Tag: enfance en danger

  • Avignon : le foyer pour enfants Le Regain va rester définitivement fermé

    Avignon : le foyer pour enfants Le Regain va rester définitivement fermé

    Il n’y aura pas eu de regain de confiance entre, d’un côté le conseil départemental et la préfecture, et, de l’autre, l’association Coallia. Alors que tout le monde s’accorde sur le fait que la protection de l’enfance traverse une situation préoccupante en Vaucluse (notre édition de jeudi), le département perd une structure d’accueil. Un arrêté en date du 8 octobre, cosigné par Dominique Santoni, présidente LR du Département, et Thierry Suquet, préfet de Vaucluse, acte la « cessation définitive de la totalité des activités de la Mecs [maison d’enfants à caractère social] Le Regain ». La structure accueillait 29 jeunes, dont 12 en internat rue de l’Arousaire à Avignon, et 17 en semi-autonomie, dans des logements diffus.

    En avril, les mêmes autorités de tutelle avaient pris une décision similaire, mais provisoire pour six mois (notre édition du 14/04). Plusieurs inspections accablantes avaient constaté l’absence totale d’encadrement, des activités éducatives inexistantes, des locaux dégradés ou la présence d’alcool et de produits stupéfiants. Ainsi, malgré plusieurs rencontres et deux visites en juin et le 6 octobre, mais aussi la « transmission par Coallia de 184 pièces depuis le 30 mars en réponse aux injonctions formulées », Département et préfecture jugent que les conditions ne sont pas réunies pour rouvrir et rétablir le fonctionnement normal du foyer.

    Coallia prêt à se défendre devant la justice

    L’arrêté relève que la dernière visite du 6 octobre « permet d’identifier des manquements persistants, présentant un risque pour les mineurs et une impossibilité de reprise de l’activité en sécurité ». En creux, les autorités de tutelle dénoncent un décalage entre le discours de son gestionnaire et la réalité : « Les écarts concernent plusieurs composantes essentielles du fonctionnement de l’établissement : la constitution et la stabilité des équipes, l’organisation et la gouvernance de l’encadrement de proximité, la traduction opérationnelle du projet d’établissement et le contenu concret de l’action éducative. »

    Par conséquent, « la persistance, la nature et le cumul des difficultés qui perdurent après les six mois, période laissée au gestionnaire pour y remédier, remettent en cause la capacité même de celui-ci à garantir l’exercice de la mission autorisée », juge l’arrêté. Celui-ci précise que « des mesures nécessaires ont été prises » pour assurer le placement des mineurs de la Mecs. Contacté, le Département n’a pas souhaité communiquer davantage, notamment sur le devenir en lui-même du site.

    Comme en avril, où Coallia dénonçait « un contrôle à charge », le gestionnaire n’entend pas se laisser faire. Sollicité, ce géant associatif créé en 1962 (5 000 salariés, plus de 700 établissements), spécialisé dans l’accompagnement de publics fragilisés, « exprime sa profonde incompréhension et sa vive préoccupation face à cette décision radicale ». Sans entrer dans le détail des manquements reprochés, Coallia les réfute : « La protection des jeunes accompagnés demeure notre priorité. L’association a engagé des mesures d’amélioration et en a présenté l’état d’avancement aux autorités. Au vu des éléments dont elle dispose et des actions correctives engagées, elle ne partage pas l’analyse selon laquelle les jeunes auraient été exposés à un risque justifiant une décision de cette nature. » Coallia se réserve même le droit de contester l’arrêté et « étudie les voies de recours ouvertes, y compris juridictionnelles ». Un recours peut être déposé sous deux mois.

  • Les communistes portent secours à la protection de l’enfance

    Les communistes portent secours à la protection de l’enfance

    « Peser collectivement pour exiger la mise en place d’une véritable politique nationale et départementale ». Après avoir poussé le Département des Bouches-du-Rhône à organiser des assises, les communistes préparent le terrain. Samedi, les sections des 4e, 5e, 9e, 10e et 11e arrondissements ont invité parents, responsables associatifs, citoyens et professionnels du secteur à venir échanger au foyer du Peuple de Mempenti pour enrichir les propositions qui y seront portées.

    Abandonnée au national, sacrifiée dans les Bouches-du-Rhône, la protection de l’enfance ne joue plus son rôle. Une situation « catastrophique dans les Bouches-du-Rhône, où 963 mesures judiciaires pour protéger un enfant en danger, sans le retirer de sa famille, ne sont pas appliquées, où les travailleurs sociaux ne sont plus en capacité de suivre les familles, ni d’accompagner les 5 000 enfants placés », cite à titre indicatif, Gérard Frau. Assurant que « l’État, qui donne les compétences mais pas les moyens, est le premier déficient », le conseiller départemental accuse « l’absence de volonté politique d’un Département, plus riche que d’autres, aux mains de la droite, pointé par un rapport de l’IGAS (inspection générale des affaires sociales) et un autre de la Cour des comptes accablants ».

    Nathalie Tessier inaugure la délégation aux droits des enfants mise en place par le Printemps Marseillais « à construire avec l’Unicef ». Des premiers travaux sont à l’œuvre : « la création d’un baromètre des droits, un conseil pour laisser s’exprimer une jeunesse qui parle, un travail sur la prostitution… ». Magali Giorgetti, conseillère départementale, s’élève « contre la marchandisation » du secteur, « où les structures sont en concurrence sur des appels d’offres publics et tirent sur l’emploi » et propose « qu’il revienne dans le giron de l’état ».

    Zéro de conduite

    Cadre de santé aux urgences gynécologiques, Bénédicte Lamourette témoigne être en présence « au quotidien avec des enfants de Marseille ou venus d’autres communes où il y a encore moins de structures » et déplore « l’inexistence de plateforme dédiée aux violences sexuelles ». Elle propose de s’appuyer sur des expériences telle que « l’Amicale du Nid, qui a recensé 87 cas de viols cet été ».

    Des données qui manquent cruellement, sans lesquelles « on ne peut faire aucun travail, aucun suivi car on ne sait pas ce qui se passe. Les observatoires départementaux de la protection de l’enfance ont été créés en 2007. Ici, 20 ans après on a zéro chiffre » rappelle Johanne Ghénard, conseillère technique à la protection de l’enfance. Parmi les interventions dans la salle, Sophie Guérard, adjointe au maire apporte sa contribution : « Dans les réunions, on entend que les satisfecits des institutions. Ces assises doivent déboucher sur des actes ». Les communistes y veilleront.

    Les réunions publiques à venir

    Le 14 octobre à 18h15, halle Léo Ferré à Gardanne.

    Le 20 octobre à 18h15, salle Fernand Ros à Septèmes-les-Vallons.

    Le 3 novembre à 18h, Espace Simone Veil, salle Raoul Dufy à Martigues.

    Le 7 novembre à 17h, à la section PCF, place Voltaire, Arles.

    Le 12 novembre à 18h, Salle Gagarine ou Cinéma Le Méliès à Port-de-Bouc (à préciser).

    M.G

  • L’urgence de protéger les enfants des violences

    L’urgence de protéger les enfants des violences

    Des progrès en matière de « prévention et repérage » des violences sexuelles sur mineurs, mais « un retard majeur » de la justice : la Ciivise a appelé cette semaine le gouvernement à « passer à la vitesse supérieure » pour faire enfin de la protection des enfants une « priorité ». Un coup de semonce qui intervient après le meurtre d’une enfant de 11 ans, Lyhanna, retrouvée morte le 4 juin dans le Gers, victime d’un pédocriminel. Un crime à l’onde de choc nationale.

    Les trois quarts (72%) des préconisations faites par la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux mineurs en novembre 2023 ne sont toujours pas « pleinement effectives », analyse la Ciivise dans un rapport remis le 15 juin au garde des Sceaux Gérald Darmanin et à la ministre de la Santé et des Familles Stéphanie Rist. Deux ans et demi après, le bilan est « globalement mitigé malgré des avancées réelles », explique son secrétaire général, Denis Roth-Fichet, qui a présenté ce rapport avec sa directrice, la magistrate Maryse Le Men-Regnier.

    La Ciivise avait remis en 2023 au gouvernement 82 préconisations pour lutter contre la pédocriminalité, dessinant une politique globale depuis le repérage des victimes et le traitement judiciaire, jusqu’à la réparation et la prévention. Le bilan est « scandaleux », « il montre le mépris » du gouvernement pour le sujet, après avoir « fait espérer les gens », déplore Renaud Gallais, cofondateur de Mouv’Enfants. Seulement 28% des mesures sont « pleinement effectives », un taux « insatisfaisant », constate la Ciivise. Parmi elles, la priorisation des enquêtes de violences sexuelles sur les enfants qui a fait l’objet de circulaires du garde des Sceaux. Mais l’affaire Lyhanna démontre l’insuffisante effectivité sur le terrain. « La publication d’un décret ou d’une circulaire ne suffit pas, il faut en mesurer » les effets concrets, réagit Solène Podevin, présidente de Face à l’inceste, qui s’interroge sur la méthodologie du rapport et déplore l’absence d’une « politique publique transversale » de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants.

    En outre, 47% des mesures ont été engagées, à des degrés divers, selon cet état des lieux. Denis Roth-Fichet indique ainsi « des progrès importants en prévention et repérage », avec des « taux de réalisation » de 90%, dont la pérennisation du numéro 119. Parmi ces progrès, la « spécialisation progressive des enquêteurs » et le développement de structures dédiées pour auditionner les enfants victimes : Unités d’accueil pédiatrique Enfants en Danger, UAPED, et salles Mélanie.

    Plus de 6 plaintes

    sur 10 classées

    Mais Denis Roth-Fichet pointe un « retard majeur de la justice », « point faible » de la politique publique. Un tiers des recommandations ne sont pas engagées ou arbitrées. Plus de 6 plaintes sur 10 sont classées sans suite et « trop souvent les enfants victimes restent exposés à leur agresseur », avertit la commission, qui note que les mères restent poursuivies pour « non-représentation d’enfant » quand elles tentent de les protéger. Seuls 3% des auteurs de violences sexuelles sur mineurs sont condamnés. Le « décalage majeur entre l’ampleur des violences et la faiblesse de la réponse pénale » est « intolérable et témoigne d’un dysfonctionnement systémique de notre appareil judiciaire », estime la Ciivise. Le meurtre de Lyhanna est un « symbole des défaillances du système », commente Denis Roth-Fichet. Elle « illustre les insuffisances persistantes dans le repérage des situations à risque, la coordination entre les institutions, la protection judiciaire des enfants et la prise en compte de leur parole ». Depuis la mort de cette enfant de 11 ans, la chaîne judiciaire est mise en cause car le principal suspect n’avait jamais été convoqué malgré plusieurs plaintes et signalements pour des violences sexuelles sur mineurs. Face à ce constat, la Commission « invite le gouvernement à passer à la vitesse supérieure ».

  • Entendre la jeunesse des foyers sociaux

    Entendre la jeunesse des foyers sociaux

    L’aide sociale à l’enfance est en souffrance. Cela ne concerne pas uniquement le département des Bouches-du-Rhône mais l’ensemble du territoire national. Les métiers liés à la prise en charge des enfants en danger subissent une telle crise de recrutement que le turnover des éducateurs et des personnels est massif. Comment, dans ces conditions, assurer la stabilité à des enfants, des adolescents et des jeunes adultes aux vies déjà fracassées par les violences, l’abandon ? Comment se reconstruire si l’aide à l’enfance vacille ? Réinvestir massivement dans ces métiers, revaloriser ses fonctions c’est prévenir les insupportables dérives, heureusement minoritaires, qui ont lieu dans les maisons d’accueil.

    Protéger

    Le premier impératif est de protéger les enfants et, dans le même temps, de respecter leurs droits absolus à être bien traités, entourés, aimés, accompagnés. Cela vaut pour tous les enfants et plus encore pour ceux qui sont placés par la justice et donc confiés à la collectivité. Les jeunes adultes et adolescents de Bois Fleuri prennent aujourd’hui la parole pour être considérés, écoutés, respectés. Leur force collective fait avancer les choses et le dialogue est désormais ouvert entre eux et le Département avec un rendez-vous important vendredi 19 décembre. Leur désir est de ne plus être ballottés, de pouvoir tracer leur avenir, s’émanciper en dépit des obstacles, des carences affectives, est d’une énergie remarquable.

    L’aide à l’enfance mérite toute notre attention car son niveau de qualité est le baromètre d’une société qui fait le choix de la solidarité, de la protection des plus fragiles et de l’inclusion de toutes et tous.

  • Les bras manquent pour protéger les enfants placés

    Les bras manquent pour protéger les enfants placés

    La salle de réfectoire de la maison d’enfants Canopée est calme, les pensionnaires sont en cours à l’exception de Lorenzo et Dylan*, 7 ans, placés depuis respectivement un an et demi et deux ans. Déposés à 8h30 à l’école, Nadia, leur éducatrice, les a récupérés à 8h50. « J’ai crié sur le directeur, je l’ai tapé », avoue Dylan. Pas plus gêné de son forfait de la veille : « J’ai monté sur ta voiture ! », lance-t-il en direction de Carine Fotinar, directrice de Canopée depuis un an. Lorenzo, déjà exclu de la cantine, précise : « Mais je préfère ici », en s’accrochant aux jambes de Carine.

    En attendant que la maîtresse de maison prépare le repas, les pitchounes dérapent dans le couloir pour une visite de leur chambre, « que la plupart des enfants ont du mal à investir », prévient Nadia. Seules les couleurs de la couette égayent la sobriété du décor et de l’armoire, vide à l’exception d’une peluche. « Les vêtements sont dans une pièce vestiaire. Le matin, on les retrouvait en vrac, parfois avec du pipi dessus. De quoi nous mettre encore en retard pour l’école », précise l’éducatrice. Au réfectoire, ils retrouvent Alexis, 11 ans, visage fermé. Placé en urgence il y a deux jours, il doit être rescolarisé dans le secteur. « En fin d’année, on s’est retrouvé avec toute une unité d’ados déscolarisés. On a pris une enseignante » explique Nadia, alors qu’une chamaillerie vire brutalement aux cris et à la bagarre. Anaë, en formation, Carine et Nadia ne seront pas trop de trois pour éviter que la crise ne dégénère.

    Un papier peint arraché, une vitre brisée, une salle de bains réparée deux fois dans l’année, sont autant de stigmates des moments où la douleur de ces enfants explose en violence. « Parfois c’est l’hôpital, se souvient la directrice, on a emmené un petit qui s’était tailladé l’entrejambe avec une lame, démontée sur un taille-crayon. On nous a reproché de ne pas l’avoir surveillé. » Les fugues sont signalées, mais les foyers n’ont pas accès à l’alerte disparition et ne sont pas informés des suites. Avec 18 ans d’expérience, Michaël Koch a vu évoluer la situation : « On a de plus en plus d’enfants qui relèvent du soin, avec des troubles cognitifs, et qui ont besoin d’une présence à H24 mais le médico-social (Itep, IME) est aussi saturé. » Entre 8h et 12h, le moniteur éducateur a couru de collèges en rendez-vous psychiatre ou orthophoniste avec trois ados et déplore : « Au lieu d’une heure de cours chacun, c’est la matinée que tous ont manquée. » Faire front avec les moyens humains et financiers très réduits « nous oblige à bricoler pour offrir le meilleur. Parfois il y a des ratés ».

    Mais de belles réussites

    Les nuits, les week-ends et jours fériés, avec un éducateur pour 13 enfants, sont des moments difficiles, où les enfants se confient autant qu’ils craquent. « Il n’y a pas de théorème de l’humain. Il faut s’autoriser à les aimer. Mais il y a un impact sur notre vie. Quand on se retrouve face à un suicide ou une agression, quand on revoit un de nos jeunes en prison, on le vit comme un échec et on est seul dans cette détresse », lâche-t-il en se raccrochant au meilleur : « Il y a aussi tout le champagne qu’on ne sabre pas… » Dans ce métier passion, l’épuisement combiné à un niveau de salaire très bas pose « d’énormes difficultés à recruter » à Carine Fotinar qui doit « recourir à l’Intérim et former les plus motivés, c’est un Tetris permanent pour avoir un adulte devant les enfants ». Ainsi de Samuel Dokpondu, chef de service. À l’embolie des dispositifs, il ajoute « les injonctions paradoxales : notre priorité c’est que l’enfant puisse retourner dans sa famille quand c’est possible, pour l’administration, c’est le prix de la journée. Le serpent se mord la queue ». Canopée dépend des seuls moyens alloués par le Département et « le forfait jeune majeur vient d’être divisé par trois sans explication ».

    Placée à 9 ans avec ses frères et sœurs, Baya revient d’une audience au tribunal où elle a exprimé son refus de retourner chez elle. Si Baya avoue la douleur d’être arrachée à un foyer, même maltraitant, elle assure : « Ici c’est rassurant. On est avec d’autres enfants et on a ça en commun. » À 17 ans, elle prépare déjà sa sortie en enchaînant les boulots pour financer ses études : « C’est comme une famille, mais c’est pas notre famille. Et quand on doit en sortir, on est seul. »

    *Les prénoms des mineurs ont été changés

    Le droit à une justice adaptée

    Dans son rapport annuel, la défenseure des droits, Claire Hédon, rappelle un principe fondateur : « Un enfant n’est pas un adulte et nécessite une réponse adaptée qui sanctionne mais qui en parallèle éduque, protège et accompagne l’enfant dans sa reconstruction. » Sur le constat d’un « manque criant de moyens humains et matériels. Faute d’éducateurs spécialisés », des mesures provisoires ne sont pas appliquées. Le rapport souligne que plus de la moitié des mineurs délinquants (55%) sont suivis par la protection de l’enfance et 72% ont connu une déscolarisation prolongée.