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  • L’université de Nîmes s’installe à Alès avec son PARéO

    L’université de Nîmes s’installe à Alès avec son PARéO

    « Nous avons constaté que 50% des bacheliers alésiens ne poursuivaient pas leurs études après le bac quand c’est plutôt 30% à l’échelle nationale », regrette le maire de la deuxième ville du Gard, Christophe Rivenq. « Nous avons environ 1 000 diplômés du bac et nous souhaitons assez rapidement qu’ils soient 700 à continuer après le bac contre 500 aujourd’hui. »

    Pour cela, le premier magistrat souhaite multiplier les offres d’études sur sa commune qui compte déjà 21 établissements de formation. Aussi, un partenariat a été passé avec l’Université de Nîmes pour proposer des cours à Alès. C’est dans ce cadre que le « Parcours pour réussir et s’orienter » (PARéO) est lancé cette année. Ce parcours est comparé à une sorte de « licence 0 » puisqu’il permet de faire le lien entre le bac et une première année de licence.

    Inscription toujours ouverte

    Il propose ainsi à 35 personnes de se (re)mettre à niveau sur les savoirs fondamentaux « notamment en anglais ou en informatique, mais aussi en français, en maths ou en sciences ». Mais il a surtout l’ambition d’accompagner ces jeunes vers une formation qui leur correspond en préparant leur projet professionnel. Ainsi, plusieurs sessions de coaching sont proposées tout au long de l’année, ainsi que des cours d’expression orale. Il permet aussi à l’étudiant de suivre « deux sessions de stage obligatoires de deux et quatre semaines, ainsi qu’une autre session optionnelle entre avril et juin ».

    Si aucun diplôme n’est délivré à la suite de cette formation, les jeunes auront bien le statut d’étudiants et pourront valider quelques modules de licence s’ils poursuivent une licence à l’Université de Nîmes l’an prochain. Les cours se dérouleront quatre jours par semaine à Digit’Alès et une fois par semaine en présentiel à l’Université de Nîmes. Pour les retardataires, les inscriptions sont encore ouvertes sur Parcoursup jusqu’au 10 septembre et en rentrée tardive jusqu’au 18 septembre auprès de l’Université de Nîmes.

    Ce PARéO n’est qu’une première étape pour Christophe Rivenq qui souhaite faire d’Alès une cité de plus en plus ouverte sur les étudiants*. Le maire veut ainsi développer ce partenariat avec l’Université de Nîmes pour qu’à terme, « 250 étudiants rentrent en section universitaire à Alès ».

    *Voir notre article « Alès veut se tourner vers la jeunesse étudiante » du vendredi 28 août.

  • Le Scum poursuit son combat contre la précarité

    Le Scum poursuit son combat contre la précarité

    Deux mille six cents cinquante euros. C’est en 10 ans la perte de pouvoir d’achat annuelle d’un étudiant, alerte le Scum. Vendredi 28 août, devant le parvis de la faculté de médecine, le Syndicat de combat universitaire a dressé, étude de l’Union étudiante à l’appui, un constat alarmant sur la détérioration des conditions de vie des étudiants.

    En l’espace d’une décennie, le coût de la vie a bondi de 16,5 à 24,3% en fonction des villes pendant que les bourses n’étaient revalorisées que de 1% en 2021 puis 4% en 2022. Au mieux, elles s’élèvent à 633,5 euros plus 233 euros d’aide au logement tandis que le coût de la vie étudiante* à Montpellier était estimé à 1 165 euros mensuels en 2023. La hausse des loyers (+19,2% en 7 ans) impose aux étudiants un surcoût de 102 euros annuel. Et bien que les boursiers en sont exonérés, le montant élevé (105 euros soit +25 euros depuis 2018) de la taxe CVEC n’arrange rien.

    Le Crous n’étant en capacité de loger que 10% des jeunes et le parc privé étant trop onéreux, le Scum réclame « la construction massive de logements étudiants à des prix abordables ». Le porte-parole Vincent Pagano interpelle aussi le maire Michaël Delafosse (PS), « qui ne semble pas particulièrement préoccupé par la situation » sur la nécessité de « mettre en place des logements d’urgence ». L’an passé, au moins 150 étudiants s’étaient retrouvés sans toit. L’étudiant en 5e année de médecine déplore aussi la monétisation des parkings autour des facultés (150 euros l’abonnement annuel).

    La généralisation des repas à 1 euro effective à cette rentrée devrait apporter un peu d’air aux 80 000 étudiants montpelliérains, 15 000 Nîmois, 2 500 Biterrois et 2 200 Alésiens. Mais la mesure est insuffisante pour Théo Haffner-Martin. « On craint une saturation des structures du Crous qui se réserve le droit de diminuer le nombre de repas à 1 euro servis », tempère le porte-parole du Scum.

    La raison pour laquelle le syndicat s’apprête à reprendre ses distributions régulières de colis alimentaires. Elles auront lieu un vendredi sur deux à la cité U la Colombière ou au restaurant universitaire Triolet pour les distributions de pain. Côté Paul Valéry, les distributions se tiendront tous les mercredis de 13h30 à 14h30 dans l’espace La Ruche. L’an passé, 15 000 colis ont été distribués. « 41% des étudiants sautent des repas faute de moyens », rappelle Vincent Pagano.

    Des repas à 1 euro insuffisants

    Dès la rentrée, le Scum entend aussi poursuivre son soutien** aux « sans fac », victimes d’une sélection jugée « sociale et raciste ». Sans parler des frais d’inscription exponentiels pour les étudiants étrangers. « On compte 207 400 candidats pour 151 887 places sur MonMaster soit 23 615 places de moins qu’en 2025 ! », alerte Lison Galzin. « Les universités doivent s’adapter pour accueillir plus d’étudiants. La sélection doit être supprimée. Stop au tri social ! », harangue l’étudiante en 5e année de médecine.

    * Manif contre la suppression des APL mardi 15 (18h) devant la préfecture à Montpellier. **Réunions d’info : jeudi 10 (18h) salle J. Moulin (Paul-Valéry), vendredi 11 (18h) bâtiment 2 fac de droit.

  • Enseignement supérieur et recherche : un front uni contre le sous-financement

    Enseignement supérieur et recherche : un front uni contre le sous-financement

    C’est une rentrée qui s’annonce offensive. À l’appel d’une très large intersyndicale, une journée de mobilisation nationale est organisée le 15 septembre pour dénoncer le sous-financement chronique qui tue, lentement mais sûrement, le service public de l’enseignement supérieur et la recherche (ESR).

    C’est le rapport issu des « Assises du financement des universités », publié en juin dernier, qui a mis le feu aux poudres. « Il acte le désengagement de l’État du service public de l’ESR », estime Romain Larive, enseignant-chercheur en biologie à l’Université de Montpellier et membre de la direction du Snesup FSU de l’établissement. « Face au sous-financement chronique de l’État, la seule proposition qui est faite est la diversification, par les établissements, de leurs ressources propres et notamment la multiplication par cinq des frais d’inscription pour tous les étudiants. Ce qui restreindrait l’accès à l’enseignement supérieur aux étudiants issus des classes populaires, sur le modèle anglo-saxon », dénonce le syndicaliste.

    « Depuis la mise en place de l’autonomie des universités par Valérie Pécresse en 2012, on a perdu l’automatisme de la subvention pour charge de service public, qui devrait être proportionnelle au nombre d’étudiants. Lequel ne cesse d’augmenter… », explique l’enseignant-chercheur. Les universités se retrouvent donc à gérer des budgets déficitaires. « Cette année, je crois que plus des trois quarts des universités étaient en déficit, malgré des mesures d’austérité déjà appliquées depuis de nombreuses années », déplore Romain Larive.

    12 000 titulaires et

    100 000 places en licence

    « À l’Université de Montpellier, par exemple, les postes qui doivent être ouverts au concours pour recruter des collègues suite à des départs à la retraite sont gelés pendant un an », illustre-t-il. « Et il y a quelques années, à la faculté des sciences, il y a eu une diminution de 10 % du volume horaire de tous les enseignements. » Des choix contraints qui dégradent les conditions de travail comme d’apprentissage. « C’est un peu comme si on était un corps humain et qu’il fallait choisir de couper un orteil, puis un pied… Sachant qu’il y a toujours plus d’étudiants et toujours moins de moyens, du coup ça s’accentue de plus en plus. » Les étudiants des classes préparatoires aux grandes écoles, eux, « sont jusqu’à trois fois plus financés que ceux qui viennent à la fac », relève le représentant du Snesup FSU. « Il faudrait que toutes les universités soient aussi bien dotées que ces classes préparatoires ». Selon le syndicat, « il manque 8 milliards d’euros pour l’enseignement supérieur et 8 milliards pour la recherche publique, soit une augmentation d’environ 50% du budget de l’ESR, qui est actuellement d’un peu moins de 30 milliards. Cet argent existe : on peut aller le chercher du côté du crédit impôt recherche versé aux entreprises… »

    Le manque de postes est également un gros sujet de préoccupation : « On fonctionne de plus en plus avec une part d’heures d’enseignement assurées par des collègues qui ne sont pas titulaires. On a une armée de précaires qui assurent entre un tiers et la moitié des enseignements, selon les universités », rapporte Romain Larive. Selon lui, « un plan massif de recrutement de 12 000 titulaires » serait nécessaire. Il faudrait également créer « 100 000 places en première année de licence » pour absorber l’augmentation du nombre d’étudiants dans l’ESR. « On a chiffré à plus de 150 000 le nombre de bacheliers inscrits sur Parcour’sup qui n’ont pas eu d’affectation début juillet », illustre l’enseignant-chercheur. « D’un côté on assèche les universités (sous-financement, sous-recrutement) et de l’autre on met en place une plateforme qui instaure une sélection n’ayant d’autre but que de masquer le manque de places. » Tout en foulant aux pieds le droit de poursuivre des études dans l’enseignement supérieur après le baccalauréat.

  • [Entretien] Anne Fraïsse, Université Paul-Valéry : « L’État nous demande de faire le sale travail »

    [Entretien] Anne Fraïsse, Université Paul-Valéry : « L’État nous demande de faire le sale travail »

    La Marseillaise : La plupart des universités sont dans le rouge. Quid de Paul Valéry ?

    Anne Fraïsse : Nous sommes l’une des universités les plus touchées, qui a toujours été en sous-encadrement et sous-détachement. Nos ministères se refusent à remettre en question nos critères de distribution. L’argent public est distribué de façon totalement obscure. Je ne sais pas si c’est du mépris mais il y a toujours eu une évaluation selon laquelle les diplômes de lettres et sciences humaines mais aussi droit, économie/gestion valent moins et donc sont moins financés. Là, sans aide de l’État notre fonds de roulement sera négatif en décembre. On n’a aucune marge de manœuvre et on prendra dans des économies qu’on n’a pas ! Surtout on n’a aucune possibilité de redresser la situation par nous-mêmes. On n’a plus d’investissement et un fonctionnement incompressible : je ne peux pas arrêter l’électricité ni le chauffage. Les seules économies possibles seraient sur la masse salariale mais on est déjà sous-encadrés. Le passage au statut d’Établissement public expérimental (EPE) en 2025 ne nous a pas ramené un sou. L’an passé notre budget s’élevait à 140 millions pour 107 millions de dotation de l’État. Il en manque chaque année une dizaine. L’État ne prend pas en charge la hausse des salaires. C’est le problème de l’autonomie des universités : il se décharge et nous demande de faire le sale travail.

    Les syndicats dénoncent une « cure d’austérité » pour équilibrer les comptes…

    A.F. : Chez nous, on se bat pour qu’il n’y ait pas de licenciement. Des CDD non renouvelés il peut y avoir puisque par définition un CDD a un début et une fin. Pour l’instant j’essaye de boucler un budget en demandant de l’argent à l’État. On est dans un établissement en sous-encadrement (jusqu’à -40% d’enseignants-chercheurs dans certains départements de l’université) et où le nombre d’étudiants continue de monter. On n’a jamais eu autant d’étudiants en Licence Master Doctorat : 22 929 l’an dernier. On a explosé nos capacités d’accueil en Licence 1. On a donc pris plus d’étudiants que nos capacités d’accueil dans les filières en tension. Cette année, on a mis des freins mais on en aura autant. Là, en juillet, on avait déjà 15 500 inscrits. Le premier jour on en a inscrit plus de 1 000 et maintenant 300 par jour. On est déjà au-dessus de l’an dernier.

    Pensez-vous avoir des étudiants sans affectation en Master ?

    A.F. : On en a toujours en psychologie. C’est un problème national grave. On n’arrive pas à en prendre avec 15 de moyenne. C’est de l’ordre de quelques dizaines mais c’est trop et anormal. Dans les autres filières c’est marginal, on arrive à peu près à les caser. Et jusque-là on n’a jamais eu de « sans fac » en Licence 1. Par contre, pour certains, ce n’est pas leur premier vœu. Je déplore qu’avec Parcoursup on nous ait demandé de créer des places en Licence avant de nous retirer les chèques pour les Masters.

    Continuez-vous à proposer des quotas d’exonération sur les frais d’inscription des étudiants étrangers ?

    A.F. : Depuis plusieurs années on appliquait déjà les frais différenciés d’une façon particulière. Tous les étudiants étrangers (environ 20% des étudiants de Paul Valéry) étaient dispensés tant qu’ils réussissaient. Ne payaient que ceux en échec. On ne pouvait pas faire autrement, on dépassait déjà les 10% d’exonération permis. Désormais, on est obligés d’appliquer les droits différenciés tels qu’on nous les impose. Tous les étudiants déjà chez nous restent sur l’ancien système. Pour les entrants, on a une marge de 30%. Mais la fenêtre de tir va se refermer au fil des ans… Pour les étudiants français, rien ne bouge. Les frais sont fixés par l’État, ils payent quelques centaines d’euros. Mais on voit bien avec la conclusion des Assises qu’ils veulent augmenter les frais d’inscription. Je le déplore évidemment.

    C’est parce que l’enseignement supérieur coûte trop cher selon l’État ?

    A.F. : C’est un désengagement des services publics. Ça a commencé avec les hôpitaux, maintenant il s’attaque à l’éducation et l’enseignement supérieur. Ce sont de mauvaises économies. C’est s’attaquer à des choses vitales. Et on s’aperçoit que c’est vital quand c’est mis à mal ou lorsque cela disparaît comme les Postes dans les villages. Quand une école ferme, on se rend compte que c’est un peu le village qui disparaît. Le service public est un peu plus que ce que l’on croit. C’est un supplément d’âme dont on n’a pas envie de se passer. Le service public c’est ce que l’État juge indispensable de ne pas déléguer, en particulier au privé. C’est le fondement de la démocratie, le garant de la cohésion sociale. Quand on abandonne cela, on entre dans une crise de démocratie et on bascule dans des extrêmes avec des solutions peu intéressantes.

    Vous avez écrit à Emmanuel Macron. La conséquence a été une inspection et un rapport de l’IGESR qui a alerté sur les risques psychosociaux et la souffrance au travail à Paul-Valéry. Était-ce la réponse que vous attendiez ?

    A.F. : C’était la réponse que j’étais sûre qu’on me ferait, pas celle que je souhaitais. Une réponse bureaucratique plutôt qu’humaine. Quand on vous explique que chaque fois qu’il y a un accident, un décès, un suicide, il faut faire une enquête administrative… Moi, la première chose à laquelle je pense dans ces cas-là, c’est d’aller à l’enterrement de mes collègues. C’est une vision un peu différente. Depuis que j’ai lancé cette alerte, on a eu 3 morts de titulaires. Cela fait 6 ans que je dis que ces statistiques sont anormales et qu’elles deviennent la norme de mon université. Toutes les préconisations du rapport, on va les faire. Mais qu’on m’explique qu’il faut dédouaner l’État et qu’on ne peut faire aucun lien avec les conditions de travail… Que je vais régler le problème en donnant des fiches de mission à mes directeurs d’UFR, je doute. Même si notre structuration n’est sans doute pas parfaite. La question n’est pas là. Les enquêteurs répondent à la demande du ministère, pas à l’alerte que j’ai lancée.

    Avez-vous des leviers sur la question centrale du logement étudiant ?

    A.F. : Non, on n’a aucun levier de ce type. On ne peut pas conventionner avec des locataires privés. On alerte le Crous qui est l’un de ceux qui ont le plus grand parc. On a pu aussi créer la cité internationale à Boutonnet. Mais c’est insuffisant. Les milieux modestes et ruraux sont désavantagés pour faire des études. Le fossé se creuse. Ce sujet majeur devrait s’inviter dans la campagne présidentielle.

    ET AUSSI

    Partenariat polémique à l’UM

    Du côté de l’Université de Montpellier, le partenariat signé le 11 juin entre l’UM et Total Énergies fait polémique. Dès septembre, le groupe pétrolier doit prendre en charge les coûts pédagogiques et des visites de sites industriels de 80 étudiants du Master Énergie (62h30 de cours par des salariés et retraités de la multinationale).

    Au-delà des pratiques de greenwashing reprochées à Total Énergies, les syndicats enseignants et étudiants dénoncent une « immixtion du secteur privé dans le service public », craignant « un contrôle de fait sur les contenus pédagogiques et l’évaluation des étudiants ». Des actions de blocage avaient été menées suite à l’annonce de l’accord.

    R.C.

  • [C’est l’été] Fabien Bon, figure du combat contre la précarité étudiante

    [C’est l’été] Fabien Bon, figure du combat contre la précarité étudiante

    On peut dire sans trop s’avancer que pas mal d’étudiants montpelliérains lui doivent quelque chose. Des années durant en première ligne du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) et désormais plus en retrait, Fabien Bon fait partie de ceux qui ont contribué à améliorer le quotidien de nombreux jeunes universitaires en galère. « Sans l’action du Scum, certains ne mangeraient pas, d’autres ne seraient même pas inscrits à la fac », résume-t-il avec le sens du collectif.

    Au moment de regarder dans le rétroviseur de huit années qui lui ont permis de décrocher un master (management des universités et technologies de l’information à l’IAE) et bientôt une licence d’italien à Paul Valéry, Fabien Bon est « fier » des avancées glanées par son syndicat. Lequel n’était au départ «  qu’une poignée d’étudiants précaires en quête d’en aider d’autres  » avant de devenir un syndicat étudiant actif dans les deux universités de Montpellier.

    Pêle-mêle, il se souvient de la création de la commission d’exonération de Paul Va, qui permet le remboursement des frais d’inscription sur critères sociaux. De l’obtention en septembre 2025 de 10 jours de congé menstruels sans justificatif dans les deux universités. Ou encore des 15 000 colis alimentaires distribués en 2025.

    « La précarité, c’est l’histoire de ma vie »

    Bien sûr beaucoup d’autres combats doivent être poursuivis, à l’image de celui des « sans-fac », problématique exacerbée par l’arrivée de Parcoursup en 2018. « Chaque année on fait inscrire des étudiants grâce à notre mobilisation : en 2026, 29 plus une cinquantaine via des recours gracieux », calcule Fabien Bon avec un brin de fatalisme. « Parcoursup a instauré la sélection à l’université, l’élitisation de l’enseignement supérieur que défendent la plupart des présidents d’université même quand ils ont des moyens financiers. »

    À titre personnel, Fabien a payé le prix fort pour avoir osé défier le pouvoir et ce système libéral qui a vu l’État couper les universités de leur autonomie budgétaire dès 2011 avec la loi LRU. « J’ai subi la répression, j’ai été harcelé, frappé par des policiers », se souvient celui qui n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche. « J’ai toujours travaillé à côté pour payer mes études, dès le lycée où j’aidais ma mère. » Par la suite à la fac, Fabien a souvent fait appel à la solidarité étudiante pour trouver un toit. « J’étais hébergé chez des camarades. C’est vrai que je sors du stéréotype du jeune syndicaliste gauchiste fils à papa. La précarité, c’est l’histoire de ma vie. Je ne regrette pas mes choix, mon engagement. Mais arrive un moment où il faut dire stop, j’ai envie de manger à ma faim. »

    Pendant qu’il termine sa licence d’italien qu’il avait au départ entreprise dans l’espoir de se faire engager dans un hôtel de Rome, Fabien diversifie déjà ses activités professionnelles. Barman, il est aussi influenceur sur Instagram pour les boîtes de nuit et les festivals de musique techno. Animateur dans une résidence vacances des Menuires (Alpes) à ses heures perdues, le jeune homme ne s’interdit rien. Excepté peut-être le train-train d’un boulot administratif rébarbatif. « J’ai fait une alternance en management de projets. J’ai démissionné, ça ne me plaisait pas du tout. Je ne me vois pas dans un bureau. »

    Si Fabien laissera bientôt ses amis du Scum poursuivre le combat universitaire, il y a fort à parier qu’il restera animé par les luttes sociales. « On est plus politisés que les autres syndicats étudiants, on donne aussi à réfléchir sur l’ensemble de la société. » En 2023, le Scum défilait aux côtés de l’intersyndicale contre la réforme des retraites. « Il ne faut pas lâcher et continuer à se battre. »

  • Les étudiants non européens passent à la caisse

    Les étudiants non européens passent à la caisse

    La nouvelle a été annoncée par le ministre de l’Enseignement supérieur le 20 avril dans un entretien donné au Parisien. Philippe Baptiste revient sur la hausse des frais d’inscription à l’université pour les étudiants extra-européens en annonçant un nouveau plan « Choose France For Higher Education » afin de favoriser l’attractivité de l’enseignement supérieur français.

    Si la mesure est sur la table depuis 2019 dans le cadre du plan « Bienvenue en France », les universités avaient une marge de manœuvre leur permettant d’exonérer jusqu’à 10% des étudiants non-boursiers. Toutefois, bon nombre d’établissements dépassaient ce seuil. Mais à partir de la rentrée prochaine, ce ne sera plus possible. Ainsi, les étudiants extra-européens vont donc devoir débourser 2 895 euros par an en licence contre 178 euros aujourd’hui et 3 941 euros en master contre 254 euros. Les universités conserveront néanmoins une exonération de 10% d’étudiants étrangers, qui viendra s’ajouter aux Bourses déjà distribuées par les établissements.

    « Ce n’est pas aux étudiants de payer pour l’université, l’État doit leur donner des moyens », s’indigne Enola Kraemer, du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) à l’université Paul-Valéry. L’établissement montpelliérain compte actuellement 21% d’étudiants étrangers. « Étant donné qu’un étudiant sur deux est boursier, notre limite de 10% est atteinte rapidement. Et les universités qui dépassaient les 10% étaient déjà obligées de prendre des mesures de non-exonération. Nous, par exemple, on applique les droits différenciés. En mettant une exonération pour tout le monde, on était à 13% des effectifs étudiants lors de l’entrée en vigueur du dispositif. On a alors décidé d’exonérer tous les primo entrants et ensuite, tous ceux qui réussissaient, qui progressaient dans leurs études. N’étaient soumis aux droits différenciés que les étudiants qui échouaient », détaille Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul-Valéry. Les exonérations ont néanmoins baissé au fil du temps, pour atteindre 11% des étudiants de la faculté montpelliéraine cette année.

    Les précaires pénalisés

    Pour justifier sa décision, le ministre évoque des frais d’inscription modestes comparé à d’autres pays, notamment l’Angleterre. Les sommes avancées représenteraient « 30% du coût de la formation » et le ministre entend ainsi récupérer 250 millions d’euros chaque année. Dans une situation budgétaire on ne peut plus délicate, les universités se retrouvent ainsi au pied du mur et n’ont d’autre choix que de s’exécuter. « Il y a un risque d’une mesure antisociale très évidente. Pour moi, le gros problème, c’est qu’on ne voit ça qu’à travers le prisme du financement insuffisant des universités, on cherche de l’argent et l’idée c’est d’en trouver dans la poche des étudiants. C’est extrêmement dangereux car il aurait fallu avoir une compensation sociale – un système de bourses par exemple – qui est absolument indispensable pour envisager ce genre de choses », poursuit Anne Fraïsse, qui craint que la mesure ne s’applique aux étudiants nationaux dans les prochaines années.

    Car en attendant et comme souvent, ce sont les plus précaires qui en pâtiront. « C’est une sélection sociale et raciste qui s’opère. Certains vont devoir s’endetter, se salarier alors que l’on sait que le salariat étudiant est l’une des premières causes de l’échec scolaire. C’est scandaleux », fait valoir Enola Kraemer. Le Scum s’est d’ailleurs mobilisé pour dénoncer ces frais différenciés, le 30 avril, devant la préfecture à Montpellier. Une pétition nationale* a été lancée et une opération coup de poing est prévue le 4 mai, à l’Université Paul-Valéry, afin d’interpeller les étudiants.

  • Narcotrafic : les consommateurs dans la ligne de mire à Marseille

    Narcotrafic : les consommateurs dans la ligne de mire à Marseille

    Pas question de « culpabiliser » le consommateur, mais de lui « faire prendre conscience » qu’en prenant des stupéfiants, il contribue au narcotrafic. Corinne Simon, préfète de police déléguée, accompagnée de Cédric Esson, directeur interdépartemental de la police nationale, et de Pierre Baillargeat, commandant du groupement de gendarmerie départementale des Bouches-du-Rhône, a lancé officiellement, ce mercredi 28 janvier une vaste opération de contrôle de trois jours dans 23 villes du département, engageant 1 200 agents.

    « Nous avons eu, en 2025, de bons résultats sur les stupéfiants », se félicite Corine Simon au préalable, du pilonnage des points de deal, dont le nombre a été divisé par deux en deux ans, en passant par l’application de la loi sur le narcotrafic avec des interdictions administratives de paraître et autres fermetures de commerce. Un nouveau volet s’ouvre désormais, « la lutte contre les consommateurs ». Et la préfète de dérouler son équation : plus de consommateurs sur les points de deal égal assèchement, égal fermeture du point de deal. « Mon objectif n’est pas de piéger les gens, mais d’avertir », insiste Corinne Simon.

    Sur instruction du ministre de l’Intérieur, policiers et gendarmes sont déployés pour 159 contrôles dans « tous les quartiers sans distinction » prévient Cédric Esson, aux abords des collèges, lycées, facultés, dans les gares, dans les trains, trams, métro ou sur la route, mais aussi la nuit, à la sortie des discothèques.

    Des amendes jusqu’alors inutiles ?

    Les contrevenants écoperont d’une AFD (amende forfaitaire délictuelle) de 200 euros, que le « président de la République souhaite monter à 500 euros », ajoute la préfète. Une des seules « annonces » faites par Emmanuel Macron sur la lutte contre le narcotrafic lors de sa venue à Marseille, le 16 décembre. Près de 14 000 AFD ont été dressées l’an dernier sur le département en zone police. Des amendes dont le taux de recouvrement atteindrait à peine les 20%, estimait le sénateur socialiste Jérôme Durain, qui a fait une proposition de loi pour les réformer. La réponse de Corine Simon : une possible inscription au casier judiciaire en cas de récidive. « Nous allons travailler avec le parquet », promet-elle.

    Si cette opération est une première a priori en France, elle a vocation « à se reproduire tout au long de l’année, régulièrement », prévient Corine Simon, partie en « guerre » contre le trafic. Une guerre « qu’on gagnera d’autant plus vite que les consommateurs seront prévenus », estime-t-elle.

    « En zone gendarmerie, on s’aperçoit que nous sommes clairement sous l’influence de Marseille, voire d’Avignon, dans d’autres parties du département, le narco se développe, nous sommes sur une posture dynamique », ajoute le commandant Pierre Baillargeat, précisant que pour le seul mois de janvier, le stup’ a augmenté de 25% dans l’activité des gendarmes. Ce dernier misant également sur 22 équipes cynophiles, dont quatre des douanes, qui permettent de détecter la drogue de façon plus certaine.

    À l’arrêt de tram des Réformés, pas de policier canin, mais des humains qui ont engagé des séries de « palpations » sur des voyageurs se demandant bien ce qui leur arrive. Si les agents assurent sélectionner leurs cibles au hasard, la majorité des personnes contrôlées ce jour-là sont des jeunes. Certains se disant un peu découragés voire agacés de se voir contrôlés « tout le temps ».

    Et quand on demande justement à la préfète si des actions vont être menées en matière de prévention auprès de la jeunesse, elle affirme lancer des assises sur le sujet en février.

  • Une épicerie étudiante gratuite à Béziers

    Une épicerie étudiante gratuite à Béziers

    Ces dernières années, le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) effectuait périodiquement des distributions alimentaires sur le site universitaire délocalisé de l’université Paul Valéry à Béziers. Désormais, les étudiants de ce centre Du Guesclin disposent, de façon permanente, d’une épicerie gratuite.

    Porté par le Scum, ce projet a été inauguré le 25 septembre, à l’occasion de la journée d’accueil étudiante organisée sur le site. Aménagé au sein de la cafétéria, cet espace propose des produits alimentaires en libre-service et sans conditions. « La direction et les personnels du centre universitaire ont ajouté à ce lieu un espace de braderie gratuite de vêtements et petits objets du quotidien (verres, assiettes, couverts), où chacun peut donner ou récupérer », indique le Scum.

    Cette initiative a été rendue possible grâce à l’obtention, par le syndicat étudiant, d’une enveloppe de 14 000 euros allouée dans le cadre du budget participatif régional en 2024. Baptisé « Mobil’Up », le projet lauréat consistait en l’achat d’une camionnette destinée à permettre d’effectuer davantage de distributions alimentaires sur les campus montpelliérains, ainsi que sur d’autres campus de la région.

    « Désormais, le projet “Mobil’Up” s’étend et change de perspective puisqu’il permet l’ouverture et le réapprovisionnement d’une première épicerie gratuite étudiante », souligne le syndicat étudiant, qui ne compte pas s’arrêter là : « Nous projetons l’ouverture d’une nouvelle épicerie gratuite étudiante à Montpellier. » Une action qui viendra s’ajouter à la liste de celles déjà mises en place par le Scum pour cette année 2025-2026 : distributions ponctuelles de protections périodiques à la faculté de droit, distributions alimentaires régulières et, un vendredi sur deux, distribution de produits d’hygiène à la cité U La Colombière et de pain bio devant le resto U Triolet. Pour rappel, ce sont plus de 15 000 colis alimentaires qui avaient été distribués par le Scum durant l’année universitaire 2024-2025. « Mais nos initiatives de solidarité concrète ne suffiront pas à faire face à l’ampleur de la précarité étudiante », avertit le syndicat, qui dénonce « une baisse des Aides pour le logement (APL) à trois reprises depuis 2017 », concomitante de « plusieurs augmentations de frais d’inscription et de loyer, dont la dernière en date était de 100 euros par an dans les logements Crous de Montpellier. »