Tag: éleveurs

  • [Tribune] « Assez des amalgames avec la chèvre du Rove ! »

    [Tribune] « Assez des amalgames avec la chèvre du Rove ! »

    Depuis trop longtemps, des articles de presse mentionnent la présence de chèvres du Rove ou « sauvages » sur les routes et entretiennent une confusion entre ces chèvres présentes dans certains secteurs du massif et la véritable chèvre du Rove, race patrimoniale reconnue et protégée. Cela suffit ! Je tiens à rappeler avec la plus grande fermeté que le terme approprié est celui de chèvres férales. L’utilisation d’expressions telles que « chèvres sauvages », et plus encore l’assimilation de ces animaux à la chèvre du Rove, constitue un amalgame inacceptable. On appelle chèvres férales des chèvres domestiques ayant repris leur liberté. Ces animaux ne se comportent pas comme des animaux sauvages qui cherchent à demeurer cachés. Leur grand nombre pose un véritable problème de sécurité lié à leurs déplacements et traversées des voies de circulation et d’équilibre sur notre environnement.

    La chèvre du Rove bénéficie d’une Appellation d’origine protégée (AOP) – la seule du département des Bouches-du-Rhône – reposant sur un cahier des charges strict, garantissant notamment les conditions d’élevage, l’alimentation, le mode de conduite des troupeaux et l’ancrage territorial de cette race emblématique. Elle est le fruit d’un savoir-faire reconnu, porté par des éleveurs et bergers engagés dans la préservation d’un patrimoine agricole et culturel unique.

    Assimiler ces chèvres dites férales à la chèvre du Rove revient donc non seulement à une erreur factuelle, mais également à une atteinte directe à l’image d’une AOP exigeante et encadrée, construite sur des décennies de travail. Cet amalgame porte un préjudice réel et sérieux aux bergers et éleveurs de la chèvre du Rove, qui voient leur activité, leur réputation et leur engagement remis en cause par des approximations médiatiques répétées. Il en résulte une confusion dommageable pour toute une filière locale, pourtant exemplaire en matière de qualité, de gestion des espaces naturels et de valorisation du territoire.

    Je déplore également la persistance de cette situation, alors même que la commune du Rove alerte depuis plusieurs années les services de l’État sur la présence de chèvres férales dans le massif et sur la nécessité de mesures de régulation adaptées. À ce jour, les réponses apportées restent insuffisantes au regard des enjeux.

    Dans ce contexte, et face à la répétition d’informations inexactes, je ne souhaite plus accorder d’interviews sur ce sujet tant que la rigueur terminologique et factuelle ne sera pas respectée et que des solutions concrètes ne seront pas mises en œuvre. En cette année mondiale du pastoralisme, la commune du Rove réaffirme son engagement total en faveur de la chèvre du Rove, de son AOP, de ses bergers et de la défense de son patrimoine.

  • [Salon de l’agriculture] Fabien Roussel appelle à consommer français pour relever l’agriculture

    [Salon de l’agriculture] Fabien Roussel appelle à consommer français pour relever l’agriculture

    Comme chaque année, le Salon de l’agriculture constitue un passage incontournable pour Fabien Roussel. Mardi, le secrétaire national du PCF a passé de longues minutes sur le stand de sa région, les Hauts-de-France, où il a rencontré élus et artisans locaux. Mais avant cela, le maire de Saint-Amand-les-Eaux a échangé, pendant une large partie de la matinée, avec les principaux syndicats agricoles (Confédération Paysanne, FNSEA, Coordination Rurale, Jeunes Agriculteurs) au sujet de la crise que traverse le monde agricole.

    « Il faut faire confiance à nos agriculteurs, comme on a confiance en nos aides-soignants, nos enseignants, tous ces métiers indispensables à la France. Nous sommes une nation agricole et un pays sans paysan, c’est un pays qui meurt », a-t-il martelé. Il a ensuite « lancé un appel aux Français pour qu’ils contribuent à la relance de l’agriculture en consommant français et local. C’est un geste citoyen qui va garantir la production française et donc des revenus pour nos agriculteurs ».

    Fabien Roussel en appelle aussi au soutien des collectivités, crucial pour créer de nouvelles rentes pour les agriculteurs : « Il y a besoin d’étiqueter et tracer nos produits, de les valoriser. Les collectivités, les Villes, Départements, Régions, doivent participer à les financer et à les promouvoir, comme nous le faisons dans les Hauts-de-France, en leur offrant des débouchés dans les cantines scolaires et en restauration collective, par exemple. »

    « Le libre-échange affaiblit l’agriculture française »

    Dans son viseur également, les traités de libre-échange, « qui ont mis en concurrence notre pays avec d’autres nations et ont affaibli l’agriculture française. Il y a besoin de les revoir, et, à défaut, de protéger l’agriculture française ».

    Pour y parvenir, Fabien Roussel évoque « une série de leviers à actionner. Il faut garantir un revenu aux agriculteurs. Pour cela, nous défendons le principe des prix planchers et du coefficient multiplicateur pour faire en sorte qu’entre la fourche et la fourchette, la valeur ajoutée soit mieux distribuée entre toutes les professions qui interviennent ». Cela passe aussi par une loi d’urgence, annoncée par le gouvernement, mais dont les communistes « craignent qu’elle arrive bien tardivement. Nous en voulons une dans les semaines qui viennent au Parlement ».

    Enfin, le chef de file des communistes est également revenu sur la très critiquée politique d’abattage systématique mise en œuvre contre la dermatose nodulaire contagieuse, « vécue comme un traumatisme, d’autant plus que dans d’autres pays, ce n’est pas cette politique qui est appliquée. Je comprends les interrogations des éleveurs français, de savoir si c’est bien la bonne méthode ». Pour prévenir au mieux la circulation de la maladie, il faut, selon lui, « mieux répartir les élevages dans toute la France, y compris dans les territoires où ils ont disparu. Les éleveurs ont aussi pris conscience du danger qu’il y a à avoir de gros élevages et des concentrations dans des territoires, [qui favorisent] les risques de propagation de l’épidémie. Il y a tout un travail à faire pour protéger nos élevages des épidémies car on va en souffrir encore ».

  • [Salon de l’agriculture] Le Var veut miser sur l’agroforesterie

    [Salon de l’agriculture] Le Var veut miser sur l’agroforesterie

    S’il est un département maritime, le Var n’en demeure pas moins – et avant tout – un territoire forestier : plus de 70% de sa surface, soit quelque 420 000 hectares, est recouverte de forêt. Une richesse qui offre de somptueux paysages, mais engendre un nombre d’incendies important. En un peu plus de vingt ans, trois d’entre eux – deux à Vidauban en 2003 et un à Gonfaron en 2021 – ont, à eux seuls, ravagé plus de 20 000 hectares boisés.

    Ces chiffres imposent de s’adapter et de trouver des solutions viables pour l’avenir. L’une d’elles pourrait venir de l’agroforesterie, thème d’une table ronde organisée, mardi, sur le stand du Département du Var au Salon de l’agriculture, en présence de plusieurs acteurs du secteur. Cette méthode, qui consiste à mener de front activité agricole et activité forestière (lait-bois, viande-châtaigne…), ne date cependant pas d’hier. Il s’agit d’une pratique méditerranéenne ancestrale, notamment dans des espaces forestiers naturels, où des éleveurs ont, en tout temps, établi leurs pâturages sous les arbres. Dans le massif des Maures, principal espace forestier du département, on relève deux formations particulières : les forêts de chênes et les espaces plus agricoles que sont les châtaigneraies.

    L’intérêt de cette pratique est multiple et repose sur une logique gagnant-gagnant. « Cette alliance est au bénéfice de tous : le troupeau y trouve de l’alimentation et un abri et, par son action, limite la repousse des semis concurrents », explique Charles Dereix, président de l’association Forêt méditerranéenne. « En Corse, par exemple, quand on régénère les pins laricio, les troupeaux vont boulotter les petits semis de chênes ou de hêtres qui font concurrence. Ils produisent aussi du débroussaillement, réduisent ainsi le risque d’incendie et créent de l’activité économique. »

    Dans le Var, « 100 000 hectares sont déjà pâturés, soit près d’un quart de l’espace boisé », précise Christine Amrane, conseillère départementale varoise, maire de Collobrières et présidente du Syndicat du massif des Maures. Dans sa commune et aux alentours prospèrent les châtaigneraies, « très importantes économiquement avec les Fêtes de la châtaigne », rappelle-t-elle. Le sylvopastoralisme – le pâturage en milieu forestier –, représente ainsi une voie d’avenir pour la filière après avoir fait son succès : « La châtaigneraie du massif des Maures représentait 3 000 hectares entretenus il y a quelque temps. Moins aujourd’hui, mais il y a un enjeu car les consommateurs reviennent à des produits traditionnels. Cette châtaigneraie est un verger planté depuis 500 ans. Les castanéiculteurs travaillent depuis longtemps avec les bergers. Leurs animaux broutent, déposent leurs excréments qui font la fumure [enrichissement du sol, Ndlr] des châtaigniers. C’est une symbiose », développe Raphaël Louat, castanéiculteur, président du Syndicat des producteurs de châtaignes du Var.

    Les solutions doivent être « appuyées par les élus »

    Claude Audibert, propriétaire forestier de chênes, président de l’Association syndicale libre de la Suberaie varoise et producteur de liège, y voit lui aussi « une solution économique et écologique. L’élevage prend le relais pour nourrir les hommes, entretenir écologiquement les espaces boisés et favoriser la récolte de liège, d’arbouses et autres produits forestiers ».

    L’agroforesterie fonctionne. L’agroforesterie s’applique également aux productions fruitières et potagères, permettant de créer des écosystèmes nourriciers favorables à la biodiversité. « L’agroécologie répond aux enjeux de dépassement des limites planétaires, ajoute Séverine Cachod de l’association Les Résilients. Elle repose sur trois piliers : écologique, en s’inspirant des écosystèmes pour préserver l’environnement ; social, par la création d’emplois ; et économique, en créant des filières où chacun est rémunéré pour ce qu’il produit. » Pour la rendre efficiente, il faut « embarquer les entreprises et les collectivités ».

    Dans cette logique, son association travaille avec le SL du massif des Maures « sur une autre manière de rémunérer les agriculteurs : sur ce qu’ils produisent, mais aussi sur les effets utiles qu’ils génèrent d’un point de vue socio-environnemental. On prototype un modèle à visée générative pour renforcer tous les maillons de la chaîne ». Des solutions d’avenir que Charles Dereix souhaite voir « appuyées par les élus ».

    « C’est à partir des incendies de 2003 qu’on a travaillé sur la mutualisation des services. On a fait de petits pas en 23 ans. J’espère qu’on pourra en faire un plus grand désormais », conclut Christine Amrane.

  • [Salon de l’agriculture] La Confédération Paysanne dit non à l’abattage

    [Salon de l’agriculture] La Confédération Paysanne dit non à l’abattage

    Pour la première fois en 62 ans, aucun bovin n’est présent au Salon de l’agriculture, en raison de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). « Cela traduit la crise profonde de l’élevage. Il y a l’idée de ne pas prendre de risque, mais aussi de faire quelque chose sur les problématiques, et ce n’est pas en venant faire semblant que tout va bien au SIA que tout va s’arranger », affirme Stéphane Calais, porte-parole de la Confédération Paysanne.

    Les politiques gouvernementales s’appuient sur trois piliers : la limitation des mouvements de bovins, l’abattage total des élevages infectés et la vaccination de tous les bovins dans la zone touchée. Le ministère de l’Agriculture affirme que la situation est plus stable, l’hiver ayant décimé les populations de mouches vectrices de la maladie et le taux de vaccination approchant les 100% dans les foyers de contamination. « On veut connaître l’éthologie, où le virus a passé l’hiver, comment va-t-il revenir au printemps », s’inquiète le syndicaliste.

    « La maladie du libre-échange »

    L’incompréhension est toujours grande quant au troisième pilier, considéré comme « une stratégie mortifère et inhumaine », dénonce Stéphane Calais. « Des pistes sont possibles, autres que ces stratégies qui répondent à des directives administratives et européennes pour protéger un modèle économique qui arrive à bout. C’est la maladie du libre-échange. On n’est pas contre le commerce, mais cette crise doit permettre de porter une analyse sur les stratégies de nos filières. »

    L’absence d’écoute et de communication claire pèse sur les éleveurs. À l’image de la proposition d’expérimentation de l’ensemble des syndicats ariégeois et de la Chambre départementale d’agriculture (n’abattre que les animaux infectés et tester le reste du troupeau toutes les 4 à 6 semaines), pour sortir de l’abattage total, qui « avait été balayée par la ministre de l’Agriculture et qui devait être étudiée par le Cirad. À l’heure actuelle, on n’a toujours pas de réponse », déplore le syndicaliste.

    Marie-Pierre Répecaud, éleveuse iséroise, pousse elle aussi dans ce sens, et même un peu plus loin : « La DNC n’étant pas une zoonose, elle ne devait pas être soumise à l’abattage total dès le premier cas. Elle n’est pas contagieuse. Le “C” mis par le ministère est là pour faire peur et amener les gens de leur côté. Nous voulons voir la maladie circuler. Des animaux en bonne forme, avec de bons nutriments, saura faire face aux difficultés. »

  • DNC : la Région Occitanie réclame aux banques des prêts à taux zéro

    DNC : la Région Occitanie réclame aux banques des prêts à taux zéro

    Depuis 2023, l’agriculture d’Occitanie vit un état de crise permanent, en lien avec la multiplication des épizooties et des catastrophes climatiques. (…) La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a ajouté une énième crise aux crises successives », déplore la présidente de Région Carole Delga. Au 13 janvier, pas moins de 29 foyers avaient été répertoriés dans cinq départements occitans (Pyrénées-Orientales, Aude, Ariège, Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées), conduisant à l’abattage de troupeaux et à l’application, pour les éleveurs concernés, de restrictions à l’exportation. De quoi pénaliser fortement une profession déjà fragilisée.

    Aussi, outre un fonds d’aide d’urgence pour le rachat d’animaux mis en place dès le 12 décembre dernier, la collectivité a décidé d’activer sa garantie d’emprunt Foster, afin de réduire les taux des prêts de trésorerie pour les éleveurs impactés par la réglementation sanitaire.

    « Besoin d’une bouffée d’oxygène financière »

    Dans le même temps, la présidente de Région a adressé un courrier aux banques afin de les inviter à faire également un effort pour obtenir des prêts à taux zéro. « Cette restriction à l’exportation porte un grave préjudice aux éleveurs qui sont dans l’obligation d’attendre que leur zone d’élevage soit à nouveau qualifiée “indemne” afin de reprendre une activité commerciale internationale, sauf accords bilatéraux avec certains pays. La plupart des éleveurs se retrouvent ainsi dans l’obligation de maintenir plus longtemps certains animaux sur leur exploitation, générant des frais supplémentaires notamment en termes d’alimentation », développe Carole Delga dans ce courrier daté du 13 janvier. « Nos exploitants ont besoin de temps et d’une bouffée d’oxygène financière afin de passer cette vague épizootique qui les submerge. » La présidente de Région invite donc le secteur bancaire à mettre en place, « le plus rapidement possible », « une aide à la trésorerie à taux zéro pour les éleveurs de bovins des zones réglementées et vaccinales. (…) Il s’agit d’une mesure indispensable pour permettre à certains éleveurs de passer cette période délicate dont ils ne sont en rien responsables ».

  • Dans les Alpilles, les éleveurs s’organisent face à la menace du loup

    Dans les Alpilles, les éleveurs s’organisent face à la menace du loup

    Le ronronnement de la machine à café couvre un instant les bruits de mastication. Tandis que les agneaux, déjà bien dodus bien que nés cet automne, engloutissent du foin, Lionel Escoffier et l’un de ses deux bergers, Aurélien, démarrent la journée autour d’un gobelet d’où s’échappent des volutes de fumée. Chacun son petit-déjeuner.

    Au Mas de la Tapie, le travail est exigeant mais le cadre est paradisiaque : les 430 hectares de prairies sont plantés au pied du massif des Alpilles. Le maire d’Aureille et ses deux associés, ses cousins, ont repris l’exploitation de leur grand-père il y a une trentaine d’années. Ils y produisent du foin de Crau et élèvent 1 600 brebis et près de 1 300 agneaux chaque année, « sans compter les béliers », précise Lionel Escoffier. Une affaire qui roule.

    Mais depuis 2020, une nouvelle problématique vient perturber cette paisibilité : le loup. Longtemps cantonné aux Apennins, en Italie, il a fini par franchir la frontière au début des années 1990. En 1992, un premier couple est observé dans le Mercantour. Ce n’est que deux ans après qu’un troupeau de l’éleveur subit un premier assaut à Colmars-les-Alpes, dans le Haut Verdon, lors de la transhumance. Mais « en montagne, à part une grosse attaque survenue il y a une dizaine d’années qui nous a coûté une quarantaine de brebis à cause de mauvaises conditions météorologiques, on a toujours eu de la chance », assure l’éleveur.

    Une meute identifiée

    Depuis, le loup a avancé vers l’Ouest. « Une meute a été identifiée sur Roquemartine et Eyguières grâce à des pièges photo posés par le Parc naturel régional des Alpilles, mais il y a aussi des loups solitaires qui cherchent de nouveaux territoires », analyse-t-il. Finalement, c’est à Aureille que les dégâts sont les plus nombreux. Depuis le début de l’année 2025, le Mas de la Tapie a connu trois attaques. Une au printemps, qui a coûté la vie à 17 brebis, et « deux, deux jours de suite au mois de décembre ». À chaque fois, la procédure est la même : « On fait un signalement à l’Office français de la biodiversité, qui envoie un agent. Il vient sur place faire des prélèvements, des mesures des crocs, des photos, puis le dossier remonte à la Direction départementale des territoires et de la mer, qui confirme ou non si l’attaque est causée par un loup. »

    Si la prédation lui est imputée, les animaux tués et blessés sont indemnisés par l’État « en fonction de leur âge et de leur race ». Malgré ça, les attaques peuvent avoir des effets pervers, selon Lionel Escoffier : « Si ça devenait régulier, il y a quelques éleveurs qui pourraient arrêter, ce qui pourrait entraîner une déprise de terres agricoles ici quand on sait la pression foncière qu’il peut y avoir sur certains terrains. »

    Pour épauler les éleveurs qui font face à ce nouveau phénomène, le Parc naturel régional des Alpilles a relancé sa commission pastoralisme, jusque-là « en sommeil ». « Il y a eu une première réunion en décembre. » L’objectif : assurer une meilleure circulation de l’information concernant les attaques de loups.

    D’autres précautions sont utiles, affirme Laurent Escoffier : « Si vous avez un berger et des patous qui font leur boulot et un parc de nuit, vous arrivez à limiter les dégâts. » S’agissant du décret autorisant les tirs de défense, l’Aureillois assure : « Même s’il est publié, ça ne va pas être simple. Pour tuer du loup il faut être très bon. C’est surtout une manière de dire aux éleveurs : “On vous entend, on vous écoute”. C’est une mesure diplomatique. »

  • Séverine Dellanegra : « Les communes ne peuvent pas être des variables d’ajustement »

    Séverine Dellanegra : « Les communes ne peuvent pas être des variables d’ajustement »

    La Marseillaise : Samedi 13 décembre, les agriculteurs ont mené une action contre la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire par le gouvernement. Comprenez vous leur colère ?

    Séverine Dellanegra : Nous étions présents avec eux ce jour-là. Saint-Martin-de-Crau est avant tout une terre d’agriculture et d’élevage. Même si cette maladie n’est, heureusement, pas encore présente sur notre territoire, il y a d’immenses inquiétudes dans un secteur qui est déjà en souffrance. Cette mobilisation est avant tout un signal d’alerte. Il faut une plus grande communication, notamment de la part du ministère de l’Agriculture, parce que le protocole sanitaire mis en place est un couperet. Pour en parler avec des éleveurs et des manadiers du coin, si on devait en arriver à des extrémités pareilles, des races emblématiques pourraient disparaître. Or, c’est notre identité, notre culture, notre patrimoine. Il faut qu’on trouve un terrain d’échanges, on ne peut pas juste nous imposer des décisions qui arrivent du niveau national. J’ai adressé un courrier à Annie Genevard. Mon souhait c’est qu’il y ait un vrai plan de sauvegarde de notre agriculture française.

    Le contournement d’Arles a fait débat lors du dernier conseil municipal. Quelle est votre position ?

    S.D. : Nous sommes pour une solution qui permette de désengorger un axe qui est bien souvent sujet à beaucoup de soucis de circulation. En revanche, notre nouvelle équipe arrivée fin 2024 a découvert des aspects qui ne nous conviennent pas dans le dossier tel qu’il est présenté aujourd’hui à la commission d’enquête publique. Dès 2005 il avait été dit que le contournement se ferait, mais qu’on maintiendrait le principe de gratuité entre Arles et Saint-Martin-de-Crau car c’est un axe très emprunté par nos populations, puisque nos réseaux secondaires ne sont pas adaptés. Quand on a examiné dans le détails le projet, on s’est rendu compte que les trois échangeurs seraient maintenus mais que le dernier, à l’est, ferait l’objet d’un portique à péage. Ce qui veut dire qu’une certaine part des habitants de la commune, pour ne pas s’acquitter de 0,87 centimes sur le tronçon, rentrera sur l’autoroute dans le centre ou l’ouest de la ville, ce qui va créer du trafic supplémentaire en centre-ville. Les autres usagers pourront aussi sortir à l’est de la commune et emprunter nos axes secondaires en passant par le centre. Or, le scénario le plus optimiste prévoit déjà plus de 3 500 véhicules supplémentaires par jour. Ce n’est pas possible. Charge à l’État de trouver d’autres solutions. Oui au contournement d’Arles pour fluidifier le trafic, mais en aucun cas un projet qui va transformer nos villes en voie de délestage.

    Un autre projet structurant divise le territoire : la ligne très haute tension, devant relier Jonquières-Saint-Vincent (Gard) à Fos.

    S.D. : Loin de nous l’idée d’être opposés à la transition écologique, à la poursuite du développement industriel du bassin de Fos et au besoin de sécurisation énergétique de notre région Paca. Simplement, on ne veut pas que ça se fasse au détriment de notre territoire dans toutes ses dimensions, que ce soit la biodiversité, les paysages, le monde agricole, la qualité de vie, etc. Les conclusions du rapport de l’État valident la ligne en aérien, pourtant on ne connaît pas les impacts cumulés de cette infrastructure. Je pense que les choses n’en resteront pas là, on ne va pas laisser faire une ligne de 180 pylônes de 60 mètres de haut. La solution alternative proposée nous semble déployable. La temporalité est un peu différente, et ça peut être un peu plus coûteux, mais est-ce que nos territoires ne le méritent pas ? Les collectifs le mettent en avant : ils sont armés pour lancer des contentieux, ça va faire perdre du temps et de l’argent à RTE, est-ce qu’il ne vaut pas mieux regarder ensemble pour trouver une voie commune ? L’enjeu industriel est réel, mais les communes traversées ne peuvent pas être des variables d’ajustement. On demande une réunion d’urgence avec le nouveau préfet de Région.

  • Près de 200 agriculteurs mobilisés samedi à Aubagne

    Près de 200 agriculteurs mobilisés samedi à Aubagne

    D’inhabituels personnages se sont samedi joints aux clients du Auchan des Paluds à Aubagne : 600 brebis et agneaux ont à partir de 13h envahi le parking de l’enseigne, venus, avec leur maîtresse et de nombreux autres agriculteurs et éleveurs, protester contre l’abattage systématique et le Mercosur.

    C’est Hélène Poullin, la propriétaire de ce cheptel de brebis, qui a, mardi, appelé collègues et soutiens à manifester contre l’actuelle gestion gouvernementale de la crise sanitaire bovine, liée à l’apparition de cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Rapidement soutenu par la Confédération paysanne des Bouches-du-Rhône, l’appel de la jeune femme rassemble finalement quelque 200 personnes samedi. « Je suis très préoccupée par cette crise sanitaire depuis qu’elle a commencé, cet été. Cela m’empêche même de dormir, se désole la bergère. Je sais que si on venait à abattre mon troupeau, je ne me relèverais jamais. Mes brebis sont toute ma vie, elles sont mon moteur. Voir qu’autant d’éleveurs se mobilisaient dans le Sud-Ouest, ça m’a donné envie d’agir. » Car si les premiers cas de DNC, cette maladie qui ne touche que les bovins, sont apparus cet été en Savoie, c’est en Ariège, le 11 décembre, qu’ont eu lieu les premières contestations agricoles. Militants de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne s’étaient alors mobilisés en masse pour s’opposer à l’abattage de 207 bovins, décidé par l’État à la suite de la détection d’un cas dans le troupeau. Aujourd’hui, la réglementation française veut qu’en cas de détection d’un foyer dans un cheptel, l’intégralité des bêtes soit abattue, y compris les saines. Postés sur le rond-point de l’avenue des Caniers, après une courte marche depuis le parking du Auchan, les paysans d’Aubagne et de ses environs, ont établi un barrage filtrant à la sortie de l’autoroute, pour « dénoncer cet abattage systématique ».

    « Nous sommes ici pour dénoncer les méthodes du gouvernement dans sa gestion de la DNC mais aussi pour nous opposer au Mercosur, qui ne peut qu’aggraver la situation des paysans français, détaille Roger Roux, porte-parole de la Confédération paysanne 13 et maraîcher à Peyrolles-en-Provence. L’abattage total n’aboutit pas à grand-chose, on demande une vaccination généralisée et une mise à l’écart des bêtes. Abattre des vaches saines… on marche sur la tête. »

    Solidarité paysanne

    Dans une ambiance plutôt festive, possible notamment grâce à une police coopérante, les manifestants sont parvenus à maintenir leur barrage dans le calme. Dans les rangs des militants, ils sont très peu à être directement concernés par la crise sanitaire, pour beaucoup maraîchers, apiculteurs ou éleveurs non bovins et donc non inquiétés par la DNC. Présents en soutien donc, mais aussi pour dénoncer la « casse agricole ». « La violence de l’abattage est à l’image de son non-sens sanitaire. Le gouvernement détruit progressivement notre souveraineté alimentaire pour faire de la place au Mercosur », s’indigne Marcel, agriculteur à Meyrargues. En Paca, les premiers menacés par la DNC sont les éleveurs de taureaux en Camargue.

  • Colère agricole : 200 personnes mobilisées à Aubagne

    Colère agricole : 200 personnes mobilisées à Aubagne

    Dès 13h samedi, le parking du Auchan des Paluds à Aubagne s’est fait envahir par un troupeau de 300 brebis et 300 agneaux venus, aux côtés de quelque 200 personnes, protester contre la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Maladie bovine responsable de l’abattage très contesté de 207 bêtes en Ariège, elle est depuis le 11 décembre au cœur d’une vive contestation agricole. Samedi, c’est dans une foule de drapeaux de la Confédération Paysanne, que militants et brebis se sont rendus jusqu’au rond-point de l’avenue des Caniers, où ils ont pendant plusieurs heures tenu un barrage filtrant pour « sensibiliser à la cause ». « Nous sommes ici pour dénoncer les méthodes du gouvernement dans sa gestion de la DNC mais aussi pour nous opposer au Mercosur, qui ne peut qu’aggraver la situation des paysans français, détaille Roger Roux, porte parole de la Confédération paysanne 13 et maraîcher à Peyrolles-en-Provence. L’abattage total n’aboutit pas à grand chose, on demande une vaccination généralisée et une mise à l’écart des bêtes. Abattre des vaches saines…on marche sur la tête ».

    Dans un ambiance plutôt festive, possible notamment grâce à une police coopérante, les manifestants sont parvenus à maintenir leur barrage dans le calme. Sur leurs pancartes, leurs revendications sont claires : « Abattre des troupeau = tuer nos éleveurs, déserter nos campagnes », « Pandémie du libre échange » ou encore « Mercosur, droit dans le mur ». Hélène Poullin, propriétaire des 600 bêtes qui se sont joints à la manifestation, est l’une des militantes les plus déterminées à faire entendre sa colère. « Je suis très préoccupée par cette crise sanitaire depuis qu’elle a commencé, cet été. Cela m’empêche même de dormir, se désole-t-elle. Je sais que si on venait à abattre mon troupeau, je ne me relèverais jamais. Mes brebis sont toute ma vie, elles sont mon moteur. Voir qu’autant d’éleveurs se mobilisaient dans le sud ouest, ça m’a donné envie d’agir ».

    La signature de l’accord UE-Mercosur, à l’origine prévue vendredi, a été repoussée à janvier. Le protocole sanitaire de lutte contre la DNC demeure, selon la réglementation française actuelle, l’abattage total des troupeaux où sont détectés des foyers, y compris les bêtes saines.

  • Les taureaux camarguais menacés par l’épizootie

    Les taureaux camarguais menacés par l’épizootie

    À bord de son quatre-quatre rempli d’outils en tout genre, Michel Gallon est fier de traverser sa manade pour présenter quelques-unes de ses bêtes, dont il connaît, toujours ou presque, toute l’histoire. « Celle-là, on a emmené un de ses fils en Espagne cette année. Elle s’appelle Mosquera, raconte-t-il, enthousiaste. Et celle-là s’appelle Odalisca, un de ses demi-frères a été gracié en Espagne. Et elle, elle est belle non ? C’est Mora. »

    Deuxième génération à exploiter cette manade arlésienne de 600 hectares, Michel Gallon travaille aujourd’hui avec deux de ses fils à l’élevage de 350 bêtes. Il s’agit en majorité de bovins de combats espagnols, destinés à la Corrida pour les mâles et à la reproduction pour les femelles, et dont les « caractères » sont méticuleusement choisis au fil des ans, pour faire naître les bêtes les plus performantes possibles. Au sujet de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), maladie bovine responsable du très contesté abattage de 207 bovins en Ariège, Michel défend une position modérée. « Tuer toutes ces bêtes, bien sûr que c’est horrible, c’est un crève-cœur, s’émeut-il. Mais je ne suis pas vétérinaire, je me dis que si les scientifiques ont pris cette décision, c’est peut-être que c’était la seule solution. » En France, la réglementation actuelle veut qu’en cas de découverte d’un foyer, la totalité du troupeau soit abattue, y compris les animaux sains. C’est contre cet « abattage systématique », qu’éleveurs et agriculteurs, pour la plupart issus de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne, se sont levés en Ariège, dans le Sud-Ouest puis dans le reste de la France. La journée du 11 décembre, marquée par des manifestations en soutien au propriétaire des 207 bovins menacés par l’abattage – et abattus depuis – vivement réprimées par les forces de l’ordre, a également marqué les esprits. Thomas, fils de Michel et lui aussi exploitant sur la manade, voit ces récents événements d’un œil bien plus sévère que son père. « Tout ça me choque. Le soir des manifestations en Ariège, je bondissais sur mon canapé. Autant de violence contre des mecs qui essaient de défendre le travail de toute une vie, s’indigne-t-il. Et puis tuer des bêtes qui ne sont pas malades, on ne peut pas faire ça, c’est pas normal. »

    Les manadiers plaident pour la vaccination

    À quelques kilomètres, dans la manade Albert-Chapelle à Saint-Martin-de-Crau, Florent Chapelle, qui élève sur place 170 bêtes sur 185 hectares, est lui aussi fermement opposé à l’abattage systématique. À bord de son tracteur, arrêté au milieu de ses taureaux di Biou, race emblématique de la Camargue, il qualifie la répression policière du 11 décembre de « scandale d’État ». « Il serait bon qu’enfin on écoute les gens du terrain. L’abattage total ne peut pas être une solution, assène-t-il. Ici en Camargue par exemple, la race di Biou fait partie intégrante de notre patrimoine, c’est l’âme de la culture camarguaise. La perdre serait une grave atteinte à la biodiversité locale. » L’éleveur, qui souligne le temps nécessaire pour reconstituer un cheptel, construit année après année à partir d’une précise sélection des bovins en fonction de leur tempérament, plaide pour la vaccination préventive. « La saison des courses camarguaises commence en mars et le vaccin met 28 jours à agir. Le compte à rebours est donc lancé », s’inquiète-t-il.

    Emmanuel Lescot, président de la Fédération des manadiers, défend lui aussi la solution vaccinale, bien que demeurant plus nuancé. « Je comprends que ça soit compliqué pour les collègues qui font de la viande, car la vaccination met en cause l’exportation. Le combat reste collectif. Nous nous tenons à la disposition de l’État pour réfléchir à des solutions. »