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  • À Nîmes, les femmes de chambre en grève depuis plus d’un mois

    À Nîmes, les femmes de chambre en grève depuis plus d’un mois

    Après un pique-nique solidaire devant l’Imperator le 15 octobre dernier, les femmes de chambre ont reçu le soutien de 3 000 personnes le 17 octobre. En effet, pour la journée de mobilisation, le cortège nîmois s’est arrêté devant l’hôtel de luxe pour marquer son soutien à leur combat. « Cette mobilisation montre que les enjeux de rémunération, de pénibilité, d’effectifs et de conditions de travail dépassent le seul cadre de l’établissement. Après plus d’un mois de mobilisation, les témoignages de solidarité toujours plus nombreux renforcent la détermination des femmes de chambre à poursuivre leur combat », souligne David Goslin, le délégué syndical CGT de l’Imperator qui accompagne cette mobilisation depuis le début. Une caisse de grève, via notamment une cagnotte Leetchi*, a également été ouverte pour les soutenir, avec déjà de nombreux dons.

    Déjà en grève durant l’été, les femmes de chambre se sont à nouveau mobilisées à partir du 18 septembre, souhaitant que cette grève en pleine feria fasse plier la direction. Elles réclament notamment une « revalorisation salariale du taux horaire brut de 12,31 à 13,17 euros » (soit 86 centimes de l’heure), des effectifs « adaptés à la charge réelle de travail », des temps de nettoyage « réalistes » et des équipements « ergonomiques adaptés » ainsi qu’une « meilleure prévention des troubles musculosquelettiques et la reconnaissance de la pénibilité de leurs métiers ».

    Après plus d’un mois de grève et de débrayages, la direction n’a consenti qu’à tenir deux réunions de négociations qui n’ont pas permis d’entériner un accord. « Cette absence de nouvelle rencontre constitue une préoccupation majeure », précise David Goslin.

    L’inspection du travail saisie

    Depuis le début du mouvement, la CGT dénonce les actions de la direction, qu’elle accuse de vouloir contourner le droit de grève de ses salariés d’abord par l’embauche de personnels en CDD aux premières heures de la grève puis en faisant appel à « des personnels cadres du siège du groupe Centaurus dans les activités d’entretien des chambres de L’Imperator ». La CGT dénonce notamment que cette nouvelle organisation ait été décidée « sans information ni consultation préalable du CSE ».

    David Goslin a d’ailleurs saisi à plusieurs reprises l’inspection du travail à ce sujet. La dernière saisine date du lundi 19 octobre : « La CGT considère que le recours répété à des cadres du siège pour effectuer l’entretien des chambres alors que les salariées du service sont en grève nécessite un examen attentif. Il appartiendra à l’Inspection du travail d’apprécier les faits signalés », précise-t-il.

  • Les piliers de verre qui portent la société

    Les piliers de verre qui portent la société

    Sa voix est un murmure, un « pardon » discret quand elle passe la serpillière entre deux chaises. Elle se déplace comme une ombre parmi les salariés pressés, absorbés par leurs mails, leurs réunions, des appels à passer. On la frôle sans la voir. On lui sourit parfois, par politesse plus que par reconnaissance. Personne ou presque ne la remarque.

    Elle connaît pourtant ces lieux mieux que quiconque. Les traces de doigts sur les vitres, les miettes sous les bureaux, les confidences oubliées sur un Post-it. Elle efface les signes du passage des autres, méthodiquement. Son travail consiste à faire disparaître. À rendre propre.

    La nuit, elle bosse encore. Dans de grands immeubles vides où le silence résonne plus fort que le jour. Les ascenseurs soupirent en ouvrant leurs gueules, les couloirs s’allongent. Infinis. Les lumières allumées, étage après étage, marquent sa progression comme une constellation urbaine. Vue de dehors, on pourrait croire à un veilleur tardif, à une vie secrète qui persiste quand tout le monde dort. À l’intérieur, il n’y a qu’elle, son chariot et le bruit régulier de ses gestes. La nuit, au moins, personne ne détourne le regard : il n’y a personne pour ne pas la voir. Sauf les caméras.

    Elle a l’âge qu’on ne demande jamais. Un corps fatigué, un dos qui tire, des horaires éclatés. Elle fait le ménage. Elle fait tenir debout des journées de travail qui ne sont pas les siennes. Elle s’appelle Nadia, mais elle pourrait s’appeler Irène ou Marie.

    Les invisibles sont comme des piliers de verre : ils portent tout, mais on ne les distingue qu’au moment où ils se brisent. Comme pendant la période du COVID, où les métiers essentiels sont apparus au monde entier. Pas de trader, encore moins de politicien. Ils sont le filigrane de la société, ce dessin discret qu’on ne voit qu’en transparence. Et quand la lumière change, on s’aperçoit qu’ils étaient là depuis le début. Surtout quand la période s’assombrit. .