Opération mille-feuille ce mercredi 27 mai de bon matin sur une bonne moitié de la plage de la Pointe Rouge (8e). Depuis 5h, histoire d’éviter la cagnade et de s’adapter au public, les agents de la Ville sont à pied d’œuvre pour d’abord ramasser à la pince les macro-déchets pris dans les herbiers de posidonie morts, échoués, puis pour racler sable et plantes pour en faire des couches successives. L’objectif est à la fois esthétique avant l’ouverture de la saison estivale mais aussi écologique, explique Hervé Menchon (EELV), adjoint au maire de Marseille, délégué à l’environnement et à la biodiversité.
« C’est une expérimentation qui permet d’aplanir la plage pour la surveillance des baignades, parce qu’une banquette de posidonie d’un mètre de haut, un enfant pourrait tomber derrière et être moins facilement repérable pour les équipes de secours et cela permet de d’avoir une plage lisse qui correspond à un stéréotype touristique », précise l’élu. Un stéréotype contre lequel il lutte, ajoute-t-il tout de suite. Car dans le cadre d’un « plan posidonie » voté en 2023, il entend faire comprendre au plus grand nombre toute l’utilité de cette plante marine, à la fois capteur de carbone et nurserie à poissons.
Après un plan de communication mené à l’aide d’un questionnaire pour « recueillir l’évolution de l’acceptation sociale de la présence des posidonies sur le trait de côte » et des actions de sensibilisation des enfants avec les « aires marines éducatives », une partie du chemin a été faite estime Hervé Menchon. « On ne considère plus que c’est gênant visuellement et quand ça colle aux pattes, même si on est quand même content que ça soit caché sous le sable pour pouvoir étendre sa serviette… » résume-t-il. Il espère que « petit à petit, la raison va l’emporter et que les gens vont comprendre tout l’intérêt qu’il y a à avoir une nouvelle carte postale méditerranéenne avec ses banquettes de posidonie toujours en place, même l’été ». Ce que les enfants de Corbière, à l’Estaque, ont déjà intégré puisqu’ils ont demandé à ce qu’on laisse les banquettes de feuilles mortes de posidonie intactes cette année se réjouit Hervé Menchon.
L’autre intérêt de cette laisse de mer constituée par l’herbier, c’est aussi de lutter contre l’érosion de la plage. « Ici, la nappe de sable tourne, et à l’endroit où la plage était la plus large, au fond, les vagues tapent sur les bâtiments », précise l’élu. Les feuilles de posidonie, suivant le courant, se déposent en nombre à l’endroit où la plage est la plus mince. « On peut espérer, estimant qu’un mètre cube de posidonie peut piéger entre 100 et 300 litres de sable, que par des moyens naturels on ait un réengraissement de la plage, avec un élargissement ou un maintien du trait de côte », ajoute-t-il. C’est ce qui s’est notamment passé en à peine un an, en amont, sur la partie Nord de la plage du Prophète (7e) se félicite Hervé Menchon. Le principe du mille-feuille sera en phase de test jusqu’en 2027. « Après on verra si on avait raison », sourit Hervé Menchon.
Côté baigneurs, on n’est pas convaincu. « Ces trucs, y en a partout, on se baigne dedans c’est pas très agréable », estime l’une d’entre eux. Et pour cette habituée, les dépôts de posidonie « plus nombreux qu’avant » ne sont pas le problème principal. « Ici ce qui nous empêche de profiter de l’endroit, ce sont les restaurants qui étendent de plus en plus leurs terrasses, on est parqués », déplore-t-elle. Plus loin, ce riverain approuve, dénonçant aussi la vétusté des équipements dont la propreté des douches et l’état de l’escalier d’accès alors qu’« on nous avait promis des travaux… » assure-t-il.

