Tag: essence

  • À la pompe, entre déception et colère

    À la pompe, entre déception et colère

    Dans cette station Total du boulevard Sakakini (5e), en ce matin du 8 octobre, les voitures défilent… Comme le compteur du prix du plein à la pompe. L’annonce, la veille, du Premier ministre de puiser 10 millions de barils dans les stocks stratégiques pour baisser le coût du litre de gazole de 12 à 18 centimes, ne convainc pas vraiment.

    « On va voir déjà s’ils le font », lance Assiata. Habitante du 15e arrondissement, elle a absolument besoin de sa voiture pour « déposer les enfants » et se rendre à son travail à l’hôpital de la Timone, à quelques encablures. En transports en commun, elle perdrait trop de temps affirme-t-elle. À 2,25 euros le litre dans cette station « où on vient aussi parce que c’est le moins cher », le plein de sa petite citadine lui revient tout de même à 75 euros. « Je n’attends pas que le réservoir soit vide, pour payer moins d’un coup », précise la jeune femme. Avec son petit salaire elle doit « tout calculer » raconte-t-elle et essaie de se cantonner à un plein par mois, quand elle le peut.

    Plutôt augmenter

    les salaires

    À la pompe d’à côté, David ne cache pas sa colère. « Mais 12 centimes, ça ne sert à rien et il faudrait que cela concerne tous les carburants », estime-t-il. « C’est un truc de fou, c’est pas normal. Alors qu’on sait très bien, qu’ils prennent 1 euro voire plus de 1,20 euro de taxes », s’indigne ce salarié, au volant d’un camion frigorifique. Pour sa voiture personnelle, il a fait le choix du diesel, parce qu’à l’époque « ça coûtait moins cher et maintenant c’est l’essence qui vaut plus le coup ». Désormais un plein pour lui, « c’est 180 euros », assure-t-il. Et il n’a pas les moyens d’en acheter une autre. Selon lui, il faudrait plutôt augmenter les salaires, « de 1 000 euros au moins pour qu’on vive un peu ».

    Agent de sécurité, Ameziane roule à l’éthanol avec la voiture du travail, « quand il y en a, sinon c’est du sans-plomb » mais son véhicule personnel, « c’est du diesel », indique-t-il. Alors il a pris « une carte chez Total », pour réduire la facture. Pour s’en sortir, il évite également « les déplacements inutiles », prend le métro, rogne sur les loisirs des enfants même s’il essaie de leur proposer une à deux sorties par mois au moins. « Ce n’est plus comme avant, on a du mal simplement à vivre », témoigne-t-il. Alors, il fait de moins en moins le plein. « Dans la voiture, je mets 40 euros, ça fait même pas une moitié de réservoir », confie-t-il.

    Devant lui, Sabri, artisan marseillais, assure lui avoir perdu au bas mot 30% de chiffre d’affaires. « Qu’est-ce que vous voulez, on n’a pas le choix, il faut bien qu’on travaille » explique-t-il, mi-résigné, mi-agacé. Avant de s’en prendre au gouvernement dont « il ne faut pas attendre de miracles ».

    Il s’inquiète : « L’avenir ne s’annonce pas beau. » Et finit par faire le lien avec la répression du mouvement lycéen. « Ils sont dégoûtants ! L’argent, il faut le mettre pour l’éducation, pour l’avenir, pour les enfants », assène-t-il. Et de rappeler : « Quand c’était les Gilets jaunes qui ont mis le pays à feu et à sang, qu’il y avait le Rassemblement national, hein, personne a rien dit. »

  • La CGT appelle à une grève de 24h sur les sites Total

    La CGT appelle à une grève de 24h sur les sites Total

    Les travailleurs de Total passent une « première vitesse », prévient Fabien Cros, secrétaire général CGT de La Mède. Ce jeudi 8 octobre, le syndicat appelle à la grève sur l’ensemble des sites du groupe en France et ses filiales, malgré l’annonce de la direction d’une avance de 1 000 euros sur la prime de partage de la valeur ajoutée.

    La CGT réclame de véritables négociations pour s’accorder sur une revalorisation salariale. « Sur la branche française de raffinage, on atteint déjà plus de 900 millions d’euros de résultat opérationnel, plaide Fabien Cros. Sur le site de La Mède, on est à 25 millions d’euros pour 300 personnes. C’est rapide de calculer ce qu’on rapporte par salarié. » Le syndicat demande a minima une augmentation de 5% des rémunérations : 3% pour l’indexation sur l’inflation calculée par l’Insee et 2% de « rattrapage pour les années précédentes ».

    Une semaine

    de déstabilisation

    Les grévistes revendiquent également l’embauche des intérimaires, la transformation des CDD en CDI, la sécurisation de leurs outils industriels et l’amélioration des conditions de travail. Fabien Cros rappelle : « En février dernier, on est allés aux Prud’hommes pour 180 requêtes individuelles qui ont été déposées par des salariés actuels ou retraités, intérimaires ou sous-traitants, pour obtenir l’indemnisation de leur préjudice d’anxiété concernant leur exposition au benzène. »

    En pleine période de tensions dans l’approvisionnement des stations Total, prises d’assaut en raison du plafonnement des prix, ce mouvement de 24h pourrait se traduire par une semaine de déstabilisations. Le site de La Mède est stratégique : « On est l’un des plus gros dépôts du département, quasiment équivalent aux Dépôts pétroliers de Fos. Notre zone d’achalandage s’étend sur tout le quart Sud-Est de la France. »

  • Promesses au rabais face aux prix records des carburants

    Promesses au rabais face aux prix records des carburants

    De nouveau, les prix des carburants battent des records en France. Moins d’une semaine après l’essence, c’est le gazole qui a atteint un niveau historique ce dimanche, avec 2,41 euros par litre à la pompe. De quoi battre le pic atteint au mois d’avril, deux mois après le déclenchement de la guerre par Israël et les États-Unis contre l’Iran.

    Face à cette situation, le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué deux réunions ce lundi à Matignon, avec les directions des administrations centrales en matinée, puis dans l’après-midi avec le gouvernement, pour se pencher sur « l’accompagnement à court et moyen termes » des Français. Mais à l’issue des échanges, les annonces ont été encore repoussées, avec un rendez-vous donné ce mardi à 17h pour présenter de « nouveaux dispositifs d’aide et de soutien ». Emmanuel Macron de son côté s’exprimera à son tour jeudi à 20h, sur TF1 et France 2.

    Des tentatives de reprendre politiquement la main, au moment où la crise géopolitique percute de plein fouet la crise sociale. Face aux spéculations boursières qui nourrissent la flambée, les pénuries se sont en effet répandues dans les stations-service, principalement celles du groupe Total. Ce lundi matin, plus d’une station sur sept était en pénurie en France hexagonale selon les données de Bercy, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur faisant à peine mieux que la moyenne. « Pour les deux mois qui viennent, on n’a pas d’inquiétude », rassurait cependant le ministre de l’Économie Roland Lescure ce lundi matin, indiquant que les stocks stratégiques étaient pleins.

    « Cadre budgétaire »

    Comme lui, les membres du gouvernement se sont multipliés en matinée sur les chaînes de radio et télévision pour jouer les pompiers. « On voit bien qu’il faut réfléchir à une aide supplémentaire pour accompagner les gros rouleurs et les salariés modestes », assurait le ministre du Travail. Qui faute de mieux pour l’instant « encourage l’usage du télétravail » pour faire des économies. « Toutes les pistes sont sur la table, à condition que ça reste des aides ciblées et que ce soit respectueux du cadre budgétaire », indiquait de son côté la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon. Car quoi qu’il en soit, Bercy avait déjà indiqué refuser toute mesure structurelle, qu’il s’agisse d’une baisse des taxes ou un plafonnement des prix. « Ça coûte énormément d’argent », justifiait la porte-parole du gouvernement. Et d’assurer, très sérieusement, qu’elle préfère « viser les plus précaires ». Reste à savoir si les annonces de ce mardi sauront davantage viser la colère sociale, au moment où les mouvements, sans être pour l’instant massifs, commencent à se multiplier.

  • Nouveau record du prix du gazole dimanche

    Nouveau record du prix du gazole dimanche

    À 10h30 dimanche, le prix du litre de gazole atteint 2,4097 euros, selon une moyenne calculée par l’AFP à partir des prix affichés dimanche pour plus de 8 700 stations-service sur le site Prix-carburants.gouv.fr du ministère de l’Économie, et dépassant le précédent record établi la veille.

    À plus de 2,17 euros le litre dimanche matin selon une moyenne enregistrée dans plus de 6 700 stations, le SP95-E10, carburant le plus vendu en France, évolue depuis plus d’une dizaine de jours au-dessus de son pic de 2022 de 2,11 euros. Et très au-dessus des 1,57 euro d’octobre 2018 déclenchant le mouvement des Gilets jaunes.

    Si le ministre du Commerce Serge Papin a indiqué vendredi que l’aide gouvernementale sur les carburants ciblée sur les « gros rouleurs », initialement prévue jusqu’au 30 septembre, ne « s’arrêtera pas ». Le soutien s’arrêtera là. La limitation des dispositifs de soutien a encore été justifiée samedi par le ministère de l’Économie par la situation des finances publiques françaises, dont l’endettement atteindra un niveau record en 2027 en raison d’un déficit public demeurant « élevé ».

    La flambée des prix du carburant depuis fin février provoquée par la guerre en Iran alimente une tension sociale chaque jour plus palpable. La date du 17 octobre pour une grande mobilisation sur le sujet revient sur les réseaux sociaux. Samedi, quelques rassemblements de Gilets jaunes ont déjà eu lieu. À Marseille mais aussi au rond-point de Kermaria, à Pont-l’Abbé dans le Finistère, au rond-point de l’Europe à Bagnols dans le Rhône ou encore au péage de Chamant-Senlis dans l’Oise où le secrétaire national du PCF Fabien Roussel qui a officiellement appelé à une mobilisation nationale le 17 octobre contre la flambée des prix des carburants, a rejoint les manifestants pour demander la baisse de la TVA sur l’essence.

  • Une dizaine de gilets jaunes rassemblés à l’Estaque

    Une dizaine de gilets jaunes rassemblés à l’Estaque

    Doit-on s’attendre à un retour des gilets jaunes ? Les journalistes étaient nombreux, mercredi matin, à s’être déplacés sur le rond-point de l’Estaque (16e) pour tenter de répondre à la question. La Marseillaise, La Provence, M6, TF1, BFM Marseille, Ici Provence, France 3… Les rédactions étaient presque plus nombreuses que les manifestants réunis, à peine une dizaine pour dénoncer la baisse du pouvoir d’achat.

    Franck, déjà engagé en 2018 lors de la naissance du mouvement et à l’initiative du rassemblement, explique poursuivre plusieurs objectifs : raviver « les souvenirs de 2018 », proposer un « avant-goût de ce qu’il va se passer par la suite », mais aussi « mettre en avant les commerçants, faire en sorte qu’ils puissent se faire entendre par la presse à l’aide de quelques gilets jaunes ». Mais ce mercredi, seuls quelques-uns avaient fait le déplacement. Parmi eux : Frédéric, qui tient une boutique de minéraux sur l’Estaque Plage. « C’est bien beau de râler, mais si personne ne bouge, il ne se passera rien. (…) Depuis quelques années, on a tout perdu, s’alarme-t-il. Le prix de l’essence nous impacte beaucoup, les gens n’ont plus de pouvoir d’achat. (…) Je suis déçu qu’il n’y ait pas plus de monde aujourd’hui… »

    « C’est pire qu’avant »

    Si le rassemblement était censé mettre en lumière la situation des commerçants, les gilets jaunes ont également porté un message plus général. « Plus rien à foutre », lisait-on sur certains gilets. « C’est pire qu’avant, le peuple tombe en lambeaux, personne n’arrive à la fin du mois, liste l’un d’entre eux. Il faut que le peuple se réveille. Nous sommes les braises, il nous faut des bûches ». La prochaine manifestation est prévue ce samedi à Marseille au départ du Vieux-Port (2e), avant la mobilisation nationale attendue le 17 octobre.

  • Le prix à la pompe carburant du débat public

    Le prix à la pompe carburant du débat public

    Loin de la « totale mobilisation » promise par la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, ce mercredi, face à la flambée du prix des carburants, le ministère de l’économie annonçait aux distributeurs, vendredi dernier, son opposition à toute mesure générale, du plafonnement des prix à la baisse des taxes en passant par un élargissement des aides. « La situation des finances publiques ne nous semble pas permettre ce type de mesures », justifiait Bercy, se limitant à son enveloppe de 1,4 milliard d’euros.

    Ces mesures ont pourtant été prises dans d’autres pays européens. Ainsi, au mois de mars dernier, la Croatie et la Hongrie avaient mis en place un plafonnement des prix, à 1,50 euro le litre d’essence, avec un ajustement tous les sept jours pour la première, tandis que la seconde a levé la mesure au mois de juin. L’Espagne, de son côté, avait activé au même moment un plan d’aide de 5 milliards d’euros, avec une baisse de 30 centimes des taxes sur les carburants, remplacé depuis le mois de juillet par un dispositif d’aides. La Grèce, quant à elle, avait mis en place un plafond sur les marges bénéficiaires et des aides pour 3 millions de ménages.

    « État d’urgence »

    « J’appelle à l’état d’urgence énergétique », lançait le candidat du PCF, Fabien Roussel, ce mercredi matin sur les ondes de BFM. Il propose ainsi une baisse immédiate de plus de 40 centimes du prix à la pompe, en supprimant les certificats d’économie d’énergie et en abaissant la TVA. Surtout, à l’occasion de la Fête de l’Humanité, Fabien Roussel a mis sur la table une « nationalisation-sanction » de Total, qui « font leurs profits sur la guerre » et appelait à la mobilisation, à l’occupation des ronds-points. Rappelant que dans les Outremers, c’est l’état qui fixe les prix. À gauche, les insoumis défendent un blocage immédiat des prix et des marges des raffineurs, avec une durée de trois mois proposée à travers une proposition de loi au mois de mars. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, se tournait quant à lui vers des aides ciblées élargies et l’utilisation des réserves stratégiques. À droite, Gabriel Attal (Renaissance) en reste aux dispositifs ciblés, refusant toute baisse des taxes. Bruno Retailleau (LR) se limite à la suppression des certificats d’énergie pour diminuer le prix au litre « de 15 à 17 centimes ».

  • [Prix des carburants] Dans la zone industrielle de Fos, une voiture indispensable

    [Prix des carburants] Dans la zone industrielle de Fos, une voiture indispensable

    Des stations Total situées en sortie de Fos-sur-Mer, de part et d’autre de la RN568, les usines ne sont plus très loin. Derrière les pompes à essence se détachent des panneaux solaires, d’énormes silos gris, les stocks du dépôt pétrolier puis les cheminées couleur rouille d’ArcelorMittal. Tous les matins, des milliers de travailleurs et de travailleuses empruntent ces doubles voies pour contribuer à l’activité foisonnante des bassins Ouest du Grand Port maritime de Marseille (GPMM). Avec une dépense incompressible : le plein d’essence.

    Certains s’en sortent bien, à l’instar d’Anne et de son responsable, tous deux salariés chez Securitas. « On a la chance d’avoir la voiture de service donc on ne se pose pas trop de questions », admet le conducteur. Heureusement, car ils avalent les kilomètres. « Pour les rondes, les ci les mi, on circule beaucoup. Et puis on est partout, sur Dassault Aviation, PetroIneos… C’est vraiment la bonne solution. »

    Pas de transports

    en commun

    D’autres, à l’instar de Patrick*, ont subi l’explosion du prix de l’essence de plein fouet. La facture de ce quinquagénaire qui travaille dans la maintenance des sites industriels est passée de 250 à 350 euros par mois. Entre les mois de janvier et de mai, le gazole a pris un peu plus de 50 centimes par litre en moyenne, l’essence 45 centimes. Pour faire face à la crise, Sébastien Lecornu a annoncé un « nouveau paquet » d’aides jeudi 21 mai, dont un prolongement pour trois mois de l’indemnité « grands rouleurs » et une hausse de la prime carburant. Cette aide défiscalisée et désocialisée, qui peut être versée aux salariés par les employeurs sans qu’il y ait d’obligation pour eux de le faire, va voir son plafond passer de 300 à 600 euros. Patrick n’est concerné par aucune de ces aides. « C’est comme ça », lâche-t-il en haussant les épaules.

    « De toute façon comment voulez-vous faire ? demande-t-il. Il n’y a pas de transports en commun. » Des lignes de bus du réseau métropolitain relient Fos-sur-Mer à Port-Saint-Louis-du-Rhône, avec de rares arrêts en périphérie de la zone industrielle. Une desserte ferroviaire existe, mais elle est exclusivement dédiée au fret. Seules quelques boîtes du secteur, à l’instar de Kem One, continuent de mettre en place des bus d’entreprise pour les salariés postés en quart. Ce n’est pas le cas de Benjamin, qui travaille dans les bureaux du site fosséen de LyondellBasell. Lui vit à Saint-Mitre-les-Remparts et fait donc quotidiennement 60 kilomètres. « On a des frais de déplacement qui restent avantageux même s’ils n’ont pas été revalorisés. » Résultat : son budget mensuel a augmenté de 100 euros mais reste plutôt bien couvert par l’entreprise.

    Nessa, elle, n’a pas d’aide pour aller au boulot. La Saint-Louisienne ne travaille pas dans les bassins du port, mais exerce en tant que taxi à Martigues. Devant la montée des prix à la pompe, son patron a commencé à changer sa flotte de véhicules pour passer à l’électrique. Elle aussi a abandonné sa Mini Cooper pour passer à la C3, qui « consomme beaucoup moins ».

    La jeune femme s’agace de l’ambiance générale de résignation. « À l’époque, les Gilets jaunes avaient tenu des mois pour quelques centimes d’augmentation, et on était à 1,3 euro le litre. Mais ils ne se sont pas fait entendre. Derrière, les manifestations contre la réforme des retraites n’ont rien donné. Résultat : plus personne ne dit rien, on accepte tout. »

  • [Tourisme] Le nombre de réservations impacté par le prix de l’essence

    [Tourisme] Le nombre de réservations impacté par le prix de l’essence

    Alors que la hausse du coût du carburant impacte nombre de professions, en témoignent les diverses mobilisations qui ont essaimé dans l’Hexagone ces derniers jours, qu’en est-il pour les vacanciers ?

    Dans le secteur du tourisme, certains semblent avoir pris les devants, à l’instar du camping Maïana, à La Grande-Motte, où les gérants ont mis en place une ristourne sur le carburant. Pour une semaine de réservation complète cet été, les futurs touristes pouvaient recevoir un bon d’achat d’une valeur comprise entre 30 et 80 euros.

    À l’aune de la saison estivale, d’autres dispositifs émergent pour tenter d’attirer la clientèle. « Nous avons un rôle à jouer pour maintenir le pouvoir d’achat. Chacun fait son truc. Par exemple, j’ai décidé de ne pas augmenter le prix de la restauration et de baisser celui de certaines boissons. D’autres mettent en place des bons d’achat sur le gasoil mais cela reste marginal », développe Philippe Robert, président de la Fédération de l’hôtellerie de plein air d’Occitanie et gérant du camping 4 étoiles La Méditerranée, à Vias. Tous espèrent que la guerre et l’augmentation du prix du carburant seront de courte durée et qu’ils pourront faire le plein au cœur de l’été. « Sur le début de l’année, les réservations étaient bien engagées, à un niveau similaire à 2025, une très bonne saison pour le tourisme. Mais depuis un mois et demi, il y a un ralentissement dû à la guerre. Ce qui se traduit par une baisse des réservations et un changement de comportement : les gens séjournent plus près, des établissements ont eu des annulations justifiées par le fait qu’ils se trouvaient trop loin », observe Philippe Robert. D’autres encore préfèrent partir moins longtemps. Preuve que le porte-monnaie pèse sur le choix des vacances : « On observe un regain d’activité sur le camping avec emplacements nus, l’offre la plus accessible », note Philippe Robert.

    « Un effet ciseau »

    Des tendances qui semblent se restreindre à la France. « Nous travaillons beaucoup avec des Allemands, des Hollandais : eux sont au rendez-vous. Seuls les Français pêchent, c’est étonnant », précise Philippe Robert. Néanmoins, ces réticences impactent les professionnels. « Les réservations sont bonnes pour les mois de mai et juin, mais nous avons des difficultés sur la haute saison, alors que nous sommes déjà complets en temps normal », poursuit le président de la fédération. Au point d’avoir un impact sur l’emploi ? « On reste prudent et on regarde nos dépenses car on a bien compris que tout peut arriver à tout moment. On n’a aucune visibilité contrairement aux autres années. Il y a une part de risque et on est prudent sur les embauches. »

    Le gérant de camping veut croire en sa bonne étoile en tablant notamment sur le fait que des Français, partant initialement à l’étranger, se rabattent sur l’Hexagone. « Il y a aussi un effet ciseau. On voit qu’il est compliqué de partir du fait du problème de pouvoir d’achat mais, d’un autre côté, avec ce climat anxiogène, on a besoin de s’échapper, de partir », soutient Philippe Robert.

    Toutefois, ces changements de comportement sont à l’œuvre depuis la crise sanitaire, amplifiée avec la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine. Les gens partent moins longtemps et plus près pour un tourisme plus vert. Cette nouvelle hausse à la pompe ne serait-elle pas l’accélération d’un changement inéluctable ?

  • Les aides à domicile héraultaises en lutte pour sortir de la galère

    Les aides à domicile héraultaises en lutte pour sortir de la galère

    « Dimanche dernier, j’ai roulé 110 kilomètres pour cinq heures de travail. Or notre indemnité kilométrique ne rembourse que de 38 centimes par kilomètre. On paye pour aller travailler. » La colère était de mise, ce 21 avril, devant les grilles du Département de l’Hérault, à Montpellier, ainsi qu’à Béziers où une cinquantaine d’aides à domicile s’étaient mises en grève afin de défendre leurs conditions de travail dégradées.

    L’augmentation du coût de l’essence a été vécue comme la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà on ne peut plus rempli. Une hausse impactant de plein fouet cette profession à 90% féminine qui nécessite un usage quotidien du véhicule pour se rendre chez les bénéficiaires. « En 2022, notre indemnité kilométrique est passée de 35 à 38 centimes -dont 14 centimes pour le carburant [le reste étant pour l’amortissement, Ndlr]– mais l’essence a augmenté de 20%. Sur un trajet de 8 km, j’utilise 4 litres de gasoil. 1,12 euro sera donc pris en charge, ce qui ne représente pas la réalité de nos dépenses », soupire Christelle Fanjaud, déléguée CGT de l’association ADMR (Aide à domicile en milieu rural) Orb et Thongue.

    Une délégation reçue

    À la fin du mois, la facture est salée pour la plupart d’entre elles. « Beaucoup d’entre nous sont en temps partiel, donc payées en dessous du Smic. Certaines sont divorcées avec des enfants et touchent 700 à 900 euros par mois. Et si tu as besoin de 200 euros d’essence, tu vas manger au Secours populaire », soupire Nathalie Trepagny, aide à domicile à Présence Verte Services et déléguée syndicale CGT. « Il vaut mieux en ce moment poser un arrêt maladie que d’aller au travail, au moins on ne perd pas d’argent », estime-t-elle. D’autant que la hausse du prix du carburant n’est pas le seul caillou dans la chaussure des aides à domicile. « L’avenant 36 de notre convention collective ne tient pas compte de la réalité du terrain. Il n’y a que le temps passé dans le véhicule selon le GPS qui est pris en compte. Mais chercher une place, être dans les bouchons, tout ça, c’est du bénévolat, du travail dissimulé », s’indigne Christelle Fanjaud.

    Conséquences ? Une pénurie de recrutement liée au manque d’attractivité du métier, qui se traduit par des démissions et un turn-over important. « Les salariées sont en surcharge et peuvent se retrouver en arrêt maladie. Mais cela a aussi un impact sur les bénéficiaires. Si l’un a Alzheimer, il a besoin de repères, il n’y a pas de possibilité de turnover », observe Céline Rouig, aide à domicile à Présence Verte Services. Et pour celles qui restent, la fin de carrière se révèle bien compliquée. « On est de plus en plus fracassées. Comment voulez-vous, à 65 ans, lever quelqu’un qui est grabataire ? », fait valoir Nathalie Trepagny. Pourtant les aides à domicile sont un maillon essentiel dans la chaîne du soin. « Si nous ne sommes plus là, il manque un échelon : les infirmières, les aides-soignantes ne pourront pas travailler », note Christelle Fanjaud. « Parfois, les infirmières sont débordées, si bien que nous faisons la toilette des bénéficiaires, mais ce n’est pas notre travail », complète Nathalie Trepagny.

    Une délégation a donc été reçue par le conseil départemental -principal financeur des associations d’aides à domicile- afin de faire entendre les principales revendications : revalorisation des salaires, augmentation des indemnités kilométriques, amélioration des conditions de travail, reconnaissance réelle du métier et respect des droits et du temps de travail.

    « Nous dépendons de l’État, les financements ne sont
    pas faits au niveau des Départements. Si les besoins augmentent, pour nous Départements, c’est compliqué
     », explique Patricia Weber, vice-présidente déléguée aux solidarités. L’élue entend recevoir les responsables des structures d’aides à domicile pour prendre le pouls et un courrier du président PS Kléber Mesquida demande au ministre de prendre en considération la situation des aides à domicile. « Nous n’avons pas eu de réponses précises. On se revoit au mois de juin, donc je pense qu’il y aura une suite », espère Christelle Fanjaud.

  • Quels leviers pour protéger le porte-monnaie des Français ?

    Quels leviers pour protéger le porte-monnaie des Français ?

    « Le diesel a augmenté en moyenne de plus de 45 cts au litre depuis le début de l’année et dépassé les 2 euros le litre ; idem pour l’essence, qui a augmenté de plus de 25 cts et a également parfois dépassé les 2 euros le litre ; le fioul, lui, a augmenté de 50% depuis le début du conflit ; quant au gaz, il a déjà augmenté de 35% et la répercussion sur son prix chez le consommateur va se faire sentir plus ou moins rapidement suivant la nature des contrats souscrits », liste Claude Gaubert, de l’UFC Que Choisir Montpellier. En faisant grimper les prix de l’énergie, la guerre au Moyen-Orient éprouve méchamment le porte-monnaie des Français, dont le pays paie sa trop grande dépendance aux énergies fossiles. L’État engrangeant, de son côté, des recettes fiscales supplémentaires grâce à la TVA (270 millions d’euros au mois de mars).

    Face à ce constat, l’association de consommateurs appelle de ses vœux des mesures qui permettraient de contenir l’impact de cette flambée sur le quotidien des ménages. « Dans votre facture d’électricité, de gaz ou quand vous allez à la pompe, une taxe est pratiquée sur la consommation de produits énergétiques, taxe sur laquelle vous payez, en plus, la TVA… Nous réclamons depuis toujours la suppression de cette taxe sur la taxe (5 à 6 milliards d’euros par an), qui permettrait de rendre une part non négligeable de pouvoir d’achat aux consommateurs », estime Claude Gaubert.

    Sortir de la dépendance aux énergies fossiles

    De façon plus ponctuelle, l’UFC Que Choisir plaide en faveur d’« aides ciblées », comme l’augmentation du nombre de bénéficiaires et du montant du chèque énergie. « Un dispositif équivalent » pourrait également, estime Claude Gaubert, être mis en place à destination « des professionnels particulièrement impactés par l’augmentation, notamment, du prix de l’essence (transports routiers, agriculteurs, taxis…) ».

    Enfin l’association de consommateurs n’oublie pas « les raffineurs, transporteurs et distributeurs, qui profitent de l’opportunité pour gonfler leurs marges. On peut imaginer que ces entreprises qui vont automatiquement profiter de l’envolée des prix soient mises à contribution par l’État via une taxe spéciale, en vue d’une redistribution de ces bénéfices aux consommateurs, en premier lieu les publics les plus impactés », suggère Claude Gaubert.

    Au-delà de ces mesures conjoncturelles, le représentant montpelliérain de l’UFC pointe un problème de fond sur lequel, estime-t-il, l’État doit agir : la trop grande dépendance de la France aux énergies fossiles. « On l’a vu avec la guerre en Ukraine, on le voit aujourd’hui avec le conflit au Moyen-Orient : il faut sortir au maximum de cette dépendance. Cela permettrait à la fois d’accroître notre autonomie énergétique et de réduire les émissions de gaz à effet de serre », souligne Claude Gaubert. « Ça veut dire renforcer tout ce qui est électrification des usages : aides pour l’achat d’une voiture électrique, renforcer la rénovation énergétique, l’isolation des bâtiments, encourager l’utilisation des pompes à chaleur… En somme inciter les gens à abandonner le gaz et le fioul au profit de l’électricité. Cela relève d’abord de politiques publiques mais aussi de choix individuels. »