La bombe sanitaire liée au cadmium est-elle en passe d’exploser ? La pollution de ce métal lourd et sa dangerosité pour la santé (défini comme un cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé depuis 1993) font désormais régulièrement la une des médias. Une récente étude de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) montrait ainsi qu’un Français sur deux avait accumulé trop de cadmium dans son organisme.
Face à ces résultats, l’Assurance-maladie et les syndicats de biologie médicale ont conclu un accord début avril pour rembourser les tests à partir de cet été. Ce dépistage, qui coûte 27,50 euros, sera pris en charge à 60% par l’Assurance-maladie et à 40% par les complémentaires santé. Mais seuls ceux vivant dans une zone jugée contaminée et les salariés de l’industrie au contact du cadmium seront remboursés.
Ce choix d’un dépistage géographique, préconisé par la Haute autorité de santé en 2024, a rapidement été fustigé par les médecins. « Dépister selon le lieu de résidence ne tient pas la route », affirme ainsi François Simon, médecin retraité membre de l’association pour la dépollution des anciennes mines de la Vieille Montagne (AdamVM), basée dans les Cévennes gardoises, qui alerte depuis longtemps sur la dangerosité du cadmium. « Selon l’Anses 48% des Français ont des valeurs toxicologiques de référence au-dessus des normes admises, donc ça ne dépend pas uniquement de la zone géographique. On risque d’être contaminé avant tout par son alimentation. Ce n’est donc pas le lieu de résidence qui est important. » En effet l’Anses précise que la première source de contamination vient de l’alimentation, le cadmium étant très présent dans les pommes de terre, le chocolat, les céréales, le riz ou les biscuits…
Autre problème : pour définir les zones où la pollution serait la plus importante, l’État s’appuie sur une carte réalisée en 2011 par le Groupement d’intérêt scientifique (GIS). « Cette carte n’est pas actualisée. Il y a donc beaucoup de réticence autour de cette carte très ancienne. En plus, la France a une dérogation pour l’épandage des engrais phosphatés avec 90 mg/kg alors que l’Union européenne réclame un maximum de 60 mg/kg et l’Anses, depuis 2019, réclame que ce soit à 20 mg/kg. La pollution des sols français n’a pas cessé ces dernières années donc cette carte est caduque », ajoute François Simon.
La question se pose aussi de la démarche à suivre si le test est positif, car aucun protocole n’a été arrêté. « Les médecins n’ont pas de formation sur le sujet et ne connaissent pas les pathologies que ça engendre », explique François Simon qui demande avant tout de changer de modèle agricole : « Pendant longtemps, on a regardé ailleurs et maintenant ça nous explose au visage. C’est un problème politique et il faut maintenant de la volonté. Il faut diminuer les engrais phosphatés tout de suite, pas en 2038 comme c’est prévu aujourd’hui. Combien faut-il de cancers pour qu’on prenne des mesures immédiates ? »
![[Cadmium] Des tests remboursés mais pas pour tous](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/05/090f6c639d62b5e50867e5f04d65ac90.jpg)



