Tag: Festival d’art lyrique

  • [C’est l’été] La jeunesse au sommet pour le dernier soir du Festival d’Aix

    [C’est l’été] La jeunesse au sommet pour le dernier soir du Festival d’Aix

    C’est une dernière ovation debout qui a clos, lundi soir au Grand Théâtre de Provence, le Festival d’Aix 2026. Ultime soirée illuminée par la fougue et l’enthousiasme de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, dirigé par sa cheffe Sora Elisabeth Lee. Le public goûte toujours avec le même engouement ce rendez-vous traditionnel. Tous ces jeunes interprètes venus des rives proches et lointaines de Mare Nostrum offrent chaque saison le meilleur de ce qu’un orchestre, même parmi les plus aguerris, est capable de délivrer.

    Il est acquis que la valeur n’attend pas le nombre des années, et ces jeunes musiciens, épaulés par des mentors du London Symphony Orchestra, ne démentent pas le sage propos de Corneille. Le programme, centré autour d’une composition collective de l’orchestre, emmenait l’auditeur vers une Europe orientale, hongroise avec Kodály et Dohnányi, puis russe avec Moussorgski.

    La composition collective est toujours très attendue, car elle est synonyme d’émotion pure. Toujours encadrée par le compositeur Fabrizio Cassol, elle met cette année en avant un quintette particulièrement divers : les voix d’Amena El Bad et de Saber Radhouni pour des mélopées proche-orientales, le oud virtuose d’Akram Ben Romdhane, le trombone non moins agile de Jules Regard et le piano d’Elrini Alisa. Entre grands élans orchestraux et couleurs plus intimes, c’est tout le destin de notre planète, toute la fragilité de l’humanité que l’orchestre a voulu exprimer.

    Sérieux et qualité

    Ce que l’on retient de cette session, c’est à la fois le sérieux professionnel de l’orchestre et la qualité expressive de chaque pupitre. Sora Elisabeth Lee est une cheffe rigoureuse dans la battue et parfaite architecte de compositions dont la complexité pourrait effrayer. Les Danses de Galánta, de Zoltán Kodály, sont propices à la démonstration de ces traits d’orchestre (un cor solo magnifique) qui signent une phalange de qualité. Les Variationen über ein Kinderlied d’Ernö Dohnányi, composée en 1914, sont un jeu de contraste amusant entre un orchestre à l’épaisseur post romantique, très « lisztienne », et de variations ébouriffantes au piano autour de « Ah ! vous dirais-je maman », dont Mozart s’était déjà amusé. Aris Alexander Blettenberg s’en amuse tout autant avec un humour virtuose.

    S’il y a une œuvre orchestrale propre à mettre en valeur les talents réunis de chaque section, ce sont bien les Tableaux d’une exposition de Moussorgski, orchestré par Maurice Ravel. La visite de l’exposition du peintre Viktor Hartmann est une promenade sonore qui conduit aux fastes de la Grande porte de Kiev. Les teintes apposées par Ravel sur le piano du russe méritent de bons coloristes.

    Le solo de saxophone évoquant Le Vieux Château, le cor mélancolique de Bydlo et sa mélodie déchirante, les bois en folie qui piaillent dans le Ballet des poussins dans leurs coques, les cuivres qui descendent aux catacombes et surtout, très exposée, la trompette piccolo qui assume magistralement le son geignard, acide et incisif de Schmuÿle dans sa conversation avec Samuel Goldenberg.

    Tout explose au final. La grande section des percussions est à la fête. On en redemande de cette jeunesse toute proche, qui prouve que la musique est un art vivant et qu’un concert symphonique est aussi un spectacle et une de ces hautes marques de civilisation qui honore l’humanité.

  • Les festivals phares de la région attendent le coup de feu

    Les festivals phares de la région attendent le coup de feu

    La Région Sud est le point culminant français en matière culturelle et artistique. Nous ne voyons pas la culture comme une dépense mais comme une identité, notre force », amorce Sophie Joissains. « Du festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence à Marsatac, en passant par le Festival d’Avignon ou les Chorégies d’Orange », « la culture est un ferment d’espoir et un lien entre tous », estime la vice-présidente de la Région en charge de la culture lors d’une conférence de presse organisée vendredi 29 mai. En dépit d’une baisse de 4% de son budget alloué à la culture, 52,5 millions en 2026, et à l’approche de la saison des grandes manifestations de l’été, l’occasion est donnée de faire un point sur les gros festivals que la collectivité territoriale soutient.

    Primeur de la parole à Richard Galy, président de la Société publique locale (SPL) des Chorégies d’Orange, qui note d’emblée la « nécessité de passer à un autre statut plus adapté, l’Établissement public de coopération culturelle (EPCC), déjà voté par la Région, le Département et la Ville. Nous attendons l’arrêté qui nous permettra d’y associer l’État ». Directeur démissionnaire de la manifestation, Jean-Louis Grinda annonçait il y a quelques mois une « saison 2026 light », divaguant du 19 juin au 18 juillet de La Traviata de Verdi avec Jessica Pratt dans le rôle-titre, à un concert symphonique de Philippe Katerine. « Un nouveau directeur artistique des Chorégies sera nommé la semaine prochaine. Avec l’objectif de proposer ce qui fait l’ADN des Chorégies, le lyrique et la mise en scène », annonce avec soulagement Richard Galy.

    Successions et bougies

    Nommé à la suite de Pierre Audi, décédé il y a un peu plus d’un an, Ted Huffman, nouveau directeur du Festival d’Aix-en-Provence qui se tiendra du 2 au 22 juillet, réaffirme quant à lui que « l’opéra doit demeurer un art vivant. Il faut sortir de l’idée selon laquelle l’art lyrique est un musée. C’est le moment d’aller vers des choses inattendues », souligne le metteur en scène américain. Parmi les « 250 festivals et manifestations » soutenus par la Région sur le millier existant, certains sont présents comme Marsatac, dont la date du 13 juin réunissant Théodora et Disiz est « bientôt sold out », annonce sa directrice Béatrice Desgranges, Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon dont la 80e édition s’élance le 4 juillet, ou encore Michaël Dian, directeur artistique du Festival de Chaillol qui souffle ses 30 bougies dans les Hautes-Alpes dès le 17 juillet. Sans oublier la présence d’Hugo Lucchino, nommé l’été dernier à la tête de la Villa Noailles, à la suite de la mise à pied de Jean-Pierre Blanc par le ministère de la Culture. Avec une programmation articulée autour du festival international de la mode, de la photographie et d’accessoires d’Hyères ainsi que du festival Design Parade à Toulon et dans la région. Aurélie de Lanlay, directrice adjointe des Rencontres d’Arles, tenues du 6 juillet au 4 octobre, met l’accent, elle, sur les différents dispositifs dispensés aux élèves de tous âges autour de l’initiation à la lecture de l’image. « Pour donner des clefs pour permettre aux jeunes de décrypter les images qui les entourent. »

    Le 15e vice-président de la Région en charge de la jeunesse, des sports et de la vie étudiante, Ludovic Perney enchaîne et se félicite pour sa part des « 4 800 élèves » qui ont pu bénéficier de ces ateliers de « lecture de l’image à Arles », mais aussi des parcours initiés au Festival d’Aix ainsi que du nombre de « lycéens accompagnés au Festival d’Avignon ».

    « Mode de vie occidental »

    Si « l’État baisse non seulement ses budgets mais demande aussi aux collectivités un effort pour rembourser la dette nationale », rappelle Sophie Joissains, « il faut faire en sorte que les structures et festivals passent ce mauvais cap ». De son côté, Ludovic Perney voit aussi la culture comme un moyen de s’opposer « aux attaques contre le mode de vie occidental ». Une formule qui laisse pantois, mais que ce candidat à la présidence de la fédération LR des Bouches-du-Rhône « assume », avant de se vautrer dans des explications alambiquées pour tenter de déminer la polémique. « Quand on était à l’école, l’Occident était au milieu de la carte du monde avec l’Europe, et nous, au milieu. Et bien, aujourd’hui, l’axe du monde a changé. Il faut préserver ces valeurs qui sont fondamentales pour conserver la maîtrise de notre destin », dit celui qui aime à citer le moraliste nationaliste et controversé Ernest Renan. Avec tous ces festivals, l’été sera chaud. Mais gare aux coups de soleil idéologiques sur la nuque.

  • À Aix, Ted Huffman prends les rênes du Festival d’art lyrique

    À Aix, Ted Huffman prends les rênes du Festival d’art lyrique

    Parmi les huit noms en lice pour reprendre la tête de l’événement à rayonnement international, c’est celui de Ted Huffman, scénariste et metteur en scène américain, qui a été choisi à l’unanimité. Il prendra officiellement ses fonctions à compter du 1er janvier prochain pour un « mandat » d’une durée de 5 ans. «Ted Huffman mettra en œuvre la programmation élaborée par (Pierre Audi) au titre de l’édition 2026 et, pour partie, de l’édition 2027. Il initiera dès à présent la conception artistique et stratégique des éditions 2028 et suivantes», annonce le Festival, dans un communiqué. Ted Huffman « conjugue l’audace de la création contemporaine et l’innovation artistique tout en ayant une connaissance approfondie du Festival, de ses histoires et de ses valeurs », réagit dans la foulée Sophie Joissains, maire (UDI) d’Aix-en-Provence. Cette nomination est aussi un hommage à la vision de Pierre Audi, qui a programmé Ted Huffman à plusieurs reprises ces dernières années.»