Tag: Etat

  • Les bras manquent pour protéger les enfants placés

    Les bras manquent pour protéger les enfants placés

    La salle de réfectoire de la maison d’enfants Canopée est calme, les pensionnaires sont en cours à l’exception de Lorenzo et Dylan*, 7 ans, placés depuis respectivement un an et demi et deux ans. Déposés à 8h30 à l’école, Nadia, leur éducatrice, les a récupérés à 8h50. « J’ai crié sur le directeur, je l’ai tapé », avoue Dylan. Pas plus gêné de son forfait de la veille : « J’ai monté sur ta voiture ! », lance-t-il en direction de Carine Fotinar, directrice de Canopée depuis un an. Lorenzo, déjà exclu de la cantine, précise : « Mais je préfère ici », en s’accrochant aux jambes de Carine.

    En attendant que la maîtresse de maison prépare le repas, les pitchounes dérapent dans le couloir pour une visite de leur chambre, « que la plupart des enfants ont du mal à investir », prévient Nadia. Seules les couleurs de la couette égayent la sobriété du décor et de l’armoire, vide à l’exception d’une peluche. « Les vêtements sont dans une pièce vestiaire. Le matin, on les retrouvait en vrac, parfois avec du pipi dessus. De quoi nous mettre encore en retard pour l’école », précise l’éducatrice. Au réfectoire, ils retrouvent Alexis, 11 ans, visage fermé. Placé en urgence il y a deux jours, il doit être rescolarisé dans le secteur. « En fin d’année, on s’est retrouvé avec toute une unité d’ados déscolarisés. On a pris une enseignante » explique Nadia, alors qu’une chamaillerie vire brutalement aux cris et à la bagarre. Anaë, en formation, Carine et Nadia ne seront pas trop de trois pour éviter que la crise ne dégénère.

    Un papier peint arraché, une vitre brisée, une salle de bains réparée deux fois dans l’année, sont autant de stigmates des moments où la douleur de ces enfants explose en violence. « Parfois c’est l’hôpital, se souvient la directrice, on a emmené un petit qui s’était tailladé l’entrejambe avec une lame, démontée sur un taille-crayon. On nous a reproché de ne pas l’avoir surveillé. » Les fugues sont signalées, mais les foyers n’ont pas accès à l’alerte disparition et ne sont pas informés des suites. Avec 18 ans d’expérience, Michaël Koch a vu évoluer la situation : « On a de plus en plus d’enfants qui relèvent du soin, avec des troubles cognitifs, et qui ont besoin d’une présence à H24 mais le médico-social (Itep, IME) est aussi saturé. » Entre 8h et 12h, le moniteur éducateur a couru de collèges en rendez-vous psychiatre ou orthophoniste avec trois ados et déplore : « Au lieu d’une heure de cours chacun, c’est la matinée que tous ont manquée. » Faire front avec les moyens humains et financiers très réduits « nous oblige à bricoler pour offrir le meilleur. Parfois il y a des ratés ».

    Mais de belles réussites

    Les nuits, les week-ends et jours fériés, avec un éducateur pour 13 enfants, sont des moments difficiles, où les enfants se confient autant qu’ils craquent. « Il n’y a pas de théorème de l’humain. Il faut s’autoriser à les aimer. Mais il y a un impact sur notre vie. Quand on se retrouve face à un suicide ou une agression, quand on revoit un de nos jeunes en prison, on le vit comme un échec et on est seul dans cette détresse », lâche-t-il en se raccrochant au meilleur : « Il y a aussi tout le champagne qu’on ne sabre pas… » Dans ce métier passion, l’épuisement combiné à un niveau de salaire très bas pose « d’énormes difficultés à recruter » à Carine Fotinar qui doit « recourir à l’Intérim et former les plus motivés, c’est un Tetris permanent pour avoir un adulte devant les enfants ». Ainsi de Samuel Dokpondu, chef de service. À l’embolie des dispositifs, il ajoute « les injonctions paradoxales : notre priorité c’est que l’enfant puisse retourner dans sa famille quand c’est possible, pour l’administration, c’est le prix de la journée. Le serpent se mord la queue ». Canopée dépend des seuls moyens alloués par le Département et « le forfait jeune majeur vient d’être divisé par trois sans explication ».

    Placée à 9 ans avec ses frères et sœurs, Baya revient d’une audience au tribunal où elle a exprimé son refus de retourner chez elle. Si Baya avoue la douleur d’être arrachée à un foyer, même maltraitant, elle assure : « Ici c’est rassurant. On est avec d’autres enfants et on a ça en commun. » À 17 ans, elle prépare déjà sa sortie en enchaînant les boulots pour financer ses études : « C’est comme une famille, mais c’est pas notre famille. Et quand on doit en sortir, on est seul. »

    *Les prénoms des mineurs ont été changés

    Le droit à une justice adaptée

    Dans son rapport annuel, la défenseure des droits, Claire Hédon, rappelle un principe fondateur : « Un enfant n’est pas un adulte et nécessite une réponse adaptée qui sanctionne mais qui en parallèle éduque, protège et accompagne l’enfant dans sa reconstruction. » Sur le constat d’un « manque criant de moyens humains et matériels. Faute d’éducateurs spécialisés », des mesures provisoires ne sont pas appliquées. Le rapport souligne que plus de la moitié des mineurs délinquants (55%) sont suivis par la protection de l’enfance et 72% ont connu une déscolarisation prolongée.

  • L’état défend sa mobilisation « très forte » pour les AESH

    L’état défend sa mobilisation « très forte » pour les AESH

    Sept mois après avoir été interpellé par une question du député (PS) Laurent Lhardit, le gouvernement assure, dans une réponse publiée ce mardi, de sa « mobilisation très forte et durable » pour accompagner les élèves en situation de handicap sur la pause méridienne.

    Pendant un an, la municipalité marseillaise avait multiplié les alertes, contrainte de prendre en charge les postes d’accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) depuis la rentrée 2024, alors même que la responsabilité en était revenue à l’éducation nationale. « On comptabilisait, en octobre 2024, 306 élèves accompagnés sur la pause méridienne, soit 49,3 équivalents temps plein d’AESH recrutés » dans les Bouches-du-Rhône, se défend le ministère dans sa réponse. En précisant que « tous les enfants en situation de handicap ne relèvent pas d’un besoin d’accompagnement sur le temps de pause méridienne ».

    « Depuis la rentrée 2025, la loi est appliquée à Marseille, reconnaît l’adjointe (PM) chargée du Handicap, Isabelle Laussine. Pour autant, c’est chaotique, il n’y a pas les moyens nécessaires. » Et de témoigner : « Sur certaines écoles où il y avait 4 ou 5 AESH, il n’y en a plus qu’une, c’est catastrophique ! » Rien que pour Marseille, la municipalité estime les besoins à plus de 400 AESH pour 600 enfants. Désormais, ses services juridiques travaillent pour réclamer à l’état les 3 millions d’euros dépensés sur l’année scolaire passée, pour la prise en charge des élèves concernés face à la carence de l’état.

  • Sanctions contre les chômeurs : l’État attaqué en justice

    Sanctions contre les chômeurs : l’État attaqué en justice

    Dix associations, dont le Secours catholique, Emmaüs France et ATD Quart-Monde, ainsi que plusieurs syndicats (CFDT, CGT, Unsa, Solidaires), ont déposé quatre recours devant le Conseil d’État contre le décret du 31 mai 2025. Ce dernier instaure un nouveau régime de sanctions pour les demandeurs d’emploi et les bénéficiaires du RSA.

    Ce texte, issu de la loi « plein emploi » de décembre 2023, prévoit notamment des suspensions d’allocations pouvant aller de 30 à 100%, pour une durée d’un à quatre mois, en cas de manquement aux obligations définies dans un « contrat d’engagement ». Un demandeur d’emploi doit, en effet, élaborer ou actualiser un contrat d’engagement prouvant qu’il recherche bien un travail.

    Les associations dénoncent une atteinte aux droits fondamentaux et une logique punitive qui fragilise les plus précaires. Le décret introduit le principe de « suspension-remobilisation », censé éviter les radiations automatiques. Mais, dans les faits, les sanctions peuvent être déclenchées pour des absences à des rendez-vous, des formations non suivies ou encore des démarches jugées insuffisantes. Cette disparité territoriale est pointée comme source d’inégalités.

    Lors d’une conférence de presse, Denis Gravouil, pour la CGT, a rappelé que « le non-recours aux droits est déjà considérable », indique Le Parisien. Elie Lambert, secrétaire national de l’union syndicale Solidaires, a accusé le gouvernement de provoquer « le découragement des allocataires, pour les dissuader de solliciter ce filet de survie », rapporte Le Parisien.

    « Une culture du contrôle »

    La « suspension-remobilisation » permet de sanctionner « plus, plus fort et plus vite », a dénoncé Lydie Nicol pour la CFDT, citée par Les échos. « Alors que ça devrait être une question de principe, ça devient une sorte de rétribution au mérite », a critiqué de son côté Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de l’homme.

    Le collectif argumente dans un communiqué que le décret porte « atteinte au droit et à des moyens convenables d’existence » avec la suppression du RSA. Il épingle un manque de proportionnalité et des inégalités entre les différents départements.

    Les Départements, compétents pour le RSA, disposent d’une large autonomie pour fixer les seuils de suspension ou déléguer cette tâche à France Travail.

    Luc Chevalier, syndiqué à Sud et agent à France Travail, a cité des cas de départements dans lesquels le taux de sanction était systématiquement maximal. « Il y a un arbitraire total au service de la volonté de la direction de France Travail d’instaurer une culture du contrôle », a-t-il critiqué après des échos.

    « L’objectif, c’est de viser l’abrogation »

    Une fois notifié, le demandeur d’emploi a dix jours pour contester la décision, « ce qui, par rapport à la difficulté de vie de ces personnes, paraît complètement inadapté », selon Isabelle Doresse, vice-présidente d’ATD Quart-Monde. « Les moyens n’ont pas été mis au regard de la charge de travail supplémentaire », a estimé Vincent Lalouette, représentant de la FSU et agent de France Travail, appuyé par Elie Lambert, lui aussi employé de l’opérateur public, qui a critiqué luis aussi « une culture du contrôle ».

    Cette mesure appauvrit encore plus les plus précaires, selon ces associations. « L’objectif, c’est de viser l’abrogation de ce décret », insiste auprès de Radio France Sophie Rigard, chargée de plaidoyer au Secours Catholique. Travail pointe, au contraire, un nouveau barème de sanctions plus juste et progressif.

  • Madagascar : le très contesté président Rajoelina exfiltré par la France

    Madagascar : le très contesté président Rajoelina exfiltré par la France

    Les Malgaches avaient l’espoir, lundi soir, que le président Andry Rajoelina annonce sa démission lors d’une prise de parole prévue dans la soirée. Mais cette allocution a été reportée. Forts du soutien d’unités militaires armées depuis samedi, les milliers de manifestants, majoritairement des jeunes, pourraient réussir à faire tomber le président de 51 ans après plus de trois semaines de mobilisations. Nées de la contestation contre les coupures d’eau et d’électricités, ces manifestations se sont transformées en contestation du régime.

    Lundi, Radio France Internationale (RFI) était en mesurer de confirmer l’exfiltration par la France d’Andry Rajoelina. Une mesure prise pour faciliter une transition politique pacifique selon les sources de la radio publique.

    « On attend sa démission mais le connaissant, je ne crois pas qu’il va dire ça », pronostique Rotsinasandratra Lucas Hantamalala, étudiante de 20 ans. « Plus de dinosaures politiques s’il vous plaît, on en a assez vu », exhorte-t-elle.

    La Gen Z en première ligne

    Des soldats ont accompagné samedi dans le centre-ville de la capitale malgache des milliers de manifestants, les rejoignant à nouveau dimanche pour un rassemblement en hommage aux personnes tuées au cours des plus de deux semaines de manifestations. Le collectif à l’origine des manifestations, baptisé Gen Z, avait appelé à un nouveau rassemblement plus tard lundi. Les manifestants ont obtenu ce week-end le départ du décrié président du Sénat Richard Ravalomanana, ancien commandant de gendarmerie. Quant au troisième homme vilipendé par la rue, l’homme d’affaires et proche du chef de l’État Maminiaina Ravatomanga, il a fui dimanche matin à l’île Maurice voisine, comme l’a confirmé le gouvernement mauricien. Surnommé « Général Bomba » pour son recours généreux aux grenades lacrymogènes lors de la crise de 2009, Richard Ravalomanana était accusé par les contestataires d’être un des principaux acteurs de la répression des manifestations ces dernières semaines. Au moins 22 personnes ont été tuées au début des manifestations et plus d’une centaine blessées, d’après un bilan des Nations unies. Le chef de l’État a démenti des « chiffres erronés », évoquant 12 morts, tous « des pilleurs, des casseurs », selon lui.

    Madagascar, île à la population particulièrement démunie, a une longue histoire de soulèvements populaires suivis par la mise en place de gouvernements militaires. Au moins 80% des 32 millions d’habitants de Madagascar vivent avec moins de 15 000 ariary par jour (2,80 euros), le seuil de pauvreté de la Banque mondiale.

  • Incendie de l’Aude : Carole Delga en appelle à l’État

    Incendie de l’Aude : Carole Delga en appelle à l’État

    Nous n’y arriverons pas seuls. Nous avons besoin de la solidarité nationale parce que la sécheresse est durable et que nous sommes frappés par d’autres aléas climatiques. »

    Un mois après le gigantesque incendie des Corbières qui a parcouru en août 16 000 hectares de pinèdes et de vignes, détruit 36 habitations et causé la mort d’une habitante, Carole Delga (PS) et Hélène Sandragné (PS) en appellent à l’aide de l’État.

    Vendredi 12 septembre, les présidentes de Région et du Département de l’Aude ont demandé « la reconnaissance des incendies comme aléas climatiques au titre des indemnisations agricoles et viticoles ». Actuellement, en cas de pertes de récoltes, les agriculteurs ne peuvent obtenir des indemnisations de l’État qu’en cas de phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, gel, grêle…).

    L’Occitanie étant la région française « la plus exposée aux aléas et catastrophes climatiques », Carole Delga a interpellé le président de la République sur « le besoin d’une prise en compte spécifique » de ce territoire. L’élue socialiste réclame un « plan national Occitanie résilience » qui serait soutenu par l’Union européenne avec des « outils réglementaires et financiers pour agir vite et fort ».

    La présidente de Région pense entre autres à des financements pour maintenir le pélicandrome de l’aéroport de Carcassonne, du matériel supplémentaire pour le Sdis audois ou à un élargissement du fonds d’indemnisation agricole (8 millions d’euros) au-delà des territoires brûlés. Enfin, Carole Delga demande un avenant au contrat de plan État/Région afin de « faire face au changement climatique ».

    En attendant une réponse, Carole Delga et Hélène Sandragné ont indiqué que la Région et le Département de l’Aude ont chacun débloqué une enveloppe exceptionnelle de 10 millions d’euros en solidarité aux sinistrés (viticulteurs, entreprises, associations…). Un premier geste qui sera suivi en novembre d’un plan de transformation du territoire.

  • Les gorges du Caramy mises en scène et protégées

    Les gorges du Caramy mises en scène et protégées

    « On voit le travail réalisé ! Ce n’est pas artificiel. On a l’impression que ces murs en branchages ont toujours été là… », commente une visiteuse, mardi, à la fin de la visite. Le lieu est idyllique. Le Caramy, à cet endroit, s’élargit. Ses eaux limpides frissonnent dans son lit clair. Un vent léger fait bruisser les feuilles. Il y a quelques minutes, Jean-Michel Constans, maire (SE) de Tourves et vice-président de l’agglo Provence Verte, a rappelé : « Les gorges du Caramy sont un des sites emblématiques du Parc naturel régional (PNR) Sainte-Baume et de la Provence verte. Il attire 15 000 à 20 000 visiteurs par an, surtout l’été. Ils doivent prendre la mesure de cet endroit exceptionnel. On n’est pas là que pour pique-niquer, se baigner et faire courir le chien. Avec le Parc et grâce au Parc, on a pu faire cet aménagement. C’est la fin d’une belle aventure et une seconde vie pour le Caramy. »

    Dix mois de travaux

    Président du PNR Sainte-Baume et ses 28 communes, Michel Gros souligne : « La Sainte-Baume est comme un château karstique et une des plus belles résurgences est le Caramy. » Protégées au titre de Natura 2000 du fait de leur ripisylve (forêt de bord de cours d’eau, avec des aulnes, des ormes…), de leur biodiversité (libellules, papillons, oiseaux, chauves-souris…), « les gorges étaient en mauvais état », dit-il avec sobriété. « Or une des missions du PNR consiste en la préservation des cours d’eau. » Un peu plus tard, il précise : « Les gens allaient partout. Il n’y avait pas de cheminement. Des motos et des quads traversaient le cours d’eau… »

    Il fallait agir. C’est chose faite. D’un coût de 400 000 euros, les travaux, financés pour moitié environ par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur avec le fonds Site d’exception, le PNR Sainte-Baume, l’État, la Fondation du patrimoine, l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée, ont duré dix mois et se sont achevés en juillet.

    Gilles Martinod, architecte-paysagiste, a conçu, avec Mathilde Letterond, l’aménagement : « Il fallait respecter le site, son histoire et révéler le génie du lieu », évoque-t-il. À l’entrée, un parking a été repensé, le stationnement organisé, des arbres plantés. À proximité, des toilettes sèches ont été construites.

    Comme « il y avait avant beaucoup de sentes sauvages, les gens piétinaient partout », observe Gilles Martinod, « on a donc créé des mises en défens ». À partir « de branchages issus des élagages, nous avons fait des fagots compressés par couches et nous les avons ligaturés », détaille Mathilde Letterond. Ces sortes de barrières, qui auraient pu être faites par un Robinson, avec ce qu’il trouvait sur place, servent à guider les visiteurs et à protéger les sources et vasques de tufs calcaires, très fragiles. Les berges ont été restaurées. Le long de la rivière, un sentier de découverte, ponctué par « 8 pupitres pédagogiques », renseigne Tiphaine Fermi, responsable du pôle opérationnel du PNR Sainte-Baume, a été tracé. Il forme une boucle autour des deux rives, avec traversée sur des pas japonais en pierre. « On est très rassuré de voir que le site a été respecté cet été. C’est de très bon augure pour la suite », veut croire Tiphaine Fermi.

    « Avec et grâce au Parc,
    on a pu faire cet aménagement »