logement social en 2024 et que 360 familles bandolaises sont toujours en demande d’attribution.

    360 familles en attente

    de logements sociaux

    Un stratagème qui pourrait, en plus d’être dommageable pour les plus modestes, venir ternir aussi l’image même de la cité balnéaire. « Qui viendra habiter ou passer ses vacances dans une commune présentant de tels risques ? », interroge Jean-Paul Jambon, en rappelant les obligations d’informer les acquéreurs lors d’une transaction avec un risque évident de perte de valeurs pour les maisons construites dans les collines, ou les logements bordant la voie ferrée. Avec en parallèle aussi une augmentation des primes d’assurances découlant de la nouvelle situation. Ce qui aurait pour conséquence de heurter « la sensibilité » même d’un électorat pourtant de prime abord, par dogmatisme ou (et) égoïsme, hostile aux logements sociaux auquel le maire semble vouloir répondre.

    Un projet qui a peu de chances d’aboutir mais qui donne l’occasion de pointer le risque majeur, bien réel celui-ci, pour Bandol qui est de se voir appliquer des majorations pouvant aller jusqu’à 500% à cause du manque manifeste de volontarisme. Le militant logement va plus loin dans le raisonnement et pose que « si le souci premier est la protection des biens et des personnes, les incendies actuels dans le Var obligeant à réfléchir à l’urbanisme, le principe de précaution voudrait donc qu’à Bandol plus aucun permis de construire ne soit accordé du fait du risque d’exposition aux incendies ou de la dangerosité liée aux transports de produits dangereux ».

    Pas sûr que cela fasse les affaires de tout le monde.

  • Forte mobilisation pour contenir l’incendie du Gros Bessillon ce week-end, 1850 hectares parcourus depuis vendredi

    Forte mobilisation pour contenir l’incendie du Gros Bessillon ce week-end, 1850 hectares parcourus depuis vendredi

    Le feu n’est pas encore fixé, mais la situation s’améliore dans le massif du Gros Bessillon. Après une journée cataclysmique vendredi, durant laquelle 1 000 hectares ont été parcourus en quelques heures suite à une reprise du feu au sud-est de Correns, le travail des 1 500 sapeurs-pompiers a permis de limiter sa progression. Notamment grâce aux 675 largages effectués par les canadairs, avions Dash et hélicoptères bombardiers d’eau, dont 450 samedi, « un record », précisait le préfet du Var, Simon Babre. Des brûlages tactiques ont aussi été opérés pour éviter de donner du combustible à l’incendie. L’objectif principal : sécuriser les points chauds et éviter toute potentielle reprise. Deux ont eu lieu dimanche en début d’après-midi mais ont été rapidement traitées, offrant une fin de journée plus calme.

    Un travail dans la continuité de celui mené samedi, journée durant laquelle le principal combat a peut-être été gagné, a minima de manière provisoire. Après une nuit de vendredi durant laquelle les sapeurs-pompiers avaient déjà procédé à des brûlages tactiques, l’après-midi était particulièrement redoutée avec un mistral et une chaleur intenses. Ce qui laissait craindre que le feu au sud de Correns ne franchisse une nouvelle vallée, et ne rejoigne un autre massif, ce qui aurait menacé les communes de Montfort, le Val, Vins-sur-Caramy et 3 000 à 4 000 hectares supplémentaires. Et déjà, la sécurisation des points chauds avait été fructueuse.

    Nouvelle journée à risque lundi

    Dimanche soir, le bilan était de 1 850 hectares parcourus. Au vu de l’accalmie, l’ensemble des mesures d’évacuation et de confinement avaient été levées, et les axes routiers rétablis. « Mais de nouvelles mesures pourraient être prises », prévient le préfet.

    Car lundi, ce dernier craint une nouvelle journée périlleuse, avec « un fort vent de sud-est et des rafales à 50 km/h ». « Les 1 500 pompiers mobilisés restent sur place », ajoute le directeur du Sdis 83 Eric Grohin. Par ailleurs, la gendarmerie a mené « une action forte en matière de sécurité », précise Simon Babre, avec plus de 500 contrôles effectués quant au transport, interdit jusqu’à ce lundi, de dispositifs allume-feu, tandis qu’une mise à feu volontaire, rapidement contrôlée, a été déplorée du côté du Muy.

  • Au centre d’hébergement de Lorgues, la solidarité pour réchauffer le cœur des évacués de l’incendie du Gros Bessillon

    Au centre d’hébergement de Lorgues, la solidarité pour réchauffer le cœur des évacués de l’incendie du Gros Bessillon

    Samedi, midi et demi. L’heure du repas au centre d’hébergement de la salle François Mitterrand de Lorgues, où étaient accueillies jusqu’à 90 personnes évacuées en provenance du Val, de Montfort-sur-Argens et de Carcès, entre vendredi et dimanche. Dans les assiettes, taboulé fait maison, gigot d’agneau et boulettes de bœuf. Et surtout, une bonne dose de réconfort pour celles et ceux dont le quotidien a à nouveau été bouleversé par la reprise de l’incendie du Gros Bessillon vendredi. « À Carcès, on avait été très bien accueillis mais on n’avait eu que des sandwichs, là c’est un vrai bon repas » saluent Jacqueline et Frédéric, couple de retraités vivant à Montfort, dont c’est la deuxième évacuation. Ils passent la journée au centre, mais dorment dans un studio généreusement mis à disposition par une habitante de Lorgues, au vu de leur santé fragile.

    Un élan de solidarité dont ils n’ont pas été les seuls à profiter. À leur table, Alexis, lui aussi résident de Montfort, a été contraint d’évacuer dans la précipitation, hâté par les cris des gendarmes venus sommer la population de plier bagage vendredi après-midi. « Je ne voulais pas partir, je suis resté dans le secteur, mais j’ai fini par ne pas avoir le choix », avoue-t-il, encore marqué par la vision « de la colline de Montfort dévorée par les flammes ». Toutefois, s’il n’a pas dormi de la nuit, c’est moins par inquiétude que pour l’avoir passée à discuter avec un élu lorguais, venu tenir compagnie aux évacués. « Je retiens davantage le merveilleux accueil qu’on a reçu que la peur du feu », s’émeut-il. À ses côtés, Maryline, sa voisine, qu’il a embarqué avec lui au moment de fuir. Tous deux ont tout juste eu le temps de préparer quelques bricoles et de prendre leurs animaux de compagnie sous le bras. « Ce matin, un bénévole m’a amené des affaires de rechange et d’hygiène », explique-t-elle. « J’avais oublié ma brosse à dents, et sans rien demander, on m’en a ramené une avec du dentifrice dans l’heure », ajoute Alexis, reconnaissant au point de vouloir emménager dans la commune dans les prochains mois.

    « C’est la Provence noire, plus la Provence verte »

    Rien de plus naturel pour celles et ceux qui donnent de leur temps. C’est déjà la deuxième fois en l’espace de quelques jours, « et jamais deux sans trois », plaisante Jean-Louis, l’un d’entre eux, sous les protestations des autres, qui aimeraient voir la situation se calmer. Parmi eux, Pouranne Weise, conseillère municipale. Arrivée à Lorgues il y a quelques années, elle a décidé de s’y engager pour « l’esprit des habitants. Les gens sont très accueillants, à l’écoute des autres. » Illustration : au-delà des vivres et des vêtements, fruits de dons de particuliers, et de dotations du Secours Populaire, de la préfecture et de la mairie, une habitante, psychologue à la retraite, est venue écouter ceux qui en avaient besoin samedi matin.

    Malgré tout, l’inquiétude reste dans un coin des têtes. « On va peut-être revenir dans une commune qu’on ne connaît pas », se prépare déjà Alexis. Verdict le soir-même, puisque les habitants de Montfort ont pu regagner leurs habitations au vue de l’évolution positive de la situation, le cœur du village ayant été épargné. La question de l’origine du feu revient aussi, forcément. « J’en suis persuadée, c’est prémédité », n’en démord pas Jacqueline, contrariée par « un sentiment d’impuissance » et qui imagine même « un complot d’État » comme explication à ces incendies intempestifs. Maryline, elle, redoute « des actes terroristes avec tous ces départs de feu simultanés. Quand on a annoncé l’incendie fixé, je pensais que c’était fini. J’ai l’impression d’être dans un film d’horreur ». Quoi qu’il en soit, elle sera désormais intransigeante : « Si je vois quelqu’un jeter son mégot, je n’hésiterai plus à appeler la police », assure-t-elle, dépitée par le coût de l’irresponsabilité, qui change « la Provence verte en Provence noire ».

  • Var : 1800 hectares parcourus par le feu depuis vendredi mais le pire évité dans le Gros Bessillon

    Var : 1800 hectares parcourus par le feu depuis vendredi mais le pire évité dans le Gros Bessillon

    Samedi soir, Simon Babre, le préfet du Var, ne boudait pas sa satisfaction, qualifiant de « véritable exploit » la capacité des sapeurs-pompiers à contenir la progression de l’incendie du massif du Gros Bessillon, qui a connu une reprise vendredi en début d’après-midi à l’ouest de la commune de Correns, parcourant 1000 hectares en quelques heures. Car leur mobilisation au nord de la commune du Val a permis d’éviter que le feu « ne franchisse de nouvelles vallées et ne rejoigne un autre massif boisé, ce qui l’aurait conduit a épouser le couloir de feu du grand incendie de 1965, menaçant 3 à 4000 hectares supplémentaires. »

    Durant la nuit de vendredi à samedi, 1300 sapeurs-pompiers s’étaient échinés à défendre les secteurs les plus exposés à Correns et Montfort-sur-Argens, les deux communes les plus menacées, et à freiner la progression de l’incendie. 250 hectares supplémentaires avaient néanmoins été parcourus au matin, dont une partie sous l’effet de brûlages tactiques pour éviter que l’incendie ne s’étende plus tard, avant une après-midi particulièrement redoutée pour la chaleur annoncée et la violence du mistral. 1500 sapeurs pompiers étaient ainsi mobilisés, avec 4 Canadairs ; 2 avions Dash et 5 hélicoptères bombardiers d’eau (2 du Conseil départemental, 2 européens, 1 du ministère des Armées).

    « La stratégie fixée hier soir, qui a été respectée toute la nuit, de traiter les points sensibles, de rouvrir la route vers Correns et de mettre en place un verrou avec de nombreux sapeurs-pompiers au sol pour éviter que les massifs qui avaient déjà été parcourus par les flammes ne communiquent avec un autre massif qui menacerait trois communes plus au sud du feu actuel [Montfort, le Val, Vins-sur-Caramy, NDLR], reste d’actualité », annonçait le préfet en début d’après-midi. Sept nouvelles habitations ont néanmoins été touchées par les flammes.

    1800 hectares parcourus, focus sur le nord du massif dimanche

    La lutte aura une nouvelle fois été intense, et plusieurs centaines d’habitants du Val ont dû être évacués en direction de Brignoles en milieu d’après-midi. La population de Correns a également été accompagnée. Une livraison de 450 repas, fournis par le Conseil départemental du Var, a pu être effectuée, l’axe routier avec le village ayant été rétabli, afin de répondre aux besoins des personnes mobilisées et des habitants concernés. Par ailleurs, une citerne d’une capacité de 30 m³ a été mise à disposition par l’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE) afin de renforcer les moyens nécessaires sur le secteur. Enfin, 15 000 masques ont été acheminés grâce à l’appui de l’Agence régionale de santé (ARS) et du Centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne (CHITS) afin de renforcer les moyens de protection disponibles pour la population et, si nécessaire, pour les services de sécurité et de secours engagés dans les opérations.

    Le soir, les dégâts avaient ainsi été limités, « grâce à 450 largages, ce qui est un record, et un chiffre qui explique pourquoi le feu, qui n’est pas du tout fixé ce soir, est stabilisé », annonçait le préfet, qui faisait part d’un bilan de 1800 hectares parcourus depuis vendredi, pour un total de 6300, et un feu contenu dans son enveloppe. « C’est une bataille remportée ce soir mais pas la fin de la guerre », mettait-il en garde, appelant à la « prudence car le vent tournant et vérité d’un soir n’est pas celle du lendemain matin. »

    Car ce dimanche, ce « feu toupie » va une nouvelle fois changer de direction, sous l’influence d’un vent du sud, après deux jours de mistral. « L’objectif sera de traiter le nord du brasier ce soir pour éviter que le feu ne menace de nouvelles étendues au nord du Gros Bessillon là où feu a commencé il y a douze jours », concluait Simon Babre, au terme d’une nouvelle journée éprouvante, qui ne sera certainement pas la dernière.

    La bonne nouvelle de la soirée : les habitants de Montfort ont été autorisés à rentrer chez eux, et les mesures de confinement du village et de Correns ont également été levées.