Mesurer la température du Buech en le survolant. C’est l’opération de « cartographie thermique infrarouge », qu’ont réalisée, en juillet, les techniciens du Département et de l’entreprise Scimabio, bureau d’experts pour la conservation de la biodiversité aquatique. « Ça consiste à emporter une caméra thermique et un appareil photo numérique dans un ULM (engin aérien motorisé ultraléger), et de réaliser une acquisition d’images en suivant le cours d’eau, en général entre 300 et 500 m d’altitude », explique Arnaud Caudron, cofondateur de Scimabio. Le système infrarouge offre une précision à 0,3 degré, et la résolution d’image est à un pixel tous les 20 à 30 cm de rivière. En parallèle, des sondes thermiques sont placées dans la rivière pendant le survol, afin de comparer les deux sources de données et améliorer la précision des relevés. La finalité est d’identifier les variations de température de la rivière pour mieux préserver les milieux aquatiques.
« Ça permet d’établir une gamme générale de la température de la rivière et de dégager des anomalies thermiques. Soit des réchauffements, des effets de seuil liés à des plans d’eau, l’eau stagne à cause d’un barrage par exemple, ou des rejets d’eau chaude, comme ceux d’une centrale électrique par exemple, détaille Arnaud Caudron. À l’inverse, on va voir les anomalies d’eau froide qui apparaissent dans la rivière, plutôt d’origine géologique, des affluents froids, des résurgences, des adoux, des sources… Ça permet de définir des zones où on a encore des apports d’eau froide important dans ces périodes de canicule pour la sauvegarde de la faune aquatique. » Des zones refuges pour la truite par exemple, très dépendante de la température.
Scimabio réalise ce type de diagnostics depuis près de cinq ans, et totalise une quinzaine de projets de ce type, pour 1 000 km de rivière diagnostiqués. « On voit beaucoup de choses qui peuvent être réglées en termes de réchauffement, affirme Arnaud Caudron. Car, souvent, les zones de réchauffement qu’on voit sur les rivières sont dues à des impacts locaux, comme des barrages, des stagnations d’eau liées à des seuils, des rejets d’eau chaude ou des débits réservés. Quand il y a une usine électrique, par exemple, l’eau est dérivée, et la partie où la rivière a moins d’eau se réchauffe. »
Si le Département n’a pas de compétence d’action sur ce domaine, cette opération permet de produire des données pour les acteurs de la gestion des milieux aquatiques, comme les syndicats de gestion, les services de l’État comme l’Office National de la Biodiversité. « Ce relevé thermique permet aussi de comprendre tous les échanges entre les écoulements de la rivière et les eaux souterraines, voir là où l’eau s’infiltre et là où elle revient. S’il y a un endroit où on voit qu’il y a une arrivée d’eau fraîche en berge alors c’est un endroit qu’il va falloir préserver, il ne va pas falloir faire un enrochement bétonné par exemple. », Explique, Pascal Krieg-Rabeski, technicien au service Eau du Département. Si l’opération de survol ne prend qu’une heure, le traitement des données, lui, va nécessiter six à huit mois de travail.







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