Sa marche vers le nord semble inarrêtable. Depuis qu’il est apparu en 2004 dans le sud de la France, le moustique tigre s’est implanté dans 83 des 96 départements métropolitains –soit deux de plus que l’an dernier. Une colonisation qui s’accompagne d’un risque de transmission de la dengue depuis les premiers en 2010. « Ils sont aujourd’hui généralement concentrés dans le sud de la France, souligne Andrea Radici, chercheur de l’IRD au laboratoire Mivegec de Montpellier. Mais qu’en sera-t-il demain ? »
Le spécialiste de la modélisation des épidémies a effectué des projections jusque 2085 en se basant sur deux scénarios de réchauffement climatique : l’un médian, l’autre plus pessimiste. Publiés dans Global Change Biology, les résultats sont assez clairs : dès 2050, presque toute la population française vivra probablement dans des régions habitées par Aedes albopictus – le nom scientifique du moustique tigre. Seuls les territoires les plus en altitude des Alpes et des Pyrénées seront épargnés.
Forcément, le risque de transmission de dengue s’étendra à une grande partie du territoire. « Il faut tout de même un certain niveau de température pour que le virus puisse incuber au sein du moustique, précise Andrea Radici. S’il ne fait pas assez chaud, le moustique meurt avant de pouvoir le transmettre. »
Fin de la trêve hivernale ?
Et le risque pourrait s’étendre dans la durée avec des conditions favorables dès le printemps et jusqu’à l’automne. « Les épidémies autochtones de dengue dépendent de cas importés depuis un pays tropical qui arrivent sur le territoire à un moment où les conditions sont favorables », rappelle le chercheur.
Le risque le plus fort sera dans les zones moyennement peuplées -comme les quartiers résidentiels avec maisons et jardins– où il y a suffisamment d’humains pour que le moustique puisse se nourrir de leur sang et suffisamment de gîtes pour pondre ses œufs (dans les récipients susceptibles de retenir de l’eau comme les coupelles des pots de fleurs ou les jouets pour enfants). Une étude récente a également montré le rôle de l’eau stagnante dans les bouches d’égout et les chambres télécoms sur la voie publique. « Les zones urbaines, très densément peuplées et sans espaces verts sont moins propices », souligne Andrea Radici.
Le risque d’épidémie autochtone de dengue pourrait-il exister toute l’année ? Les projections indiquent que les conditions climatiques pourraient le permettre le long des côtes méditerranéennes et du sud-ouest. Le moustique tigre pourrait s’épargner la diapause – cette capacité des œufs à entrer en dormance pendant l’hiver, le temps que les conditions redeviennent favorables. Cette faculté, acquise par le moustique pour s’adapter à nos climats tempérés, deviendrait alors non-nécessaire. « Mais cela reste un scénario très hypothétique et très pessimiste », tente de rassurer Andrea Radici.


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