Tag: familles

  • [Grand entretien] Marie Nikichine : « Les idées du RN sont à l’opposé de nos valeurs »

    [Grand entretien] Marie Nikichine : « Les idées du RN sont à l’opposé de nos valeurs »

    PARCOURS

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui explique votre engagement ?

    Marie Nikichine : Je suis bibliothécaire à Paul Valéry et mère de 4 enfants. J’ai mis du temps à comprendre le rôle que pouvaient avoir les parents d’élèves. C’est d’ailleurs sur un malentendu que je me suis retrouvée élue dans un conseil d’école. Quand mon premier enfant est entré au collège Fontcarrade à Montpellier, j’ai découvert la FCPE et un cadre plus réglementaire pour agir. J’ai compris que la FCPE offrait des clés de compréhension sur un fonctionnement pas facile à lire pour les parents. En 2023, où j’étais administratrice à la FCPE, je m’étais engagée dans un collectif de soutien à une famille arménienne en difficulté à l’école Paul-Langevin. Je préside la FCPE depuis juin 2025.

    VALEURS VS EXTRÊME DROITE

    La FCPE a décidé de se protéger des tentatives d’infiltration de l’extrême droite…

    M.N. : C’est déjà arrivé notamment à Aniane. Il y a une confusion entre la FCPE, association d’utilité publique, et le fait d’être représentant de parents d’élèves. Tout le monde peut adhérer chez nous mais la FCPE a des valeurs. On ne signe pas avec son sang mais quand on veut s’investir il faut s’accorder sur l’école émancipatrice, respectueuse des enfants, où les parents ont leur place dans un principe de coéducation, avec une bienveillance vis-à-vis des intérêts supérieurs des élèves. Quand vous lisez le programme du RN, on est complètement à l’opposé. Il est normal qu’il y ait un trouble si un représentant s’affiche comme RN. Du coup, on travaille sur un cadre déontologique. C’est un jeu d’équilibriste. Est-ce qu’être intolérant à l’intolérance c’est être intolérant ? Disons qu’on n’est pas censé utiliser l’image de la FCPE dans un cadre politique. On est vigilant quel que soit le parti pour des candidatures aux municipales.

    Le programme Evars (Éducation à la vie affective et sexuelle)
    est-il satisfaisant ?

    M.N. : On s’est réjoui du fait que l’enseignement est devenu un vrai programme (d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité) pour être sûr que les heures soient faites. Il y a eu beaucoup de confusion avec des entreprises de désinformation portées par le Syndicat de la famille (proche de l’extrême droite). Ils s’attaquent quasiment au programme de SVT, il ne faudrait pas parler de la reproduction. À Castelnau ou Saint-Jean-de-Védas, des affiches ont été placardées pour dénigrer le dispositif que l’on soutient à la FCPE.

    HARCÈLEMENT SCOLAIRE ET FORMATION

    La Marseillaise : L’Éducation nationale met-elle les moyens pour lutter contre le harcèlement/cyberharcèlement scolaire ?

    M.N : Le protocole « Phare », qui offre un canal d’échanges, a fait la différence. Les établissements s’en emparent, il y a des réussites, on a progressé au moins pour entamer les choses. C’est pris au sérieux, on a des interlocuteurs au rectorat. On est aussi sollicités sur des cas plus complexes. Le cyberharcèlement est devenu un fait de société avec les groupes de discussions. Il y a un travail conjoint sur le danger des écrans. Personne ne fait l’autruche. En revanche, on est plus désarmés sur des relations problématiques entre enseignants et élèves avec un rapport de force défavorable à l’élève dont la parole n’est pas toujours évidente à faire entendre. Des parents ont peur de représailles, d’aggraver la situation.

    La formation accélérée des enseignants pour contrer la crise des vocations est-elle satisfaisante (Bac+3) ?

    M.N : On en est à un point où l’on est contents d’avoir des contractuels même si c’est parfois inégal en termes de qualité pédagogique. Mais ce n’est pas l’idéal. Je ne sais pas pourquoi on ne revient pas à un système de titulaires remplaçants. Je pense qu’il y a plusieurs causes à la crise des vocations, notamment le manque de moyens et d’attractivité du métier (rémunérations). Heureusement, il reste des enseignants hyper investis qui ont ça dans le sang. Je suis en admiration devant leur capacité à supporter les enfants et à porter des classes. Les jours où on voit le verre à moitié plein, on peut rester optimiste.

    ÉDUCATION NATIONALE

    Le gouvernement annonce la suppression de 4 400 postes d’enseignants…

    M.N. : On a un problème avec les annonces du gouvernement depuis quelques années. Il a aussi été dit qu’on aurait une moyenne d’un prof pour 21 élèves, ce qui – théoriquement – améliorerait le ratio avec la baisse démographique. C’est toujours la bataille des chiffres. On nous mélange souvent les chiffres de l’éducation prioritaire, ce qui fait baisser les moyennes alors qu’on a des maternelles à 27 gamins, des lycées plus de 30. On n’y croit surtout pas dans l’Hérault où la baisse démographique est moindre qu’au niveau national. On attend de voir la situation réelle des établissements. C’est pareil pour tout, on se rend vite compte que l’assistante sociale n’est là qu’un jour par semaine et ne peut répondre aux besoins.

    Il y a aussi le manque d’AESH et d’Atsem…

    M.N : On vient de porter des mobilisations dans plusieurs établissements sur le manque d’accompagnants d’enfants en situation de handicap (AESH). Cette année, le problème a explosé, ça ne tient plus. Parfois les enseignants se mettent en grève, ce n’est pas pour le plaisir. Le rectorat fait ce qu’il faut pour les AESH individualisés. En revanche, les AESH mutualisés c’est beaucoup plus flou. Parfois l’enfant se retrouve avec 1h d’accompagnement par semaine. En classe, c’est de la souffrance pour tout le monde : les enfants qui souffrent de handicaps, les autres et les enseignants.

    Au sujet des Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem), pour lesquels on avait des manques l’an passé à Montpellier, la mairie semble avoir amélioré les choses même si cela pourrait être mieux. On reste vigilant.

    FAMILLES EXPULSÉES ET À LA RUE

    M.N : Ça montre qu’il faut continuer à être très vigilant et épauler les parents. On est alertés par des familles qui ne savent pas quoi faire. Un collectif « Un toit, un avenir » s’est monté auquel participe la FCPE. Face au positionnement assez tranché de la préfecture, il va falloir faire face dans le respect des familles. On est sur des droits fondamentaux. Il faut relayer ces actions, épauler les parents. On est dans le rapport de force. En Conseil départemental de l’Éducation nationale, on a déjà mentionné ce genre de situations.

  • La piste d’une exécution pour semer la terreur

    La piste d’une exécution pour semer la terreur

    L’assassinat, jeudi, du frère d’un militant écologiste menacé de mort pour avoir dénoncé l’emprise du narcotrafic sur la cité phocéenne est unanimement interprété comme un cap franchi dans l’horreur. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, voit aussi dans ce drame « un point de bascule effrayant qui doit faire prendre conscience du danger de cette mafia du narcobanditisme à l’ensemble de la société française ». Car cet assassinat s’inscrit, selon lui, « probablement dans la stratégie de terreur et d’intimidation contre tous ceux qui, courageusement, luttent contre le narcotrafic ».

    Le jeune homme de 20 ans a été abattu, jeudi à 14h30, de plusieurs balles de 9 mm par un commando à moto alors qu’il stationnait devant la pharmacie du rond-point Claudie d’Arcy (4e). Le corps de Mehdi a été autopsié, vendredi, à l’institut médicolégal de la Timone. Le garçon était « absolument inconnu des services de police et de la justice », a redit le procureur de la République, Nicolas Bessone. Ce dernier n’exclut pas l’hypothèse d’un « assassinat d’avertissement », un crime par procuration dirigé contre son frère Amine Kessaci, 22 ans, militant écologiste qui a fondé l’association Conscience pour venir en aide aux familles victimes du narcotrafic, après l’assassinat d’un premier frère, Brahim, 22 ans, tué fin 2020. Il avait interpellé Emmanuel Macron, en 2021, venu lancer « Marseille en grand », pour lui demander de prendre en considération les habitants. Amine venait de sortir, le mois dernier, le livre Marseille, essuie tes larmes, centré sur l’exécution de son premier frère et qui fustigeait le narcotrafic et la carence de l’état à défendre les habitants victimes premières dans les cités.

    « Une jeunesse fauchée par une violence sans limite »

    « Si l’enquête confirme qu’il s’agit d’un assassinat d’intimidation, une volonté de faire taire Amine, nous passons collectivement dans une autre dimension et cela est très préoccupant », a réagi le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), venu la veille sur la scène de crime soutenir des membres de la famille, dont la mère et la tante d’Amine.

    Ce sentiment est partagé par la fédération du PCF 13 : « L’idée même qu’un assassinat d’avertissement soit envisagé par le parquet montre à quel point la violence a franchi un seuil intolérable », écrit la fédération, horrifiée de voir « cette jeunesse fauchée par une violence sans limite dans une société qui accumule les problèmes et où les inégalités se creusent ». Cette tragédie est « la conséquence d’un désengagement continu de l’État, qui laisse nos quartiers sans moyens, sans prévention, sans perspectives ».

    « Nous ne céderons rien face à l’intolérable », déclare la préfète de police Corinne Simon, qui « réaffirme la détermination totale de l’État » à retrouver les auteurs et les présenter à la justice. L’enquête pour « assassinat en bande organisée », confiée à la Division de la criminalité organisée et spécialisée, est une « priorité ». Une « trentaine d’enquêteurs » sont mobilisés, indique le parquet. Vendredi, la moto des auteurs a été retrouvée incendiée dans le 13e arrondissement.

    « Amine n’est pas un simple militant », se dresse Katia Yakoubi, sa colistière d’Europe Écologie aux dernières élections européennes : « C’est un jeune qui s’est levé avec courage pour dénoncer la violence du narcotrafic et défendre l’honneur de notre ville. Il a écrit, témoigné, mobilisé. Et parce qu’il ose parler, il vivait sous protection, menacé de mort. » Le président de Région, Renaud Muselier (Ren.), a aussi souligné que ce « terrible drame » touche la famille d’un « acteur politique de Marseille ».

    Amine et sa mère bénéficient d’une protection du ministère de l’Intérieur depuis août et Amine a dû quitter Marseille. « S’il est démontré que c’est une expédition punitive pour intimider ceux qui se plaignent de la mainmise des narcotrafiquants sur la cité phocéenne, il n’y a alors plus de limites », répond Me Mathieu Croizet, conseil d’Amine, constitué partie civile dans la procédure visant à conduire sept personnes devant les assises pour l’assassinat de son premier frère, en 2020.

  • [En immersion avec les jeunes de La Martine 4/4] Un film engagé pour mieux se raconter

    [En immersion avec les jeunes de La Martine 4/4] Un film engagé pour mieux se raconter

    « Ce film, il nous parle, c’est notre langage. » Dans la grande salle du centre social La Martine, ce matin-là, on vient de rallumer les lumières sous les applaudissements. Venus du centre social La Provence à Aix-en-Provence, une dizaine d’ados ont rejoint ceux du secteur jeunes pour la projection du second volet d’Adosblessang, un court-métrage d’une trentaine de minutes, imaginé, réalisé et monté en quatre mois à peine. Un projet financé notamment par la politique de la Ville.

    Après un premier épisode sur le harcèlement, c’est sur le phénomène des rixes entre bandes des cités que Yassine, Maïssa, Iqbal, Zakary ou Soulayman ont travaillé, cette année. « Malaza [animateur, Ndlr.] nous a proposé un squelette de scénario, on l’a modifié au fur et à mesure des réunions et puis on a tourné en une semaine », explique Yassine à la petite assemblée. Les contacts d’Amel, une des animatrices, ont permis d’assurer les décors in situ dans plusieurs cités, dont celle d’Air Bel (11e). Tirs de mortier, bagarres en gros plan, blessure sanguinolente, tout y est. La BO, percutante, a aussi fait son office. Là encore, c’est du fait maison. Les jeunes de La Martine sont allés enregistrer leurs textes en studio, toujours grâce à Malaza, qui a également des contacts dans le milieu artistique. Des beatmakers connus, « comme celui qui fait les instrus de Jul », ont filé la main. Le tout assemblé provoque un réalisme saisissant qui a frappé les jeunes spectateurs.

    Un projet aussi pour

    les générations futures

    « Les rixes, on y est souvent confrontés. Des embrouilles entre jeunes, il y en a plein, avec les collègues puis les collègues des collègues », assure Zayan. « Que ce soit à Marseille, Aubagne ou Marignane », ajoute Yassine. Pour lui, il s’agit de « sensibiliser les jeunes à ne pas faire ça, montrer aussi ce que l’on a dans la tête ». Les petits Aixois acquiescent. « Le contenu, les images, c’est super, c’est bien fait et puis c’est adapté à nos âges », estiment une partie d’entre eux. Leur animateur se dit « bluffé ». « On a fait des courts métrages, nous aussi, mais moins long, là c’est poussé », commente-t-il.

    Pour Malaza, ce projet, dont il est un peu l’initiateur, doit surtout servir aux prochaines générations. « Et après, et après, et après », déroule-t-il, se félicitant d’avoir réussi à réunir des « grands, petits, moyens » et « des familles aussi qui ont accepté de jouer dedans ». Surtout, certains se sont découvert des capacités. « J’aime bien faire l’acteur », reconnaît sans ambages Najdine, « et puis cela nous ouvre des portes, on peut le mettre sur le CV et cela nous aide aussi pour la vie de tous les jours ». Lui qui « avait du mal à parler », s’est « débloqué ».

    Tous se disent fiers de leur réalisation et de pouvoir la partager. Mieux, d’autres ont même été repérés par le milieu du cinéma et ont passé des castings.

    Il y a aussi ceux qui ont tout juste essayé, n’ont pas été jusqu’au bout et c’est bien là l’essentiel : donner à tous la possibilité de participer. Ce sera le cas pour un troisième volet, déjà dans les tuyaux, prévu pour 2026.

    Fidèle à lui-même, Kader, coordinateur du secteur jeunesse, voudrait aller encore plus loin, en rassemblant les trois films au sein d’une mallette pédagogique. « Pour aller les projeter dans toute la France pendant les vacances scolaires », précise-t-il.

    Des colis solidaires

    « Tous les mois, on prépare les colis, les gens paient 2 euros et viennent les chercher. C’est l’occasion de se parler. » Najdine, Soulayman, Iqbal et Yassine participent à l’initiative mise en place il y a 2 ans avec le Secours populaire. Une animatrice, Amel, les a aidés. « Cela fait du bien… De faire du bien », résume Soulayman. Mieux, les ados sont allés défendre leur projet auprès de la CAF et obtenu 5 000 euros pour financer, entre autres, l’achat de trottinettes électriques et livrer ceux qui ne peuvent pas venir.

  • Le souvenir indélébile du 13 novembre 2015

    Le souvenir indélébile du 13 novembre 2015

    Il y a 10 ans, la France est victime du plus important attentat terroriste de son histoire. Le 13 novembre 2015, 130 personnes sont mortes dans plusieurs attaques simultanées revendiquées par l’organisation état Islamique. Mais, si le temps referme les plaies, les cicatrices sont toujours visibles. à Paris et dans d’autres villes en France, des commémorations s’organisent, en hommage aux victimes et en soutien aux survivants.

    Tout commence par une détonation, entendue en direct lors du match France-Allemagne, le 13 novembre 2015 à 21h16, au Stade de France. Puis, une deuxième quelques minutes après. Ce que le public du match ignore encore, c’est que ce sont deux terroristes qui, ayant échoué à pénétrer à l’intérieur du stade, se sont fait exploser devant l’enceinte. Un troisième islamiste se fait exploser une demi-heure plus tard. Le coup d’envoi d’une nuit macabre.

    Dix minutes plus tard, c’est en plein cœur de Paris que trois autres terroristes ouvrent le feu. Ils visent des terrasses de café, bar ou restaurant dans les quartiers animés des 10e et 11e arrondissement de Paris, tuant 39 personnes. À 21h40, le dernier commando, composé de trois terroristes, pénètre le Bataclan, où se déroule un concert, en tirant dans la foule. Jusqu’à 00h58, le public vit un calvaire dans l’enceinte de cette salle de spectacle parisienne. 90 personnes perdent la vie dans cette attaque commanditée par l’état Islamique. Une soirée de chaos qui laisse de nombreux traumatismes aux rescapés : deux se sont suicidé plusieurs années après, faisant monter le nombre de victimes de ces attaques à 132 morts.

    Des commémorations partout en France

    Une nuit macabre qui a marqué la France entière, par son bilan meurtrier et la multitude des attaques. Une décennie plus tard, la France se recueille et rend hommage à toutes ses victimes. Des commémorations qui ont débuté ce week-end, avec de nombreuses bougies, mots ou fleurs déposées aux pieds de la statue de la place de la République, à Paris. Ce jeudi, le président de la République visitera chaque lieu visé lors de ces attaques, en commençant par le Stade de France à Saint-Denis, puis les bars attaqués et enfin le Bataclan. Des minutes de silence seront observées devant chaque plaque commémorative.

    à 18h, une cérémonie d’hommage aura lieu dans le nouveau jardin du souvenir pour les victimes du 13 novembre 2015, inauguré le jour même à Paris et retransmis en direct sur France 2. Plusieurs discours sont attendus, dont celui d’Emmanuel Macron, mais également de Philippe Duperron et Arthur Dénouveaux, respectivement présidents des associations 13onze15 et Life for Paris. Nombre d’autres villes se joignent à cet hommage national comme Martigues, Avignon ou Aix.

    Justice restaurative

    pour les terroristes ?

    Quelques jours avant cette journée, le dernier terroriste de ces attentats en vie, Salah Abdeslam, condamné à la perpétuité incompressible, a annoncé, par le biais de son avocate Me Olivia Ronen, lors d’une interview à France info, vouloir rencontrer et échanger avec les familles des victimes. Sur X, le président de l’association de victimes Life for Paris, répond à cette proposition : « La justice restaurative, plusieurs victimes des attentats s’y intéressent. » Le directeur de Charlie Hebdo, Riss, dénonce quant à lui une technique perverse du terroriste pour faire de ces attaques des crimes comme les autres. Lundi, la directrice générale de la sécurité intérieure Céline Berthon a affirmé que Salah Abdeslam, toujours « radicalisé ».

    Introduite en 2014 par la loi Taubira, la justice restaurative n’a encore jamais été expérimentée en France dans le cadre d’attaques terroristes. Elle permet à des auteurs de crime ou de délit, qui reconnaissent les faits et qui sont volontaires, de rencontrer leurs victimes ou celles d’autres affaires similaires, pour « trouver l’apaisement par le dialogue », précise le site du ministère de la Justice.

    Les rendez-vous

    Avignon

    À 18h, la municipalité organise sur le parvis de l’hôtel de ville un rassemblement où ceux qui le désirent pourront déposer une bougie.

    Aix-en-Provence

    La mairie organise une minute de silence à 12h sur la place de l’hôtel de ville, pour les victimes.

    Martigues

    La Ville organise un rassemblement à 17h30 dans le hall de l’hôtel de ville pour s’unir aux hommages nationaux.

    Marseille

    Martine Vassal, présidente (DVD) du Département et de la Métropole, rendra hommage aux victimes sur le parvis de la gare Saint Charles, à 14h15.

  • [En immersion avec les jeunes de la Martine 1/4] Un rallye citoyen qui fait étape à la mairie

    [En immersion avec les jeunes de la Martine 1/4] Un rallye citoyen qui fait étape à la mairie

    Ils sont très exactement 18, âgés de 12 à 17 ans, venus du centre social la Martine, à Marseille (15e) à débouler ce matin-là à la mairie des 15e et 16e arrondissements, rue de Lyon. Sous la houlette de Kader Allem, coordinateur jeunesse, Jhani, Yacine, Kalil, Léo, Élise ou Sami sont venus en savoir plus sur l’institution dans le cadre d’un « rallye citoyen », démarré en mars dernier. Le but : les rendre véritablement acteurs de leur cité.

    « On est toujours en train de leur dire qu’il faut être citoyen mais la citoyenneté ne se décrète pas, elle se vit », explique Kader. Un travail de longue haleine dans des quartiers où être jeune relève parfois de la gageure.

    Franche et directe, madame la maire, Nadia Boulainseur (DVG), joue volontiers le jeu, bombardée de questions. « Comment vous gérez les quartiers ? », « Comment vous comptez améliorer notre cadre de vie ? » « C’est vous qui entretenez les city stades ? » « C’est quoi votre quotidien ? » Patiemment, l’élue rappelle les compétences d’une mairie de secteur : état civil, animations des centres aérés, « entretien des équipements transférés »… Mais au-delà, il y a aussi « la bonne volonté de l’équipe en place » pour agir détaille Nadia Boulainseur. Et de défendre ses choix, comme celui d’une politique culturelle « ambitieuse ».

    Pas de diplôme de maire

    Elle donne l’exemple de la maison de musique, ouverte à Saint-Henri (16e). « Avec des cours de piano, de violon. On m’a dit que cela ne fonctionnerait pas », se souvient l’élue. « Mais moi j’ai habité à la Granière, au K62, je sais ce que les habitants de ces quartiers veulent et surtout ne veulent pas », poursuit-elle. L’équipe municipale a détecté le frein, « il était financier » témoigne Nadia Boulainseur. « Alors on a fait un tarif symbolique à 5 euros et dégressif dans les fratries. Et aujourd’hui, on travaille à tripler les cours », développe-t-elle fièrement.

    Au fur et à mesure des échanges, elle revient sur la nécessité de faire avancer la question du logement, des transports… « C’est pas normal que les jeunes disent quand ils vont dans le centre-ville, qu’ils descendent à Marseille, qu’ils ne se sentent pas Marseillais », s’indigne-t-elle devant une assistance qui approuve.

    « Et le maire de Marseille, il vous gère à vous aussi ? À quoi il sert finalement ? », balance sans ambages Chemsy. « À valider les permis de construire, assurer l’entretien des parcs quand ils font plus d’un hectare, à gérer la police municipale même si les maires sont aussi OPJ, officier de police judiciaire », répond la maire qui se marre.

    Puis, stupeur quand la troupe apprend qu’il suffit d’avoir 18 ans et de se présenter pour être maire. Tout le monde étant persuadé qu’il faut un diplôme. « Mais alors moi si je veux, je peux me présenter ? Et être élu ? » insiste un ado. Nadia Boulainseur s’embarque alors dans une explication simplifiée de la loi PLM, pour aborder la question de la majorité et on devine qu’une partie de l’assistance décroche un peu… Elle tient à faire passer le message : « Cette mairie est la vôtre, moi je ne fais que passer… »

    Être acteur de sa vie

    Mais vient le fond de toute l’affaire : « Pourquoi c’est important d’être citoyen ? », lâche timidement Yasmine. « Parce qu’il ne faut pas laisser les autres choisir pour toi ! Et puis après quand on ne s’intéresse pas, il ne faut pas se plaindre même si je comprends qu’on puisse être dégoûté par la politique. Mais il faut être acteur de sa vie », estime l’élue revenant sur son propre parcours. « À l’époque j’habitais la Granière et le bailleur a fait faillite, il a vendu les logements. Mes parents n’avaient pas les moyens d’acheter, on a dû partir dans le 11e. Je me suis retrouvée dans un bidonville avec 15 familles d’Arabes, 15 familles de gitans, l’idée étant de nous laisser loin de tout », raconte-t-elle. Elle martèle : « Si j’avais dû me dire c’est mort, je ne serais pas en face de vous aujourd’hui. Il ne faut jamais baisser les bras. Même si c’est plus difficile pour vous, on ne va pas se mentir, et aussi pour les filles en particulier. » Mais elle en est persuadée : « Vous pouvez déjouer tous les plans. » Après plus d’une heure de questions-réponses, les ados repartiront ravis. Prochaine étape, un voyage à Paris à l’Assemblée nationale en décembre prochain. Une visite « trop stylée » imaginent-ils déjà.

  • Dix nuits de répit pour les familles expulsées à Montpellier

    Dix nuits de répit pour les familles expulsées à Montpellier

    La lutte a commencé à payer. Après une semaine à braver le froid, la trentaine de personnes (dont 15 enfants) expulsées d’un squat le 27 octobre et qui depuis dormaient dehors, ont enfin été mises à l’abri. Depuis mardi 4 novembre et jusqu’au jeudi 13, ces familles françaises, ukrainiennes, arméniennes, albanaises, angolaises, libériennes ou algériennes à la rue sont relogées dans un hôtel d’Euromédecine. « Un hôtel où vous n’iriez pas passer vos vacances », tempère Samuel Forest, de l’association Solidarité partagée. Mais qu’importe, il s’agit d’une première victoire collective arrachée de haute lutte. « On est très contents pour toutes ces personnes. Ce n’est pas possible qu’en France on laisse des enfants dormir à la rue ».

    Comme cela a été rappelé par le travailleur social Antoine Feletti (Sud santé sociaux) lors du rassemblement de soutien du lundi 3 novembre devant la préfecture de l’Hérault, il incombe à l’État de s’assurer que « toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence » (article L345-2 du code de l’Action sociale et des familles).

    Or, c’est grâce à l’intervention de la Ville de Montpellier que cette solution provisoire a pu être trouvée. Reprochant à l’État ses carences, le maire M. Delafosse (PS) va lancer une procédure de remboursement auprès de ses services. « Nous saluons la proposition de la Mairie de Montpellier, qui a finalement pris ses responsabilités », se réjouit Un toit, un avenir.

    Soutien de députés

    Depuis le 27 octobre, l’ensemble des soutiens (citoyens, assos, syndicats, partis) dénoncent l’inertie des services déconcentrés de l’État. « Il y a une réelle volonté de ne pas prendre en charge. Tout le monde est choqué par cette situation », déclarait au micro Samuel Forest le 3 novembre devant les grilles de la préfecture. Un « choix politique » que Nathalie Oziol, députée LFI en campagne, attribue au gouvernement macroniste « qui avait promis qu’il n’y aurait plus un seul SDF ! ». Reproches semblables du côté de l’autre candidat aux Municipales, Jean-Louis Roumégas, qui pointe le manque d’un millier de places d’hébergement d’urgence. Le député écologiste s’inscrit en faux contre l’argument de la préfecture qui invoque le statut de personnes qui seraient sous Obligation de quitter le territoire français (OQTF). « Ce n’est pas la majorité des cas. Et quand des enfants dorment à la rue, on ne leur demande pas leurs papiers ».

    L’affaire qui fait grand bruit n’est pas close. « L’hébergement provisoire ne saurait remplacer un véritable relogement pérenne et digne », insiste Un toit, un avenir. « On espère un accompagnement de la part de la mairie avec des structures adaptées », confie Samuel Forest. Inquiet pour l’avenir de Solidarité partagée, il n’espère plus rien de la préfecture. Laquelle « défie quiconque de donner les leçons à l’État en la matière », dénonce une « instrumentalisation politique » et semble avoir l’association dans le viseur (saisine du procureur contre l’organisateur). Ce à quoi Samuel Forest rétorque : « Je leur demande juste de faire leur travail, si c’était le cas, nous n’aurions pas à nous occuper de ces familles ».

  • Les travailleurs sociaux des Flamants en action

    Les travailleurs sociaux des Flamants en action

    Une solution durable… C’est ce que réclament les travailleurs sociaux de la Maison départementale de la solidarité (MDS) des Flamants (14e). Sous pression d’un réseau de narcotrafiquants, ils avaient obtenu le 21 octobre, après 15 jours de grève, d’exercer à Arenc (2e) l’après-midi.

    « Mais cela n’a jamais été le cas » assure Valérie Marque, secrétaire générale de la CGT au conseil départemental. Elle raconte une équipe qui fonctionne en mode « très dégradé », alors que les besoins du public sont immenses. Et de pointer l’attitude d’une collectivité « qui joue l’usure ».

    Des « coupes franches »

    Elle déplore aussi tout un contexte où l’aide sociale à l’enfance (ASE) « s’effondre » avec des « coupes franches » dans les effectifs. Alors que les associations en charge de l’accueil des enfants et du suivi des familles se sont organisées en collectif, « Alerte protection enfance 13 », pour dénoncer la situation, Valérie Marque réclame un rendez-vous en urgence avec la présidente du Département et promet des mobilisations les 13, 14 et 15 décembre, voire avant, pour la journée anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant.

    De son côté, le Département assure avoir engagé le dialogue avec la MDS et les organisations syndicales « dès la prise de connaissance de faits inacceptables ». La collectivité précise que l’accueil des agents se fait l’après-midi sur l’hôtel du Département, le public des Flamants étant accueilli à la MDS de Malpassé (13e). Elle rappelle que « des moyens de police et départementaux ont été mobilisés », indique qu’un nouveau parking géré par 13 Habitat sera mis à disposition des agents dès le 20 novembre, de la vidéosurveillance installée.

    Concernant les difficultés de l’ASE, l’élue déléguée à la Protection de l’enfance, Agnès Amiel (LR) devrait recevoir chaque association puis le collectif nous précise-t-on.

  • Les acteurs de la protection de l’enfance en souffrance

    Les acteurs de la protection de l’enfance en souffrance

    « On nous tient par l’humain… » Réunies au sein du collectif Alerte protection enfance 13 créé à la mi-septembre, une quinzaine d’associations de la protection de l’enfance, soit 70 à 80% des associations spécialisées du département, tirent la sonnette d’alarme dans un communiqué cinglant.

    Enfants sans solution, professionnels qui craquent, unités qui ferment… Ils alertent sur une situation catastrophique. « Nous avons dépassé le point de non-retour », nous confie un représentant de l’association Les Dames de la Providence. Une institution dont le siège est installé à Pont-de-Vivaux, à Marseille (10e) depuis 190 ans et qui suit quelque 300 enfants. Il raconte les prises de décisions unilatérales du Département. Où le sort d’un enfant, malgré une décision du juge de poursuivre son accompagnement, se règle en deux jours au motif qu’il n’y a plus de financement. Ou encore ces deux minots qui ont terrorisé toute une unité, entraînant une fugue générale, mais qu’on « ne savait pas où mettre ».

    À ses côtés, un représentant de l’association Serena embraye, témoignant de sa difficulté à opposer un refus à la direction du service de la protection de l’enfance, qui imposait de prendre un mineur soupçonné de viol sur une gamine justement hébergée dans les murs. « Auteurs ou victimes, ces enfants sont en danger, il faut nous faire confiance, entendre notre expérience pour trouver des solutions », analyse-t-il. Depuis 2023, date à laquelle a été rendu le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, qui pointait les lacunes du conseil départemental sur l’Aide sociale à l’enfance (ASE), « la situation s’est dégradée », considèrent les associatifs. « Au mépris du Code de l’action sociale et des familles, les décisions se prennent avant les commissions, nous sommes considérés comme des prestataires et non des partenaires », constate un représentant de l’association Serena, « on nous demande de gérer des flux, des places ».

    Un budget en hausse

    Conscients des contraintes budgétaires, les membres du collectif estiment que la protection de l’enfance résulte aussi d’un choix politique et réclament une ligne claire. « On est capable de s’adapter, nous sommes forces de proposition », assurent-ils. En attendant, la baisse du financement ajoute au manque d’attractivité du métier d’éducateur et les arrêts maladie vont croissant. « On a du mal à recruter pour répondre aux besoins et paradoxalement, faute de moyens, on peut être amené à licencier », résume un directeur. Pour briser ce « cercle vicieux », le collectif a interpellé par lettre la présidente du Département, Martine Vassal (DVD), le 21 octobre. Sans réponse à ce jour, assure-t-il.Contactée, la collectivité nous renvoie aux déclarations d’Agnès Amiel (LR), conseillère départementale, déléguée à la Protection maternelle et infantile, à la famille et à l’enfance, lors de la séance publique du 17 octobre.

    L’élue y précisait que le budget dévolu à la protection de l’enfance avait augmenté de 45% en dix ans, passant de 197,2 millions en 2016 à 285 en 2025, de quoi permettre l’accompagnement de plus de 11 000 enfants et leurs familles. Dans un communiqué, le Département assurait aussi de sa volonté d’appliquer une politique « fondée sur la juste équation entre les besoins réels des enfants et des jeunes accompagnés et les moyens alloués ».

  • Les travailleurs sociaux des Flamants en appellent à l’État

    Les travailleurs sociaux des Flamants en appellent à l’État

    Cette fois-ci la Maison départementale de la solidarité (MDS) des Flamants est restée fermée… Le groupe de salariées « volantes » qui assurait la veille les urgences s’est à son tour mis en grève ce mardi 14 octobre. Dans le même temps, devant l’hôtel du Département, venus de Marseille mais aussi d’Aubagne, d’Aix ou La Ciotat, plus d’une centaine de personnels des MDS, Protection maternelle et infantile ou autres pôles enfance se sont rassemblés en soutien, à l’appel de la CGT, pour dénoncer des conditions de travail devenues très compliquées sous la pression du narcotrafic.

    « Nous sommes dans un quartier toujours en grande difficulté, en proie à un réseau qui s’est organisé, développé. Nous ne voulons pas lâcher les habitants, nous avons un devoir envers la population, mais on ne peut pas continuer comme ça, rester en danger » estime Valérie Marque, secrétaire générale du syndicat au conseil départemental. La CGT réclame une entrevue avec le préfet au plus vite, car « c’est l’État le garant de notre sécurité » et se dit prête à organiser un rassemblement devant la préfecture dès jeudi matin si nécessaire.

    Récupérer sa voiture après sa journée de travail au parking est une gageure, croiser un dealer aussi… « J’ai reçu des menaces de mort », raconte cette sage-femme qui est tout de même retournée au travail moyennant six mois de psychothérapie.

    « Les enfants ont peur »

    Dans l’idée, « être au cœur de la cité c’est super mais là, ce n’est plus tenable », raconte une autre salariée. Elle ajoute : « Les enfants que nous suivons ne veulent plus venir, ils ont peur. Et on reçoit des habitants qui se sont fait chasser de leur domicile par les dealers, ils arrivent avec juste les vêtements qu’ils ont sur le dos. » L’organisation des visites à domicile aussi a dû être revue « pour éviter d’être confrontés au réseau », assure une troisième.

    Sur site, ce mardi matin, les camions de CRS et de police en place la veille « ne sont plus là » assure une assistante sociale alors que la préfète de police a assuré mettre les moyens avec « une présence renforcée afin de lutter contre la délinquance, les trafics ainsi que leurs conséquences pour ceux qui y vivent et y travaillent ».

    « On se suradapte au quotidien, on tolère des choses intolérables et on est mis à l’amende, comme les habitants », témoigne une salariée des Flamants. Dans l’urgence, une partie des grévistes réclame un encadrement policier accru, au quotidien, ou un déménagement en attendant. Du temporaire, en attendant que soit définitivement démantelé le réseau, espèrent-ils, bien conscients que ce n’est pas « une mince affaire ».

    Parmi les manifestants, on retrouve également Gérard Frau, président du groupe communiste au conseil départemental des Bouches-du-Rhône et adjoint au maire de Martigues. « Les travailleurs du social en général ont déjà tellement de difficultés à assurer leur mission, il n’est pas imaginable qu’ils puissent subir la pression du narcotrafic » s’indigne l’élu, pour qui « il faut créer de bonnes conditions d’exercice de leur métier » car « les parents, les familles ont besoin de ces structures ». Une lettre des élus PCF du Département va être envoyée pour appuyer la demande de rendez-vous auprès du préfet ajoute-t-il.

    En attendant, une caisse de grève a été ouverte.

    Contactée, la préfecture de région n’a pas donné suite à nos sollicitations.

  • [Entretien] Magali Menut : « Rompre le silence, c’est mettre un équilibre en péril »

    [Entretien] Magali Menut : « Rompre le silence, c’est mettre un équilibre en péril »

    La Marseillaise : Au vu des affaires dont elle a souffert, quelle a été la prise de conscience de l’Église ?

    Magali Menut : Ça a débuté avec le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), en 2019. À partir de là, l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr) a été créée, dédiée aux mineurs. Une somme est proposée à la victime, ainsi que d’autres démarches de réparation (rencontre avec l’évêque, lettre de reconnaissance…). Il y a aussi la Commission reconnaissance et réparation (CRR), qui travaille avec les congrégations, mais toutes ne sont pas tenues d’en faire partie. Le celebret numérique [sorte de carte d’identité pour prêtre, Ndlr] a aussi vu le jour. Il est relié à un registre et un prêtre condamné en justice, ou restreint pour certains motifs, peut être reconnu à l’aide d’un QR code. Il y a aussi le tribunal pénal canonique national (TPCN), créé en 2022, pour délocaliser et éviter des conflits d’intérêts. Enfin, les évêques et les parquets ont signé plus de 80 protocoles. Ça permet au procureur de se saisir rapidement d’un dossier lié à l’Église.

    Comment expliquer les mécanismes du silence dans l’Église ?

    M.M. : Ce n’est pas le fait d’un groupe particulier, mais d’une société entière qui a fermé les yeux sur ces horreurs. L’Église est dans un temps de la société. Le mouvement « MeToo » a devancé les scandales, mais a aussi permis de s’y préparer. On est toujours à un moment T de l’histoire et le silence n’était pas que dans l’Église, mais dans la société dans son ensemble. Un enfant qui parlait n’était écouté dans aucune sphère. Ensuite, l’Église, comme les familles croyantes, pensait à tort que les enfants ne comprenaient pas ce qu’il se passait et oubliaient, notamment en ce qui concerne des actes qui les dépassent. Et puis la paix sociale était plus importante que la parole de l’enfant. Des personnes craignaient que le fait de parler les pénalise socialement, que le diocèse ferme leur commerce, par exemple.

    Pourquoi est-il si difficile de parler pour les victimes ?

    M.M. : Il y a l’amnésie traumatique, un mécanisme de survie, qui implique que la personne ne sait pas ce qu’il se passe en elle, mais le ressent. Un jour, elle sort de cette amnésie pour entrer dans la mémoire traumatique. Elle vit alors avec des souvenirs fragmentés, des réminiscences, jour et nuit. Elle revit le viol ou l’agression à l’identique. Nombre de personnes restent dans l’amnésie traumatique. Rompre le silence, c’est mettre en péril un équilibre difficile à trouver. On ne veut pas briser l’innocence des enfants, culpabiliser son entourage, donc on ne parle pas. Et puis, il y a le transfert de culpabilité. La victime a honte vis-à-vis de sa famille, de ses valeurs. Certains pensent qu’ils sont maudits de Dieu. C’est monstrueux, car ils se retrouvent privés de l’accès à leur foi. Notre travail est de leur permettre de retrouver leur place dans l’Église et dans la société.